Publié le 17 Août 2012

De la fatigue. Beaucoup. Des réveils trop matinaux.

Des journées de boulot courtes mais trop longues.

Un grand manque de motivation.

Des posts en cours qui ne se finissent pas.

Des journées qui ne font toujours que 24 heures.

Des palpitations. Des cernes.

Des réflexions désagréables qui sortent seules de ma bouche.

Un gros besoin de vacances.

Une envie de fermer le blog.

 

 

Jachère [ʒaʃɛʀ]

Etat d'une terre qu'on ne cultive pas volontairement.

 


Mais.

Des piles de romans à lire.

Des travaux à finir.

Un autre blog en construction.

Un gros besoin de prendre soin de nous.

Un coup de fil important à passer.

Des morceaux à jouer.

Des week-ends en perspective.

Un projet, peut-être.

Un frère en vacances.

Un voyage en préparation.

 

 

Jachère [ʒaʃɛʀ]

Terre labourée qu'on laisse reposer.

 


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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma petite vie

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Publié le 13 Août 2012

Il fait beau. La route pour aller chez Alfred est longue mais belle. Traverser les petits villages. S'arrêter pour observer un rapace blanc sur un poteau de signalisation. Se faire klaxonner, évidemment. Rouler à travers les champs. Passer entre les arbres centenaires. Profiter de la vue sur les vallons. Autant de paysages inondés de soleil surgissant à chaque virage. Une longue route, mais un joli moment.


Souvent, j'arrive tard parce que c'est loin et que je fais toutes les autres visites avant. Dans ces cas-là, il est devant la télé. Si j'y suis plus tôt, il est dans le jardin, il s'occupe des haricots, des tomates, etc. Aujourd'hui, il était à table et mangeait déjà.


Alfred me demande de venir tous les mois. Tous les vingt-huit jours exactement. Pourtant Alfred n'est pas vraiment malade. Certes, il a eu un cancer mais ça fait un bout de temps. Il a toujours une chambre implantable. Je propose à chaque fois de la faire retirer. Il refuse toujours. Ca me semble dangereux de laisser ça, mais ça fait déjà tellement d'années. Je ne peux pas l'obliger et c'est quand même pas moi qui vais la retirer. C'est comme son cancer, il y a cette boule que je vois, et qui ne grossit pas. Il ne veut pas voir de spécialiste, il ne veut voir personne. Il ne veut pas d'examen complémentaires. Cette boule, elle ne le gêne pas, elle ne change pas, il va bien. Et mon inquiétude le fait rire.


Alfred a toujours le sourire, il ne me reproche jamais l'irrégularité de mes horaires de passage, contrairement à certains. Il a des mouvements bizarres, dont il n'est jamais fait mention dans son dossier et qui n'inquiètent personne. Il a des difficultés d'élocution, qui ne sont pas non plus dans son dossier. M'enfin, son dossier c'est un peu le vide sidéral... Lui, quand il parle, je ne comprends pas tout, mais il n'a pas d'explications, il dit qu'il parle bien. Bon.


L'examen est toujours le même. Les traitements aussi.Des médicaments loin d'être vitaux.

Je pourrais faire le renouvellement pour trois mois. J'ai bien essayé. Il rappelle toujours.

Je ne sais pas pourquoi c'est si important pour lui.

Alfred a des enfants, qu'il voit souvent. Alfred a l'air heureux.

Moi je ne sais pas bien pourquoi je suis là et j'ai l'impression de voler de l'argent pour une visite inutile.

 

Il y a quelquechose qui m'échappe dans cette histoire et je n'arrive pas à mettre le doigt dessus.


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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Patients

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Publié le 6 Août 2012

 

Tu entres dans la salle de bains, tu enlèves tes vêtements. Tu te regardes dans la glace, tu as l'air si fatiguée.  

