Publié le 29 Avril 2011

14 heures

- Bonjour

- Bonjour

- Madame Kipik?

- Oui

- C'est bien vous le Docteur Kipik?

- Oui

- Ah... Bon, bonjour c'est le Docteur Rigolo, je suis le régulateur.

- Ok

- J'ai une visite pour vous. Une dame de 80 ans, hypertendue, sous Previscan mais je ne sais pas pourquoi. Elle a fait un ictus amnésique ce matin de plusieurs heures. Sa fille vient de la retrouver. Là ça va mieux mais pour ce matin, ictus typique.

- Et?

- Il faudrait y aller.

- Je ne pense pas que ce soit nécessaire, si j'y vais, je l'hospitalise, autant l'hospitaliser directement. Si vous voulez à tout prix que j'y aille, je peux mais je trouve ça idiot.

- Ben, un ictus ça ne s'hospitalise pas nécessairement. Moi, ma maman je ne l'ai pas hospitalisée par exemple et des histoires comme ça, j'en ai plein. 

- Vous faites comme vous voulez, pour moi ça s'hospitalise.

- Ah, j'appelle une ambulance alors.

- Oui, faites. 

 

Certes, j'aurais pu y aller. Et s'il ne m'avait pas argumenté avec son histoire personnelle qui n'a pas assez de poids face aux dogmes qu'on m'a inculqués, sûr que j'y serais allée. Mais bon, pour l'hospitaliser!

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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma médecine

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Publié le 26 Avril 2011

Ma première course. Je la prépare depuis 2 mois. Deux à trois entrainements par semaine. Tranquillement.

J'ai arrêté les courses 5 jours avant le jour J. J'ai bien profité du week-end. Je me suis bien hydratée comme on me l'avait conseillé mais pas qu'avec de l'eau, repas de famille oblige. Et puis lundi, Mr Poilu et mes parents m'ont accompagnée. On s'est tous levés très tôt pour ça. Un jour férié. Moi j'étais réveillée bien avant le réveil.

Après l'agrafage du dossard au maillot, nous avons attendu au soleil en écoutant d'une oreille distraite l'animateur qui braillait dans son micro. Le lapin de Pâques se baladait dans la foule avec ses carottes. L'étang reflétait les arbres. Je me suis assise dans les aiguilles de pin et j'ai eu le cycliste plein de sève pour la matinée. C'était une très belle journée. 

J'ai fixé mon cardiofréquencemètre et me suis rendue sur la ligne de départ. J'ai collé mes écouteurs à mes oreilles. Mon coeur battait déjà trop vite. Le stress. La peur de l'échec peut-être. L'avant-départ est un moment un peu impressionnant.

Quand le départ a retenti j'ai couru. C'est difficile au début parce que certains partent comme des flèches. Je ne me suis pas laissée entrainer. Mais j'ai regretté de ne pas avoir gobé un propanolol le matin... Une femme courait avec un chien qui a bousculé plein de coureurs. Un homme courait en poussant un fauteuil roulant car de l'argent est reversé à une association. Certains étaient déguisés.

Dès le début, je pensais être presque dernière. J'ai vu s'éloigner le gros des coureurs. Jusqu'au cinquième kilomètre, un homme courait juste derrière moi. Parfois très vite pour me rejoindre  puis il marchait et je le perdais jusqu'à sa prochaine pointe de vitesse. Après, je l'ai perdu. Il faisait très chaud. Je n'ai pas assez bu au ravitaillement. Pas l'habitude, pas de notion, pas le temps d'écouter mon corps. J'avais soif mais combien? J'ai couru 4 kilomètres seule. En croisant des promeneurs, des vélos... Le parcours en forêt est très agréable. Le dernier kilomètre a été le plus long. Mal au genou, tendinite. Mais j'ai terminé! Et finalement je suis loin d'être dernière.

Objectivement mon chrono est mauvais. Moi je suis très contente. J'ai fini mon premier 10 kilomètres. J'ai aimé ça. J'ai passé une course très agréable, dans les sous-bois, sous le soleil, avec les encouragements et sourires des bénévoles. S'ils savaient comme ça fait du bien.

Je suis super fière d'avoir réussi. C'est une victoire contre moi même qui ne pensais pas en être capable et une revanche pour la petite grosse en moi qui a toujours souffert en sport au collège, surtout pour les cross. 

