Publié le 28 Février 2011

Il attend devant le cabinet l'ouverture de la salle d'attente. Il est très en avance. Moi aussi. J'ouvre, il demande s'il peut rentrer. Bien sûr. 

Il accroche son manteau au porte-manteaux en me regardant entrer dans la salle de consultation. Ses neurones d'un coup se connectent, dans ses yeux, un éclair de génie que je vois avant de fermer la porte à laquelle il vient toquer quelques secondes plus tard : c'est vous le medecin? Oui. "Aïe aïe..." Il a l'air soucieux. Il réfléchit. "Il est en vacances?" Oui, le Messie est en vacances. "Aïe aïe, euh euh, je vais rester quand même". "C'est comme vous voulez" je réponds. En moi même je pense : c'est trop d'honneur que vous me faites monsieur! Il s'installe en salle d'attente mais il a l'air inquiet.

Je referme le cabinet, je range les courriers.

Quand j'ouvre la salle d'attente, il n'est plus là. L'angoisse a dû être trop forte. 

La patiente suivante que j'ai déjà vue et qui elle non plus n'est pas d'ici me sourit en disant "Je lui ai dit que vous êtiez gentille, mais les gens d'ici hein! Parce que bon c'est idiot, s'il est venu c'est qu'il avait besoin. Alors je lui ai dit que vous êtes docteur mais il est parti quand même. Pff"

Ben oui, il est parti quand même... Mais vous, vous êtes restée et vous m'avez raconté une nouvelle fois que quand vous êtes venue à vélo, l'autre jour, vos filles vous ont disputée, parce que le temps est humide et qu'on ne fait pas du vélo par ce temps, vous m'avez de nouveau raconté comme il vous a été difficile d'arriver ici il y a plus de 50 ans, vous qui veniez comme moi d'ailleurs, vous avez souri avec votre sourire édenté. Finalement vous m'avez fait rire. Merci.

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 25 Février 2011

Ce matin, ça avait plutôt bien commencé. Réveillée très tôt par le goût de tarte flambée dans la bouche (beurk) je me suis levée, j'ai allumé l'ordi, la télé, préparé le petit déjeuner, très léger aujourd'hui, une fois n'est pas coutume, j'ai trainé. J'ai bu mon jus d'orange en lisant mails, twits, blogs. Grinoté en regardant Telematin. Puis la douche. Mr Poilu s'est levé, m'a embrassée, on a ri bêtement à cause d'une blague idiote et il est parti à la douche.

J'ai roulé jusqu'au cabinet, j'ai relevé la boite aux lettres, ouvert la salle d'attente, me suis rendue compte que j'ai oublié mon téléphone à la maison, ouvert les volets, allumé l'ordi, lancé tous les logiciels nécessaires. C'est là que le téléphone a sonné et que le numéro d'Alphonsine et Pierre s'est affiché. J'ai soupiré. J'ai décroché.

J'ai senti la panique dans le simple bonjour. J'ai senti qu'il fallait y aller avant qu'elle ne me le demande. Pierre est tombé pendant la nuit et ils pensent qu'il est mort. J'ai attrapé mon sac, dit un mot à ceux déjà présents en salle d'attente et je suis allée chez eux.

Pierre était recroquevillé au pied de son lit, par terre, agrippé au lit, déjà rigide. Alphonsine était par terre et le serrait dans ses bras en pleurant. Elle est partie s'asseoir dans la cuisine. J'ai constaté le décès. Nous l'avons remis tout plié sur son lit.

Je suis allée remplir le certificat. Sa fille m'a demandé s'il était mort. Oui, il l'est.

Je les ai laissés tous les trois les larmes aux yeux.

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 24 Février 2011

Au courrier du cabinet aujourd'hui fourni avec le Quotidien du médecin, journal très sponsorisé dont j'ai déjà parlé : le prospectus de l'Institut de Formation Spécialisée en Médecine Esthétique (IFSME). Il y a quelques années, j'étais tombée sur un papier du même genre : formation de 4 jours dont une journée pour savoir comment gérer financièrement un cabinet de médecine esthétique, ça donnait une idée de la formation.

Première remarque : la médecine esthétique ça claque du pognon. Le dépliant est classieux.

Le dépliant promet de me montrer combien l'IFSME est un projet ambitieux et visionnaire. Soit. Voyons ce que cette médecine galiléenne (Galilée était ambitieux et visionnaire lui et ça lui a donné des rides) peut nous apporter.

C'est un organisme indépendant, spécialisé dans l'accompagnement des praticiens de santé à parfaire leurs pratiques en matière de Medecine Esthetique et Anti-Age . Animé par un collège pluridisciplinaire de cliniciens hautement expérimentés et spécialisés (avec des majuscules parce que c'est toujours plus classe). Justement parlons-en : le Dr de jaeger, gériatre et incontestable pionnier en france dans la lutte active contre le vieillissement. Alors là, je tique. Pour moi, la gériatrie, ce n'est pas ça. Je vous conseille vivement ce petit topo duquel je ne retiendrai que : "l'émergence de la discipline (=gériatrie) sur le double versant d’une médecine individuelle du malade âgé et du grand vieillard, et d’une médecine collective proche de la santé publique et marquée par la nécessité d’une pratique préventive, d’une lutte contre l’hospitalisme et l’infection nosocomiale, de la recherche d’une ré-autonomisation, d’une rééducation des patients". 

