Publié le 22 Avril 2015

J’avais oublié l’angoisse du dimanche soir, celle qui prend au ventre et coupe l’appétit, celle qui fait pleurer, qui tourne dans la tête, qui empêche de s’endormir et qui réveille souvent.

J’avais oublié comme ça peut être déstabilisant de se couler dans les murs et la façon de travailler de quelqu’un. La crainte que ça ne passe pas avec la secrétaire. L’appréhension des premières heures, et la peur le soir suivant d’avoir mal fait avec les patients, appréhension majorée par le fait que ce soit ceux d’un autre, la trouille du regard de l’autre sur mon travail.

Comme ça peut être inconfortable de s’asseoir dans un fauteuil qui n’est pas le sien. Travailler sur un clavier qwerty. Chercher la solution hydroalcoolique. Ne pas pouvoir circuler autour des patients pour écouter leurs poumons. Lutter pour allumer l’otoscope. Avoir chaud, chercher la clim, ne pas en voir, baisser le volet finalement. Ne pas savoir à qui adresser, si le remplacé adresserait. Supporter les regards suspicieux, les lapins, les remarques sur mon accent. Sourire aux “merci Docteur” à la fin.

 

Je ne me souvenais pas que c’était si difficile de ne pas être “chez soi”...

Ma mémoire n’avait peut-être conservé que les meilleurs moments. Ou alors je vieillis et je ne m’adapte plus aussi facilement. Ou alors depuis le temps, j’idéalise mon activité d’avant, celle qui ne semble avoir que des avantages. Ou alors je me suis mis un peu trop de pression, vis-à-vis de ce que représentait cette semaine pour l’avenir.

 

Et pourtant.

Comme c’est agréable de venir travailler en sweat à capuches ou en T-shirt décoré d’une tête de mort, avec des Crocs aux pieds, sans perdre ma crédibilité. De voir des comptes bancaires toujours positifs. De pouvoir commander le matériel que je veux. D’accrocher ce que j’aime aux murs. De choisir les affiches de la salle d’attente. D’être celle qui décide. De pouvoir râler auprès de la secrétaire à propos du planning. De presque savoir à quoi m’attendre le matin en arrivant. De pouvoir me lever et ouvrir la porte pour leur dire de partir quand ils dépassent les bornes. De tisser des relations de confiance petit à petit. De discuter des PSA, du cholesterol, des dépistages sans qu’un autre casse du bois sur mon dos par la suite. D’avoir fait les liens dans ma tête entre les membres des familles. Et le plus important, d’avoir gagné leur confiance.

 

J’avais oublié les mauvais côtés. Pourquoi je m’étais installée.

Comment peut-on remplacer des années...

Comment vous faites ?

 

Merci à celui qui m’a permis de voir ailleurs, de me souvenir, de prendre l'air. Et ne te méprends pas, c'était super. :)

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Rédigé par Fluorette

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