Publié le 24 Juillet 2012

Quand je suis sortie de mon bureau, vous êtiez accoudée au comptoir de la secrétaire. J'ai dit au revoir au patient sortant et appelé le suivant. Je vous ai dit bonjour, je ne vous ai pas laissé le temps de répondre et j'ai suivi mon patient dans mon bureau. Timing parfait.

Quand je suis ressortie de mon bureau, vous êtiez encore là. Pas de chance d'avoir oublié le nom du patient d'après mais ça m'arrive tout le temps, mémoire de poisson rouge. Vous en avez profité pour me dire "puisque vous avez un instant". J'ai dit non, je ne reçois pas les laboratoires. Une première fois. Puis "oui je sais mais..." De nouveau un non de ma part. Vous avez insisté avec "J'organise une soirée avec le Pr Bidule sur...". Je vous ai coupé la parole : "non". Ca ne vous a pas empêchée de suivre avec "Mais j'ai invité aussi les infirmières et...". De nouveau un "non" suivi d'un au revoir. Je suis rentrée dans mon bureau et j'ai fermé la porte. 

A ma sortie suivante, vous n'êtiez plus là, enfin! Supersecrétaire m'a expliqué qu'elle vous avait déjà prévenu que je ne recevais pas les laboratoires. Puis elle m'a décrit cet air choqué-indigné accompagné du "mais il faut bien qu'elle rencontre les autres!" avant votre départ. Il faut croire que vous ne comprenez pas bien quand on vous parle, je vous conseille de consulter afin de vérifier que vos conduits auditifs ne sont pas obstrués. Vous avez trop insisté madame.

Je rencontre mes confrères médecins, infirmières, kinés, dentistes... à d'autres occasions, au diner de la banque, autour d'un repas, au téléphone. Mais jamais dans une réunion organisée par vous.

Je ne reçois plus vos collègues depuis longtemps. L'article de Prescrire sur les méfaits des petits cadeaux des laboratoires m'a confirmé que c'était un piège. J'estime ne pas avoir besoin de justifier le fait que je ne vous reçoive pas. Je suis désolée que votre métier soit ingrat et difficile mais ça ne m'oblige pas à perdre mon temps avec vous. J'ai toujours été aimable. Vous, vous ne respectez pas le non et vous auriez mérité un pied aux fesses.

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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma médecine

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Publié le 9 Juillet 2012

Cette semaine, j'ai fait beaucoup de route pour passer une semaine fraiche et humide. J'ai acheté des pulls chez Armor Lux, j'ai eu du mal à faire sécher mes chaussettes et chaussures mais j'avais chaud à l'intérieur. J'ai bu et mangé plus que de raison, tout était délicieux. Et après tout, "quand l'horizon n'est pas net, reste à la buvette".

Cette semaine, j'ai retrouvé mes parents. Je regrette de ne pas les voir plus souvent. Nous avons passé des soirées à jouer au Chromino. Je les ai regardés jouer au Scrabble. J'ai vu MrPoilu exploser les scores et pour une fois, avoir une concurrente sérieuse en face, maman. J'ai fait des tisanes et sorti le whisky. J'ai pensé que Frérot aurait dû être là lui aussi, il nous manquait un mauvais joueur de plus.

Cette semaine, j'ai visité des fours à boulets. J'ai répondu à MrPoilu qui faisait remarquer qu'on pourrait y mettre papa qu'ils pourraient y aller ensemble, tant leurs blagues sont semblables.

Cette semaine, j'ai fêté mon anniversaire en avance avec de grand verres de champagne. J'ai acheté un maillot de bains très joli qui n'a pas servi. J'ai rempli ma valise de sardines en boîte et de farine de blé noir. J'ai discuté avec un peintre irlandais qui m'a dédicacé une aquarelle de la mer. J'ai acheté une ceinture en cuir rouge. J'ai tassé tout ça dans le petit coffre du coupé.

Cette semaine, en regardant des danses bretonnes, je me suis assise sur une bordure et j'ai posé ma tête sur l'épaule de MrPoilu, ma main sur sa cuisse, sa main sur la mienne.

Cette semaine, j'ai reçu un appel auquel je ne m'attendais pas et qui m'a agréablement surprise alors que je marchais dans les vents du Cap Fréhel les cheveux en bataille. C'est peut-être un heureux présage.

Cette semaine, affalés à la terrasse d'un bar à Carnac-Plage, pendant l'orage, j'ai écouté MrPoilu m'expliquer qu'une AudiA4 Allroad c'est une voiture de kéké parce que "c'est la version baroudeur et qu'est-ce que tu veux barouder avec ça?". Puis je lui ai rappelé qu'on n'a pas de gamins alors fantasmer sur une version 7 places du Kangoo, faudrait arrêter. Par contre, je pourrais céder sur l'installation d'un attache-remorques pour caler un porte-vélo ou tirer une remorque le samedi, pourquoi pas. Il a souri.