Tu cherches à te rappeler. Combien tu en as vu ce matin? Vingt-quatre. Déjà, comment t'as réussi à en voir vingt-quatre? Mystère... D'accord, t'as commencé tôt et mangé très tard. Mais quand même vingt-quatre. D'accord, il y a eu quelques certificats de sport et quelques prises de sang. C'est sûr que ça prend pas des heures. Mais t'en as hospitalisé deux. Et t'as appelé un spécialiste. Vingt-quatre, sérieusement? Dans ces cas-là, tu ne fais pas du bon travail. Tu classes vite dans ta tête : grave et urgent / pas grave et pas urgent. Et si pas grave on reverra. Sinon comment faire? Ils racontent tous à la secrétaire qu'ils vont mal et que ça ne peut pas attendre. Et finalement, c'est rarement vrai.

Tu ouvres la porte de la douche puis le robinet. L'eau commence à couler, tu mets ta main sous le jet, elle est froide, ça fait du bien, il fait si chaud. Quand elle est suffisamment tiède, tu entres. Tu sens l'eau ruisseler dans tes cheveux, le long de ton cou, de ton dos, sur tes fesses. C'est si agréable. 

Tu ne sais même plus ce que tu as mangé. Ah si, Jacques t'a apporté une salade. C'était tellement gentil. Justement ce matin, t'étais partie sans pique-nique de la maison. Première fois que tu te trompes dans l'heure du réveil matinal. Associé a un sixième sens. Et il sait que t'es un peu goinfre.

Tu verses un peu de shampooing dans le creux de ta main et tu l'étales dans tes cheveux. De semaine en semaine, c'est de plus en plus difficile, ils sont de plus en plus longs. Tu masses doucement. Tu fermes les yeux, ça sent la papaye. 

Cette pile de paperasses à remplir. Ces courriers à lire. Toutes ces mauvaises nouvelles, tous ces gens à convoquer. Toutes ces explications à donner. Sur des maladies à la con. Graves. Ces deux cancers à annoncer demain. Pas envie, non, vraiment pas envie mais c'est à toi de le faire. Ces demandes d'ALD à remplir pour eux.

Tu penches la tête en avant pour étirer le cou, tu as tellement mal. Tu masses tes trapèzes avec tes mains. C'est raide, et sensible. Tes jambes sont lourdes. Tes larmes coulent.

Tu es montée dans la voiture. En pilote automatique. Tu t'es assise chez Bernadette, tu l'as écoutée, les mêmes histoires que d'habitude, la même angoisse. T'es allé voir Georges qui ne se sentait pas bien, mais mieux finalement. T'es passée à l'EHPAD, t'as appelé le DrBiologiste parce que quand même ils sont bizarres tous ces résultats. T'as hâte d'avoir les nouveaux prélèvements réalisés sur ses conseils. T'es allée en urgence voir Georgette pour une douleur apparue brutalement. T'as plus de recul maintenant, tu la connais. Tu penses avoir mieux géré que d'autres fois. T'as vu Marthe, rentrée de l'hôpital, t'avais hésité à l'y envoyer, tu ne regrettes pas aujourd'hui.

Quand tu rouvres les yeux, la mousse qui s'écoule le long de ton corps est rosée. Tu rinces tes cheveux. Tu prends un peu de pâte rouge et tu l'étales rapidement, pour vite laver tes mains au savon. Elles restent toujours un peu rouges après. Tu laisses poser. Tu attrapes le savon, ou plutôt ce qu'il en reste et tu frottes partout, comme si ça pouvait enlever ce qu'il y a dans ta tête. Tes larmes se mélangent avec l'eau et s'en vont. Tu penches la tête en arrière, l'eau qui s'accumule dans le bac est rouge, un peu comme du sang. 

En repassant au cabinet, tu as appelé ceux dont les résultat d'anticoagulation étaient mauvais. T'as regardé la pile de feuilles confirmant les tiers payants réalisés par la sécu. Et tu l'as délicatement replacée sous le bureau. A vérifier un autre jour... Tu étais déjà en retard pour ce soir.

Tu coupes l'eau, tu attrapes la serviette, rouge elle aussi, décidément.

Tu te regardes à nouveau dans le miroir. Tu sembles toujours aussi lasse. Les doutes du jour et l'appréhension de la journée de demain ne sont pas partis dans les canalisations, eux.

 

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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma médecine

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