Publié le 30 Août 2011

Le jour de mon arrivée, quand j'avais encore le sourire et de la motivation à revendre, j'ai trouvé au milieu des 1000 consignes pour l'ordinateur une liste des visites à faire pendant mon remplacement. C'est la ville, peu de visites, la liste était courte. Par la suite je me suis aperçue que ça tombait bien parce qu'avec les gigantesques plages de consultation libres, je n'aurais pas pu être partout et tout faire. Et surtout je n'aurais pas eu le temps de manger et ça c'est impossible.

11h50 j'ai réussi à voir tout le monde, la salle d'attente est vide, je ferme la fenêtre de la salle d'attente, j'attrape mon sac, je ferme une serrure, plus que 2.

C'est à ce moment que surgit un djeun's à casquette :

- Ouais m'dame, je viens pour un tampon

Le djeun's à casquette dit rarement bonjour. Sauf quand il espère un arrêt de travail.

- Là c'est fermé, il faudra revenir cet après-midi, les consultations finissaient à 11h, je pars en visite

Je ferme la deuxième serrure

- Ouais mais c'est juste un tampon quoi

- Non, ce n'est pas juste un tampon, ça nécessite de vous examiner donc il faudra revenir

- Oh mais moi je suis en bonne santé, je fais l'armée et pis le Dr Cernes il le fait d'habitude

- Ca ne change rien, c'est ma responsabilité que j'engage en signant votre licence. En plus là je ferme.

- Relou

Il part sans dire au revoir. Il retourne s'assoir sur le muret de l'autre côté de la rue avec les autres, il n'y en a qu'un qui n'a pas de casquette, bizarre. Ce serait lui le chef?

- Au revoir

Je ferme la dernière serrure, je vérifie qu'on ne m'a pas crevé un pneu comme on me l'avait promis il y a deux jours. Paroles, paroles, paroles. Je monte, j'allume le gps, j'attends qu'il nous situe et puis il m'emmène 500 mètres plus loin, ça valait bien le coup d'y aller en voiture.

La tour est immense. Pour une fois la porte d'entrée n'est pas cassée. Il faut trouver son nom parmi les centaines qui constellent le mur. Je sonne, ça s'ouvre. Il y a 12 étages, personne ne m'a répondu à l'interphone... Je me bénis d'avoir fouillé dans les dossiers informatiques et noté l'étage. Et encore plus d'avoir pensé à mettre le papier dans ma poche et non pas laissé dans la voiture comme souvent. Dixième. Ca m'oblige à prendre l'ascenceur. Jusqu'à 5 je monte à pied. Mais pour 10, je lutte contre ma claustrophobie. L'ascenseur sent l'urine, il y a des prospectus partout par terre. Il y a de jolis petits tags "radha suce" "kevin je téme". Ca distrait mon esprit. L'ascenseur s'arrête, plein de gamins sautent partout, je sors un pied, ce n'est pas le bon étage. Je remonte. 

Sur le palier, une porte est ouverte. Je frappe, pas de réponse. La télé braille à fond. Il faut se frayer un passage. Il y a des meubles partout. J'arrive dans ce qui devrait être le salon. Au fond devant la fenêtre, la télé. A gauche un canapé. Collé contre, des chaises contre lesquelles est collée une table puis un buffet. Pas d'espace entre les meubles. Marta se retourne et me tend la main. Elle n'est pas seule, il y a un homme qui a les yeux rivés sur la télé. A l'écran, ça saute dans tous les sens et ça crie beaucoup. Il se retourne, il me dit "elle ne parle pas français et vous?" "ah moi je ne parle pas allemand". C'est un bon début.