Alors oui aujourd'hui, je suis obligée de prendre l'ascenseur, j'aurai mal encore quelques jours, ça risque d'être un peu compliqué pour peindre ces jours prochains. Je ne vais pas courir avant quelques temps mais je reprendrai, ça me plait et ça fait beaucoup de bien.

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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma petite vie

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Publié le 20 Avril 2011

C'est une astreinte comme une autre à SOS. Mais pour une fois, c'est le matin, pas la nuit. Il fait soleil, c'est agréable, que demander de plus? 

Des SMS de visites sur mon vieux téléphone : "Jules, 65 ans, douleur thoracique, 12 rue des Bleuets - Ana, 3 ans, a avalé une pièce, Appt12 15 rue des Roses - Cathy, 9 ans, toux, 132 avenue de l'Espoir - Tom, 22 ans, éruption, 25 résidence des choupinets - Jean-Paul, 55 ans, douleur doigt appel SAMU, entreprise Alfa ZI des Blagueurs - Gabriella, 32 ans, crise d'angoisse, 6 route des Alpes" Et autant de motifs divers et variés. En grande majorité, des visites inutiles. Des symptômes disparus à mon arrivée ou des visites qui auraient pu n'être qu'une consultation. Ca manque d'éducation ou de baffes, au choix. Traverser l'agglomération dans tous les sens, garder son calme dans les bouchons, puis pénétrer l'intimité d'appartements luxueux ou traverser les couloirs d'une entreprise. Profiter des temps de trajets pour écouter de la musique. Se détendre entre deux reproches "mais j'ai appelé il y a déjà 45 minutes!". Chanter "Gimme gimme" pendant que j'attends au feu, faire rigoler le conducteur d'à côté parce que la chorégraphie associée est ridicule. 

Et puis : "Michel, 32 ans, toux et douleur thoracique, 3 rue de la Misère"

Ca tombe bien, je ne suis pas très loin. La rue est glauque au possible, à une époque ça a dû être une belle cité ouvrière. Je suis bien contente qu'il fasse jour. Nous sommes à quelques minutes à pied des grandes avenues et beaux appartements. Ici c'est tout l'inverse. C'est même caricatural. Des sacs poubelles éventrés trainent dans la rue. Les portes des immeubles sont écaillées, parfois il n'y a même plus de porte. La sonnette-interphone ne fonctionne pas, évidemment. J'entre dans un couloir qui sent le moisi. Les boîtes aux lettres sont toutes tordues. Au bout du couloir, une cour, deux escaliers. Hum hum, lequel choisir... J'appelle Michel. J'entends sonner un téléphone. Une fenêtre s'ouvre. Michel sort la tête et m'indique l'escalier à prendre. Il m'ouvre la porte. C'est un appartement minuscule. Il fait sombre. C'est le bazar.

Je mesure la chance que j'ai de vivre à la campagne, au milieu de mes orchidées dans un appartement lumineux, où le seul inconvénient est de trouver des mots sur post-its verts collés dans le hall demandant : d'arrêter de garer sa voiture dans la rue le jeudi c'est la place des poubelles, de ne pas marcher avec des chaussures de ville sur le parquet après 23 heures, de racheter du sel de déneigement... Et gnagnagna!

Bref, j'arrête de divaguer et je regarde Michel. Il est très agité. Il a déjà consulté à SOS il y a deux jours et le médecin lui a dit que c'était une petite toux et qu'il devait rentrer chez lui. Il tousse beaucoup, c'est gras. Il a rappelé parce qu'il a mal en basithoracique gauche. Il ne tient pas en place. C'est difficile de l'interroger. Il mentionne que l'autre médecin lui a déjà demandé s'il se drogue mais que non. L'auscultation est strictement normale, pas de crépitant. L'ECG est normal aussi. La saturation par contre est à 92%. Ca fait pas beaucoup et je n'ai rien d'autre. Mais quelquechose cloche. Je ne sais pas quoi, le petit clignotant dans ma tête, comme parfois.

Je lui explique que c'est mieux s'il va à l'hôpital. Il est d'accord. Nous attendons l'ambulance. Enfin surtout moi, lui il s'agite encore malgré les lunettes à oxygène à chercher un ticket de recharge pour son Mobicarte (au milieu de tout ce bazar, comment serait-ce possible?). Au bout de 5 fois, j'arrête de lui conseiller de rester assis et je le regarde s'agiter. Et puis là, il me sort un petit pot en plastique dans lequel il a conservé quelques crachats. Miam miam. Hémoptoïques les crachats. Bon bah, on a bien fait d'appeler l'ambulance hein.

