Emménagement, 1 an

Publié le 24 Janvier 2011

 

Tu as déménagé loin de chez toi. Tu avais prévu d'aller t'installer près de la mer. C'est très loin la mer maintenant. Tu l'avais en tête ta maison normande. Tu en avais des projets pour la rénover. Tu savais dans quel cabinet tu pourrais collaborer. Tu pensais qu'ils seraient d'accord. Alors oui le climat est meilleur. Rude mais moins pluvieux. Et qui l'aurait cru, la pluie te manque. Acheter du poisson aussi, sur un étal, directement à la sortie du bateau. Tu savais que tes amis te manqueraient. Tu ne pensais pas que ta famille te manquerait autant. Tu aimerais retrouver les petits restos indien, normand, chinois, japonais. Le salon de thé du samedi entre potes à dire des insanités au milieu des mémés outrées aussi.

Tu te sens différente et tu voudrais te fondre dans la masse. Tu ne comprends pas bien les gens d'ici qui nettoient leurs trottoirs et promènent leur remorque jusqu'à la déchetterie le samedi. Ils font construire des châteaux dont ils peignent les façades en couleurs flashy « pour que ça se voie que j'ai claqué de la thune » et veulent toujours de plus grosses voitures. Tu n'as pas été élevée comme ça. Tu ne comprends pas leur peur des étrangers et des français « de l'intérieur », surtout ceux qui sont « colorés ». Ils ne les côtoient même pas.

Tu te sens seule dans cette région où, consciencieusement, la boulangère te répond en un dialecte que tu ne comprend pas. Tu regrettes d'avoir choisi espagnol au collège et pas allemand. Tu pensais que ça te servirait quand tu irais en Amérique du Sud, où pour l'instant tu n'es jamais allée. Tu es fatiguée qu'on te reproche de ne pas parler le dialecte, pendant les repas de famille ou au travail. D'ailleurs tu rames pour trouver du travail. Quand tu en as, tu as du mal à t'adapter à la façon de faire de celui que tu remplaces. Tu ne comprends pas le « sans rendez-vous ».

Mais tu sais pourquoi tu es venue. Tu es venue pour rejoindre celui qui compte pour toi. Tu ne pensais pas faire ça un jour pour quelqu'un mais tu te sens apaisée quand vous êtes ensemble. Un jour, il t'a dit : Je ne veux pas que tu changes, je ne veux pas que tu deviennes comme eux, je t'aime parce que tu es différente. Tu as trouvé ça mièvre mais ça n'a pas de prix. Tu es consciente de ta chance.

Alors tu t'adaptes. Petit à petit.

Tu as commencé par changer de boulangerie. C'est plus loin. Mais au moins, tu n'es plus obligée de donner un billet pour payer ton pain parce que tu n'as pas compris le montant qu'on t'a dit. Tu préfères aller faire tes courses en ville où tu apprécies de te sentir noyée dans la foule. Tu as adoré les marchés de Noël parce que tu aimes les lumières et les sourires sur les visages, mais aussi parce que tu as apprécié ce monde, toutes ces langues, tous ces gens qui venaient de loin.

Tu n'as jamais autant téléphoné. Les sms n'ont plus de secret pour toi, tu peux taper les yeux fermés. Tu es beaucoup un peu droguée à Internet. Ce n'est pas comme voir les autres mais ce sont de bons substituts. Tu aimes leur faire visiter le coin quand ils viennent ou les emmener à Europapark pour être à la limite de la crise cardiaque dans le BlueFire.

La cuisine locale est ton amie : tu adores modeler des Bredele. Tu sais que normalement c'est seulement pour Noël mais les normes tu n'aimes pas alors tu en fais toute l'année. De toute façon, il y en a tellement de sortes. Tu as découvert le Bibeleskaese et tu en es fan.

Tu apprécies l'absence de pluie qui te permet de te promener, de courir et de faire du vélo plus souvent. Tu as ressorti les rollers et tu pries pour ne rien te casser, tu as une technique critiquable, au moins ça doit faire rire ceux qui te voient.

La proximité du resto à tartes flambées te ravit. En rentrer bourrée à pied aussi.

Maintenant que tu es plus près des pistes, tu as progressé en snowboard et en vin chaud.

