Journée de la femme

Publié le 8 Mars 2011

En lisant un pas si vieux billet d'Asclepieia, je me suis sentie interpelée :

Les principes fondamentaux sont acquis. Il semble quand même assez improbable qu’on remette en cause les principes du droit à la Contraception et à l’IVG. Et en cela, le principe républicain de laïcité est un rempart qu’il faut défendre avec intransigeance face aux pressions des groupes religieux. Par contre, il est évident, surtout en ce moment, que les conditions de l’accès à ces droits sont sources d’inquiétude. "

Je pense que les principes fondamentaux sont loin d'être acquis. Les anti-IVG sont moins visibles qu'aux USA mais ils sont là. Je vais vous raconter ce que j'ai découvert. J'ai tendance à vivre au pays des Bisounours et croire que les médecins sont tous humains. Je me trompe.

Il y a peu, une amie me demandait mon avis sur une sorte de mémoire qu'elle doit écrire dans le cadre de ses études d'infirmière. Elle sortait d'un stage en gynécologie obstetrique et avait été choquée par un phénomène. Comme discuter autour d'un thé, c'est parfaitement dans mes cordes, je m'étais invitée chez elle pour en discuter.

- Fluorette, je voudrais écrire mon texte sur les IVG. Parce que tu vois, l'autre jour, j'ai récupéré un truc dans un bassin et j'ai demandé à l'infirmière ce que je devais en faire. Elle m'a répondu de le mettre dans l'évacuation. Moi je pensais vraiment qu'on pouvait pas faire ça. Tu vois, ça ressemblait vraiment à un bébé alors si après quelqu'un tombe là-dessus, il verra forcément, ça se fait pas quoi. Alors elle m'a dit de le mettre dans la poubelle jaune.  Mais quand même. Depuis, je me suis renseignée, ils font ça souvent. Une fois, il parait qu'un gars de la station d'épuration en a trouvé un.

- Comment ça se fait que tu récupères un foetus? A partir de 7 SA, on fait une IVG chirurgicale?

- Ah bah non. Ici ils font médicamenteux. Jusqu'à tard."

Ca a mis en branle mes convictions... J'ai donc laissé là la miss et fait des recherches. Je lui ai communiqué les résultats pour le point légal et le point Winckler. Je n'en retiendrai qu'une phrase : "on ne peut imposer une ivg médicamenteuse à une femme qui n'en veut pas". L'ANAES autorise l'IVG médicamenteuse jusqu'à 9SA*. Sauf que si on n'informe pas la femme qu'elle a plusieurs possibilités, elle ne peut pas le savoir, elle ne peut pas deviner qu'elle a le choix. Le médecin a le DEVOIR d'informer! J'ai revu la Miss :

- J'ai lu les documents que tu m'as envoyé. En fait, on ne peut pas vraiment reprocher car ils ne donnent que du cytotec. Et après, ils laissent la femme attendre parfois jusqu'à plusieurs jours pour qu'il n'y ait pas besoin de faire de chirurgie.

Je suis scandalisée par l'attitude de ces médecins!!! Il mériterait d'être pendus par les couilles (ou par les seins, je ne suis pas sexiste). Oui parfois je suis un peu extrême moi aussi.

Martin Winckler signale qu'en Alsace c'est fréquent. Mais nous sommes en France. Bien sûr, cette région est fortement conservatrice et religieuse mais pourquoi les femmes n'auraient pas le même droit qu'ailleurs d'accéder à des IVG non traumatisantes. Je me souviens de mon stage en gynécologie : les femmes entraient le matin et sortaient le soir. Ca leur permettait de ne pas ébruiter l'affaire et de garder leur dignité. C'était déjà dur pour elles. Je les voyais après le geste, pour la contraception, je n'en ai vu aucune avec le sourire. J'en ai croisé aussi qui ont subi une IVG plusieurs années auparavant et qui en garderont toute leur vie une trace dans leur esprit. Une IVG ce n'est pas une partie de plaisir. C'est un choix difficile, parfois imposé par une famille, un conjoint, une situation difficile, parfois regretté plus tard, mais toujours difficile. Les femmes qui "enchainent" les IVG sont rares et ne méritent pas plus que les autres de "punition" par la douleur.

Il est traumatisant pour la femme de subir une IVG. Comme cela doit être horrible de se voir imposer une méthode que les médecins savent être longue et douloureuse pour le seul confort du médecin. Je ne vois dans cette imposition de choix de technique qu'une atteinte au droit à l'IVG et un mépris des femmes! Et je vais même plus loin, je pense que ces médecins sont contre le principe de l'IVG et que c'est une façon de punir les femmes qui la choisissent : "tu veux avorter, ok, mais moi je pense que c'est mal, alors on va faire comme moi je veux". C'est inhumain. 