D'ailleurs ils sont là. Je leur souhaite à tous une bonne journée. La mienne est bientôt finie, j'ai commencé très tôt. J'ai hâte.

La patiente suivante a une douleur thoracique. C'est à la mode aujourd'hui. Je monte les 5 étages à pied pour aller examiner Georgette. Et là, après 5 étages sans ascenceur, fulgurance, c'est ballot j'ai oublié l'ECG chez Michel. Et merde! J'appelle le central, j'explique. Je me fais engueuler. Forcément. Je rentre au central. Je me re-fais engueuler, il faut que j'aille chercher la machine. Mouahahaha. Je vois se profiler le parcours du combattant. Je me dis que j'appellerais plus tard, de la maison, parce que là j'ai faim. Je garde espoir que Michel sera rentré chez lui d'ici là. Nouveau mouhahahaha.

Quelques heures après et des appels sur des lignes auxquelles personne ne répond car c'est samedi après-midi, j'ai enfin localisé Michel. Il est en réanimation chambre 12 (comment ça en réa?). Il ne comprend pas bien ce que je lui explique mais il est d'accord pour que je vienne le voir.

Voilà comment je me suis retrouvée à perdre 2 heures pour me faire conduire par Mr Poilu jusqu'à cet hôpital (pour qu'il reste dans la voiture, ben oui, il n'y a pas de place pour se garer mais surtout pour qu'il soit là, il me détend), courir dans les couloirs après que le gars neurasthénique de l'accueil m'indique la réa, expliquer à l'infirmière, passer pour une gourde, me maudire, mettre la casaque, le bonnet, les surchaussures, aller voir Michel chambre 12, attendre que l'infirmière ramène son vestiaire, choper les clés de son appartement, rouler jusque chez lui, récupérer l'ECG, ainsi que le ticket de Mobicarte demandé par Michel, ticket finalement sous le micro-ondes (Michel a eu un éclair de génie, il s'en est souvenu), poser l'ECG à SOS, retraverser la ville, l'hôpital, remettre casaque, bonnet, surchaussures, lui rapporter clés et ticket et voir son visage s'illuminer. Après tout ça, l'entendre me remercier de lui avoir sauvé la vie. Avoir honte. Balbutier un au revoir et partir.

Bon. Soyons honnête, c'est toujours bon de sauver une vie. Et c'est rare. Mais là j'avais surtout honte. Pas honte de ne pas vraiment lui avoir sauvé la vie ni de mon côté j'ai-une-mémoire-de-poisson-rouge. L'oubli de machine a seulement permis que j'ai le suivi du patient, ce qui est rare pour un remplaçant-SOS. Le voir dans un lit, calme, avec des tuyaux partout. Mais j'ai catalogué ce patient en arrivant chez lui. Je ne l'ai pas cru quand il m'a dit qu'il ne se droguait pas. J'ai mis son agitation et sa mydriase sur le compte d'un sevrage trop brutal. Je ne l'ai hospitalisé qu'à cause de sa saturation, et peut-être aussi parce qu'il y a quelquechose que "je ne sentais pas". Je l'ai pourtant interrogé et examiné correctement. Mais j'ai mal interprêté un symptôme important. 

Je bénis mon côté poisson-rouge de m'avoir permis de le voir sur un lit d'hôpital, calme, normal, après correction de son acidose. Michel a décompensé dès son arrivée aux urgences. Insuffisances respiratoire et rénale sur pneumopathie massive. 

Michel n'était pas toxico. Une pneumopathie a failli le tuer. D'habitude le contexte est une aide au diagnostic. Et parfois c'est un piège. La mydriase n'était liée qu'au manque de lumière dans cet appartement sombre.

Chercher les symptômes, les grouper, faire correspondre avec un diagnostic. Echec à la deuxième étape. Bah bravo.


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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Patients

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Publié le 11 Avril 2011

Episode 1

 

La salle d'attente est simple. Quelques dépliants sur la table basse, promouvant la psychologie généalogique, des cartes de visite d'un psychologue, le yoga, au milieu de magazines politiques plus du tout d'actualité.

La porte s'ouvre :

- Bonjour

- Bonjour

Nous nous serrons la main

Je le précède dans le cabinet. 

