Médecine Esthétique

Publié le 24 Février 2011

Au courrier du cabinet aujourd'hui fourni avec le Quotidien du médecin, journal très sponsorisé dont j'ai déjà parlé : le prospectus de l'Institut de Formation Spécialisée en Médecine Esthétique (IFSME). Il y a quelques années, j'étais tombée sur un papier du même genre : formation de 4 jours dont une journée pour savoir comment gérer financièrement un cabinet de médecine esthétique, ça donnait une idée de la formation.

Première remarque : la médecine esthétique ça claque du pognon. Le dépliant est classieux.

Le dépliant promet de me montrer combien l'IFSME est un projet ambitieux et visionnaire. Soit. Voyons ce que cette médecine galiléenne (Galilée était ambitieux et visionnaire lui et ça lui a donné des rides) peut nous apporter.

C'est un organisme indépendant, spécialisé dans l'accompagnement des praticiens de santé à parfaire leurs pratiques en matière de Medecine Esthetique et Anti-Age . Animé par un collège pluridisciplinaire de cliniciens hautement expérimentés et spécialisés (avec des majuscules parce que c'est toujours plus classe). Justement parlons-en : le Dr de jaeger, gériatre et incontestable pionnier en france dans la lutte active contre le vieillissement. Alors là, je tique. Pour moi, la gériatrie, ce n'est pas ça. Je vous conseille vivement ce petit topo duquel je ne retiendrai que : "l'émergence de la discipline (=gériatrie) sur le double versant d’une médecine individuelle du malade âgé et du grand vieillard, et d’une médecine collective proche de la santé publique et marquée par la nécessité d’une pratique préventive, d’une lutte contre l’hospitalisme et l’infection nosocomiale, de la recherche d’une ré-autonomisation, d’une rééducation des patients". 

En faisant de la médecine esthétique on est loin de la lutte contre l'infection nosocomiale, loin aussi de la ré-autonomisation, loin de la gestion des troubles mnésiques et de la continence, loin de la santé publique... Loin de la gériatrie quoi.

L'un des experts est urgentiste. Alors là, je voudrais bien qu'on m'explique. C'est urgent de tirer les rides? On en meurt? Ou c'est pour avoir un revenu complémentaire parce qu'urgentiste c'est pas rentable?

Ils nous précisent que bien sûr, cela s'adresse à des praticiens chevronnés mais aussi à des débutants ou curieux de cette nouvelle exigence de leur patients dans leur quête d'apprendre à "bien vieillir". Lorsqu'au début des années 80 est né le concept de Médecine Esthétique, la plupart des praticiens ont rejeté la perspective de proposer une offre de soins en réponse à cette préoccupation, jugée alors futile, de patients précurseurs. Dans les années 2000 cette médecine poursuit sa mutation afin d'apporter des réponses à une nouvelle problématique qui s'offre à elle et qui va prendre pour nom la Médecine Anti-Age!  Cool, un sujet pour Sophie Davant!

On sent bien dans tout ça que ces médecins et ces patients sont des "précurseurs" donc ils s'attendent à n'être pas compris. Comme tous les précurseurs. Jugés, brûlés. Enfin pas quand même, nous sommes au 21ème siècle en France, on peut juste critiquer.

Malheureusement pour moi, je ne suis pas visionnaire, je fais partie des praticiens qui trouvent cela futile ou plutôt je trouve dommage de mettre autant d'énergie et d'argent dans cette médecine. Tout comme dans les chirurgies esthétiques du sujet plus jeune. Selon moi, notre société devrait se battre pour que nous nous acceptions mieux tels que nous sommes plutôt que de nous proposer de quoi nous changer. Si nous souhaitons modifier notre apparence, c'est essentiellement pour nous plaire dans le regard des autres. Notre vision de nous-mêmes est déformée par l'idée que nous nous faisons de nous à travers le regard des autres.

