Publié le 31 Janvier 2011

Ils sont venus à 2. Pour son renouvellement dit-elle.

Son dossier sur l'ordinateur n'est pas très fourni. Antidiabétique. Antidépresseur. Somnifère. Elle est très obèse. Elle a l'air épuisé. Lui a l'air impuissant. C'est bizarre cette consultation.

Elle a vu l'endocrinologue qui a prescrit des vitamines. Je commence à me douter de ce qu'elle a. Je lui demande comment elle va. Je la laisse parler. Elle raconte qu'elle vomit. J'essaie d'en savoir plus, en fait, elle se fait vomir. Elle a été opérée de l'estomac, pour maigrir. Elle voulait un enfant et on lui a dit qu'elle était trop grosse. En plus elle a 33 ans, elle parle de son horloge biologique. Ca fait maintenant 9 mois qu'elle a été opérée. Elle se fait vomir tous les jours, plusieurs fois. Elle ne s'autorise que les fruits, et les laitages, parfois. Son ami intervient pour dire qu'elle fait des malaises. Ce n'est pas surprenant.

Elle a perdu 30 kilos. Mais il explique qu'on lui avait demandé d'en perdre 50 avant l'intervention et qu'elle n'a pas réussi alors maintenant elle se punit.

Elle semble souffrir beaucoup.

Je lui demande ce qu'elle pense d'elle même. Elle se sent énorme, elle a l'impression d'avoir grossi alors qu'elle a perdu 30 kilos. Elle n'est pas objective. Elle le sait. Elle voit bien que ses habits deviennent grands.Elle le voit mais elle se trouve de plus en plus grosse.

Son ami semble vraiment peiné.

Je l'écoute. Je me demande ce que lui apporte le psy qu'elle voit régulièrement. Justement, elle trouve que dernièrement il ne la soutient pas beaucoup. Il lui a dit qu'elle ne se stimulait pas assez. Je vois ses cernes, sa fatigue, sa faim, son poids et je me demande comment elle pourrait faire plus. Suite à leur consultation, elle s'est forcée à sortir. Au bout d'une heure, elle est épuisée. Evidemment puisqu'elle vomit tout. Avoir du gras ne permet pas de déplacer des montagnes.

Elle se confie. Elle a pensé à acheter des coupe-faim. Je lève les yeux au ciel. Je me demande ce qu'elle a fait dans une vie antérieure pour mériter ça. Elle semble en confiance.

Je lui demande ce qu'il lui faudrait pour enfin s'aimer. Un enfant. Son rêve depuis ses 17 ans.

Et puis tout est sorti, le viol subi, les essais de bébé avec le précédent, l'échec, les reproches sur son poids, les essais d'enfant actuels. Tout, tout est sorti.

Tant de souffrances.

 

Après ça, même la soupe minute m'a semblée délicieuse.

 

 

 

Edit  du 02/02/2011 : J'ai reçu aujourd'hui le courrier de l'endocrino. Je suis très choquée : "bons résultats, c'était une super idée, maintenant on devrait proposer un by-pass, le diabète est mieux et blabla."
Ya que moi qui ai l'impression que ça va pas du tout cette histoire? Sans déconner?

 

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 29 Janvier 2011

- Bonjour Docteur Je viens pour renouveler mon arrêt de travail

- Pourquoi êtes-vous en arrêt de travail?

- Pour dépression et ça ne va pas du tout

- Pourquoi?

- Moi, ne rien faire, ça m'épuise

- ...

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 28 Janvier 2011

Tu as signé pour une maison. Tu as fait tes comptes. Tu as signé pour un prêt. Tout est cadré.

Sauf...

Sauf les frais de notaire. Personne ne sait exactement combien tu devras payer. Pourtant on ne parle pas de quelques centaines d'euros mais de milliers.

La banquière t'a dit que les frais qu'ils ont estimé sur l'offre de prêt sont faux parce que par exemple, pour les frais d'hypothèque, le tarif en Alsace n'est pas le même qu'en vieille France (ça te fait bien rigoler : l'Alsace c'est la nouvelle france? au secours!). Les frais seraient moindres.

Tu as contacté l'office notarial pour avoir une idée de prix. On t'a répondu que le comptable allait te faire une prévision de coût. Mais qu'il ne fallait pas t'étonner s'ils faisaient les prévisions les plus chères du coin puisqu'après ils ne rajoutaient rien alors que les autres oui. Il serait même possible de négocier un ou deux points pour diminuer le coût.

Mais impossible de savoir vraiment avant le jour J. Par contre ce jour-là tu devras avoir l'argent sur ton compte.

Tu ne sais toujours pas combien...

 

Tu le savais, médecine était une erreur, c'est notaire qu'il fallait faire!

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 28 Janvier 2011

Ce billet n'est pas sponsorisé.

 

Il y a peu, le cardiologue m'a dit « il va falloir le bouger votre popotin, 45 minutes 2 à 3 fois par semaine, sinon tout ça ça ne va pas s'arranger » Il ne l'a pas dit comme ça. Mais ça voulait dire ça. En gros : réentrainement à l'effort.

Bon.

D'accord.