- Alors qu'est-ce qui vous amène?

- Je ne suis pas d'ici, d'habitude je vais voir quelqu'un par chez moi, je suis là pour quelques jours et là j'ai vraiment trop mal. J'ai mal toute l'année et je vis bien avec mais là pas. C'est beaucoup plus fort. Ca m'empêche de dormir. Dans la fesse et la jambe.

Il me demande de me déshabiller. Je m'allonge. Il glisse une main sous mon sacrum et une sous l'occiput. Quelques minutes passent. J'ai l'impression qu'il ne se passe rien. Il me demande de m'asseoir, il appuie un point dans mon dos. Oui c'est là que j'ai mal. Comment a-t-il deviné?

Il me papouille, me mobilise doucement. J'ai toujours l'impression qu'il ne se passe rien. Ca dure longtemps. J'ai peur que ce soit inutile. Je vais ressortir et ça n'ira pas mieux.

C'est fini.

Il m'explique que ça va aller mieux mais que le problème n'est pas physique. Enfin si bien sûr, le dos est contracturé et raide mais il pense qu'il y a autre chose. Il me dit que je devrais aller parler à quelqu'un. Mon dos n'est qu'un symptôme.

Effectivement. Au boulot, il s'est produit quelquechose d'horrible. Horrible et triste. Une mort d'enfant. Mais je me le suis pris de plein fouet. Je pleure souvent. Je ne parviens plus à travailler. La moindre sirène de pompiers me rend livide. 

Il me conseille des granules à prendre en cas de problème, quand le stress est trop intense. Il me conseille de bien boire.

Je sors de l'immeuble, les larmes se mettent à couler. Il faut vraiment que j'aille voir quelqu'un.

 

 

Episode 2

 

Deux ans plus tard. Même salle d'attente, même professionnel.

- Alors aujourd'hui?

- J'habite ici maintenant. Depuis que nous sommes allés au snow, j'ai mal au bassin. A droite. Je saurais pas trop dire où mais j'ai mal. Tout le temps. J'ai repris la course aussi depuis quelques mois, le cardiologue m'a conseillé de reprendre le sport. Mais j'ai quand même pris 4 kilos.

- Sans manger plus?

- Ah non vraiment pas.

- Un problème cardiaque?

- Boh non, j'ai des palpitations parfois et ils ont vu un truc à l'écho et après l'engrenage, ils ont cherché un canal, enfin bref, finalement rien.

Ca commence de la même façon. Les mains sous ma tête et sous mon sacrum.

Et puis toujours ces petites pressions, cette impression qu'il ne fait pas grand chose. Sauf à un moment, il m'explique un mouvement à faire pour étirer mes psoas. C'est bien là que j'ai mal! Et curieusement bien plus à gauche qu'à droite.

Et il m'explique tranquillement que quand on prend du poids sans volume c'est qu'on fonctionne comme un garçon parce qu'on essaie d'en faire trop et de prouver aux autres et à soi-même ses capacités, que parfois on peut aussi prendre le temps de vivre, ne pas tout considérer comme une bataille à gagner.

Toujours la même consigne : boire beaucoup et se reposer la journée.

J'ai pris congés. Je suis rentrée. J'ai eu mal partout toute la journée. Le lendemain plus rien. 

 

 

Epilogue

 

A la fin, il conseille toujours des plantes ou de l'homéopathie. Je ne prends pas de médicament. Donc ça ou autre chose, bof. Mais la première fois, j'ai acheté les granules, elles m'ont ré-assurée, elles sont encore dans mon sac, périmées peut-être, elles m'ont aidé au début. J'en ai peu pris mais je savais qu'elles étaient là. Je pense que certains auraient pu me coller sous antidépresseur ou anxiolytique. J'ai préféré consulter un psychologue. J'ai recommencé à bosser, doucement. La sirène des pompiers du premier mercredi du mois ne me rend plus malade.

 

A chaque fois, la douleur est partie, avec des manipulations indolores et légères. Beaucoup de délicatesse. Il a trouvé seul les points douloureux. Il met à mal le "souffrir pour guérir" cher à certains (entre autres, les fameuses "piqûres pour la douleur docteur", avoir mal pour avoir moins mal... logique floue, mais héritage du christianisme). Ici pas de craquements, pas de manipulation spectaculaire. C'était pourtant l'idée que j'avais de l'osteopathie.