Tu aimes l'Allemagne et leurs thermes , tu aimes t'y promener. Mais pour commander une bière et une saucisse-bretzel au biergarten, tu sais que l'allemand te serait utile. Alors tu as investi dans L'allemand pour les Nuls. Tu as du mal mais tu sais qu'un jour tu y arriveras.

Niveau boulot, on t'a complimenté sur ta relation avec les patients et on t'a proposé une installation. Tu écoutes les personnes âgées t'expliquer qu'elles parlent mal le français parce qu'à l'école elles ont appris l'allemand. Tu aimes leurs histoires en parallèle de la grande Histoire. Tu comprends mieux certaines réactions de leur part. Mais chez les jeunes, cela te paraît déplacé.

Tu ne te bats plus quand une réflexion raciste ou homophobe est lancée. Tu argumentes, tu gardes tes convictions mais te disputer avec tout le monde ne sert à rien. Tu as l'impression de lutter contre des moulins mais tu ne perds pas espoir. Tu as rencontré des gens qui pensent comme toi. Peu. Mais tu sais que tu finiras par trouver des amis.

 

Tu ne cherches plus à te fondre dans la masse. Tu es différente. C'est comme ça. Tu ne nettoieras probablement jamais ton bout de trottoir. Tu continueras de faire le plein de sel marin pendant tes vacances.

Tu mélangeras deux cultures. Rien n'interdit de boire un Pinot avec du poisson. Et mettre une saucisse dans une galette, même les Bretons le font!

Tu es sur la bonne voie.

D'ailleurs, ce week-end ton père te l'a dit : « mais dis donc, tu parles avec l'accent maintenant? » 

Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma petite vie

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aury67 29/01/2013 22:23

Je suis également une Normande qui a emménagé en Alsace il y a 5 ans maintenant.
je me retrouve bien dans ce billet (sauf pour les rollers...) et je propose une choucroute de la mer pour allier ces 2 régions ;)

Je surfe sur votre site depuis la fin d'après midi et je vous trouve professionnelle et humaine... j'aimerai vous "choisir" comme médecin traitant, mais je crains que vous n'habitiez trop loin (et
j'ai 2 enfants en bas âge donc pas pratique d'aller consulter trop loin), j'habite près de Sélestat dites moi si c'est à moins de km ;)

Bonne continuation !

Fluorette 16/02/2013 18:59



Merci pour ce mot. Je ne crois pas que choisir son médecin soit par internet une bonne idée :)


La choucroute de la mer c'est en effet délicieux!



penelope 06/05/2011 23:22


Tout d'abord, vraiment désolée si je vous ai gâché l'humeur du jour. Je me suis permise de faire un commentaire à votre article parce qu'il m'avait interpelée. J'ai peut être été un peu dure parce
que choquée par de nombreux passages. Je ne vous pense pas raciste - d'après vos autres articles - mais c'est juste que pour moi, tenir ce genre de propos sur un ensemble de personnes en se basant
sur quelques unes, je ne trouve pas ça cool. Je me manifestais surtout pour dire que, non, tous les alsaciens ne sont pas comme ça... Constat de ma part. Petite défense pour les alsaciens sympas et
chaleureux... Et puis, je ne vois pas le mal de balayer son trottoir et d'aller à la messe, chacun est libre, même si on n'adhère pas, non?
Mais effectivement, c'est votre blog et vos ressentis, je donnais juste mon point de vue en commentaire.
Et effectivement (re), vous habitez peut être dans une campagne très profonde où le taux de "ces gens-là" est plus élevé qu'ailleurs... (je sais qu'il y en a, comme partout, mais, je le répète,
c'est la généralisation, le "ils", qui m'a le plus gênée).
Ah, et puis je n'avais pas compris que les guillemets indiquaient des paroles vraiment citées, je n'ai pas pensé une seconde que quelqu'un ait vraiment pu vous dire ça.
J'espère que vous finirez par rencontrer des gens qui vous feront réviser votre point de vue.


Fluorette 08/05/2011 08:42



Sans rancune.