Je n'ai jamais été très sportive. Quand on est une petite boulotte, c'est pas facile. La danse classique qu'on m'a obligée à pratiquer est un souvenir douloureux. Au sport, à l'école, j'ai souvent été la dernière à être choisie dans les équipes, c'est toujours valorisant! Mon manque de goût pour la compétition n'aidait pas. Depuis j'ai minci, c'est un peu tard, plus personne ne fait d'équipe dans laquelle je pourrais être choisie.

J'ai toujours aimé nager. Et par la suite, le badminton m'a apporté beaucoup mais la petitesse du club a étouffé ma combativité. La fac de médecine m'a fait tout arrêter. Après, j'ai repris la natation. J'aime les bassins de 50 mètres, de ne pas tout le temps faire demi-tour. Et quand ledit bassin est en extérieur et qu'il neige, nager devient un vrai moment de plaisir.

Depuis mon arrivée ici, c'est plus difficile, les piscines sont toutes petites, ferment tôt et l'entrée est chère. Alors bon, j'ai un vélo, mais toute seule, il faut se motiver. Le week-end nous en faisons un peu, mais il fait sacrément froid. Le week-end dernier j'ai vraiment cru que nous allions finir gelés.

Avec le travail, le temps qu'il fait, la distance des installations sportives, on a de bonnes excuses et on finit par ne plus faire grand chose.

J'ai décidé de me remettre au footing. J'aimais courir en bord de mer quand j'habitais au Havre alors pourquoi pas. Quand j'ai repris pour la première fois, j'ai cru que j'allais mourir. Essoufflement majeur, découragement, douleurs partout, et une lassitude parce que malgré la musique ça m'a semblé très long (alors qu'au max, j'ai couru 20 minutes).

J'ai découvert sur le net un site de coaching www.jiwok.com Le principe est simple. On choisit un programme selon ce qu'on est (pas, peu, très sportif) et ce qu'on désire : perdre du poids, s'entrainer pour un marathon, se remettre à l'effort...

Ensuite on a accès à un calendrier avec un programme de course : 2 à 3 séances par semaine de difficulté croissante pendant une durée de plusieurs semaines. Pour chaque séance, on télécharge un programme de course sur lequel on peut ajouter ses propres musiques (avec un logiciel adapté) ou choisir des types de musique (qui font assez musique d'ascenseur).

J'étais assez sceptique. La première séance était gratuite. Ensuite c'est payant. Mais le coût est moindre qu'une salle de sports : 7,9 euros par mois.

J'ai fait la première séance et j'ai été convaincue. Vraiment. Alternance marche-course. Satisfaction d'avoir réussi la séance. Facilement.

Il y a de bons conseils sur le site. Ils t'apprennent à faire une boisson spéciale efforts (sans hormones!) et donnent des conseils de nutrition.

J'ai choisi : perdre 3 kg avec 3 séances par semaine (ce n'est pas mon objectif, je voudrais reprendre du souffle et me muscler un peu). Mais ça m'aide surtout à me motiver. Bien sur, le coach n'est que virtuel et c'est à moi de me motiver pour sortir. C'est déjà beaucoup, il est là quand après seulement 10 minutes j'ai l'impression qu'holala c'est dur, il est largement temps de rentrer.

J'espère continuer d'y croire. 

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 28 Janvier 2011

Il vous tend la main :

  • Bonjour. J'ai préparé le devis avec ce que vous vouliez. Donc après votre mail, je me suis rendu compte que la version Rossignol apporte ce que vous souhaitez. Je vais vous montrer ça dans mon bureau

  • Bonjour. Ok, allons voir

Il vous fait assoir dans le bureau. Ça tombe bien, vous êtes fatigués, c'est dimanche matin, vous êtes sortis hier, vous n'avez pas encore déjeuné. Et toi quand tu ne déjeunes pas, ça ne va pas. Mais le vendeur t'a appelé hier et tu as promis. Mr Poilu a ronchonné mais vous êtes quand même allés. Il vous montre le dépliant Rossignol.

  • Donc voilà : c'est la version XTR, il y a le pack clim et le Grip Control.

Il sort le papier, t'explique le prix, la réduction qu'ils font. Mais tu as changé d'avis, il y a des choses que vous souhaitez en plus.

  • Et pour la couleur?

  • On ne sait plus.

  • Venez je vais vous montrer.

Il vous fait sortir dans le parc auto. Tu as l'impression de faire une randonnée à chercher des animaux sauvages. Il fait froid.

  • Alors là le bleu tivoli. Là bas je vois un noir. Tout au fond, le sable. Ah par là, il y a le gris foncé.

  • Gris c'est moche.

  • Ici il y a un vert

  • Le vert est moche, vraiment. Ben noir, finalement c'est pas mal.

  • Oui mais on avait dit qu'on arrêtait les voitures noires.

  • Oui mais c'est joli. Ou alors bleu tivoli

  • Mais avec le noir, le bas de caisse ressort mieux

  • Bon alors noir, de toute façon on a déjà le kit retouches!

Il rit. Toi aussi. Vous savez que noir ce n'est pas une bonne idée. Mais tu détestes le gris, tellement pratique, tellement salissable et tellement triste.

Vous rentrez. Finalement noir ça vous plait, ça brille. Et puis c'est moins cher. Vous êtes un peu radins tous les deux, non?