Elle me montre une chaise. Je m'assois. C'était un piège. Il y a bien un coussin mais il manque l'assise, mes fesses sont rentrées dans le cadre, je suis coincée. Ah non, ça va, je suis contente de ne pas avoir maigri cet été, c'est pratique le gras, c'est mobile. Elle parle. Il ne traduit que partiellement. Les voitures qui explosent ont l'air bien plus intéressantes. Je m'extrais de la chaise et j'examine Marta qui va bien. Je renouvelle les médicaments. Elle ne trouve pas sa carte vitale. Vu le bordel, ça ne m'étonne pas. Tant pis, je fais une feuille. Je vais me faire engueuler par le remplacé qui n'aime pas les feuilles de soin papier, enfin il exagère aussi : son lecteur de CV n'est pas portable, après les familles doivent passer au cabinet chercher les cartes. Ca complique un peu.

Je dis au revoir. Ils me tournent le dos, ils regardent la télé, ils ne me voient plus. J'atteins la sortie, je descend les escaliers. Ca pue presqu'autant que dans l'ascenseur. Je ne m'attarde pas sur les tags, pourtant c'est du haut niveau littéraire "cher débo tu sé que défoi on se chiquane mé je t'aime comeme et des foi tu ménerve". 

Bon je vais enfin pouvoir aller manger.

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 25 Août 2011

Il est 18h20. La salle d'attente est pleine. Je suis crevée et je me demande comment je vais m'en sortir. J'écoute une femme d'origine chinoise que je ne comprend pas bien m'expliquer un AVP*. Elle a un fort accent et elle parle très bas, le simple bruit de l'ordinateur couvre ses mots. Je lui ai déjà demandé six fois de hausser la voix mais ça ne fonctionne pas. Je la laisse parler sans comprendre, il me semble que ça n'a rien à voir avec ce pourquoi elle est venue aujourd'hui. Je plisse les yeux mais je n'entend pas mieux pour autant. Il est question d'un tête à queue à Cora et de vélo à SuperU. Elle a déjà ses prescriptions dans la main et je crois qu'elle veut juste que je hoche la tête quand elle fait "aïe c'est dur maintenant de faire du vélo" en se tenant la tête parce qu'elle est un peu angoissée de reprendre la voiture. 

Le téléphone sonne.

- Il faut que vous veniez voir ma fille

- Quand?

- Maintenant ou ce soir

Intérieurement je sens l'urgence vitale pas vitale.

- Non. Ca va être difficile. C'est pour quoi?

- Elle a mal à la jambe.

- Quel âge elle a?

- 17 ans

- Venez au cabinet.

- Pff

Elle raccroche. 

Ma patiente sourit beaucoup, elle est très contente de m'avoir raconté ses mésaventures en voiture. Elle s'en va. Je continue les consultations. Je me dis que finalement j'en verrai le bout. C'est assez étrange, les gens ne fuient pas quand ils voient que leur médecin n'est pas là mais certains ne sont là que pour passer le temps, discuter et tenir compagnie à d'autres qui eux viennent consulter. C'est trompeur parfois. Et le lendemain, ils sont TOUS là pour consulter et souvent je meurs.

A 19h05, miracle, les consultations sont terminées, je mets le répondeur, finalement il n'y avait pas grand monde. Alors que je fais sortir la dernière, le téléphone sonne. C'est la même que tout à l'heure. J'en étais sure, c'est pour ça que j'ai répondu.

- Ma fille va venir

- Les consultations sont terminées, vous auriez dû venir plus tôt.

- Mais elle a mal et on habite de l'autre côté de la rue.

- D'accord.

Parfois je suis stupide curieuse.

- Elle arrive dans 10 minutes

Elle raccroche.

10 minutes c'est une trèèèès grande rue. J'en profite pour rattraper mon retard sur twitter, consulter mes mails, vérifier PeriCollect. Je n'irai pas courir aujourd'hui. C'est long quand même. Elle s'est perdue? Ca fait plutôt 15 minutes.

Kelly arrive enfin, accompagnée par quelqu'un que je suppose être une copine. Kelly me tend sa carte vitale, pose une pile de radio sur la table et dit "je saigne". Bon, il n'y a pas encore de flaque de sang par terre, on a un peu de temps avant qu'elle ne meure.