Cette semaine, j'ai écouté le Marathon des Mots sur France Culture et je n'ai pas tout compris. Cette radio vole parfois très haut.

Cette semaine, j'ai maudit les néerlandais qui se trompent, se mettent dans la file télépéage et coincent tout. Mais comme dirait MrPoilu, comment veux-tu qu'ils comprennent que le gros T ne veut pas dire Tulipe? Mouhahaha (va dans le four à boulets, j'ai dit)

Cette semaine, j'ai randonné alternativement sous le soleil ou la pluie et dans le vent en tenant la main de MrPoilu. Nous avons couru sous le même K-way tendu au-dessus de nos têtes, comme quand nous étions petits. Ca mouillait quand même, l'orage était violent, j'ai senti l'eau glaciale couler le long de mon dos jusque dans mon bermuda. Brrr. Nous avons testé l'étanchéité de nos chaussures en sautant dans les ruisseaux créés par l'orage. Nous nous sommes réchauffés au rhum arrangé à la Crêperie de l'Ilôt Saint-Michel puis nous sommes rentrés sous les grondements du tonnerre avant que les gouttes ne retombent.

Cette semaine, sur l'autoroute Le Mans-Paris, nous avons compté les Ferrari, Porsche, Mustang et autres voitures de compétition rentrant du circuit des 24 heures.

Cette semaine, j'ai découvert Saint-Malo à l'occasion d'un rassemblement de voiliers. J'ai revu avec plaisir le Dar Mlodziezy. Je suis grimpée en haut du château et une mouette a posé pour moi devant l'ilôt Chateaubriand. J'ai mangé une énorme glace abritée sous un parapluie.

Cette semaine, j'ai imaginé pourquoi certains ont dressé des menhirs et les ont alignés de façon presque parfaite sur des kilomètres. J'ai senti la force spirituelle de ces créations. J'ai pris des photos qui ne rendent pas compte de l'émotion ressentie face à ces gros cailloux.

Cette semaine, certains ont quitté le mobil-home sur des coups de tête et on se serait cru dans SecretStory : "si tu veux que Frère parte au 3ème jour pour une sombre histoire de sèche-linge, tape 1". Entre autres. C'était triste.

Cette semaine, j'ai tenu un petit Georges dans mes bras et j'ai bien aimé. Il était tellement petit et il avait si peu de cheveux. J'aurais pu le tenir des heures s'il n'y avait pas eu de galettes à manger.

Cette semaine, on s'est incrusté chez des gens qui n'ont pas arrêté de s'excuser alors qu'on était si contents de les voir, que la soirée était agréable et qu'on a si bien dormi. J'ai adoré regarder les granules tomber dans le feu. J'espère leur avoir assez dit qu'ils sont les bienvenus au pays du froid sec.

Cette semaine, en marchant sur la pointe d'Erquy, j'ai rêvé d'une autre vie. Une vie maritime, une vie dans une maison en granit, une vie à tailler des hortensias, une vie où les goélands remplaceraient les cigognes, une vie pluvieuse, une vie où je tiendrais un gîte et où j'accueillerais des classes vertes, ou un salon de thé, une vie à l'opposé, une vie idéalisée.

Et puis finalement, je suis montée dans la voiture. J'ai appuyé un peu fort sur l'accélérateur et me suis fait sermonner par MrPoilu parce que la voiture était froide et gnagnagna, mais j'étais énervée, je ne voulais pas rentrer. Sur la route, j'ai senti le poids des choses à faire revenir sur mes épaules. La liste dans ma tête est revenue. Petit à petit. Une cigogne a survolé la voiture.

En arrivant à la maison, il faisait si chaud que mes envies de feu et de bains se sont envolées. Dans la boîte aux lettres, un courrier urssaf m'attendait comme à chaque retour, un catalogue la redoute, des relevés bancaires, un rappel de facture de gdf... Vanille est venue tout de suite chercher des calins, Chocolat a mis plus de temps, boudeur, comme souvent. Les voisins nous ont invités pour une baignade dans la piscine, offre déclinée pour ranger la valise. 

Nous avons bu une bière sur la terrasse, ralentis par la chaleur, j'ai attrapé le téléphone et prévenu que nous étions bien rentrés. Fin des vacances.

 

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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma petite vie

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Publié le 2 Juillet 2012

 

Il est midi et demi. Et miracle, pour une fois, c'est déjà l'heure de manger. J'attrape la pile des courriers du jour pour lire en attendant que le micro-ondes ait fini de chauffer une barquette qui fait pas envie. Après avoir pris des nouvelles de mes patients, je jette les différents prospectus sauf un qui retient mon attention : le SuppoQuiGuéritLesHémorroïdes. Tadam.

Il faut dire que le prospectus est bien fait. Coloré, informatif mais surtout interrogatif. 

