Publié le 18 Mars 2013

Elle vient consulter pour a une bricole. Pas grand chose. Un nez qui coule. Elle sourit beaucoup et semble sur un nuage. Quand elle ôte son T-shirt, je vois la rondeur débutante de son bas-ventre.

Je lui demande "alors vous l'avez gardé?". Oui oui, elle l'a gardé.

Malgré le choc du début, quand elle était arrivée dans mon bureau, son retard de règles et son angoisse sous le bras. Elle n'avait pas de contraception, après ses échecs d'essais bébé avec le précédent. Elle se remettait doucement de cette histoire tristement terminée. Elle profitait de la vie, pas vraiment seule mais pas vraiment accompagnée non plus. Son boulot n'était pas idéal. Ses finances non plus. Il y avait encore les travaux et la poussière à la maison. Elle énumérait lentement tous ces arguments contre une grossesse. J'avais conseillé de temporiser et prescrit une échographie.

Elle était revenue déballer tout ça, m'apportant la photo d'un petit haricot dans une pochette. Elle voulait que je lui donne une réponse qu'elle seule pouvait trouver. Je lui avais exposé les possibilités, elle m'avait posé des tas de questions. Il y avait eu beaucoup de silences. Et puis je m'étais permis de lui dire qu'elle n'avait jamais semblé aussi heureuse. Elle était repartie, toujours un peu paumée, indécise, mais rayonnante. 

Aujourd'hui elle est seule, Il est parti. Elle a choisi, elle aura un enfant toute seule. Elle semble bien entourée.

Une petite graine pousse tranquillement. Et sa maman a un sourire lumineux.

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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Patients

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Publié le 11 Mars 2013

Les rayons du soleil de mars traversent le rideau pour tenter d'ouvrir mes paupières. Ça fait déjà un petit moment que je lutte contre mais cette fois-ci je ne me rendormirai pas, le soleil a gagné. Je m'assois, encore un peu ensommeillée. J'ai terriblement bien dormi. J'ai un peu mal au dos. J'enfile un pantalon et un gilet, j'ouvre les rideaux. 

Quand je sors de la chambre, l'odeur du café titille mes narines. Malo boit un café en lisant le journal. Il est allé acheter des petits pains. C'est un lève-tôt, j'ai regardé ma montre quand je l'ai entendu partir ce matin. Il me demande si je veux du café et, devant mon refus, remplit la bouilloire et la met en marche. Il me dit "choisis ce que tu veux comme thé, je vais réveiller LeCorse". Je choisis un « thé des légendes » qui semble olfactivement prometteur et je verse l'eau chaude. Je retourne dans la salle qui est à cette heure-ci bien plus lumineuse que la cuisine et m'approche de la fenêtre pour regarder les tourelles du château sur la droite. Je tourne doucement la tête, le jardin est parsemé de taupinières, les arbres n'ont pas encore de feuilles. Il reste quelques poireaux dans le potager. Le chat sautille dans l'herbe, paraissant gêné par la rosée. C'est à ce moment que je l'aperçois au fond du jardin d'à côté. Il porte un pull bleu marine. Ses cheveux sont en bataille. Il a posé une main sur une barrière, son regard porte loin, vers l'horizon. Il semble être un capitaine de navire qui, au jour levant, chercherait du regard une côte éventuelle. Il porterait un chapeau sur la tête et une longue-vue à sa ceinture. Il manquerait un bouton à sa redingote et écartant cette dernière pour se gratter le flan, il dévoilerait un long poignard. Les matelots s'activeraient autour de lui pour ranger les cordes sur le pont et retendre les voiles, il resterait imperturbable, ne perdant pas de vue son objectif : découvrir une nouvelle terre riche d'or et de découvertes sans oublier de perdre le moins possible d'hommes d'équipage pendant l'expédition. Ne voyant toujours pas la terre espérée apparaître, il froncerait les sourcils en pensant aux réserves de vivres qui deviendraient bientôt insuffisantes et...