En faisant de la médecine esthétique on est loin de la lutte contre l'infection nosocomiale, loin aussi de la ré-autonomisation, loin de la gestion des troubles mnésiques et de la continence, loin de la santé publique... Loin de la gériatrie quoi.

L'un des experts est urgentiste. Alors là, je voudrais bien qu'on m'explique. C'est urgent de tirer les rides? On en meurt? Ou c'est pour avoir un revenu complémentaire parce qu'urgentiste c'est pas rentable?

Ils nous précisent que bien sûr, cela s'adresse à des praticiens chevronnés mais aussi à des débutants ou curieux de cette nouvelle exigence de leur patients dans leur quête d'apprendre à "bien vieillir". Lorsqu'au début des années 80 est né le concept de Médecine Esthétique, la plupart des praticiens ont rejeté la perspective de proposer une offre de soins en réponse à cette préoccupation, jugée alors futile, de patients précurseurs. Dans les années 2000 cette médecine poursuit sa mutation afin d'apporter des réponses à une nouvelle problématique qui s'offre à elle et qui va prendre pour nom la Médecine Anti-Age!  Cool, un sujet pour Sophie Davant!

On sent bien dans tout ça que ces médecins et ces patients sont des "précurseurs" donc ils s'attendent à n'être pas compris. Comme tous les précurseurs. Jugés, brûlés. Enfin pas quand même, nous sommes au 21ème siècle en France, on peut juste critiquer.

Malheureusement pour moi, je ne suis pas visionnaire, je fais partie des praticiens qui trouvent cela futile ou plutôt je trouve dommage de mettre autant d'énergie et d'argent dans cette médecine. Tout comme dans les chirurgies esthétiques du sujet plus jeune. Selon moi, notre société devrait se battre pour que nous nous acceptions mieux tels que nous sommes plutôt que de nous proposer de quoi nous changer. Si nous souhaitons modifier notre apparence, c'est essentiellement pour nous plaire dans le regard des autres. Notre vision de nous-mêmes est déformée par l'idée que nous nous faisons de nous à travers le regard des autres.

Il suffit d'ouvrir un magazine pour voir des corps de femmes, minces (maigres) à la peau lissée par Photoshop, sans grain de beauté, sans cellulite, rentrant dans des normes inaccessibles pour la grande majorité d'entre nous. Les publicités pour amincissants alternent avec les publicités pour les anti-rides, sur lesquelles des femmes liftées et photoshopées sont là pour faire croire que ces crèmes permettront de faire oublier les signes du temps. La norme est d'être lisse de partout.

Durant la scolarité, le regard des camarades et les moqueries sont fréquentes pour celui qui sort un peu du troupeau. Les critères de railleries (allant parfois jusqu'au harcèlement) sont souvent basées sur le physique : la grosse, l'acnéique, ... Ou sur la réussite scolaire : le premier de classe peut être stigmatisé.

Bref. Ne perdons pas l'objectif de mon hypothétique future formation de médecin esthétique.

Apprenez à retrouver une liberté de pratiques, revaloriser votre consultation médicale, réussissez votre diversification...

Pour pratiquer librement la médecine, l'idéal est de ne pas se laisser influencer ni par les labos ("notre nouveau Diabétor est merveilleux") ni par les patients ("même pas un sirop docteur? s'il vous plait...allez s'il vous pléééééé"). Pour revaloriser la consultation médicale, il faut faire son travail correctement : écouter les patients, les examiner, ne pas nuire. Se diversifier? Pourquoi pas mais il faudrait en avoir envie, je n'ai déjà pas le temps pour assez de médecine générale, la vraie, celle que j'aime.

Le Symposium d'avril aura lieu à Barcelone (jolie photo de plage soleil couchant pour faire baver, bravo, aujourd'hui avec la neige ici, ça marche) en Avril (en avril, il y fait 14°, bon c'est un peu plus qu'ici) pour participer au lancement du 1er réseau européen pour la longévité (j'ai laissé tomber la touche majuscule mais ils en mettent partout). L'hotel est 4*, situé à côté de la cité olympique et à deux pas des plages barcelonaises, vous pourrez y contempler la ligne d'horizon depuis la terrasse panoramique avec piscine et vous détendre au Spa. (oyez, oyez c'est l'office de tourisme qui vous parle, je ne sais pas quand on trouvera le temps d'aller à la formation mais niveau tourisme, c'est plutôt pas mal)

Programme : (pour se distraire entre les séances de spa)

Préserver et reconstituer un capital santé : nutrition, micro-nutrition, supplémentation, complémentation. (Là ça pourrait m'être utile je ne vois pas la différence entre toutes ces petites choses)

Corriger et stimuler : traitements par addition, traitements par soustraction (on se foutrait pas un de moi avec des termes pipeau? C'est injection-succion)

Eliminer et réparer : élimination des poils, taches. Lumière pulsée, resurfacing de la peau et rajeunissement cutané par laser Co2 fractionné. 