Je répète que je ne juge pas tout le monde mais étant donné la proportion c'est ce que je ressens. J'essaie de rencontrer plus de gens différents. On verra



penelope 05/05/2011 22:31


désolée, rectificatif : "soient une façon" et "il me semble"


peneolpe 05/05/2011 22:27


bonsoir,
je viens de découvrir ce blog et en tombant sur cet article je suis carrément choquée. Je ne pense pas que votre vision de l'Alsace soit partiale : vous mettez tous les alsaciens -hors
strasbourgeois - dans le même panier et accumulez les clichés de richards racistes nombrilistes. Il ne m'a jamais semblé que les peintures des façades soit une façon de quantifier la
richesse...
Ils me semblent que des gens comme ça existent un peu partout et pas de chance pour vous si vous êtes tombés dessus. Cela ressemble pour moi à une forme de racisme de votre part...
Vous devez être bien aigrie d'avoir quittée votre Normandie pour tenir de tels propos...
Petite précision : je ne suis pas alsacienne "de souche" mais y vis depuis 5 ans (3 ans Strasbourg, 2 ans campagne).

Bonne continuation.


Fluorette 06/05/2011 08:16



Désolée que ça vous ait choquée! C'est mon ressenti. Il n'est pas le même que le vôtre et tant mieux. Oui, ma vision de l'alsace est partiale puisque c'est mon blog où je parle de mes sentiments
(je pense que vous vouliez dire que je ne suis pas impartiale)


Je vais quand même vous répondre :


J'ai d'abord cru que vous parliez de moi : "richards racistes et nombrilistes" et puis je pense que vous parlez des gens qui m'entourent. Ils sont différents de moi, je ne les comprends pas mais
je n'emploierais pas cette expression. Ils sont nés ici, ils ont été élevés comme ça, ils ne partent pas en vacances parce que "pourquoi partir en vacances ici c'est tellement bien?" (j'ai mis
des guillemets parce que c'est ce qu'ils disent) donc ils ne connaissent rien d'autre, ils ne voient du reste du monde que ce qu'ils voient à la télé, ils croient ce que TF1 montre des cités, ils
sont conditionnés pour montrer qu'ils entretiennent leur trottoir le samedi, ils vont à la messe le dimanche... Ce n'est pas du racisme de ma part, c'est un constat. Je pense que c'est dommage
pour eux de rester entre eux. Mais ça a l'air de leur convenir cette vie. Ils sont en grande majorité racistes, quoi que vous en disiez. Bien sûr, certains ne sont pas comme ça, mais ils sont
rares, j'ai cherché, j'en ai rencontré mais généralement ils ont quitté le coin parce que justement ici ça ne leur convient pas. Vous avez peut-être la chance d'habiter une campagne plus ouverte.
Je vis mal quand ils font exprès de parler alsacien alors qu'ils savent que je ne le parle pas. Le dialecte est très présent ici, ça contribue à aggraver la sensation de se sentir étranger. On
m'a déjà dit que j'étais une "française de l'intérieur". A une trentaine de km d'ici c'est déjà très différent.


A propos des peintures des maisons, si vous aviez bien lu, vous auriez vu les guillemets, c'est une phrase qu'un alsacien de souche m'a dite et il le pense. Ce n'est pas moi qui l'ai imaginé! Ca
ne me serait jamais venu à l'idée. 


Et oui, je suis triste d'avoir quitté une région maritime pour une région trop terrestre pour moi. Il y a des lieux dans le monde où on se sent mieux que d'autres, des endroits où on se sent bien
tout de suite spontanément, où on se sent chez soi. Cette vie n'est pas mon choix, je ne m'y sens pas chez moi, je m'adapte mais je me sens différente. Beaucoup de choses me plaisent (n'avez-vous
pas lu la deuxième moitié?) mais humainement je ne suis pas à ma place. Et la mer me manque.


 



Amandine 01/02/2011 13:48


Nordiste d'origine ayant fait mes études à Strasbourg et revenue habiter cette ville par choix il y a quelques mois, je reconnais peu L'Alsace que je connais dans votre description... J'y vois
plutôt les clichés ressassés des "français de l'intérieur". Il est vrai aussi que j'habite Strasbourg et que cette grande ville étudiante est plus ouverte et que les strasbourgeois sont plus
faciles d'accès que leurs comparses du reste de la région.
La mer du Nord me manque aussi mais la qualité de vie est telle que je ne regrette pas un seul instant d'avoir posé mes valises ici!


Fluorette 01/02/2011 16:00



Comme je l'ai déjà écri dans mes réponses aux commentaires, l'alsace profonde est très différente de Strasbourg même. C'est une ville, avec beaucoup de jeunes, énormément de brassage culturel. La
campagne profonde est vraiment très profonde.


Et ça n'a rien d'un cliché. C'est réel.