Publié le 9 Juillet 2014

C'est passé relativement inaperçu. Il faut dire qu'il y a plus important que ce dont je voulais vous parler pour se crêper le chignon en ce moment : le tiers payant généralisé chez le médecin généraliste qui réglera évidemment tous les problèmes d'accès aux soins puisque les gens renoncent en premier aux soins dentaires et aux lunettes... Effets d'annonce et de manches. C'est bien expliqué ici.

Et puis Catherine Lemorton, occupe un peu le terrain médiatique en insinuant que les médecins libéraux laissent mourir les gens. Oui, c'est vrai, quand ils m'appellent à 17h pour un nez qui coule et que je refuse un rendez-vous pour le jour-même, parfois ils me menacent d'un "on peut mourir alors" et ils vont probablement gonfler les statistiques de ceux qui ont dû "renoncer au soin car il n'y avait pas de médecin disponible" en prenant une pose à la Sarah Bernhardt.

Bref, l'autre jour, VanRoeky a parlé et a a été relayé par le Quotidien du Médecin :

"L’Assurance-maladie pourrait économiser 500 millions d’euros si les médecins augmentaient la part des médicaments génériques dans leurs prescriptions, a affirmé sur RTL le directeur général de la CNAM, Frédéric van Roekeghem. « Un petit effort des médecins à mieux prescrire le médicament, moins d’antibiotiques, plus de médicaments génériques lorsque c’est possible, nous permettrait tout à fait de dégager des marges de manœuvre sans dérembourser les patients et d’introduire les innovations », a ajouté le patron de la Sécu.

Bien sûr. Applaudissements.

Parce qu'évidemment, si l'assurance-maladie va mal, c'est à cause des médecins. Comme d'habitude. Ces salauds qui prescrivent trop, trop d'antibios, pas assez de génériques. Pfff.

Ben scoop, pas seulement à cause d'eux.

Parce que les gens n'aiment pas les génériques. Même si certains c'est juste par principe. Et yen a qui ne comprennent rien parce que quand ils ont eu un princeps prescrit en premier, faut que j'écrive "non substituable", sinon le nom change à la délivrance du médicament. Pas très logique car les médocs que j'ai prescrit en DCI, là ça ne les dérange pas d'avoir le générique puisque c'est le même nom sur l'ordonnance et la boite, donc ce n'est pas un générique. Ça me donne mal à la tête d'essayer de comprendre. VanRoeky ne s'est pas posé la question de savoir si présenter les génériques comme une punition, c'était finaud de sa part dès le début, pas sûr que ça aide bien à faire accepter la substitution. Au début, j'ai perdu du temps à expliquer le princeps, le générique, la dci, etc. J'ai perdu tellement de temps... De toute façon, je prescris en DCI. Et s'ils ne veulent pas du générique pour les autres qu'ils ont depuis longtemps, j'écris consciencieusement comme une punition "non substituable" de ma belle écriture de docteur. Et quand ils aiment d'amour le Doliprane, je prescris Doliprane et pas du paracetamol.

Alors l'autre effort demandé, c'est les antibiotiques, sauf que ne pas prescrire un antibiotique, ça prend du temps ! Prescrire, c'est facile, on dit juste : voilà vous prendrez ça matin et soir pendant 6 jours. Dix secondes ça prend ! Mais ne pas prescrire, c'est long, faut expliquer que ça passera tout seul, que c'est viral, et que non l'antibiotique ne marchera pas même si la bouchère elle a dit que son médecin à elle il lui met toujours un antibio et que ça passe plus vite, qu'il faut dormir, laver le nez, et que la toux c'est quinze jours, voire plus, etc. Donc je perds encore ce temps-là, parce que je suis encore convaincue que moins on en prescrit, moins il y aura de résistances à type collectif, et moins d'effets indésirables, à titre individuel.

Donc tout ça c'est du temps. Le temps c'est malheureusement de l'argent. Alors avec l'URSSAF qui a augmenté, la prochaine obligation de payer une mutuelle aux employés, EDF qui va augmenter aussi, le gars qui tond la pelouse du cabinet qui a augmenté sa facture parce que si tout le monde le fait, pourquoi pas lui, ben si on voulait moins prescrire, il faudrait plus de temps par consultation. Donc il faudrait revaloriser les consultations.