 

A chaque fois, l'interrogatoire initial a été sobre, je n'ai rien dit de plus que ce que j'ai retranscrit ici. Et pourtant, il a mis le doigt sur ce qui n'allait pas. Il m'a aiguillée vers une autre réflexion. Comment fait-il? Est-il vraiment un mentaliste? C'est à la mode. A-t-il appris à l'école d'osteopathie à voir au delà du visible? Est-il comme cela depuis toujours et fait-il ce boulot pour exploiter cette capacité?

 

Notre formation en médecine actuelle ne nous apprend pas à écouter. Elle nous apprend "l'interrogatoire". Elle nous apprend un examen qui cherche les signes de ce vers quoi l'interrogatoire nous oriente. Elle nous apprend à prescrire des médicaments, des examens complémentaires. Il est rare et difficile de ne pas prescrire, la demande d'ordonnance est importante. Je ne remets pas en question les traitements, s'ils sont nécessaires. Je ne remets pas en question la médecine actuelle, je la pratique.

 

Il existe d'autres médecines, des façons de soigner sans traitement. Je préfère quand ces soignants ont un "vrai" diplôme et qu'ils ne sont pas seulement le rebouteux du village. Mon esprit rationnel aimerait des études sérieuses, savoir si vraiment l'acupuncture aide certaines femmes à être enceintes, si l'osteopathie peut aider dans les dépressions... En attendant, je ne ferme pas la porte. Même si parfois un courrier d'un acupuncteur parlant de "faisceaux d'énergie" me font sourire, si le patient vient après dire qu'il va mieux et qu'il veut reprendre le travail, pourquoi pas?

 

 

 

 

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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma petite vie

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Publié le 6 Avril 2011

Hier soir tard, en rentrant d'un dîner pizza improvisé chez des amis, j'ouvre mon twitter et je vois que GrangeBlanche a posté. Mr Poilu étant en exil sur le balcon pour fumer, j'ai pris le temps de lire. Ca m'a rappelé des souvenirs. (à voir les commentaires d'aujourd'hui, je ne suis pas la seule)

Comme toujours chez GrangeBlanche, c'est bien écrit. Je crois que c'est le premier blog médical que j'ai suivi. A l'époque il se cachait encore derrière Lawrence Passmore. Puis j'ai découvert Jaddo. J'aime lire leurs blogs, et tant d'autres depuis. On peut penser que j'y perds un temps considérable (Mr Poilu me le reproche parfois) mais c'est tout l'inverse.

Certains de ces blogs sont sérieux, d'autres un peu comme le mien plus dilettantes mélangent la médecine, la vie de tous les jours, les films vus, les livres lus... J'aime les suivre. J'aime Twitter aussi. Je ne sais plus pourquoi je m'y suis inscrite, je sais que j'y passe un temps que je pourrais consacrer à de la "vraie vie". Mais ça me fait du bien.

Quand je suis arrivée ici, j'ai été frappée par la différence avec ma région d'origine. Je ne dis pas que la Normandie est une région exceptionnelle où tout le monde rêve de vivre (c'est vrai, il y pleut tout le temps et au premier abord les campagnards sont froids) mais ça me convenait bien à moi. Je remplaçais dans des cabinets que j'aimais. Je mangeais souvent avec mes remplacés. J'avais été stagiaire chez certains. En particulier chez un couple de médecins. J'y étais allée en trainant les pieds, j'en avais marre de faire des kilomètres pour tous mes stages, je l'avais choisi à la répartition "pour rendre service". Dans ma tête ce saspas c'était une punition! Le premier jour, cette femme était très froide, je l'avais déjà croisée à la faculté, elle y était enseignante, je pensais bien que cela serait dur. Au début ça rigolait pas. Et petit à petit, je suis entrée dans leur vie, ils sont entrés dans la mienne. Je les ai remplacés. J'ai logé chez eux. Parfois ils étaient en vacances mais ne partaient pas. Elle préparait des repas qui au milieu d'une journée de boulot étaient merveilleux. Nous discutions pendant qu'elle découpait des endives. L'hiver près du feu, je discutais avec Lui, on parlait des patients, il me faisait réfléchir sur ma pratique, on regardait le catch ensemble. C'est Elle qui a encadré ma thèse. J'ai découvert une femme différente. Lors des gardes de week-end, je me souviens qu'il m'ont une fois appelé pour savoir si j'aimais les huîtres pour m'en rapporter et en leur absence, leurs enfants venaient faire des fêtes dans la maison. Quand Lui a été malade, j'étais là, je le remplaçais, comme je vivais chez eux, j'ai eu mal comme eux, j'en ai fait un ulcère. Je leur dois beaucoup.

