Le capitaine

Publié le 11 Mars 2013

Les rayons du soleil de mars traversent le rideau pour tenter d'ouvrir mes paupières. Ça fait déjà un petit moment que je lutte contre mais cette fois-ci je ne me rendormirai pas, le soleil a gagné. Je m'assois, encore un peu ensommeillée. J'ai terriblement bien dormi. J'ai un peu mal au dos. J'enfile un pantalon et un gilet, j'ouvre les rideaux. 

Quand je sors de la chambre, l'odeur du café titille mes narines. Malo boit un café en lisant le journal. Il est allé acheter des petits pains. C'est un lève-tôt, j'ai regardé ma montre quand je l'ai entendu partir ce matin. Il me demande si je veux du café et, devant mon refus, remplit la bouilloire et la met en marche. Il me dit "choisis ce que tu veux comme thé, je vais réveiller LeCorse". Je choisis un « thé des légendes » qui semble olfactivement prometteur et je verse l'eau chaude. Je retourne dans la salle qui est à cette heure-ci bien plus lumineuse que la cuisine et m'approche de la fenêtre pour regarder les tourelles du château sur la droite. Je tourne doucement la tête, le jardin est parsemé de taupinières, les arbres n'ont pas encore de feuilles. Il reste quelques poireaux dans le potager. Le chat sautille dans l'herbe, paraissant gêné par la rosée. C'est à ce moment que je l'aperçois au fond du jardin d'à côté. Il porte un pull bleu marine. Ses cheveux sont en bataille. Il a posé une main sur une barrière, son regard porte loin, vers l'horizon. Il semble être un capitaine de navire qui, au jour levant, chercherait du regard une côte éventuelle. Il porterait un chapeau sur la tête et une longue-vue à sa ceinture. Il manquerait un bouton à sa redingote et écartant cette dernière pour se gratter le flan, il dévoilerait un long poignard. Les matelots s'activeraient autour de lui pour ranger les cordes sur le pont et retendre les voiles, il resterait imperturbable, ne perdant pas de vue son objectif : découvrir une nouvelle terre riche d'or et de découvertes sans oublier de perdre le moins possible d'hommes d'équipage pendant l'expédition. Ne voyant toujours pas la terre espérée apparaître, il froncerait les sourcils en pensant aux réserves de vivres qui deviendraient bientôt insuffisantes et...

- Alors ça va, bien dormi ?

Je me retourne en souriant. LeCorse est levé.

- Très bien et toi ?

- Pas vraiment.

Ses petits yeux confirment ses dires. Il s'assoit et semble dormir encore. 

- Dis, je regardais ton voisin, il est un peu étrange non ?

- Oui, il était couvreur, il est tombé d'un toit un jour et sa tête a cogné. Il était peut-être déjà bizarre avant mais là...

Je me rappelle le thé mis à infuser, depuis trop longtemps. Je l'apporte sur la table.

- Tu veux un petit pain, Fluo ?

Bien sûr, manger, je suis toujours d'accord. Je m'attable et je tartine un morceau de pain de gelée de pommes à la vanille. Malo se ressert un café.
Après le petit-déjeuner, je regarderai à nouveau dehors. Le capitaine ne sera plus là, parti pour de nouvelles explorations.

 
Heureux les fous, ils transcendent la lumière.


 

Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma petite vie

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Tonton Gilles 15/02/2016 07:47

Bonjour Fluorette.

Merci pour vos nombreux billets. Je vous suis par intermittence depuis des années mais je n'avais encore jamais commenté.
Merci d'abord pour l'humanité et l'affection que vous témoignez envers les "fous".
Parce que de fait, il n'y a pas grand monde sorti des psychiatres et des autres patients pour nous témoigner du respect et de l'affection... Même sur Internet.
Ces petits mots sont importants, ça donne encore un peu envie de se mêler au reste du monde...
Merci pour lui, pour ce capitaine perdu en haute Terre, à la recherche d'un trésor perdu.
Parfois, la réalité est juste trop intangible et s'en évader fait du bien...
Mais quand je reviens vous lire, de temps à autre, j'aime vraiment plus ce que la vie est. A travers ses beautés et douleurs. Et là, c'est s'y plonger qui fait du bien.

Donc merci pour les mots que vous posez, fussent-ils parfois témoins d'une grande souffrance.
Car à chaque fois ils rappellent l'humanité de nos médecins. Une humanité qu'on a tendance à oublier pour mieux parler de nos raisons de vous rendre visite.
Votre blog est d'utilité publique. Merci à vous d'avoir pris la parole. :)

Fluorette 30/08/2016 07:05

Merci à vous pour ce si gentil commentaire.
Bonne continuation :)

Monique Shearer 22/03/2013 13:05

Vos histoires sont toujours tellement émouvantes et votre histoire tellement vraie que j'aimerais vous "signaler" à Sonia Kronlund pour qu'elle réalise une émission en vous suivant quelques jours,
avec bien sûr l'accord de vos patients,mari et amis! Merci en tous cas

Fluorette 25/03/2013 23:01



C'est très gentil à vous. Cependant, j'évite ma voix à la radio, même si j'y suis déjà passée pour parler des problèmes de démographie médicale.



Cyrce 14/03/2013 23:18

Très jolie description, très légère, en petites touches et qui m'éveille de belles imageset de doux souvenirs. Un univers en quelques mots...

jam 12/03/2013 10:56

Je ne compte plus les histoires de votre site qui me mettent les larmes aux yeux.

Très belle écriture, très belle lumière.

Fluorette 13/03/2013 17:16



Merci à vous, c'est très agréable de savoir que ça touche.



Anerick 12/03/2013 07:51

J'étais bien dans cette histoire, on croirait le début d'un bon roman à lire avachi dans son canapé auprès du feu.

Fluorette 13/03/2013 17:16



Mon imagination fonctionne sans cesse, un roman permanent...