  • Alors noir. Y a-t-il une autre option à ajouter?

  • Le connecting box, ça paraît bien, en plus mon oreillette est morte. Et puis le pack urbain, pour le volet arrière. On est d'accord que le toit en verre est associé aux boites aux plafonds?

  • Oui

  • Donc on ne pourra plus mettre nos snows, donc non.

  • Autre chose?

  • Je pense que c'est bon.

Là tu es toute excitée. Cette voiture te plait. Oh bien sur, ce n'est pas un cabriolet, mais c'est fonctionnel et c'est ce que vous vouliez. Les voitures de frime, tu as décidé d'arrêter. Tes yeux brillent, Mr Poilu le voit. Lui aussi a l'air emballé. C'est un peu idiot, il y a une paire de ski avec cette voiture, tu préfèrerais un snowboard.

Le vendeur imprime un récapitulatif. Et gribouille au crayon par dessus.

  • Alors le prix normal ça ferait ça. Et la réduction comme vous êtes indépendant, ça fait ça. 

  • Mmh

    - Alors vraiment parce que c'est vous, on peut faire ce prix.

    - Mmh

Vous aviez convenu avant de partir de la maison que pour un peu moins, vous auriez signé. Oui mais...

  • Maintenant, j'ai besoin de savoir si vous êtes prêts à signer aujourd'hui, parce que là c'est portes ouvertes alors on a une réduction spéciale si je demande à mon chef.

  • Ben on n'était pas partis pour mais si le prix est correct, on pourrait.

Tu es toujours sur un nuage. Tu y crois maintenant, il t'a mis l'eau à la bouche.

Le vendeur chuchote :

  • Je vais voir avec mon chef si on peut baisser le prix, je reviens

Tu trouves ça ridicule, il y a des micros? Les aliens vous observent? Il revient. Il vous propose un café. Oui, vous en avez bien besoin. Il sort son porte-monnaie et va en chercher. Comme s'il payait les cafés. Tu as l'impression qu'on cherche maladroitement à te faire culpabiliser. Sauf qu'un café en échange de 20.000 euros... 

  • Alors j'en ai parlé. On peut sur ce prix si vous êtes prêts à signer aujourd'hui.

  • Ben c'est encore un peu cher.

  • Je vais voir, on va téléphoner au central régional, savoir si on peut faire moins.

Il vous fait un clin d'oeil, comme pour vous faire croire qu'il est votre ami. Il disparaît. Tu trouves ça fatigant tous ces allers-retours qu'il fait. Tu ne les comptes plus. Et puis tu as faim. Tu penses au pain au chocolat que tu dégusteras arrivée à la maison. Tu regardes Mr Poilu, tu vois qu'il pense comme toi. Vous savez qu'il ne téléphone nulle part, que tout ça c'est de la mise en scène, du pipeau. Il revient.

  • -lors ça c'est notre dernier prix.

Vous êtes prêts à signer. C'est un peu plus que ce que vous aviez prévu. Mais ça vous plait.

  • Ok. On est d'accord.

C'est là que ça part en vrille.

  • Quelle solution de financement vous souhaitez?

  • Aucune, on paie cash

  • Ah oui mais non c'est pas possible. Parce que cette offre de prix, vous vous doutez bien qu'on ne fait pas de bénéfice.

Alors là ça t'étonnerait beaucoup qu'ils vendent à perte. Ils te prennent pour une buse. Tu as faim mais quelques-uns de tes neurones sont encore en vie.

  • Donc si vous voulez profiter du prix, il faut prendre une offre de financement. Ou alors le pack avec l'entretien inclus. Et puis c'est mieux de rajouter 2 ans de garantie. Même si la garantie ne fonctionne pas sur les pneus...

Tu ne l'écoutes plus. Tu regardes Mr Poilu. Lui aussi a compris. Ils ne veulent pas te la vendre cette voiture. Tu te rappelles pourquoi tu n'achètes jamais de voitures neuves. Tu te rappelles combien ces méthodes te rappellent les souks. Sauf que dans les souks, tu joues le jeu, ça fait partie. Et tu aimes l'ambiance globale, le gars qui fait semblant de mourir parce que tu as proposé un prix trop bas, c'est les vacances. Là non. Ca te fatigue.

Il continue, il te parle mensualités, garantie, il se répète. Il y a des chiffres partout. Il te sort des grilles d'amortissement. Il te fatigue. Tu n'es déjà plus là. Il retourne voir si le central serait d'accord pour ce prix sans financement, bien sur que non. Ça t'aurait étonnée. 

Le rêve s'est envolé.

Tu l'interromps :

  • Bon nous on veut payer cash. Si c'est impossible, on va rentrer, j'ai faim, tous ces chiffres ça me fatigue. Là je n'en peux plus.

  • Je vous appelle cet après midi, savoir ce que vous décidez?

  • Oui, mais on veut payer cash.

Il vous a perdus. Il ne fera pas l'effort de te proposer un prix sans financement. Il ne vendra pas ce Berlingo aujourd'hui.

Tu vas continuer d'acheter des voitures d'occasion.

 

NB : je suis choquée qu'en France, on puisse te proposer un prix pour ensuite refuser de te vendre une voiture... C'est incroyable.