L'interrogatoire n'est pas facile. Kelly est une ado de 17 ans qui ne répond pas aux questions, n'arrête pas de faire des "mais-euh" et "ne se rappelle plus bien". J'arrive à savoir qu'elle s'est cognée la jambe il y a 8 jours contre quelqu'un "sans le faire exprès", qu'il y a eu un hématome, qu'un médecin de SOS s'est déplacé pour voir la blessure, qu'il a dit que ce n'était qu'un hématome (beau diagnostic), mais que 2 jours après, elle avait mal alors ils sont allés aux urgences et que la radio c'est de là qu'elle vient, que rien n'est cassé mais que là elle saigne. Bon. Je jette un oeil à la radio, en effet rien n'est cassé. Voyons où ça saigne.

Je lui demande de grimper sur la table. Kelly est obèse ** et la peau de ses jambes n'est pas très jolie, elle va probablement avoir des tas de problèmes dans un avenir plus ou moins proche. Effectivement il y a un hématome, qui jaunit déjà sur les bords. Qui ne saigne pas... Enfin si je regarde de très près avec une loupe il y a une dermabrasion et ça a dû saigner, un peu, peut-être, et encore. Je la regarde et je lui dis "sans rire, c'est pour ça que vous êtes venues?" "ben oui, j'ai mal-euh". Je crois qu'elle a vu que j'étais un peu énervée. Sa copine baisse le nez vers ses textos.

Je lui prescris de la biseptine, vu l'état des jambes, on ne va pas risquer une septicémie. Je lui explique, je lui dis que ça aurait pu attendre, qu'il aurait suffi de désinfecter et de prendre du doliprane. Je leur souhaite une bonne soirée.

Si j'avais bien fait mon boulot, j'aurais pu discuter de son poids avec elle, j'aurais pu lui conseiller de surélever ses jambes, j'aurais pu lui expliquer qu'en massant sa jambe elle aiderait au drainage et qu'elle aurait probablement moins mal. J'aurais pu. 

Mais il y a des moments où le ras-le-bol se fait sentir. Des moments où j'ai l'impression qu'on se fout de ma pomme et de celles de mes confrères. Des moments où je me demande où nous allons avec des gens qui consultent pour tout et n'importe quoi, surtout pour n'importe quoi et "tout de suite", des gens qu'aucun médecin n'éduque ni ne remet jamais à leur place, des médecins qui cautionnent ça aussi parce que c'est moins long de jeter un oeil rapide et d'encaisser 23 euros que d'expliquer que ce n'était pas urgent, que la prochaine fois ça pourrait attendre, qui ne brusquent pas les patients "ah mais d'habitude le docteur il nous dit que c'est bien d'avoir consulté pour un rhume des fois que ça s'aggraverait"...

Bon sur ce coup-là, j'ai encaissé les 23 euros de la CMU j'ai mis un pied aux fesse de Kelly et je n'ai pas fait beaucoup d'éducation. 



 

* AVP : Accident de Voie Publique

** Attention Private Joke : Je l'aurais bien adressée à mon ami nkfb qui adore les chirurgies bariatriques mais c'est dommage nous sommes si loin

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 23 Août 2011

Tu conduis les yeux embués de larmes. Tu as hâte d'être à la maison. Pourtant tu ne roules pas vite, comme d'habitude. Ce n'est pas facile de rester concentrée. Tu arrives enfin. De l'extérieur, tu entends la musique, tu ouvres la porte. Il s'approche de toi et te demande comment ça va. Il t'embrasse. Tu ne réponds pas, tu le regardes juste, il a compris. Tu jettes ton sac par terre. Tu descends enfiler ton cycliste et ton t-shirt. Tu fixes ton ipod et ton gps. Tu attrapes une petite bouteille d'eau. Tu lui dis que tu vas courir et que tu n'emportes pas tes clés. Il reste là de toute façon, il va préparer le dîner.

Tu commences à courir. Tu sens cette oppression sur ta poitrine. Il y a beaucoup de nuages mais il fait quand même trop chaud. Ca faisait longtemps que tu n'avais pas couru. Tu as eu besoin d'arrêter quelques temps. Et là, tu as besoin de reprendre, d'habitude ça te vide la tête mais là ça ne suffit pas. 