Raffermir et restructurer : traitements non invasifs de la silhouette (radiofréquence et ultrasons de cavitation) traitements semi-invasifs de la silhouette : carboxythérapie et lipolyse laser

Voilà, tout ça pour atteindre l'objectif dont j'ai parlé : être lisse comme un cul de partout (cette expression est un peu débile, les culs sont rarement lisses : poilus, celluliteux...).

Entreprendre et réussir La voilà, cette fameuse journée "gestion du cabinet". Ou comment s'en mettre plein les fouilles en le justifiant par la nécessité de le faire pour l'intérêt des "patients visionnaires".

Si Barcelone ne vous convient pas, il est possible de faire la même formation au Portugal. 

C'est cher mais bien entendu, ce Symposium est entièrement déductible. Me voilà rassurée

 

Bon ben, je ne suis pas convaincue, je crois que je vais continuer de faire de la petite médecine, moins rentable,  moins tape-à-l'oeil, moins visionnaire.

Je vais continuer d'expliquer qu'un rhume ça ne nécessite pas de venir chez le médecin et qu'un traitement est inutile, d'aller écouter des vieux me raconter leur vie, de garder mon calme quand on me reproche les supposées trop importantes vacances de celui que je remplace, de parler doucement aux enfants afin qu'ils vivent le mieux possible les consultations... Et surtout continuer d'essayer de dédramatiser la pesée chez les ados et leur rappeler que les magazines ne sont pas la vraie vie, que chacun est unique...

Tant pis pour mon compte en banque.

Tant mieux pour moi

 

NB : Qu'on ne se méprenne pas, dans certains cas, quand corriger un "défaut" permet d'améliorer la vie, la chirurgie esthétique peut être nécessaire. Ce que je déplore, c'est la tendance à considérer la médecine comme un acte de consommation comme un autre. Donc l'escalade à créer de nouveaux besoins et de nouvelles solutions à ces prétendus besoins. Ce n'est plus de la médecine. C'est du commerce.





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Rédigé par Fluorette

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Publié le 23 Février 2011

Elles sont deux à entrer dans ta chambre. L'une d'elle tient un plateau avec du matériel de perfusion. Elles sourient.

- Bonjour, on vient vous poser la perf.

- Bonjour

- Ca vous dérange si c'est l'élève qui le fait? Elle est en dernière année, elle n'en a jamais raté et passe son DE* demain.

- Non non. 

- Alors au boulot.

L'élève s'installe et attrape ton bras, elle serre le garrot, elle tapote ta main. Elle attrape le cathéter. Tu as horreur qu'on te pique mais en ce moment, tu penses à ce qu'ils pourraient bien te trouver, ça fait passer l'angoisse de la piqure au second plan. Et tu as confiance. C'est là que la gourdasse qui l'encadre te remet les pieds sur terre en disant :

- Fais attention, elle est médecin.

L'ambiance s'est glacée. Tu la frapperais. Tu n'aimerais pas être à la place de l'élève. Cette pression supplémentaire. Tu as senti sa main se contracter sur la tienne après ces quelques mots.

Evidemment, elle rate. La veille de son DE. Tu grimaces. C'est l'infirmière qui, la minute d'après, te pose la perfusion. 

Tu te demandes vraiment pourquoi elle a dit ces quelques mots. 

 

 

* Diplôme d'Etat d'Infirmière

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 22 Février 2011

Norbert vient en consultation lundi matin. Il n'a pas de chance, il attend longtemps, il y a énormément de monde aujourd'hui (essentiellement pour des renouvellements, les boites finissent-elles toutes les dimanches? c'est un des mystères de la consultation libre)

- Je viens parce que je crois que j'ai une phlébite.

- Vous en avez déjà fait?

- Non jamais.

- Qu'est ce qui vous fait penser que vous en faites une?

- Ben, sur ma jambe c'est rouge et ça fait mal.

- Depuis quand?

- Samedi, enfin un peu vendredi. Mais ça va.

- Ok, je vais regarder. Déshabillez vous.

En effet, à l'examen, un cordon superficiel sinueux induré du genou jusqu'en haut de la cuisse. La peau est rouge en regard. Le mollet et la cuisse sont souples. Le réseau veineux de ses deux jambes est catastrophique mais il ne fait plus opérer parce qu'il en a marre. L'auscultation et la tension sont normales. Il n'y a pas de tachycardie. Il n'est pas essoufflé. Je fais une injection d'anticoagulant.

Je prend rdv pour Norbert qui me chuchote pendant que je parle à la secrétaire que ce serait mieux un rdv demain parce que les après midis il va voir sa femme. La secrétaire a un créneau pour le soir. Je confirme. Norbert ira voir sa femme un peu moins longtemps aujourd'hui. Elle est hospitalisée pour cancer depuis 3 mois, il pense qu'elle ne rentrera pas à la maison. Il y va tous les jours. En rédigeant le courrier, je me dis que pour une phlébite superficielle, ça aurait peut-être pu attendre un peu. Mais l'étendue de la phlébite m'interpelle.

Mardi matin, je revois Norbert. Compte-rendu du phlébologue : Thrombose veineuse profonde étendue nécessitant anticoagulation de 3 mois.