Quand j'ai quitté la normandie, j'ai quitté ma famille, mes amis, et cette famille-là. Ces médecins que j'aimais, avec qui j'échangeais, je me formais et qui m'aidaient à faire évoluer ma pratique et ma vie.

Ici c'est plus difficile. J'ai trouvé des remplacements en envoyant des courriers aux cabinets ou par le bouche-à-oreille. Ces médecins ne me correspondent pas. Je ne me reconnais pas dans leur mode de fonctionnement, dans leur vision de la médecine, dans leurs prescriptions. Je souris quand je reçois des rétrocessions calculées au centime près, je les montre à Mr Poilu, on ricane. Jamais aucun d'entre eux ne m'a proposé que nous mangions ensemble*. Nous n'avons pas une relation confraternelle. Je leur suis utile mais nos contacts ne vont pas plus loin que ça. Je me sens professionnellement très seule, dans un coin où la dévotion totale envers le patient et des horaires hallucinants sont encore de mise.

C'est dans ces conditions que je me suis inscrite sur twitter. Puis que j'ai ouvert ce blog. 

Twitter me permet d'échanger très rapidement avec d'autres médecins qui ont une vision de la médecine assez proche de la mienne. Et puis parfois après une consultation où j'ai besoin d'autres avis, je twitte et on me répond. C'est essentiel de ne pas travailler seul. 

Le blog me permet d'exposer mes questionnements comme je le faisais avant avec mes remplacés. Je ne prétends pas avoir un don d'écriture. Je ne deviendrai jamais une star du net. Mais c'est un exutoire. Vos commentaires sont enrichissants. Je découvre vos blogs, vos vies, vos visions de la vie.

Grâce à cela :

- j'ai l'impression d'avoir un réseau professionnel dont les twitts, les commentaires et les posts participent à ma formation médicale, ils m'aident à mieux travailler ;

- j'ai "rencontré" de belles personnes (médecins ou non) desquelles je me sens proche idéologiquement. L'un d'entre eux m'a proposé de m'aiguiller sur des remplacements, certaines (et certain) ont signé avec moi un manifeste pour répondre au Pr Camilleri, un autre m'a envoyé gratuitement une montre-GPS pour mes courses qu'il n'utilise plus (encore merci!), j'ai reçu un mail aujourd'hui avec une aide pour faire ma comptabilité... J'ai aussi envoyé des articles qu'on m'a demandé. Je ressens une solidarité entre nous. Inexplicablement, ils sont plus proches de moi que les gens que je cotoie ici.

Merci à eux! Et merci à vous!

 

 

* Pour moi c'est tout bête mais important. Il n'est pas nécessaire de manger. Juste de passer un peu de temps ensemble. Parler.

 

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 5 Avril 2011

Ca y est c'est fait!!! 

Après plusieurs jours d'angoisse à se questionner si c'était vraiment une bonne idée de signer dans cette région où je n'ai pas envie de vivre, si s'engager sur 20 ans c'est normal, si cette maison n'est pas trop grande pour nous deux... Lundi matin, on l'a donc acheté. Finalement c'est facile de lâcher tant d'argent parce qu'à aucun moment on ne le voit vraiment. Il a bien sûr transité sur le compte mais ce n'est pas une valise pleine de billets comme dans les films. Le notaire nous a demandé en rigolant si nous emménagions de suite parce qu'il parait que certains viennent la voiture pleine et emménagent immédiatement. Ben non, on avait juste préparé le mètre, le bloc, le stylo et le nuancier. Ca remplissait pas l'utilitaire!

On est monté dedans, j'ai laissé Mr Poilu conduire (de ma part, c'est une belle preuve d'amour de prêter ma voiture). Il avait l'air tout content. Pourtant quand on l'a achetée, cette camionnette l'effrayait un peu. Finalement cette voiture nous singularise, au milieu de tous ces gens qui achètent des grosses bagnoles luxueuses et ça nous correspond bien. A l'arrivée, la maison m'a paru immense. On a ouvert la porte, le soleil inondait le salon, le poële était comme dans mon souvenir. Je me suis sentie bien tout de suite. Et tous les doutes se sont envolés. J'ai souri, j'ai regardé Mr Poilu, il souriait aussi. On est sorti sur la terrasse constater qu'il allait vite falloir acheter une tondeuse et arracher des pissenlits.