Tu ne peux pas t'empêcher de revivre la scène. Tu te demandes quel mot dans ce que tu as dit a déclenché ses cris. Tu te souviens exactement des mots qu'elle a employés. Ca t'a fait mal. Oh bien sûr tu penses qu'elle est folle ou toxicomane voire les deux et que ça aurait pu être n'importe quel médecin à ta place. Mais tu n'arrives pas à t'en convaincre ni à mettre la distance nécessaire.

Idiote. Bon. On ne t'avait jamais traité d'idiote. C'est une première, ça ne te touche pas. Il semble qu'elle ait dit que tu es un monstre. Ca non, ça ne t'atteint même pas. Par contre, elle a dit que tu t'étais trompée de voie, que tu es un très mauvais médecin. Et ça te fait mal. Même si tu ne l'as vue que sur le palier. Parce que tu travailles beaucoup pour être un bon médecin. Pas assez, les journées sont trop courtes et puis tu ne veux plus que la médecine soit tout dans ta vie mais beaucoup. Ca fait mal parce que ça touche un point sensible. En ce moment, tu as l'impression de ne pas bien travailler, beaucoup de certifs-à-la-con, beaucoup de rhumes ayant débuté 2 heures plus tôt, beaucoup de demandes de prescriptions pour des gens restés devant leur télé ou partis "au pays", beaucoup de négociations, de refus... Tu doutes souvent, tu ne sais pas si tu as choisi le bon métier, celui pour lequel tu serais faite. Tu aimes ce boulot mais peut-être que tu aurais été plus douée pour autre chose. Comment savoir. Tes troubles du sommeil rendent les gardes difficilement supportables et les histoires des patients te touchent parfois tant que tu as besoin de ne pas trop travailler pour te protéger. Elle t'a fait mal parce qu'elle a touché ce doute et parce qu'elle t'a remis en cause sur tes capacités. Tu ne penses pas être un mauvais médecin mais là tu te demandes quand même. T'es un peu con hein. En fin de journée, tu es moins souriante qu'en début et tes neurones sont moins en forme, surtout après 30 patients, surtout quand la veille il y en a eu 50. Mais tu fais ce que tu peux. Aujourd'hui tu te sens surtout très fatiguée.

Tu en as marre de ce remplacement, il n'est vraiment pas pour toi. Qu'est-ce qu'elle a dit déjà? Qu'elle allait le dire au Dr Machin? Pas de problème dites-lui, tu lui as répondu, calmement. Tu t'en fiches. Pourvu qu'ils ne te rappellent jamais! Tu te demandes déjà comment leur rendre les clés sans avoir besoin d'y retourner. Penser à autre chose. Respirer fort.

Les taons t'ont trouvée. Tu aimes moins courir l'été que l'hiver. Trop chaud, trop d'insectes. Tu as l'air débile à taper des mains en l'air comme ça, mais si l'un d'entre eux te pique, tu gonfleras, il ne manquerait plus que ça. Tu cours un peu plus vite mais ils volent vite eux. Ils ont la dalle.

Tu finis par les semer en sortant de la forêt. Tu rentres à la maison. Vanille miaule, la table est mise, Mr Poilu te sourit, ça va mieux.


 

* Passi - Les flammes du mal - Chanson passée l'autre matin dans la voiture qui me fait très fortement penser à l'endroit où je travaille en ce moment.

 

Edit du 24/08/11 : Merci pour tous les messages. Ca va mieux. Ca fait 8 jours déjà et il ne reste que 4 jours. J'ai mis plus de distance, je finis ce remplacement en "sous-marin" comme on me l'a conseillé. Le rempla suivant est un endroit agréable, où j'aurais pu m'installer si je n'avais pas déménagé. 