En fait, le réseau veineux de Norbert est sacrément thrombosé! Il a préféré revenir me voir pour les ordonnances pour la suite et pour me tenir au courant. Je lui en sais gré. Si le phlébologue a expliqué quelquechose, Norbert n'a rien compris. J'explique le problème, les traitements, la surveillance de l'INR. Norbert n'a pas de question. Il veut juste aller voir sa femme cet après-midi.

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 21 Février 2011

Ce titre est un jeu de mot pourri.

Cela fait donc 4 semaines que j'ai repris le sport. J'arrive à faire 2 (à 3) séances par semaine d'environ 1 heure. Même si en ce moment, je vois très peu de patients et que je risque de me momifier sur le fauteuil avec des toiles d'araignées partout, je suis malheureusement obligée d'y être tous les jours et d'attendre le chaland (il y a des expressions comme ça qui me font rire, le chaland en fait partie, je suis une grande enfant). Ce qui ne me laisse pas la possibilité de courir quand je le voudrais. Mais je fais beaucoup d'internet. J'essaie de ne plus me connecter le soir à la maison, ça permet d'éviter que Mr Poilu ne soit conforté dans son opinion que je suis une droguée de l'ordi (mais il a raison, c'est dur de ne pas l'allumer) et de passer du temps ensemble.

Le bilan est pour l'instant positif. 

Les séances sont de difficulté croissante. C'est plus difficile certes mais vraiment pas insurmontable. Il y a une séance sur laquelle j'ai dû marcher pour cause de point de côté, je l'ai refaite 2 jours plus tard sans difficulté. Le moment était mal choisi pour aller courir, j'avais soif car j'avais eu trop chaud au cabinet avant et mon rythme cardiaque de base trop élevé ce jour-là, j'aurais du prendre un peu de propanolol. Le seul point qui ne me plaisait plus était la musique. En effet, j'ai utilisé celles fournies au début. C'était agréable jusqu'aux périodes de course de 8 minutes où les musiques d'ascenseur durent trop longtemps et ne motivent pas assez. J'ai donc téléchargé le logiciel et c'est quand même bien plus sympa de courir sur du LadyGaga.

Physiquement, je me sens mieux. Ma tachycardie ne s'est pas vraiment améliorée mais le stress est important et cela ne fait pas assez longtemps que j'ai repris le sport. Un point intéressant est que je ne suis jamais essoufflée en courant alors que dans ma vie de tous les jours au repos oui. Ce qui confirme que je somatise beaucoup, je suis une follette (expression d'un de mes anciens chefs hospitaliers). Les soirées qui suivent les courses sont plus détendues, je respire mieux.

Ce sont de très bons moments. Dimanche j'ai rencontré un faucon qui s'est posé à quelques petits mètres de moi. Nous sommes restés quelques instants à nous regarder et puis je suis repartie. Ailes déployées, il semblait immense. Au repos il était impressionnant. Bref.

Je n'ai pas perdu de poids. Ce n'est pas mon objectif et je ne suis pas les consignes alimentaires. Il est inenvisageable d'arrêter le fromage et le vin rouge. Mais ma peau est plus ferme et mon gras est plus joli. Ames sensibles s'abstenir : ça bloblote moins, la cellulite est plus lisse et moins grumeleuse. Mr Poilu (qui n'est pas un spécialiste du compliment)  me l'a dit. Il pense aussi qu'au niveau du petit bidon ça n'a rien changé. Mais son avis donné vautré depuis le canapé n'a que peu de valeur.

Ce qu'on peut reprocher à cette méthode est qu'il faut se bouger soi-même. Mais à part en ayant un coach qui viendrait sonner à la porte pour me sortir de force de la maison, aucun autre sport ne m'apporterait ça!

J'ai récupéré le planning des courses en alsace, je pense qu'il faut se motiver avec des objectifs. J'attends mi mars, fin du programme pour voir de quoi je serai capable à ce moment.

Pour le moment, je coure.


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Rédigé par Fluorette

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Publié le 19 Février 2011

C'est lundi, premier jour dans ce cabinet. Il y a un message sur le répondeur. Il faut passer chez Alphonsine parce qu'elle est tombée. Je ne sais pas qui est Alphonsine, il n'y a pas d'adresse, pas de numéro de téléphone... Je verrai plus tard.

Dans la matinée, une femme appelle. C'est la fille d'Alphonsine. Je lui explique qu'elle aurait dû laisser ses coordonnées. Elle semble un peu perdue. Le médecin de garde est déjà passé hier pour la chute. Mais la situation a l'air compliquée.

Je décide de passer après les consultations. 

La fille arrive en même temps que moi. Son mari est déjà là. Nous rentrons par l'escalier de derrière (ici il y a des escaliers partout pour entrer dans les maisons, il parait que c'est pour se protéger des crues, mais de nombreuses maisons en haut de collines ont des marches, c'est le cas de celle-ci, c'est une catastrophe pour les petits vieux) Pour aller dans la chambre, il faut traverser des pièces avec obstacles et tapis divers, tant de causes de chutes. Alphonsine est sur son lit. Toute petite et toute maigre. Alphonsine n'a mal nulle part. L'examen ne retrouve que d'anciennes douleurs d'épaules très modérées. J'explique à Alphonsine qu'il serait bon de changer de chaussons, pour qu'ils tiennent mieux aux pieds que ses savates à talons (je vois sa fille soupirer dans le fond). Je la fais marcher. Alphonsine marche en regardant ses pieds à cause d' une cyphose très importante. Elle a son bracelet d'alarme. Depuis hier seulement me dit la fille, sinon elle ne le porte jamais. Je parle de kiné et de prévention des chutes : ablation des tapis et obstacles. Je parle toute seule. Alphonsine me sourit. Je la laisse se reposer. Je sens que le problème n'est pas cette chute.