Il a attrapé le mètre et le nuancier. On s'est baladé à travers les pièces une par une pour faire le point de ce qu'on a à faire et des couleurs qu'on voudrait. On a convenu d'un jaune pour un mur de la cuisine. Après le bureau et le salon, je me suis aperçue que j'avais décalé les références couleur. Alors on a voulu vérifier le jaune. En le voyant, on s'est regardé tous les deux et en même temps on a dit "qu'est ce que c'est que ce truc fadasse?". Je crois qu'au début, on ne voulait pas taper trop fort. Et puis finalement, les couleurs seront de vraies couleurs. Peut-être parce que nous n'avons plus peur d'être ce que nous sommes. Peut-être parce qu'on s'est aperçu que nous qui n'aimons pas les mêmes formes d'art, là on est vite tombé d'accord.

Après une petite promenade à D***y pour commander le congélo-colonne de mes rêves*, le micro-ondes dont nous nous passons depuis des mois et le fer à repasser choisi par Mr Poilu, nous sommes repassés voir si le nouveau jaune flashy irait. Ben oui, et même très bien. Ca nous ressemble. 

Cette maison est comme nous. Simple, fonctionnelle, pas trop grande, ouverte sur l'extérieur. Avec des petites touches colorées, elle me plaira encore plus. 

Depuis ce matin, évidemment, la chaudière supersonique neuve a décidé d'afficher un "problème". Mais bon, je ne laisserai pas une machine gâcher ma bonne humeur.

On a bien fait de l'acheter! Allez j'y retourne. Les travaux ne vont pas se faire seuls.

 

* J'ai de drôles de rêves. Je sais.

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 4 Avril 2011

Ce matin, Gelule a dessiné ceci

Comme Mr Poilu m'attend parce que je suis encore en peignoir (ça manque de glamour mais c'est ça la vraie vie : les peignoirs, les chaussettes, les culottes en coton, l'absence de maquillage...) et que je devrais prendre ma douche, je ne vais rien ajouter à ce sujet. Il est déjà en train de me dire qu'on ne fait pas attendre un notaire! Ils ont déjà pris nos sous alors c'est un peu idiot de devoir aller signer, si tôt!

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 1 Avril 2011

Jacqueline est seule en salle d'attente. Elle semble contente de me voir. C'est bizarre. Je sais qu'en tant que remplaçant on peut tisser des relations particulières mais ce n'est que la troisième fois que je remplace ici. Son visage me dit quelquechose mais pas complètement.

Jacqueline a 56 ans. Elle est pimpante, en tailleur, maquillée, bijoux. Elle est très souriante. Je lui demande comment ça va. Très bien merci. Elle vient pour renouveler son traitement anti-hypertenseur . Elle semble avoir envie de parler mais rien ne vient, elle ne saisit aucune des perches tendues. 

Je l'examine. Alors que je lui demande de se rhabiller et que je repars vers le bureau, elle me demande si je me souviens d'elle.

Mais oui. Ca y est. Mes neurones-mémoire* se sont enfin remis à bosser. Nous nous sommes rencontrées il y a environ 1 an. Elle pleurait et n'avait pas le même visage qu'aujourd'hui, triste et fatigué. Je me rappelle très bien qu'elle avait d'abord été gênée que ce soit moi et puis finalement elle avait tout déballé. Son mari venait de mourir. Ce n'était pas "attendu". Une crise cardiaque, comme ça, brutale. Et elle s'était retrouvée seule. Je l'avais écoutée, elle souffrait. Beaucoup. Le changement est flagrant.

- Vous avez l'air d'aller mieux

- Oui oui

- Et bien c'est une bonne nouvelle

- Oui...  Je peux vous demander quelquechose docteur?

- Oui J'aime quand on m'appelle docteur c'est mon côté snob, demande moi ce que tu veux poulette

- Bien. C'est embêtant à dire vous voyez mais... Oh je ne veux pas que vous me jugiez.

- Ne vous inquiétez pas

- Oui mais bon, c'est dur

- Dites-moi

- Et bien, oh comme c'est difficile. Et bien j'ai rencontré un homme.

- Et il vous rend heureuse?

- Oh oui, il est gentil, je suis bien, je vais mieux.