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Rédigé par Fluorette

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Publié le 27 Janvier 2011

Attention amateurs d'histoire triste, s'abstenir!

 

L'autre jour sur Twitter, un sondage : quel a été votre petit bonheur du jour?

J'avais répondu que j'étais très contente d'avoir vu fleurir une de mes orchidées. Ça semble tellement dérisoire. Il paraît qu'entretenir une plante, c'est aussi bénéfique que s'occuper d'un animal. Moi qui ai des difficultés à m'occuper de plantes, je me retrouve avec 8 orchidées. Elles ont toutes une histoire. J'ai toujours eu un chat, en ce moment ce n'est pas possible. Alors j'ai des orchidées. J'en avais déjà deux et puis, un jour à Ikea, j'en ai acheté une car nous avions un pot vide (quelle triste excuse...). Un peu plus tard, lors d'une visite chez mes parents, j'ai vu que ma mère ne s'occupait plus de 2 des siennes. On nous en a offert deux de plus lorsque nous nous sommes mariés (l'une d'elles fleurit non-stop depuis 3 mois, beau record).

La dernière a été achetée lors d'une visite à un salon floral, elle devait fleurir tous les jours et on m'avait dit que c'était très facile. Et devinez quoi, c'est la seule qui ne fleurit pas!

Mais il y a beaucoup de petits bonheurs dans ma vie quotidienne.

J'aime courir dans la forêt, le coach dans les oreilles : « Surveillez votre fréquence cardiaque, respirez, tenez vous droit » Il ne parvient pas à m'énerver, je suis trop concentrée et crevée pour ça. Et puis il est très encourageant, pas comme Dr Kawashima.

J'aime voir les oies sauvages qui se sont installées là où l'eau stagne depuis que les terres sont inondées. J'aime les voir voler en V et les entendre cacarder. J'ai l'impression que la nature reprend un peu ses droits. Pour une fois.

J'aime cuisiner, tester, goûter, faire macérer les alcools, malaxer les pâtes, toutes les pâtes : pâte à pain, pâte brisée, pâte à pizza, pâte à biscuits... C'est tactile la cuisine. J'aime sentir l'odeur des biscuits dans le four. La senteur sucre, cannelle, citron. J'aime sentir l'odeur de fromage fondu. J'aime entendre le Ding! du four qui signifie qu'on va pouvoir déguster.

J'aime quand je réussis enfin à jouer correctement une partition et que je peux chantonner par dessus.

J'aime entendre la clé de Mr Poilu dans la serrure parce que j'ai hâte de le voir sourire et que je sais qu'on va passer une bonne soirée. Au pire, on se disputera, mais au moins on sera ensemble.

 

J'aime tout ça.

 

Ce sont les petits bonheurs qui sont les meilleurs.


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Rédigé par Fluorette

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Publié le 26 Janvier 2011

C'est samedi matin. La secrétaire me demande si je peux aller voir Constant. Sa fille a appelé parce qu'au téléphone il était confus. Il n'y a pas de panique. Ce n'est pas la première fois.

 

Quand j'arrive, Constant coupe du bois dans la cour. Il habite une très vieille maison de ferme, dans la campagne, entourée de grands arbres. Chauffage au bois.

Je me rappelle la première fois que je l'ai vu, il coupait de l'herbe à la faux pour les lapins, une autre fois j'ai même eu du mal à le trouver, il était au fond du champs et il n'avait pas vu ma voiture arriver. Il avait déjà 95 ans.

Depuis il n'a plus de lapins, c'était un peu compliqué à gérer pour lui et pour ses enfants pendant ses courtes hospitalisations.

Il a perdu son chien aussi. A chaque fois que je le vois, il me raconte qu'un jour le chien n'est jamais rentré. Il pense qu'il a été écrasé. Il ne se fait plus d'illusions, ça fait trop longtemps qu'il a disparu. C'est toujours la même histoire. Sa mémoire coince parfois.

Cela fait plusieurs années que sa femme est morte. Il n'en parle jamais.

J'aime bien Constant, je le vois bien qu'il vieillit. Il n'a plus que quelques dents, il me fait penser au Mister Jack de Tim Burton.

 

Je suis Constant dans la maison, puis dans la cuisine, seule pièce chauffée de la maison. Il éjecte le chat de la chaise en secouant la chaise et en l'insultant. Vu la propreté ambiante, j'hésite à m'assoir. Mais il veut que je m'assoie. On discute, il va mieux. Il sait que ce matin ça n'allait pas. Mais ça n'a pas duré. Il est donc sorti couper du bois « parce que ça ne va pas se faire tout seul ».

L'examen clinique de Constant est inchangé. Il est orienté, il n'a mal nulle part. Il va bien.

J'appelle la fille. Nous concluons tous les trois qu'il a dû faire un énième accident vasculaire. Je propose qu'il n'aille pas à l'hôpital, nous sommes tous d'accord.

 

Je me lève. Il s'énerve contre le chat qui fait ses griffes sur le mur. Il le pousse, le chat monte sur la chaise que j'ai laissée vacante. Il le vire de la chaise, le chat est têtu et remonte dessus. Finalement Constant abdique. Il n'y a que 2 chaises dans cette pièce, une pour chacun.