En effet, en discutant avec sa fille, le problème ce sont toutes les chutes, le caractère d'Alphonsine qui n'est pas la vieille dame gentille que j'ai vue qui souriait uniquement pour me faire plaisir (et qui n'accepte pas le changement de chaussons entre autres, d'où le soupir), et surtout le retour prochain de Pierre... Elle dit que ses parents ont toujours été très durs et que ça ne s'arrange pas avec le temps. Je trouve son regard très las.

Alphonsine chute tout le temps. Elle refuse le kiné. Sa fille me raconte qu'elle lui crie dessus et refuse les chaussons, l'ablation de tapis, les aides...

Pierre est hospitalisé depuis un mois suite à une chute. Il veut rentrer. Il est hémiparétique. Il n'accepte pas ce handicap. Il a bricolé une chaise à roulette pour se promener dans le jardin, il en tombe tout le temps, dans la terre. Le gendre me raconte que quand il fait beau, Pierre descend les escaliers (seul parce qu'il estime qu'il peut le faire, ça ne passe pas à tous les coups) pour aller dans le jardin, le gendre s'assoit sur le banc dehors, le regarde faire rouler sa chaise dans le jardin et le ramasse régulièrement.

Alphonsine et Pierre ont tous les deux des caractères de cochons. Ils ont refusé les aides proposées par leur fille. Ils ont caché les feuilles de l'APA. Elle est épuisée de les aider tout le temps et de lutter pour leur faire accepter de l'aide. Son mari aussi. Ils ont tous les deux 60 ans. Ils sont à la retraite depuis peu et sont en permanence ici pour les surveiller, les relever et se faire insulter. Bien sur, on pourrait se dire qu'elle n'a qu'à les laisser parfois et ne pas s'angoisser. Mais ils tombent tous les deux tout le temps et lui est violent. C'est leur fille, elle ne veut pas les abandonner. Jusqu'à quand tiendra-t-elle? Bien sur on pourrait se dire qu'elle n'a qu'à imposer tout ça puisque ce serait mieux pour eux. S'il n'y avait qu'Alphonsine ce serait possible. Mais je ne connais pas Pierre. 

Il est difficile de débarquer dans une situation pareille qui ne date pas d'hier mais qui choisit justement cette semaine où je suis là pour atteindre ses limites. Je suis toujours circonspecte car parfois les enfants souhaitent seulement se débarasser de leurs parents. Ce n'est pas son cas mais elle n'en peut plus (les infirmières me confirmeront par la suite que tout est vrai).

Je lui conseille de faire des démarches pour demander des aides. Et nous verrons ensuite comment ça se passera.

Jeudi, la dame des aides est passée. Le nouveau dossier APA est demandé, je le remplirai dès que nous l'aurons. La réunion de mise en place aura lieu le 3 mars. Ca semble si loin.

C'est vendredi. Pierre est rentré hier. Sa fille et l'infirmière m'appellent car Pierre est tombé cette nuit. Déjà la deuxième fois depuis son retour. Elles ont du le ramasser ce matin. La nuit a été difficile. Sa fille a essayé de dormir sur place, lui n'a pas dormi et a été agressif avec sa femme et elle.

Je vais faire sa connaissance avec entrain. Il est bourru. Il se laisse examiner en ronchonnant. Je lui dis qu'il faudrait une radio de son épaule. Il s'énerve, crie en pâtois, puis tape sur la table en disant que c'est terminé, qu'il n'ira pas. J'essaie de négocier. Puis je crie un peu aussi. Rien n'y fait. Il tape souvent sur la table. Pendant ce temps, Alphonsine dérange la cuisine. Je me rends compte que c'est un homme violent et que malgré son âge et son handicap, ni moi ni son gendre (qui est vraiment une crème) ne ferions le poids.

Sa fille me dit que depuis qu'il est rentré, 2 litres de rouge sont passés quand elle était rentrée chez elle souffler un peu. Les infirmières lui ont conseillé de partir en claquant la porte pour leur faire comprendre que ça ne peut pas continuer comme ça. Elle l'a fait hier soir. Pour elle, c'est dur car elle ne veut pas "les abandonner". Pour eux, ça n'a rien changé.

Aujourd'hui, nous sommes dans l'attente d'une nouvelle chute. Pour moi, c'est un échec de retour à domicile. L'hôpital ne nous a pas contacté. Il avait été hospitalisé pour chute un week-end par les pompiers, sans courrier du médecin traitant, ils n'ont jamais demandé d'information. Ils l'ont renvoyé avec ses troubles de la marche, sans aide, sans demander avis à sa fille puisqu'il était désagréable avec le personnel. Je n'ai pas encore de compte-rendu, je n'ai que peu de données. Je me souviens d'une époque où j'étais interne en gériatrie. Nous n'avions qu'une consigne : optimiser le retour. Ca signifiait : contacter l'aidant et le medecin traitant, mettre l'assistante sociale sur le coup pour d'éventuelles aides, et faire en sorte que tout soit ok pour le retour. 