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 22 Août 2011

 

Mr Poilu n'a jamais eu d'animal. Il a toujours dit qu'il n'aimait pas ça. J'ai toujours eu un chat et j'aime m'occuper des animaux, veaux, vaches, cochons, couvées... Si je n'aimais pas autant partir en vacances, j'aurais eu une ferme. C'était notre grand conflit. Alors que j'avais arrêté la bataille depuis longtemps, un soir, il a dit "si tu veux, on pourrait avoir un chat". Je suis tombée de ma chaise. Un mois plus tard, nous avions le monstre.

Depuis, c'est très drôle de les regarder s'apprivoiser tous les deux. 


Alors que j'étais occupée à déplacer des objets dans le but de faire croire à Mr Poilu que je rangeais (je fais ça quand je n'ai pas envie de faire mais qu'il faudrait, ça me fatigue moins que ranger vraiment, que personne ne lui répète) quand je l'ai entendu parler tout seul. Enfin pas vraiment tout seul. Il regardait Vanille dans les yeux en lui expliquant que ce n'était pas gentil de faire ses griffes sur le mur et qu'elle avait d'autres endroits pour les faire : le grattoir ou le nounours à griffes achetés spécialement et jamais utilisés - heureusement que c'était pas trop cher - ou la souche remontée de la cave en se disant que c'est ce qui ressemblait le plus à un arbre. Vanille semblait le regarder en secouant la tête avec ses grands yeux jaunes, ça l'a peut-être encouragé à continuer son topo. Il a dû trop regarder SuperNanny. Il lui a pris les pattes et a essayé de lui frotter sur la souche. Comme ils ont une relation curieuse basée sur la peur mutuelle, à peine bouge-t-elle qu'il la lache et doit donc reprendre l'explication au début. Au bout de quelques tentatives, elle l'a laissé en plan pour aller choper une mouche. Je ne sais pas pourquoi on la nourrit, les mouches se mangent très bien, tout comme le papier toilette et les curlys.


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Elle a un peu cette tête là quand elle se fout de notre gueule

 

Ce matin, je l'ai surpris en train de lui expliquer que ça l'arrangerait qu'elle arrête de sortir la terre des pots de fleurs parce que ça lui fait du travail de passer l'aspirateur quand il rentre le soir et qu'il préfèrerait faire autre chose. C'était pas sympa non plus de faire tomber une orchidée, elle est abimée. Il n'y avait pas de mouche mais elle est quand même partie vomir sur le tapis de la salle de bains. L'explication était peut-être trop violente. Moi ça m'arrangerait qu'elle arrête de vomir, la vétérinaire a dit qu'elle ne savait pas pourquoi mais qu'elle est en bonne santé et que les croquettes c'est meilleur pour ses dents. Mon idée est qu'elle le fait juste pour nous punir de lui donner principalement des croquettes et pas de la pâtée.

 

Elle est presqu'aussi chiante que moi. Pauvre Mr Poilu. Il n'a pas fini de passer l'aspirateur mais je crois qu'il nous aime bien, toutes les deux. Il nous a apprivoisées. Et nous avons besoin les uns des autres.

 

 

 

* Le petit prince, Saint-Exupéry


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Rédigé par Fluorette

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Publié le 12 Août 2011

Dimanche matin, brunch devant la télé. Mr Poilu se coupe du fromage. Les fromages sont secs et durs. Ah ce délicieux hollande vieux. Je pense intérieurement qu'il ferait mieux de le couper dans l'assiette mais la dernière fois que je lui ai dit, il m'a dit qu'il fallait que j'arrête de tout prévoir surtout le pire. Ok. Le saucisson est délicieux* et aujourd'hui l'épisode des Totally Spies est un mélange avec Martin Mystère. Je préfèrerais regarder toute seule, sa présence m'empêche de régresser complètement en regardant les dessins animés. Alors que l'épisode se termine et que je m'apprête à zapper, il crie.

- Ah mais bordel, ça fait trop mal.