 

Je lui souhaite un bon week-end. Je pars.

 

Constant a 98 ans. Lui et son chat vont bien.

 

 

 

NB : Je crois sincèrement en l'intérêt pour les personnes âgées d'avoir un animal. J'avais été choquée en gériatrie qu'on leur conseille de ne pas en avoir car l'animal peut provoquer la chute. Depuis, je crois que leur message a changé. D'après mon expérience, les personnes âgées qui ont un animal ont un meilleur moral. (et caresser un chat fait baisser la fréquence cardiaque et la tension artérielle)

http://www.senioractu.com/Les-animaux-de-compagnie-ameliorent-le-quotidien-des-personnes-agees_a5366.html

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 25 Janvier 2011

Ce matin, je regarde Sophie Davant. Oui, cette semaine je suis femme au foyer carrément desespérée, donnez moi du boulot bordel. Cette semaine, je ne peux donc pas rencontrer de patients sensationnels qui me donneraient matière à article. Bref, passons. Alors je regarde Sophie Davant, j'ai la culture que je peux.

 

Thème du jour : la vitamine D protègerait du cancer du sein. (Faites sonner les trompettes! Nous avons LA solution!)

Explication : la vitamine D permet aux cellules (et pas seulement celles des os) de réaliser l'apoptose et de mourir. Or une cellule cancéreuse est une cellule qui ne veut pas mourir (pour faire simple). Donc une carence pourrait empêcher la mort de ces cellules et faciliter la création de cellules cancéreuses.

Conclusion du topo fort court et peu fourni (d'ailleurs nombre de télespectateurs avaient des questions, mais on n'avait pas le temps, fallait passer à la suite) : allez chez votre généraliste demander un dosage de votre vitamine D. J'ai failli tomber du canapé.

J'ai à titre professionnel fait doser des quantités de vitamine D chez des femmes, à 98% revenues sous la norme. En discutant avec mes anciens maîtres de stage, c'est assez nouveau comme pratique, un peu dans l'air du temps. L'une d'elle m'avait d'ailleurs expliqué que cela pouvait occasionner des fatigues chroniques et qu'elle le dosait presque systématiquement mais elle ne savait d'où elle tenait cette information.

Je me suis dit que plutôt que passer l'aspirateur, j'allais me pencher sur le sujet. (Après, vu la complexité des données, j'ai regretté, passer l'aspi c'était plus simple)

Bref rappel des faits sûrs et avérés de façon simple et rapide :

La vitamine D est indispensable à l'être humain.

Le risque d'une carence en Vitamine D est le rachitisme chez l'enfant (mollesse des os et déformations osseuses) et l'ostéomalacie chez l'adulte (fractures et douleurs osseuses).

Le lait maternel en contient malheureusement peu. C'est pour cela qu'on en donne à tous les petits en supplément.

La vitamine D provient :

  1. - De l'alimentation. La vitamine D alimentaire se trouve essentiellement dans les poissons dits gras (maquereaux, saumon, hareng...), les laitages, certaines viandes... Volontairement, je ne mentionne pas l'huile de foie de morue ou d'autres poissons, sérieusement qui en boit? De plus ces huiles de poissons sont riches en vitamine A et le risque d'hypervitaminose A est important.
  2. - D'une transformation. La vitamine D est synthétisée par la peau qui transforme un cholestérol en ergocalciférol (Vit D2) ou cholécalciférol (Vit D3) grâce au rayonnement des UVB. La Vit D3 est ensuite métabolisée par le foie puis le rein en Vit D (1,25dihydrocholecalciferol)

La vitamine D permet l'absorption des calcium et phosphore dans le tube digestif et leur réabsorption dans les reins, ainsi que la résorption osseuse. A dose physiologique elle fixe le calcium sur les os. A dose trop importante, elle provoque un relargage de calcium dans la circulation.

 

Après on est dans le flou!

 

Les carences et les apports :

Les normes admises actuellement sont des taux sanguins supérieurs à 30 ng/ml. Si on dose la vitamine D chez tous nos patients, il semble qu'une très grande majorité soit carencée (mais aucun chiffre trouvé).

La première cause de carence est le manque d'exposition au soleil dans nos pays développés car nous sommes peu à l'extérieur, il y a peu de soleil et l'hiver nous sommes tout emmitouflés dans nos gros manteaux bonnets, écharpes, gants, pas un seul bout de peau ne dépasse.

Certains suggèrent que lors de l'évolution, c'est à cause du manque de soleil que notre peau s'est éclaircie lors des migrations de l'Afrique vers le Nord afin de permettre une meilleure synthèse de la vitamine D (puisque cette dernière est nécessaire à l'expression de plus de 200 gènes).

Les peaux sombres sont d'ailleurs plus touchées par les carences en vitamine D. La synthèse leur est moins facile.

Une exposition 3 fois par semaine de 15 minutes entre 11h et 15h pendant l'hiver (en France) est conseillée, sans protection solaire et pour une peau claire. Il faut au moins les deux bras et le visage dégagés. Ce qui, par ce froid, est impossible. Les lampes dites « lumière du jour » ne délivrent pas d'UVB et ne sont donc d'aucun secours. Mais attention si on s'expose plus de 15 minutes, il faut utiliser une crème solaire d'indice minimum 15 (c'est le stress, ai-je dépassé 15 minutes? Aurai-je un cancer de la peau?)