Je ne sais pas quoi faire. Je me sens impuissante. 

Avez-vous des idées à me proposer?
 


NB : Il refuse bien sur les tests mémoire que j'ai proposés et peut-être les réussirait-il. 


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Rédigé par Fluorette

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Publié le 18 Février 2011

Mardi, sa grand-mère me demande de venir la voir au domicile puisqu'elle "n'est pas du tout en état de venir en consultation"*

A mon arrivée, Marie est au lit parce que sa grand-mère l'y a obligée. Mais elle serait tout à fait en forme pour venir au cabinet (ses parents ont une voiture mais avaient mieux à faire) Elle a une toux seche febrile. L'examen clinique est par ailleurs strictement normal. Je prescris du paracetamol ainsi que du repos. Le repos me semble être la partie la plus nécessaire mais c'est celle qui est le plus souvent négligée. Je lui conseille d'arrêter de fumer. Marie me dit qu'elle ne dort que 4 ou 5 heures par nuit, les journées sont trop courtes. Et elle les passe épuisée. Elle ne veut pas arrêter de fumer. Elle voudrait du stresam aussi parce que le bep c'est difficile à gérer d'après elle. Elle en a déjà pris. Elle dit qu'elle fait de la tétanie.

Vendredi, sa grand-mère me rappelle car Marie a toujours de la fièvre et des céphalées. Elle ne tousse plus. Je demande à ce qu'ils viennent au cabinet. Ils attendent lundi pour consulter.

Lundi, Marie est accompagnée cette fois de sa mère. La fièvre a disparu mais Marie est toujours fatiguée et souffre encore de maux de tête. L'examen est toujours strictement normal. Je prescris une prise de sang afin de rechercher un syndrome infectieux que je ne détecterais pas, ou une grossesse puisqu'elle oublie régulièrement sa pilule.

Au cours de la semaine, je ne vois pas de résultat arriver.

Vendredi elle revient en consultation avec sa grand-mère. Cette consultation est difficile car la famille croit qu'elle est retournée à l'école alors qu'elle me fait des mouvements d'yeux et de bouche pour me dire que non. Quand je l'examine dans l'autre pièce, nous discutons. Elle n'a pas très envie de parler. Elle a surtout une vraie belle angine toute rouge que je traite. Je leur demande d'aller faire la prise de sang qui n'a pas été réalisée en fait, j'appelle le labo pour qu'il la prenne même s'il est 18 heures.

J'ai quitté ce cabinet le samedi. J'ai appelé le labo qui a seulement pu me dire qu'elle n'est pas enceinte et que la CRP est élevée. Serologies en attente

Cette semaine, la remplaçante suivante m'a appelée pour autre chose. Elle a revu Marie, les sérologies ne sont toujours pas là. Elle aussi pense qu'il y a quelquechose derrière tout ça. Mais pas quelquechose de physique. Marie lui a parlé de sa tétanie et de son stress, exactement les mêmes paroles qu'à moi. Mais rien de plus. J'espère qu'elle parviendra à parler de ce qui ne va pas.

 

* Cette visite est injustifiée d'un point de vue médical. Régulièrement des patients demandent quelles sont les critères de visite à domicile, se reporter au site de l'assurance maladie Il n'y a qu'un point sur lequel on peut chipoter, c'est le "maladie contagieuse". Dans une interprétation très large, toute personne ayant un rhume peut bénéficier d'une visite

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 17 Février 2011

L'heure des consultations est presque finie, la sonnette retentit. Zut, tu pensais n'avoir plus qu'un patient et aller courir après.

Tu ouvres la porte de la salle d'attente, le patient rentre. Tu la vois, c'est une visiteuse médicale. 45 ans, sourire tellement figé que tu as l'impression qu'ils ont raté son botox, brushing foufou sur cheveux secs tant ils ont été décolorés, un énorme sac qui déborde de dépliants. Tu lui dis que tu ne reçois pas les visiteurs médicaux. Elle te supplie presque de lui accorder cinq minutes. Elle te dit que c'est pour les contraceptions. Tu es faible et fatiguée, tu acceptes. Tu regrettes déjà. Tu t'en veux d'avoir oublié de mettre le panneau comme quoi tu ne les reçois pas sur la porte. Tu as vraiment la tête ailleurs cette semaine.

Tu fais sortir ton dernier patient. Tu soupires. Tu n'as pas envie de la voir. 

Tu la fais entrer. Tout de suite, elle occupe l'espace. Elle étale ses affaires par terre. Elle te parle comme si vous vous connaissiez depuis toujours. Tu prends ton air blasé mais tu sais que tu n'arrives pas à prendre l'air blasé. De toute façon, elle s'en tape. Elle est là pour te montrer sa came et te la faire accepter. Elle s'appuie sur le bureau. Tu es dans le fond de ton fauteuil, en position de repli. Elle te montre le dépliant pour la fameuse pilule. Tu regrettes de ne rien avoir lu sur le sujet. Pourtant en cours de communication, on t'avait dit que ça marchait les positions corporelles. Apparemment non. Il faut vraiment que tu postes ton abonnement à Prescrire.