- Alors ça va, bien dormi ?

Je me retourne en souriant. LeCorse est levé.

- Très bien et toi ?

- Pas vraiment.

Ses petits yeux confirment ses dires. Il s'assoit et semble dormir encore. 

- Dis, je regardais ton voisin, il est un peu étrange non ?

- Oui, il était couvreur, il est tombé d'un toit un jour et sa tête a cogné. Il était peut-être déjà bizarre avant mais là...

Je me rappelle le thé mis à infuser, depuis trop longtemps. Je l'apporte sur la table.

- Tu veux un petit pain, Fluo ?

Bien sûr, manger, je suis toujours d'accord. Je m'attable et je tartine un morceau de pain de gelée de pommes à la vanille. Malo se ressert un café.
Après le petit-déjeuner, je regarderai à nouveau dehors. Le capitaine ne sera plus là, parti pour de nouvelles explorations.

 
Heureux les fous, ils transcendent la lumière.


 

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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma petite vie

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Publié le 8 Mars 2013

Muguette, 92 ans, vient consulter au cabinet. Muguette est très voutée, abimée par les années, mais elle dégage une grande force de caractère. Elle ne se plaint pas souvent. Elle est parfois un peu essoufflée, je pense que c'est de l'asthme. En refaisant le point sur la liste des médicaments, je lui demande si elle prend toujours le Diskus prescrit il y a quelques mois et qui avait eu une bonne efficacité au début. Elle dit qu'elle l'utilise, mais "ça ne fonctionne pas votre bazar, et ça n'a aucune goût". Bon. Je continue, on reprend chaque traitement un par un, rien ne semble inutile, je note un nouveau Diskus et puis voilà. Une consultation facile, me dis-je.

Deux semaines plus tard, le fils de Muguette téléphone. Son mari a eu une grosse bronchite et là, Muguette semble l'avoir attrapée, mais ça fait huit jours et ça ne s'arrange pas. Pour une fois, c'est moi qui fais le déplacement. A l'arrivée, Muguette ne se plaint pas. Mais à l'auscultation c'est le drame, ça sibile partout. Je demande à son fils d'apporter l'appareil, je voudrais être sure qu'elle l'utilise correctement. J'avais pensé qu'avec ses doigts si déformés par l'arthrose, ce système serait le plus facile, mais peut-être que je me suis trompée. Elle me montre, elle clipse tout bien comme il faut, elle respire et elle me dit "vraiment ça ne fonctionne pas".

J'attrape l'inhalateur et j'aperçois dans la fenêtre montrant le nombre de dose restantes un zéro. Rouge. Le nouveau Diskus prescrit il y a quinze jour est dans le placard. J'avais oublié qu'ils ont lutté toute leur vie pour faire des économies et ne pas gaspiller. On ne change pas quelque chose qui fonctionne encore en apparence au moins. Celui-ci est peut-être vide depuis des mois.

Son fils me dit "oh mais on n'a pas regardé et en plus ils l'utilisent tous les deux..." en m'apportant le nouvel inhalateur. Muguette respire dedans et me dit "ah oui, là ça fonctionne". Quelques minutes après, elle se sent déjà mieux.

Il faut toujours écouter les Muguette quand elles disent que "ça ne fonctionne pas notre bazar". Il faut parfois penser que si ça fonctionnait au début mais que ça ne fonctionne plus, c'est peut-être à cause d'un trop grand souci d'économie... Il faut penser que même si on a bien fait la démonstration du fonctionnement de l'appareil, on peut avoir oublié de montrer la zone de décompte des doses qui, il faut le reconnaitre, n'est pas faite pour les myopes. Et il faut expliquer qu'un inhalateur chacun c'est probablement mieux.

Il n'y a pas eu de consultation facile. Il n'y a que moi qui n'ai pas voulu écouter.


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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Patients

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