Il suffit d'ouvrir un magazine pour voir des corps de femmes, minces (maigres) à la peau lissée par Photoshop, sans grain de beauté, sans cellulite, rentrant dans des normes inaccessibles pour la grande majorité d'entre nous. Les publicités pour amincissants alternent avec les publicités pour les anti-rides, sur lesquelles des femmes liftées et photoshopées sont là pour faire croire que ces crèmes permettront de faire oublier les signes du temps. La norme est d'être lisse de partout.

Durant la scolarité, le regard des camarades et les moqueries sont fréquentes pour celui qui sort un peu du troupeau. Les critères de railleries (allant parfois jusqu'au harcèlement) sont souvent basées sur le physique : la grosse, l'acnéique, ... Ou sur la réussite scolaire : le premier de classe peut être stigmatisé.

Bref. Ne perdons pas l'objectif de mon hypothétique future formation de médecin esthétique.

Apprenez à retrouver une liberté de pratiques, revaloriser votre consultation médicale, réussissez votre diversification...

Pour pratiquer librement la médecine, l'idéal est de ne pas se laisser influencer ni par les labos ("notre nouveau Diabétor est merveilleux") ni par les patients ("même pas un sirop docteur? s'il vous plait...allez s'il vous pléééééé"). Pour revaloriser la consultation médicale, il faut faire son travail correctement : écouter les patients, les examiner, ne pas nuire. Se diversifier? Pourquoi pas mais il faudrait en avoir envie, je n'ai déjà pas le temps pour assez de médecine générale, la vraie, celle que j'aime.

Le Symposium d'avril aura lieu à Barcelone (jolie photo de plage soleil couchant pour faire baver, bravo, aujourd'hui avec la neige ici, ça marche) en Avril (en avril, il y fait 14°, bon c'est un peu plus qu'ici) pour participer au lancement du 1er réseau européen pour la longévité (j'ai laissé tomber la touche majuscule mais ils en mettent partout). L'hotel est 4*, situé à côté de la cité olympique et à deux pas des plages barcelonaises, vous pourrez y contempler la ligne d'horizon depuis la terrasse panoramique avec piscine et vous détendre au Spa. (oyez, oyez c'est l'office de tourisme qui vous parle, je ne sais pas quand on trouvera le temps d'aller à la formation mais niveau tourisme, c'est plutôt pas mal)

Programme : (pour se distraire entre les séances de spa)

Préserver et reconstituer un capital santé : nutrition, micro-nutrition, supplémentation, complémentation. (Là ça pourrait m'être utile je ne vois pas la différence entre toutes ces petites choses)

Corriger et stimuler : traitements par addition, traitements par soustraction (on se foutrait pas un de moi avec des termes pipeau? C'est injection-succion)

Eliminer et réparer : élimination des poils, taches. Lumière pulsée, resurfacing de la peau et rajeunissement cutané par laser Co2 fractionné. 

Raffermir et restructurer : traitements non invasifs de la silhouette (radiofréquence et ultrasons de cavitation) traitements semi-invasifs de la silhouette : carboxythérapie et lipolyse laser

Voilà, tout ça pour atteindre l'objectif dont j'ai parlé : être lisse comme un cul de partout (cette expression est un peu débile, les culs sont rarement lisses : poilus, celluliteux...).

Entreprendre et réussir La voilà, cette fameuse journée "gestion du cabinet". Ou comment s'en mettre plein les fouilles en le justifiant par la nécessité de le faire pour l'intérêt des "patients visionnaires".

Si Barcelone ne vous convient pas, il est possible de faire la même formation au Portugal. 

C'est cher mais bien entendu, ce Symposium est entièrement déductible. Me voilà rassurée

 

Bon ben, je ne suis pas convaincue, je crois que je vais continuer de faire de la petite médecine, moins rentable,  moins tape-à-l'oeil, moins visionnaire.

Je vais continuer d'expliquer qu'un rhume ça ne nécessite pas de venir chez le médecin et qu'un traitement est inutile, d'aller écouter des vieux me raconter leur vie, de garder mon calme quand on me reproche les supposées trop importantes vacances de celui que je remplace, de parler doucement aux enfants afin qu'ils vivent le mieux possible les consultations... Et surtout continuer d'essayer de dédramatiser la pesée chez les ados et leur rappeler que les magazines ne sont pas la vraie vie, que chacun est unique...