L'argumentaire est toujours le même : "Cette pilule est extraordinaire! C'est le premier estradiol naturel. Vous vous rendez compte? On se rapproche de la nature, 4 dosages sur un mois. Quel bonheur pour les femmes (et pour les poches du labo). Regardez ces petits diagrammes comme ils sont merveilleux et comme ils montrent que cette pilule est formidable! (il est très facile de fausser les diagrammes avec des échelles différentes, on peut tout faire dire aux chiffres en bidouillant bien) La vie est plus belle avec que sans. Pour les jeunes c'est super parce que c'est 28 comprimés or c'est toutes des têtes de linotte. D'ailleurs je l'utilise et ma fille aussi (tu te rappelles que toutes les visiteuses de labo t'ont toujours raconté qu'elles utilisaient la pilule qu'elle vendaient, pourtant celle là tu l'aurais cru ménopausée, le botox peut-être) et depuis nous sommes ravies."

Tu te rappelles la sortie de jasmine que tu as préféré ne jamais prescrire et qui est maintenant sur la liste des médicaments sous surveillance. Tu es restée sur des valeurs sures, sur lesquelles on a du recul, comme d'habitude. Les trucs tout nouveaux tout beaux tu n'es jamais emballée. L'expérience t'a donné raison, comme pour ce merveilleux médicament qui faisait maigrir les diabétiques, l'acomplia. 

Elle a une logorrhée verbale. Tu aurais dû chronométrer ces fameuses cinq minutes accordées. A une époque tu l'as fait et puis tu as arrêté de les recevoir, même 5 minutes c'était trop long, tu ne leur dois rien.

Elle veut te donner un dépliant, tu ne les prends jamais, sinon ils partent de toute façon à la poubelle. Elle a une autre pilule à te montrer. La seule chose qui t'intéresse c'est la date de sortie du miniMirena. Elle ne sait pas : "bientôt". Bon, il y a 3 ans c'était déjà bientôt.

Tu ne l'écoutes pas vraiment. Elle parle trop. Elle s'en va enfin.

Tu fais des recherches. Prescrire a dit de cette pilule "n'apporte rien de nouveau", il vaut mieux continuer de prescrire ce dont tu es sure. Tu scotches le panneau sur la porte. Il est temps d'aller manger. Enfin.

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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma médecine

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Publié le 16 Février 2011

Il y a une maladie épidémique bénigne qui ne touche les patients que lorsque la consultation libre est assurée par un remplaçant. C'est même ce dernier qui en est responsable. Il suffit qu'il se montre dans la salle d'attente pour qu'elle contamine un pourcentage variable de la population présente. Cette maladie c'est la fuite. Si la consultation est sur rendez-vous, ils sont prévenus, ils sont là et ne partent pas.

Lorsqu'il n'y a pas de rendez-vous, je dois arriver à l'avance, avant l'horaire prévu pour les consultations. Le système est curieux puisqu'après il faut attendre. Je suis dans le bureau, les patients de l'autre côté de la porte. Mais j'attends. Si je commence en avance sur l'horaire quelques jours de suite, les patients arrivent de plus en plus tôt devant le cabinet, ce qui m'oblige aussi à arriver de plus en plus tôt. Je ne sais pas comment ils le savent mais ils doivent en parler entre eux ou alors ils ont un sixième sens. Ca marche comme ça partout.

En étant là plus tôt, j'entend les gens entrer. Je sais s'ils sont plus ou moins nombreux. A l'heure dite, j'ouvre la porte, je dis bonjour. Les regards se lèvent des magazines, la surprise se lit sur les visages, certains froncent les sourcils, d'autres ont l'air inquiet, certains ne changent pas. J'attends que le premier entre dans le cabinet.

C'est à ce moment que se propage l'épidémie. Celui qui était satisfait d'être arrivé le premier devient blême, je le vois penser "mince, pour une fois si j'avais été second, j'aurais pu m'échapper". Mais non, c'est lui le premier alors il entre. Il tient sa casquette dans ses deux mains et il entre voûté, comme si le poids du monde reposait sur ses épaules.

Quand le premier patient est sorti, j'ouvre de nouveau la salle d'attente, la fuite a frappé. Il y a beaucoup moins de patients présents. Ceux qui restent sont généralement très satisfaits d'attendre moins longtemps. Ils en rigolent même dans le cabinet : "vous avez vu? Ils sont partis. Pourtant vous êtes docteur quand même, comme l'Autre, c'est bête". (l'Autre a droit à une majuscule, c'est lui qui détient le savoir)

C'est bête en effet parce qu'il arrive que je reste quelques semaines sur un remplacement. Et ceux qui ont refusé de me consulter la première semaine doivent finalement revenir la deuxième ou la troisième. C'est bien bête de revenir tout penaud, en espérant que je ne ferai aucune réflexion. 