 

La deuxième cause de carence est alimentaire. Aucun d'entre nous ne mange assez de poissons ni de laitages (ou encore d'huile de foie de morue) pour atteindre les objectifs qui sont d'ailleurs fort variables (Les végétaliens sont à risque majeur de carence profonde : pas de poissons, pas de laitages). Les apports en vitamine D sont actuellement de 120 à 300 UI/j alors que les apports recommandés varient de 400 à 1000 UI/ jour... Déjà on s'aperçoit qu'il y a une grande variabilité dans les recommandations.

En France, en 2005, l'HAS conseille une complémentation en vitamine D en cas de grossesse se déroulant l'hiver, soit pour les accouchements prévus de mars à juin. Elle est aussi conseillée lorsque l'exposition au soleil est impossible, en cas de risque de chloasma gravidique.

Le collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) conseille la prescription systématique d'une dose unique de vitamine D de 100 000UI au début du septième mois de grossesse car les besoin sont accrus. La supplémentation en vitamine D est fortement recommandée lors du 3e trimestre de la grossesse et systématique pour le jeune enfant. Cela a permis la disparition des hypocalcémies néonatales sévères par carence vitaminique maternelle et celle du rachitisme carentiel commun du petit enfant, du moins dans notre pays.

En revanche, je n'ai pas trouvé de recommandation du CNGOF en ce qui concerne l'allaitement. Pourtant, les apports en vitamine D lors de cette période sont majorés de façon importante et l'ampoule apportée au septième mois ne suffit pas à assurer les besoins de la maman en vitamine D pendant l'allaitement. Le Comité de nutrition de la Société Française de Pédiatrie mentionne qu'il faut apporter au moins 1000UI de vit D par jour à la mère après accouchement. (durée des apports? si elle n'allaite pas est-ce utile?)

Sur les sites canadiens et américains, les apports recommandés (données Osteoporose Canada) sont identiques pour les moins de 50 ans en bonne santé

Cependant ils sont plus importants pour les plus de 50 ans ou chez ceux souffrant d'osteoporose : de 800 UI à 2000 UI par jour avec apport de 1200 mg de calcium.



En gros qu'est-ce que je risque avec mon manque chronique de vitamine D?

Sur internet, on trouve des études diverses et variées tendant à prouver que la vitamine D diminue l'incidence des cancers (sein, côlon, prostate, ovaire, reins, vessie), ralentit la progression des troubles des fonctions supérieures, diminue l'insulinorésistance, la liste qui suit n'est pas exhaustive :

  1. 1. L'étude du Dr Pamela von Hurst tendrait à montrer qu'une supplémentation en vitamine D accroitrait la sensibilité à l'insuline chez les patients diabétiques.
  2. 2. Une méta-analyse montrerait que des apports en vitamine D diminue le risque facturaire de façon proportionnelle aux apports.
  3. 3. Lien cancer-vitamine D : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/16380576?dopt=Abstract
  4. 4. Dans cette étude, les faibles niveaux de vitamine D étaient associés à un déclin cognitif substantielle de la population âgée, étudié sur une période de 6 ans, rétrospectif.
  5. 5. En 1998, le Dr Uttiger concluait que nous avons besoin de plus de vitamine D que nous n'en recevons.
  6. 6. Le Dr Fanck C Garland semble avoir dédié toutes ses recherches à la vitamine D. Je n'ai trouvé aucun accès direct aux études (mais là j'ai un peu mal aux yeux). Mais il prône d'augmenter les limites supérieures des apports recommandés car ceux-ci seraient bien trop inférieurs aux réelles nécessités du corps humain. 

Il n'est pas le seul. Ce qui me pose problème, c'est qu'avec les normes actuelles, une bonne partie de la population est déjà carencée, alors ça signifie que tout le monde le serait?

Le doute :

Nombre des études que j'ai consultées me semblent critiquables. Nombre d'entre elles sont liées à l'industrie pharmaceutique (Pfizer, Merck, Lili, Procter et Gamble...), ce qui permet de douter de leur fiabilité. En effet, ne leur serait-il pas profitable que l'on conseille de supplémenter la totalité de la population?

Je suis même étonnée de n'avoir pas trouvé d'études provenant de l'industrie agro-alimentaire, car il y a là derrière un marché prometteur et juteux mais je suis mauvais langue.

Cependant, l’International Agency for Research on Cancer (IARC), dans son rapport publié en 2008, juge qu’il est prématuré de revoir à la hausse les apports nutritionnels recommandés en vitamine D, ainsi que le taux sanguin de 25 hydroxycholecalciférol considéré comme adéquat.

Aucune étude prospective ne semble avoir été réalisée. Mais je n'ai pas accès à toutes les sources de données.

 

Conclusion

Au final, beaucoup d'études penchent pour un intérêt d'avoir des apports corrects en vitamine D. Le problème actuel est que nous ne savons pas définir ce que "valeurs correctes" signifie.