Tant pis pour mon compte en banque.

Tant mieux pour moi

 

NB : Qu'on ne se méprenne pas, dans certains cas, quand corriger un "défaut" permet d'améliorer la vie, la chirurgie esthétique peut être nécessaire. Ce que je déplore, c'est la tendance à considérer la médecine comme un acte de consommation comme un autre. Donc l'escalade à créer de nouveaux besoins et de nouvelles solutions à ces prétendus besoins. Ce n'est plus de la médecine. C'est du commerce.





Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma médecine

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diane81 20/12/2011 12:59

Bonjour,
juste pour vous signaler que dans certains cas il ne s'agit pas de futilité... Opérée d'une tumeur au visage l'an dernier, j'ai apprécié qu'un chirurgien esthétique accepte de "réparer les dégâts"
de façon à ce que j'aie au moins l'air humain...
Si je reste dubitative quand on parle de lifting pour avoir l'air d'avoir 25 ans à 65, je souhaiterais un peu plus de compassion quand la chirurgie esthétique permet, suite à un accident ou une
maladie, de ne pas être simplement défiguré...
Merci pour vos tranches de vie qui sont très agréables (chacune dans leur genre bien sûr) à lire.

Fluorette 23/12/2011 20:07



Bien sur. Mais je fais bien la différence entre la "chirurgie esthétique" et la "médecine esthétique". La chirurgie peut être reconstructrice et est bien encadrée. La médecine esthétique est un
attrape-gogo, pour avoir l'air plus jeune, pour rentrer dans la norme... C'est ça que je déplore!


Je comprends bien qu'après une chirurgie ou un traitement mutilant, on se tourne vers la chirurgie esthétique.


Bon noël



YOLAINE 30/03/2011 15:10


Je suis esthéticienne et je pense que nous avons un rôle à jouer au niveau du post-chirurgicale esthétique, pour celles qui sont intéressées, car je remarque, que souvent les kinésne sont pas
présents. Dommage que nous soyons écartees de ce créneau et qu'il n'éxiste pas de formation . nous pourrions être un atout sérieux pour les médecins et chirurgiens esthétiques.


Valérie de haute Savoie 25/02/2011 06:50


Oui oui mais Demi Moore et Madonna ont l'air d'avoir 25 ans (qu'en est-il de leur presbytie, bouffées de chaleur, et autres joyeusetés des cinquantenaires ? ah mais oui c'est vrai que ce n'est que
l'apparence qui compte ;o))


Fluorette 25/02/2011 08:19



Elles n'ont pas ces désagréments, elles sont au dessus, dans un monde lisse et figé



Thoracotomie 24/02/2011 17:53


Une récente émission animée par de célèbres journalistes télévisuels de la santé, portait sur le sujet, tout en faisant un joyeux mélange de concepts. Et au final sous couvert de dénoncer les abus,
était juste un freak show et une pub gratuite pour des praticiens "aux mains propres".
La chirurgie esthétique ne garde de valeur que parce qu'elle est plastique, esthétique et reconstructrice, qu'elle est ingénieuse et avouons aussi on est souvent bluffés par les possibilités.
Appliquer le concept à la médecine me paraît être un non-sens profond.
Et la médecine anti-âge, être l'opposé de ce que souhaite être la gériatrie.
Mais la demande existant (toute demande est elle légitime ?), l'offre se propose, voire la devance.


Fluorette 25/02/2011 15:11



Tu as tout dit : le non-sens, l'opposé de la médecine.



nfkb 24/02/2011 13:25


je parie que c'est l'AC Hotel


Fluorette 24/02/2011 14:05



Je pourrai pas te dire. J'ai jeté le dépliant...


Et c'est d'autant moins crédible que je ne le trouve pas sur google cet institut.