C'est d'autant plus ballot que pendant certains remplacements, les gens fuient tellement qu'on ne voit presque personne de la journée. Il m'est arrivé de ne pas rentabiliser mon aller-retour. Dans ce cas, je ne retourne pas remplacer ce médecin, qui a du mal à trouver quelqu'un d'autre car peu d'entre nous vont à la campagne (c'est en effet essentiellement en rural que ces épidémies sévissent), sans secrétaire, parfois sans ordinateur, pour une rétrocession ridicule. Et ce sont ceux qui ont fui qui vont après se plaindre auprès du praticien qu'il n'est plus remplacé lors de ses vacances et "comment on fera quand vous serez ENCORE en vacances?" (espèce de feignasse, ndlr). Ou "quoi il est malade? mais comment est-ce possible?" (je me le demande... un médecin malade on aura tout vu)

En effet, pour de nombreux patients, le médecin ne doit ni être malade ni être en vacances. Il doit être là, présent, disponible. Tous les jours de toute l'année. Samedi après-midi compris.

Mais en vrai, le médecin est un homme (ou une femme). Un être humain comme les autres. Que la maladie peut toucher. Que le burn out peut détruire.

Je remplaçais régulièrement un médecin (sur rendez-vous). Ses patients étaient désagréables et exigeants. C'était souvent tout, tout de suite. Lui était gentil, très gentil même et très compétent. Un jour, il a été malade. En salle d'attente, nous avions affiché "remplacé pour une durée indéterminée". Les patients ont eu peur. De ne plus avoir de médecin du tout. Par la suite, ils ont été bien plus agréables et bien moins exigeants. J'ai même entendu "c'est bien qu'il prenne des vacances, qu'il se repose". Mais ce n'est pas la majorité. J'ai remplacé des médecins qui ne prenaient que 2-3 semaines par an en bossant énormément le reste du temps, leurs patients disaient souvent "encore en vacances, j'aimerais bien être à sa place". Ca je n'en suis pas sure. C'est un métier agréable mais difficile.

Il est nécessaire de se préserver, de se protéger en n'ayant pas que la médecine dans la vie. Il faut s'ouvrir à d'autres intérêts : voyager, faire du sport, aller au cinéma et surtout cotoyer des gens non malades (ça parfois même dans les diners* c'est difficile). Et pour cela, il y a besoin de remplaçants.

Je ne sais pas ce que les gens s'imaginent que nous sommes. Boree m'a récemment fait part d'un bel échange téléphonique : - Allo Dr Machin? - Non c'est son remplaçant - Mais il n'y a personne alors? - Si il y a moi!

Alors que sommes-nous? Personne? Certains nous voient comme des medecins à part entière : avez-vous un cabinet à vous? Comment puis-je vous revoir vous? Est-ce que vous reviendrez? D'autres comme des sous-médecins : ils nous fuient. Et quand ils sont obligés de me voir, ils me demandent si j'ai un diplôme (d'ailleurs oui, je l'ai enfin reçu, j'en ai même deux : un doctorat et un DES, même pas eu d'orgasme à la vision de ces papiers pourtant si longs à obtenir). On ne me fait plus que rarement de réflexion sur mon âge, elle doit vraiment se voir ma ride du front.

Pour être plus au courant de ce qu'est un médecin remplaçant, petit rappel :

- on peut remplacer à partir de la moitié de son internat après avoir fait son semestre de stage chez un praticien. Le remplaçant est alors un interne. C'est rare, l'interne a peu de temps en dehors de ses stages. (mais l'interne est déjà compétent, il interroge, examine et prescrit déjà correctement)

- le remplaçant peut être non thésé ou thésé. Le remplaçant non thésé a fini son internat, il a validé son cursus, il est médecin généraliste mais il n'a pas le titre de docteur. Il peut remplacer 3 ans après la fin de son internat sans thèse. Donc le remplaçant doit rédiger sa thèse (sinon il est puni, il n'a plus le droit de travailler, il doit rester inutile chez lui). Une fois que c'est fait il la soutient. Là il reçoit son joli diplôme (enfin pas immédiatement faut pas être trop pressé) et a le titre de Docteur. Ce titre ne change rien à la pratique. On n'est pas meilleur parce qu'on est thésé. Et la thèse ne change pas la face du monde ni de la science.

Les remplaçants ne sont pas de moins bons médecins que les installés. Ils ne sont pas meilleurs non plus. Ils peuvent apporter un regard différent sur les patients ou la façon de gérer les dossiers. Certains installés sont friands d'un avis sur leur pratique. Quand le remplacement est régulier, ça peut donner de très bons résultats professionnels et humains pour les 2.

Le remplaçant prend le temps de voir l'eau du bain avant de s'intaller : où, selon quelles modalités, avec qui. S'il a la bougeote, ça lui permet de se promener en France avant de poser ses valises. Certains restent longtemps remplaçants. Un installé peut avoir moins d'années derrière lui qu'un remplaçant.

Bien sur, c'est comme avec tous les medecins, certains s'investissent plus que d'autres, le contact passe plus ou moins.

N'ayez pas peur des remplaçants, ils ne mordent pas! (enfin normalement)

 

Edit : billet d'Alice sur le même sujet qui m'a beaucoup plu. La comparaison est logique

 

* Que personne ne se méprenne, je ne vais pas à des "diners" mondains... Je vais parfois manger chez des amis ou au resto    

 

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Rédigé par Fluorette

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