Publié le 16 Juillet 2013

Couloir de la maison de retraite. Il fait chaud, très chaud aujourd'hui. Il me reste encore deux visites mais je traîne.

Nos mallettes à nos pieds, lui est appuyé sur le mur et moi je me tortille, j'ai mal au dos. Je raconte mes soucis avec Sylvie, mon associé. Il me prévient que ça ne s'arrangera pas. Je le sais déjà, malheureusement. Je parle de mes angoisses sur la démographie médicale locale ces prochaines années. Lui va partir, bientôt. Je dis que j'en ai marre que personne là-haut ne prenne le problème à bras-le-corps, que tout est géré au jour le jour, sans aucune anticipation alors que prochainement dans le coin, la densité médicale va brutalement chuter, nous aurons du mal à remplir le tableau de garde en plus de l'inévitable augmentation de nos activités journalières. C'est déjà comme ça ailleurs. Je ne comprend pas que certains continuent de courir après les actes alors que c'est maintenant que l'éducation permettrait de peut-être aider à tenir le coup les années prochaines. Lui réduit son activité depuis longtemps, les autres se sont moqués de cette façon de faire.

En bas de la pyramide CPAM, c'est nous qui devons répondre à la sur-demande de consultations, avec seule réponse du dessus que des chiffres qui disent qu'on a trop prescrit, trop fait, trop coûté. Comme d'habitude. Et c'est déjà si difficile de dire non et de rester droit dans ses bottes quand à côté, en échange d'une carte vitale dans un couloir, d'autres distribuent des ordonnances à la demande comme si on était au MacDo. Ça m'attriste. On parle aussi un peu des gynécologues. On parle de confrères. On parle tout court. Ça fait du bien.

Une vieille dame passe à côté de nous, lentement, tenant le bras d'une aide-soignante. Nous les regardons se diriger vers la salle à manger. Et brusquement, je ris. Il m'interroge du regard, je lui montre le bas de contention ratatiné au bas de la jambe de pantalon droite, autour de la cheville. Il soupire, dit qu'il lui a déjà remis le gauche, tout à l'heure.

Je pense que ça résume pas mal notre boulot : on remonte des bas qui ne tiennent pas. Parce que la jambe est trop maigre, parce que le bas ne colle plus, parce qu'en haut il n'y a rien pour le tenir. Parce que je ne peux pas faire autant que ce que les patients demandent, parce que les rustines mises pour juste colmater le système sans trop le changer ne suffisent pas, parce qu'en fait certains ne veulent pas que ça change et qu'on va dans le mur. Le bas continue de tomber. Et nous nous épuisons à tenter de le remonter. Finalement ça n'a rien de drôle...

Il me sort de ma rêverie en me glissant un peu malicieux "ça ferait un bon billet de blog hein?".

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Rédigé par Fluorette

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