Je viens de perdre un tympan. Je le regarde avec un grand sourire et je me permets un "je te l'avais bien dit" (c'est mon côté peste). Je savoure ce grand moment. Mais pas trop longtemps parce que le grand blessé saigne. Beaucoup d'ailleurs. Et lui ne trouve pas ça drôle du tout, il va mourir. Il a mâââl. Je ne vois pas pourquoi nous avons acheté des couteaux à viande, les Degrenne de base ont l'air de très bien couper aussi. Ca ne le fait pas rire non plus. Ce garçon n'a aucun humour.

Je l'emmène au lavabo, je lui montre le savon, je vais chercher des pansements. Evidemment, dans les escaliers, Vanille essaie de me faire tomber en courant en diagonale devant moi. Ca mettrait un peu de piment à cette histoire. J'arrive à redescendre sans encombre. Je retrouve un Mr Poilu un peu pâle. Je regarde la plaie, je n'ai rien touché qu'il gémit déjà et se contracte en essayant de retirer sa main. Je fais alors mes yeux méchants. Il se justifie "mais j'ai mal-heu"**. Je regarde de nouveau, je tire un peu sur les berges. Ca va, il a bien tranché la chair du pouce mais rien de grave. J'ai maintenant le chat Potté en face de moi qui m'implore "faut pas suturer?". Mais non.

Il regarde son doigt et constate que ça saigne encore. "C'est normal que je vois des petites mouches?" Mon dieu, il ne manquait plus que ça. Je lui ordonne de s'allonger sur le canapé et lui sur-élève les jambes. Mais bon, ça va quoi, je vais pas perdre de vue l'essentiel donc je m'attaque à ma tartine de nutella. Après plusieurs minutes, il va mieux. Il ne comprend pas bien pourquoi il a vu des mouches alors qu'il s'est coupé le doigt. "C'est à cause du neurone doigt-yeux, quand tu te coupes, ça fait voir des mouches" suggère-je. Il a l'air de réfléchir. L'hémorragie a dû être importante, la réflexion est longue avant qu'il ne trouve ça bizarre.

Finalement, les choses reprennent leur cours et il s'apprête de nouveau à couper ce fromage dans les airs. Qui a dit qu'on apprenait de ses erreurs?


 

* Notre alimentation n'est pas totalement équilibrée. Mais peut-on lutter face à du fromage et du saucisson avec du pain tout juste arrivé de la boulangerie?

** Tout comme je redeviens une gamine devant des dessins animés, l'Homme qui saigne (ou a le nez qui coule ou un bouton ou toute autre pathologie grave) régresse beaucoup.


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Rédigé par Fluorette

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Publié le 9 Août 2011

Alice appelle à 17 heures pour prendre un rendez-vous pour demain. Je lui explique que je ne serai pas là et qu'il faudra rappeler demain matin, je n'ai pas le planning de mes collègues. Alice me dit que comme elle n'est pas allée travailler aujourd'hui, il faudra quand même un rendez-vous demain. Je suis presque en train de raccrocher quand je lui demande pourquoi : elle est enceinte et elle est fatiguée, ça doit être sa tension dit-elle. Je lui conseille de venir, de toute façon je serai encore là, cette journée est longue.

Alice a 33 ans. Elle sourit quand je demande la date de ses dernières règles. Elle me raconte que c'est une insémination, que la date précise est le **/**/**, ça fait 5 SA*. C'est le 4ème ou 5ème essai, enfin ce sont les derniers embryons. Ah oui, c'est le 4ème. Elle est sous hormones. Elle est fatiguée. Elle travaille loin et beaucoup. Sa peau est pâle, comme d'habitude. Elle a eu quelques pertes hier marron, mais c'est fini. Elle dit que parfois son ventre est dur.

L'examen ne retrouve rien de particulier. La TA est à 100/60. Elle n'est pas tachycarde. Son abdomen est souple sans douleur.

Objectivement Alice va bien. Elle me dit qu'elle a un peu peur de le perdre ce bébé. Forcément. Elle a besoin d'en parler.

Je lui fais un arrêt de travail et lui conseille de se reposer. Je n'ai rien de plus à lui proposer. 