Je suis contre la journée de la femme car s'il y a une journée, c'est que l'égalité hommes-femmes n'est pas une évidence. Je ne suis pas une féministe acharnée. Mais si cette journée peut être l'occasion de rappeler certaines idées alors j'appuie :

Femmes, vous avez le droit à l'IVG dans notre pays.

Femmes, vous avez le droit de faire votre choix, seule.

Femmes, vous avez le droit à une IVG indolore et sans risque.

Femmes, vous avez le droit à la dignité.

 

Edit : * L'Anaes recommande une prise en charge de l'IVG en ambulatoire avec une durée d'hospitalisation inférieure à 12 heures. A partir de 10 SA, la chirurgie est LA technique de choix. Dans tous les cas, quel que soit le terme, il est bien précisé : AU CHOIX DE LA PATIENTE. (merci Gélule)




Rédigé par Fluorette

Publié dans #Culture médicale

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cyberdoc82 15/07/2012 18:41

La journée de la femme : comme si la femme était une maladie (Coluche). Je trouve aussi, cela choquant.
Quand aux femmes qui sont obligées de faire une IVG, quand on voit les souffrances physiques et psychologiques qui restent après. Je trouve que notre société n'en tient pas assez compte. Il n'y a
pas , à ma connaissance, de suivi et d'aide psychologique suite aux IVG. En tant que médecin généraliste, je me sens démuni devant une telle souffrance.

Nicolas 01/02/2012 05:17

C'est un droit en France seulement en-deçà d'une certaine limite, limite qui fut déplacée. Il n'en a pas toujours été ainsi.

Par exemple, dans la quasi-totalité des pays à majorité musulmane, ce droit est impensable, choque, est synonyme de barbarie.

Nicolas 30/01/2012 05:34

« Femmes, vous avez le droit à l'IVG dans notre pays. »

Tu te prends pour Louis le Onzième !

Fluorette 30/01/2012 08:32



Je suis choquée que ce droit ne soit pas une évidence partout, que l'accès n'y soit pas si simple que prétendu par certains. Je ne me prends pour personne, et encore moins pour un homme, mais
j'affirme que c'est un droit.



eosine 18/03/2011 13:31


Mille fois d'accord avec toi, en tout point.
Merci pour ce billet !


justine 12/03/2011 06:04


Je lis votre article tellement vrai, en pleurant encore, 4 ans après mon IVG. Ce choix terrible était le mien, celui de mon mari aussi, le notre donc. J'étais à 9SA, donc j'ai choisit la méthode
médicamenteuse. Je n'aurai jamais pensé que cela se passait ainsi.... C'est terrible à vivre en soit, déjà ce choix. Je pleurais en arrivant à l'hopital, tout en sachant que c'était la bonne
décision. 48h donc après avoir pris le 1er cachet seule chez moi, je me retrouve en "dortoir" de 4 lits non séparés ne serais ce que d'un drap, sans intimité donc, avec un seul WC pour deux
"dortoirs" soit 8 lit d'IVG médicamenteux. Une fois le second cachet en place, j'ai été prise de douleurs térribles, dont il n'a jamais été question lors des entretiens visant à m'aider à faire un
chois éclairé quand à la méthode à choisir. J'ai demandé de l'aide, quelque chose pour calmer ces douleur, j'ai droit à 1 spasfon lyoc avec l'infirmière qui m'a dit "beh oui vous allez souffrir
vous vous attendez à quoi????".... Je passe les détails des WC sanglants avec la "queue" des nanas qui attendaient pour changer leurs garnitures. Pour moi cela a été très vite, puisque 2h après la
mise en place du cachet, j'avais "expulsé". Je ne m'attendais pas à une expérience aussi violente au sens propre du terme, physiquement, moralement. Terrible à vivre. Je croyais qu'en France ce
débat autour de l'IVG était clos, et que les femmes avaient acquis le droit à avorter sans douleur, à disposer de leur corps sans jugements, et châtiments. Je pense que ces conditions difficiles
sont le résultats d'un manque cruel de moyens. Mais quand même, la compassion, la neutralité bienveillante, l'apaisements des douleurs morales et physique, elles sont où? Et l'aide psy après????
Rien....
Bref, 4 ans et deux enfants après, je pleure encore sur mon IVG, pas pour le choix puisqu'il était le fruit d'une longue et difficile réflexion, mais sur l'aura de douleur qui l'a entouré.
Merci pour cet article, vraiment.


Fluorette 12/03/2011 19:22



Votre témoignage est triste à lire. 


Hier on m'a dit "on propose aux femmes et elles choisissent toutes médicamenteux" Ben forcément, moi aussi si je préfère que mes patients choisissent la solution A plutôt que la B, je vais
orienter mes arguments.


Je n'ai jamais vu aucune patiente bénéficier d'un soutien psy. Certaines équipes sont très entourantes et soutenantes. D'autres moins.


Les femmes ont le droit à l'ivg mais dans la pratique il est bafoué par les conditions dans lesquels ça se passe et par le regard des personnels et leur jugement.


Je vous adresse tout mon soutien