Pour le moment, c'est un peu comme pour les dépistages. A titre collectif, on ne peut rien conclure. A titre individuel, nous pouvons peser le pour et le contre d'un dosage et d'une supplémentation. Ou tout simplement supplémenter l'hiver en partant du principe que le risque de surdosage n'existe qu'exceptionnellement et pour des taux très élevés de vitamine D sanguine?


Vos avis :

En tant que médecin, que faites-vous? Dosez-vous? Supplémentez-vous? Qui? Sur quelles bases?

En tant que patient, prenez-vous de la vitamine D? Sous quelles formes? A quelle fréquence?

Aimez-vous l'huile de foie de poissons?

 

 

A titre personnel, l'hiver je prends une ampoule d'Uvedose (chez qui je n'ai pas d'action) tous les 3 mois. J'ai la peau très claire et je ne m'expose jamais au soleil. Je pense que ça m'aide. C'est empirique et absolument injustifié d'un point de vue médical.

Je vais enfin pouvoir passer l'aspirateur.

NB : je n'ai aucun lien avec l'industrie pharmaceutique. Je n'ai pas censuré de données. Cependant, certaines m'ont probablement échappé. Si vous avez des liens à me communiquer, n'hésitez pas. Merci

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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Culture médicale

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Publié le 24 Janvier 2011

 

Tu as déménagé loin de chez toi. Tu avais prévu d'aller t'installer près de la mer. C'est très loin la mer maintenant. Tu l'avais en tête ta maison normande. Tu en avais des projets pour la rénover. Tu savais dans quel cabinet tu pourrais collaborer. Tu pensais qu'ils seraient d'accord. Alors oui le climat est meilleur. Rude mais moins pluvieux. Et qui l'aurait cru, la pluie te manque. Acheter du poisson aussi, sur un étal, directement à la sortie du bateau. Tu savais que tes amis te manqueraient. Tu ne pensais pas que ta famille te manquerait autant. Tu aimerais retrouver les petits restos indien, normand, chinois, japonais. Le salon de thé du samedi entre potes à dire des insanités au milieu des mémés outrées aussi.

Tu te sens différente et tu voudrais te fondre dans la masse. Tu ne comprends pas bien les gens d'ici qui nettoient leurs trottoirs et promènent leur remorque jusqu'à la déchetterie le samedi. Ils font construire des châteaux dont ils peignent les façades en couleurs flashy « pour que ça se voie que j'ai claqué de la thune » et veulent toujours de plus grosses voitures. Tu n'as pas été élevée comme ça. Tu ne comprends pas leur peur des étrangers et des français « de l'intérieur », surtout ceux qui sont « colorés ». Ils ne les côtoient même pas.

Tu te sens seule dans cette région où, consciencieusement, la boulangère te répond en un dialecte que tu ne comprend pas. Tu regrettes d'avoir choisi espagnol au collège et pas allemand. Tu pensais que ça te servirait quand tu irais en Amérique du Sud, où pour l'instant tu n'es jamais allée. Tu es fatiguée qu'on te reproche de ne pas parler le dialecte, pendant les repas de famille ou au travail. D'ailleurs tu rames pour trouver du travail. Quand tu en as, tu as du mal à t'adapter à la façon de faire de celui que tu remplaces. Tu ne comprends pas le « sans rendez-vous ».

Mais tu sais pourquoi tu es venue. Tu es venue pour rejoindre celui qui compte pour toi. Tu ne pensais pas faire ça un jour pour quelqu'un mais tu te sens apaisée quand vous êtes ensemble. Un jour, il t'a dit : Je ne veux pas que tu changes, je ne veux pas que tu deviennes comme eux, je t'aime parce que tu es différente. Tu as trouvé ça mièvre mais ça n'a pas de prix. Tu es consciente de ta chance.

Alors tu t'adaptes. Petit à petit.

Tu as commencé par changer de boulangerie. C'est plus loin. Mais au moins, tu n'es plus obligée de donner un billet pour payer ton pain parce que tu n'as pas compris le montant qu'on t'a dit. Tu préfères aller faire tes courses en ville où tu apprécies de te sentir noyée dans la foule. Tu as adoré les marchés de Noël parce que tu aimes les lumières et les sourires sur les visages, mais aussi parce que tu as apprécié ce monde, toutes ces langues, tous ces gens qui venaient de loin.

Tu n'as jamais autant téléphoné. Les sms n'ont plus de secret pour toi, tu peux taper les yeux fermés. Tu es beaucoup un peu droguée à Internet. Ce n'est pas comme voir les autres mais ce sont de bons substituts. Tu aimes leur faire visiter le coin quand ils viennent ou les emmener à Europapark pour être à la limite de la crise cardiaque dans le BlueFire.

La cuisine locale est ton amie : tu adores modeler des Bredele. Tu sais que normalement c'est seulement pour Noël mais les normes tu n'aimes pas alors tu en fais toute l'année. De toute façon, il y en a tellement de sortes. Tu as découvert le Bibeleskaese et tu en es fan.

Tu apprécies l'absence de pluie qui te permet de te promener, de courir et de faire du vélo plus souvent. Tu as ressorti les rollers et tu pries pour ne rien te casser, tu as une technique critiquable, au moins ça doit faire rire ceux qui te voient.