DSCN1669.JPG

On remarque que je ne suis pas très douée avec mon scanner et que j'ai du photographier la chose.

On ne sait pas bien non plus ce que fait le gars avec le taureau, peut-être lui met-il un suppo...

 

En effet en voilà une question qu'elle est bonne : dans quel sens faut-il introduire le suppo?

J'ai demandé à son avis à @Thoracotomie, l'expert au blog sérieux. Je vous laisse apprécier la réponse : "Comme un bijou d'anus je suppose "  "En réalité si on réfléchit un peu c'est plutôt un mélange de balistique et d'anti-sextoy : la partie distale étant + fine que la proximale, elle est faite pour être aspirée et ne pas ressortir " . DOnc mettre un suppo c'est plus compliqué qu'un épisode des experts!

C'est important (ou presque) parce qu'en France, le suppo est plus prescrit que dans d'autres pays. On ne sait pas si c'est par habitude, parce que les gens aiment ça (oui oui il y en a*) ou parce que certains parents préfèrent le suppo car leur gamin leur recrache le doliprane en pleine figure ou pour des raisons que je préfère ne pas imaginer.

Le bon sens populaire (en tous cas, le mien) expliquerait ainsi : c'est profilé en pointe, il faut donc l'insérer pointe vers l'avant afin de profiter de l'aérodynamisme de la chose. Cependant, si la question est posée il y a peut-être un piège et serait-ce dans l'autre sens? Ca parait un peu étrange tant de questions sur une si petite chose.

Que nenni! Des scientifiques ont planché sur la question. Il semble que c'était des gens sérieux puisqu'ils ont réussi à publier dans The Lancet. En introduisant le suppo par la base, on observerait un taux d'expulsion plus faible. (j'aimerais bien savoir qui a participé à cette étude, ça devait être de grands moments, ça me rappelle la période où j'ai fait cobaye pour la science, un jour peut-être je raconterai ça)

 

DSCN1670.JPG 

"expliquez l'intérêt de cette voie à vos patients" Mouhahahaha

 

 Je vous vois sourire mais Wikipedia (oui, j'ai des sources fiables) nous informe aussi que :

"La façon la plus naturelle d'introduire le suppositoire est par la partie pointue en premier. Cependant, il est plus indiqué d'introduire le suppositoire par son extrémité plate. L'introduction par l'extrémité plate a les avantages suivants : le suppositoire reste et fond juste au dessus du canal anal (dans la partie supérieure du rectum), et il n'est pas poussé par les contractions de l'intestin qui agissent dans le sens de la descente de l'objet.

Cependant, l'introduction du suppositoire par l'extrémité plate aura pour conséquence un passage dans la vascularisation de la partie supérieur du rectum, c'est-à-dire une branche de la veine mésentérique inférieure, cette dernière rejoignant par la suite la veine porte. Cette technique induit alors un premier passage hépatique (passage par le foie, conduisant éventuellement à la métabolisation du principe actif) pour le principe actif du suppositoire administré.

A contrario, l'introduction du suppositoire par son extrémité pointue a pour inconvénient le fait que le suppositoire a tendance à sortir naturellement, mais a l'avantage de passer dans la vascularisation de la partie moyenne et inférieur du rectum, c’est-à-dire la vascularisation qui se jette dans la branche antérieure de la veine iliaque interne (rejoignant la veine iliaque commune, puis la veine cave inférieure). Il n'y aura donc pas de premier passage hépatique avec cette technique.

Il faut bien voir que la vascularisation du rectum est très variable d'une personne à l'autre. Les effets du sens d'introduction (décrits ci-dessus) sont donc relatifs à la personne et peuvent être tenus comme vrais seulement pour la majorité des cas."

 

Forte de toutes ces découvertes, et après avoir fini ma délicieuse barquette, j'ai pris sur moi d'informer mes confrères, la chance qu'ils ont de m'avoir... Ce qui m'a valu ce commentaire fort critique de SuperSecrétaire : "quand même, quel que soit le sens où on met le suppo, ça doit faire super mal aux hémorroïdes**".

 Le bon sens de Supersecrétaire...

 

 

* Sur doctissimo : "comment fabriquer mes suppositoires" (je vous conseille le lien, ce topic est une perle). Commentaire  : "Si un médecin ne sait pas dire comment on fait un suppo, faut vraiment qu'il fasse autre chose!!". Je crois que je devrais faire autre chose...

**Et s'il fait chaud et que, comme conseillé, vous avez mis votre suppo au frigo avant utilisation, ça doit faire "sensation frissons" enfin moi je dis ça je dis rien. Et le prospectus vous conseille "la position allongée sur le côté latéral*** gauche avec le genou droit replié" : pourquoi gauche, je me le demande.

*** côté latéral : les linguistes apprécieront .

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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Culture médicale

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