- Quel est le problème?

- Et bien c'est trop tôt. Je ne sais pas comment le prendraient les gens.

- Est-ce vraiment important?

- Je ne sais pas

- Si vous êtes heureuse, n'est-ce pas ce qui compte?

- Si, mais il y a mes enfants aussi. Ils sont grands mais ils ont perdu leur père et je ne sais pas... Je n'ose pas leur dire. Je... Je ne sais pas comment ils le prendraient. Alors pour le moment, nous nous cachons.

Nous avons parlé longtemps, de toute façon ma salle d'attente était vide. Ca ne repoussait que mon repas devant un nouvel épisode de Glee.

C'est dans ce genre de situation que je me sens au mieux de mes propres capacités. Ecouter, rassurer, faire réfléchir, être juste le miroir à qui on peut parler sans être jugé. Et en même temps c'est la situation la plus difficile, car même si de mon point de vue, cette rencontre lui a été bénéfique, comment prédire la réaction qu'aura son entourage?

Objectivement, Jacqueline semble très heureuse. Vraiment. Il est possible que cette histoire ne fonctionne pas mais cet homme lui fait pour le moment du bien, phrase sans connotation, elle ne m'a pas parlé de sa vie sexuelle mais je vois qu'elle est de nouveau dans la séduction. Ses yeux brillent. Elle rayonne. Après avoir souffert. 

Je ne peux savoir ce qu'en penseront ses enfants ni les commères du village. Il y a ce problème du délai. Un an pour Jacqueline ça semblait trop peu vis-à-vis des autres. Aurait-elle dû pleurer son mari plus longtemps? Je ne le crois pas mais ça n'engage que moi. Elle a fait son deuil. Toutes les étapes apparemment et maintenant elle revit. Peut-être ses enfants n'ont-ils pas fait le leur?Chacun vit son histoire à son rythme. Mais la société ne le voit pas ainsi. La société aime juger alors elle fixe des barrières et des contraintes : pleurer, être triste, pendant une certaine durée (avant c'était le crêpe noire sur la tête pendant 6 mois puis un peu moins encore 6 mois). Et si on transgresse, s'attirer l'opprobe. Ce n'est pas facile dans un petit village de vivre sa vie. Tout le monde regarde et juge la femme qui aura retrouvé trop tôt un amant et le sourire.

Parmi mes lectures, Elisabeth Kubler-Ross m'a beaucoup apporté sur la vision de la mort et du deuil. Il n'y a pas que notre idée pré-conçue par l'occident et nos religions. Ailleurs, la mort peut être une fête et sourire à un enterrement considéré comme une bonne chose. Dans Psychologies ce mois-ci, une enfant se demande s'il est normal d'avoir souri à l'enterrement de sa grand-mère. Peut-être les enfants ont-ils raison de sourire aux enterrements. Se rappeler les bons côtés du défunt, ne pas s'auto-flageller et s'imposer de souffrir plus longtemps qu'on n'en a besoin. Il y a besoin de points de repère, les traditions ont du bon pour mieux vivre le départ de l'être aimé mais entre des points de repère et des contraintes, il y a une marge. Nous devrions avoir l'esprit plus large.

J'espère que Jacqueline est toujours heureuse aujourd'hui, avec cet homme ou un autre, seule peut-être. J'espère que ses enfants ne lui ont pas reproché et qu'elle n'a pas mis un terme à cette relation pour rentrer dans la "norme". J'espère que Jacqueline va bien, tout simplement.

 

 

* Que je rassure mes patients : mes neurones fonctionnent plutôt pas mal pour bosser. J'en suis satisfaite. Mais au milieu de tous mes neurones bosseurs, mes neurones-mémoire sont des feignasses. Ils estiment avoir déjà bien assez travaillé alors ils trient, j'ai beaucoup appris en médecine et j'ai tendance à retenir des trucs qui semblent d'une inutilité remarquable : études sur l'intérêt des DVD chez les 12-18 mois pour apprendre à parler, ... C'est ce qui explique que je ne peux pas me rappeler les noms des gens ni leurs anniversaires. Les dossiers ordi sont pour moi une grande aide, ça me ré-aiguille, une fois que j'ai lu les indices que je me laisse : "1/4/11 : fluorette, certificat de course, gonalgie, voudrait quitter le coin" par exemple, la consultation me revient en tête instantanément. 

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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Patients

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