La proximité du resto à tartes flambées te ravit. En rentrer bourrée à pied aussi.

Maintenant que tu es plus près des pistes, tu as progressé en snowboard et en vin chaud.

Tu aimes l'Allemagne et leurs thermes , tu aimes t'y promener. Mais pour commander une bière et une saucisse-bretzel au biergarten, tu sais que l'allemand te serait utile. Alors tu as investi dans L'allemand pour les Nuls. Tu as du mal mais tu sais qu'un jour tu y arriveras.

Niveau boulot, on t'a complimenté sur ta relation avec les patients et on t'a proposé une installation. Tu écoutes les personnes âgées t'expliquer qu'elles parlent mal le français parce qu'à l'école elles ont appris l'allemand. Tu aimes leurs histoires en parallèle de la grande Histoire. Tu comprends mieux certaines réactions de leur part. Mais chez les jeunes, cela te paraît déplacé.

Tu ne te bats plus quand une réflexion raciste ou homophobe est lancée. Tu argumentes, tu gardes tes convictions mais te disputer avec tout le monde ne sert à rien. Tu as l'impression de lutter contre des moulins mais tu ne perds pas espoir. Tu as rencontré des gens qui pensent comme toi. Peu. Mais tu sais que tu finiras par trouver des amis.

 

Tu ne cherches plus à te fondre dans la masse. Tu es différente. C'est comme ça. Tu ne nettoieras probablement jamais ton bout de trottoir. Tu continueras de faire le plein de sel marin pendant tes vacances.

Tu mélangeras deux cultures. Rien n'interdit de boire un Pinot avec du poisson. Et mettre une saucisse dans une galette, même les Bretons le font!

Tu es sur la bonne voie.

D'ailleurs, ce week-end ton père te l'a dit : « mais dis donc, tu parles avec l'accent maintenant? » 

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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma petite vie

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Publié le 24 Janvier 2011

Mea culpa

 

C'est l'heure de la confession : j'ai prescrit du Mediator 

Je ne suis pas la seule mais ça ne change rien.

J'ai prescrit du Mediator. Point.

Je l'ai prescrit dans le cadre de l'AMM mais je le savais inefficace et dangereux. Mon statut est un problème. Je ne suis « que » remplaçante. Il n'est pas correct d'arriver avec mes gros sabots et de flinguer la confiance que le patient a en son médecin traitant en lui disant que les traitements qu'il lui prescrit sont dangereux. Bien sur, dans l'intérêt du patient, il était souhaitable d'arrêter ce traitement et je le savais mais une relation médecin-patient est difficile à construire. Et on pouvait se donner quelques mois pour l'arrêter tranquillement.

 

J'ai quelques fois réussi à l'arrêter moi-même pour le remplacer par autre chose lorsque l'hémoglobine glyquée n'atteignait pas les objectifs fixés. Il est plus facile d'arrêter un traitement lorsqu'on peut prouver qu'il est inefficace. Le patient l'accepte alors et le comprend.

C'est plus difficile à faire si le patient est équilibré, il y a toujours la grande angoisse du « mais si on l'arrête, ça va encore être tout déséquilibré! ». Alors oui, je l'ai renouvelé, en le notant dans le dossier, pour que le médecin traitant voit mon interrogation et y pense.

Parfois j'ai revu ces dossiers plus tard et le Mediator n'avait pas été arrêté. D'autres fois si.

 

Tout ce foin fait autour du Mediator m'a fait consulter la liste des « médicaments sous surveillance » :

  • j'ai renouvelé du XYREM (indications : narcolepsie avec cataplexie). Très peu de patients en France sont traités. La fiche de renouvellement de traitement est mensuelle, la délivrance est stricte, la surveillance très étroite. Ce patient ne peut avoir une vie normale sans. Avec, il va très bien. Je ne me suis pas posée de questions quant au bénéfice-risque.

  • Je prescris parfois du SYMBICORT (asthme). La balance bénéfice-risque me semble en sa faveur.

  • J'injecte régulièrement du Prevenar (prévention des infections à pneumocoques) car il est dans le calendrier vaccinal. Je me pose des questions sur le Prevenar13 car où s'arrêtera-t-on?

  • Je propose le Gardasil (prévention des infections génitales à HumanPapilloVirus) mais j'ai de gros doutes sur son utilité. Je me suis aperçue que selon la façon de le proposer, les jeunes filles souvent accompagnées de leur maman l'acceptent ou non. J'essaie d'être neutre mais ce n'est pas évident.

 

Il manque des médicaments sur cette liste "officielle". J'avais déjà tendance à essayer de diminuer les prescriptions, ça me conforte dans cette idée. La semaine dernière grâce à la médiatisation de tout ça, j'ai pu arrêter un Buflomedil. Par contre, pour arrêter un di-antalvic, c'est toujours du sport. Tant qu'il ne sera pas retiré purement et simplement, les patients continueront de penser qu'il n'est pas dangereux.

Et quand je vois les listes de médicaments sur certaines ordonnances, il y a du boulot.

 

L'affaire Mediator m'aura au moins permis de penser à renouveler mon abonnement à Prescrire, fini depuis quelques mois déjà et qui, en période de rédaction de thèse, ne me manquait pas.

 

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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma médecine

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