Mais ce même VanRoeky* expliquait en 2012 qu'on ne pouvait pas augmenter le prix des consultations parce qu'il fallait que les médecins voient plus de patients. Donc pour les stimuler à en faire plus, on n'augmente pas le coût du C.**

Et cerise sur le cake : VanRoeky prévient que si on ne fait pas de "petit effort", cette pauvre CNAM ne pourra pas dégager des marges pour rembourser et innover. Je traduis : si VanRoeky dérembourse, ce sera encore de ma faute. Notre faute à tous, les nantis en Porsche Cayenne.

Ben moi j'en ai marre, je ne ferai pas de petit effort, ni de gros. Maintenant je facture tous les actes, comme me l'a expliqué ma déléguée d'assurance maladie quand j'ai râlé que mon volume de prescription rapporté à mon activité était déconnecté de la réalité puisque je faisais des actes gratuits. L'acte gratuit c'est le mal. Genre si tu renouvelles l'arrêt de travail du cancéreux pour deux mois sans compter une consult, ben tu perds une consultation dans ton ratio nb jours d'arrêt / nb consultations.

Et mon culpabilitomère est à zéro.

Et si ça continue, j'irai en Suisse. Ou plus loin.

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Je n'ai pas l'habitude de linker des trucs comme ça, mais ça m'a un peu remuée. Pis c'est un peu en lien, puisque c'est une sombre histoire de paperasseries de sécu.

Et vous pouvez signer ici si ça vous remue aussi, merci.

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* à la minute 57 : "on a bien pensé à faire des consultations longues à 46 euros, mais ce que nous ne souhaitons pas, c'est que le prix de la consultation augmente, que les médecins prennent plus de temps, parce qu'on a besoin des généralistes pour soigner la population française. Il faut dire que nous avons des généralistes qui travaillent beaucoup." Puis il nie le temps de travail passé en niant les 25 euros de l'heure gagnés par généralistes, estimés par MGFrance selon le temps de travail, les congés qui ne sont pas payés, etc.

** Pour une fois que la cause c'est même pas la crise, mais la pénurie de docteurs. Faut dire que c'est la faute des jeunes ne s'installent pas ces feignants***, ça fait plus de boulot pour ceux qui sont installés et ceux-là, on va les épuiser jusqu'à la corde à leur faire voir des rhumes et signer des certifàlacons. Là on a énuméré tous les pompons de la pomponette.

*** Second degré, je précise, on ne sait jamais.

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 5 Juillet 2014

Nous avons échoué.

Nous avons échoué alors je me suis demandée : pourquoi y retourner alors que malgré tous les efforts, le test était négatif. Est-ce que ça aurait marché si nous avions essayé en France ? Qu'est-ce que j'aurais pu faire de plus ? Pourquoi continuer d'aller là-bas alors qu'on doit tout payer et que le remboursement risque d'être une longue bataille, en France tout serait pris en charge ?

C'est à ce moment qu'un courrier du Centre est arrivé, Centre qui s'est enfin aperçu que LePoilu n'avait pas fini ses prélèvements, et mon estomac s'est noué. Et il se noue chaque fois que je repense aux reproches du DrPasGentil quand LePoilu a pris du selenium, à ses moqueries quand j'ai dit que l'hystérographie était un examen un peu douloureux, aux après-midis entières de boulot perdues pour un seul rendez-vous et des heures d'attente dans une salle bien nommée d'attente, à son "non" catégorique pour un protocole court "parce qu'ici c'est comme ça", aux mots "bons candidats" dans sa bouche et au mépris dans ses yeux quand j'ai dit que oui je préférais une anesthésie générale pour la ponction...

Je préférais retourner où on m'a tenu la main pendant qu'on m'endormait pour le prélèvement, là où on m'a caressé le bras pour me dire sans les mots qu'on était là pour moi, là où on ne nous a jamais dit qu'on était de "bons candidats", là où on répond à nos questions, là où on nous sourit...

Et puis ils nous avaient demandé de revenir. Je me suis quand même demandée pourquoi LePoilu avait pris rendez-vous si tôt. Pourquoi si tôt après l'échec, et pourquoi si tôt le matin.