Je la regarde partir. J'ai peur pour elle et pour son bébé. Parce que comme elle me l'a très bien dit c'est un peu sa dernière chance. Parce que j'aimerais être sure qu'elle ne le perdra pas. Parce que derrière son sourire qui essaie de montrer que ça va, j'ai senti la lassitude et l'inquiétude de quelqu'un qui essaie depuis trop longtemps. Parce que j'aimerais faire plus parfois.

Je reste quelques instants à regarder la porte. Quand la femme de ménage arrive, je sors de ma rêverie, je range mes affaires et je pars à mon tour.


 

* SA : semaines d'aménorrhée, c'est le temps depuis le premier jour des dernières règles, pas la date de la conception mais des règles

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 2 Août 2011

 

Il est 13 heures. La visite que je ne pouvais faire hier est annulée car la dame ne veut finalement pas me voir. Il n'y a pas de rendez-vous avant 16 heures. J'ai fini les courriers que des patients m'avait demandés et rangé les bios du péricollect. Le postier n'est pas passé. Bon, je suis les conseils de mon futur co-installé, je rentre manger à la maison. 

Il fait beau et la voiture était au soleil. Quand j'ouvre la portière, je me prend une bouffée d'air chaud. Je prend la route. C'est aujourd'hui qu'ils ont enfin décidé de refaire l'asphalte détruit par les intempéries de l'hiver. Les véhicules sont rabattus sur une seule voie et il y a un basculement de chaussée. Ca prend un peu plus de temps que d'habitude pour rentrer. 

J'ouvre la boite aux lettres, j'y laisse la pile de dépliants publicitaires pour me rappeler de refaire le Stop-pub qui est parti avec les dernières pluies. Ce rappel ne fonctionne pas très bien, la pile grandit. Sur le dessus il y a une jolie enveloppe. Je fais la grimace, elle est adressée à Mr et Mme Hom Poilu... J'avais oublié qu'en me mariant je n'existerais plus qu'en tant que "femme de" et que je perdrais mon prénom et mon nom dans la tête des gens. Heureusement que je n'ai pas changé finalement. L'enveloppe contient un faire-part de naissance. Il va falloir trouver un cadeau.

Je fais sortir Vanille pour qu'elle puisse aller se défouler. Si elle pouvait faire ses griffes dehors plutôt que sur le mur ça m'arrangerait beaucoup. J'enlève mes chaussures, je préfère marcher pieds-nus, le sol est frais. Je prépare une assiette avec ce qui traine dans le frigo. Tomate-mozzarella, saucisson et galette de maîs. Je remets le reste de mozarella dans un bol qui traine. Je m'installe devant Sherlock Holmes. Vanille passe en trombe pour aller à la cuisine. J'y retourne pour me chercher des mirabelles. Elle joue avec une boule de poussière. Je me demande où elle a bien pu trouver ça, pas que ce soit tellement propre ici mais quand même, ça fait une grosse boulette. Ca a vraiment l'air trop rigolo. Elle la promène, la pose, se cache derrière un obstacle invisible puis se jette dessus.

Je mets une dosette blanche dans la machine. En regardant le café couler, je me rends compte que tout à l'heure le bol dans lequel j'ai rangé la mozzarella est celui qui avait servi hier pour l'eau du chat. Soupir. Je jette le tout. Vanille repasse en courant. De loin, je ne suis plus sure que ce soit de la poussière, quelquechose est bizarre, la boule n'est pas si ronde que ça. Je voudrais bien voir mais elle l'a emmenée sous le buffet. Elle finit par la déposer sous mon nez. En effet, ce n'est pas de la poussière, c'est une demi-souris. La tête, les pattes avant, des poils et des boyaux qui pendouillent. Bon appétit.

Elle repart aussi vite qu'elle l'a posée. Et revient sans. Zut.

Deux heures plus tard, je n'ai pas retrouvé le cadavre. Vanille non plus, ou alors elle l'a mangé. Il est l'heure, je dois repartir au cabinet, je laisse un mot à Mr Poilu, je suis sûre qu'il va a-do-rer cette chasse au trésor d'un genre particulier.

 


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Rédigé par Fluorette

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