Publié le 28 Avril 2014

Je t'ai serré dans mes bras. Pas assez longtemps, et pas assez fort. De toute façon, t'es trop grand pour moi. Et pis je voulais pas pleurer sinon je t'aurais foutu de la morve sur ta jolie chemise. Alors j'ai sautillé d'un pied sur l'autre, comme quand je ne sais pas vraiment quoi faire. Puis je suis montée dans la voiture et j'ai secoué ma main par la fenêtre pendant que tu rentrais dans la maison, disparaissant du rétroviseur. Pourtant, j'aurais voulu t'en dire des choses.

J'aurais voulu te remercier de nous avoir accueillis, d'avoir pris soin de nous à ce moment où nous en avions tant besoin. Je suis arrivée le cœur gros, les yeux encore humides, et je suis repartie plus sereine. Bien sûr, boire du Bourgogne, ça aide, et manger des cannellonis au fromage au nom imprononçable, j'en parle même pas mais tout ça n'est rien comparé à ta gentillesse. J'aurais voulu te raconter que Le Poilu m'a dit "Sa voix fait du bien, elle est très calme".

J'aurais voulu te remercier d'avoir supporté et même ri aux blagues du Poilu qui, plus il est stressé, plus fait des blagues pourries qui ne font rire que lui. Alors chapeau, hein, vraiment parce qu'en ce moment, il touche des sommets.

J'aurais voulu t'expliquer pourquoi j'allume toujours des petites bougies dans les églises. Parce que je pense à ceux qui voudraient être aimés, à ceux qui le sont mais qui n'arrivent pas à avoir de bébé, à ceux qui ont perdu celui qu'ils aimaient... Faut pas que je rentre dans trop d'églises, sinon ça finit par coûter cher en cire.

J'aurais voulu te dire qu'on ne juge pas la réussite d'une vie à un célibat. J'aurais dû te dire que je te trouve bien plus détendu qu'avant, quand il était là. Et que moi je te préfère comme ça. Même si je me doute bien qu'au jour le jour, c'est pas ça qui crée une présence à la maison quand tu rentres le soir. "Réussir sa vie", ça consiste en quoi hein, franchement?

J'aurais voulu te dire qu'on s'en foutait des cons sapés comme des caricatures qui ont probablement défilé à la Manif pour tous. Mais en fait, on ne s'en fout pas, et ça blesse, je sais bien. Au moins, on a ri d'eux, un peu. Et je ne les envie pas, même s'ils ont réussi à fabriquer des mini-Marie-Clotilde et mini-Clotaire.

J'aurais voulu pouvoir adoucir ta tristesse. J'ai eu envie de te serrer tout fort pour te murmurer combien tu es beau, et sexy, oui oui. Qu'on s'en tape des cheveux qui tombent. Qu'à notre âge, on commence à sentir parfois que les années passent mais qu'on a encore du temps devant nous et que l'amour c'est à tout âge. Tu verras, on en rira quand je viendrai me réfugier chez toi pour picoler parce que mes trois grands benêts d'ados me gonfleront trop, que tu me parleras de ton mec qui t'énerve parce qu'il est encore parti au sport et qu'on aura les cheveux blancs mais qu'on s'apercevra qu'on n'a jamais cessé d'être beaux.

J'aurais voulu te dire tout ça. Mais je sais pas vraiment dire les choses, souvent je suis maladroite. J'ai pas osé. Alors je pense à toi, simplement. Et j'attends avec impatience la prochaine fois que tu verseras du vin dans mon verre.

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 3 Avril 2014

Une histoire d'oeuf

Je suis un peu comme un oeuf. Un oeuf à la coquille à la fois solide et fragile. Une coquille qui se fendille parfois et sur laquelle moi ou l’Autre collons un petit pansement pour que je continue de rouler. Rouler irrégulièrement mais rouler. Un oeuf à l’intérieur schizophrène. Jaune et blanc. Calme et en colère. Battant et fatigué. Heureux et triste. Soignant mais pas dévoué.

Ce fut un peu comme une conception. J’ai cliqué sur “créer un blog”. Je l’ai créé à mon image. J’ai choisi une police que j’aime lire. J’ai fait la mise en page du mieux que j’ai pu. J’ai appliqué des couleurs qui sont douces à mes yeux. J’ai mis un peu de moi, un peu des autres, beaucoup de l’Autre.

C’était un peu comme une gestation. Je l’ai nourri, je l’ai l’abreuvé. Les commentaires que d’autres y ont fait ont nourri mes réflexions. Ma vision de certaines situations a changé. J’ai grandi. J’y ai trouvé la force de continuer. Je prends soin de l’Autre. L’Autre prend soin de moi. Et je finis par prendre soin de moi, parfois.

Ce fut un peu comme une échographie. J'ai eu rendez-vous. On m’a dit : regardez, ça c’est bien, ça moins, on pourrait tout grouper et tout faire sortir en même temps. Alors j’ai trié, repris, réécrit, regroupé.

Ce fut un peu compliqué. On n'était pas d'accord sur le nom, ni sur l'image, ni sur mon pseudo. Et finalement, il me ressemblera.

C’est un peu comme un arrêt maternité. J’attends. C’est long.

Et j'ai peur. Certains l’ont déjà commandé et j’ai peur qu’ils n’aiment pas. J’ai peur que ma famille ne l’apprécie pas, mon frère m’a déjà demandé s’il serait obligé de le lire :/ J’ai peur que mon Poilu, qui ne m’a jamais lue, ne comprenne pas. J’ai peur de donner une mauvaise image de ce métier que j’aime. J’ai peur qu’on me pose des questions auxquelles je ne saurai pas répondre. Je n’ai plus peur pour mon anonymat. Ce n’est qu’un roman. Mais je ne suis pas encore prête à laisser tomber Fluorette, elle est ma coquille. Je vais rester au chaud dedans encore un peu.

Ce sera un peu comme une éclosion qui aura lieu le 16 Avril. Un recueil de ce cheminement. Une histoire d’oeuf qui a roulé. Des histoires d’oeufs qui se sont cassés. Une histoire d’oeufs qui se sont rencontrés.

Ce sera disponible ici en livre papier ou version kindle.

On m’a demandé comment faire pour les dédicaces, ce n’est pas prévu. Mais si vous êtes libraire et que vous voulez qu’on s’organise un petit quelquechose, contactez-moi, il y a peut-être moyen de se rencontrer. Ca me ferait plaisir de vous voir.

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Rédigé par Fluorette

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