Parce que le réveil à 5h45, ça pique un peu les yeux. Et malgré l'heure, il y a déjà tellement de voitures, les bouchons commencent et c'est stressant car on n'aime pas être en retard.

En salle d'attente, j'ai essayé de lire Kundera, mais nos voisins ultra-tatoués et percés étaient bien plus intéressants à étudier et j'ai fini par poser ma tête sur l'épaule du Poilu qui jouait à CandyCrush. DrHans avait un peu de retard. Il était comme d'habitude souriant. Une ombre a voilé son visage quand il a dit : 6 ovocytes, 4 œufs, 2 implantations, et rien. Puis il a demandé la date de mes dernières règles, il a attrapé un calendrier, et il a dit "bon on commence la semaine prochaine ? ".

Nous on s'était dit qu'on attendrait octobre, parce que le centre serait fermé en août. Et que là c'était trop tôt. Et puis septembre LePoilu serait en déplacement alors octobre, voire même novembre, ce serait bien, comme ça, après ce serait Noël, les marchés, les lumières et ce serait moins douloureux en cas d'échec, et après on partirait en vacances en janvier au soleil. Tout était bien planifié et les vaches seraient bien gardées.

LePoilu a ouvert la bouche. En sortant mon agenda, j'ai dit "la semaine prochaine ça ne va pas être possible". LePoilu a fermé la bouche. DrHans a dit qu'ils fermaient en août mais seulement jusqu'au 15, alors il a plissé les yeux, calculé des trucs sur son petit calendrier, et a dit "alors le 18 Août ? ". LePoilu a demandé si ça serait le même protocole. DrHans a répondu que non, si on rate, on change. J'ai mmh-mmhé. Je me suis grattée le menton, le voyage en avion du Poilu posant problème. LePoilu a regardé mon agenda, et on a commencé à calculer des trucs. DrHans a dit de sa voix calme : "Ne calculez pas, vous me dites quand, et moi je calcule, et j'adapte, c'est mon travail". Alors on a choisi de changer complètement de protocole, ce sera plus long, mais ce sera quand même bientôt. Nous n'avions plus de questions.

Nous avons serré la main de DrHans qui souriait. Et j'ai proposé au Poilu d'aller manger un pain au chocolat accompagné d'un café. Mon premier pain au chocolat allemand. Différent et semblable à la fois. Commandé par moi, dans un allemand bafouillant.

- C'est trop tôt pour toi ?

- Non, mais on avait dit octobre, alors...

- Ben c'est sûr que niveau remboursement, pour l'instant on n'a rien. Financièrement on peut ?

Il a souri et dit en hochant la tête :

- On peut.

- Bon, j'ai bien vu que t'avais tiqué, qu'est ce qui te gêne ?

- On avait dit plus tard et là...

- Oui je sais, on avait dit octobre car on pensait qu'août n'irait pas. Pour le boulot, c'est mieux comme ça. Et j'ai besoin de le faire. Dans deux mois, je n'en pourrai plus d'attendre, comme la dernière fois. Et on vieillit, quand même - il sourit - et puis si on doit échouer encore, autant que ce soit maintenant.

- Mais c'est quoi ce protocole long ? Ca sera moins de piqûres ?

- Non, ce sera plus. Et je mériterai un énorme diamant pour tout ça. Déjà que c'est moi qui paie les pains au chocolat.

Je lui ai fait un clin d’œil. Il a ri et il m'a embrassée dans le cou.

Chacun a repris sa voiture. J'ai pleuré dans la voiture, nerveusement. Je suis arrivée au cabinet largement à temps, j'ai briefé secrétaire concernant la suite. Elle est prête à annuler des rendez-vous, je suis prête aux réflexions qui suivront. Elle m'a souri. Ça ira.

Et là, j'ai compris. Il fallait y retourner, ne pas laisser l'échec s'installer. Et il fallait retourner là-bas. Pour la confiance, pour les sourires. Parce qu'un poids est parti de mes épaules quand DrHans a rappelé que c'est lui qui s'adapte. Parce qu'avec eux, je sais qu'on me tiendra la main. Parce ce qu'au moins on peut y aller tôt le matin, même si ça pique les yeux. Parce que ça laisse le temps de prendre un café accompagné d'un petit pain. Parce que ça laisse le temps de se tenir la main.

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Rédigé par Fluorette

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