Ces médecins dont je ne connais pas les visages

Publié le 6 Avril 2011

Hier soir tard, en rentrant d'un dîner pizza improvisé chez des amis, j'ouvre mon twitter et je vois que GrangeBlanche a posté. Mr Poilu étant en exil sur le balcon pour fumer, j'ai pris le temps de lire. Ca m'a rappelé des souvenirs. (à voir les commentaires d'aujourd'hui, je ne suis pas la seule)

Comme toujours chez GrangeBlanche, c'est bien écrit. Je crois que c'est le premier blog médical que j'ai suivi. A l'époque il se cachait encore derrière Lawrence Passmore. Puis j'ai découvert Jaddo. J'aime lire leurs blogs, et tant d'autres depuis. On peut penser que j'y perds un temps considérable (Mr Poilu me le reproche parfois) mais c'est tout l'inverse.

Certains de ces blogs sont sérieux, d'autres un peu comme le mien plus dilettantes mélangent la médecine, la vie de tous les jours, les films vus, les livres lus... J'aime les suivre. J'aime Twitter aussi. Je ne sais plus pourquoi je m'y suis inscrite, je sais que j'y passe un temps que je pourrais consacrer à de la "vraie vie". Mais ça me fait du bien.

Quand je suis arrivée ici, j'ai été frappée par la différence avec ma région d'origine. Je ne dis pas que la Normandie est une région exceptionnelle où tout le monde rêve de vivre (c'est vrai, il y pleut tout le temps et au premier abord les campagnards sont froids) mais ça me convenait bien à moi. Je remplaçais dans des cabinets que j'aimais. Je mangeais souvent avec mes remplacés. J'avais été stagiaire chez certains. En particulier chez un couple de médecins. J'y étais allée en trainant les pieds, j'en avais marre de faire des kilomètres pour tous mes stages, je l'avais choisi à la répartition "pour rendre service". Dans ma tête ce saspas c'était une punition! Le premier jour, cette femme était très froide, je l'avais déjà croisée à la faculté, elle y était enseignante, je pensais bien que cela serait dur. Au début ça rigolait pas. Et petit à petit, je suis entrée dans leur vie, ils sont entrés dans la mienne. Je les ai remplacés. J'ai logé chez eux. Parfois ils étaient en vacances mais ne partaient pas. Elle préparait des repas qui au milieu d'une journée de boulot étaient merveilleux. Nous discutions pendant qu'elle découpait des endives. L'hiver près du feu, je discutais avec Lui, on parlait des patients, il me faisait réfléchir sur ma pratique, on regardait le catch ensemble. C'est Elle qui a encadré ma thèse. J'ai découvert une femme différente. Lors des gardes de week-end, je me souviens qu'il m'ont une fois appelé pour savoir si j'aimais les huîtres pour m'en rapporter et en leur absence, leurs enfants venaient faire des fêtes dans la maison. Quand Lui a été malade, j'étais là, je le remplaçais, comme je vivais chez eux, j'ai eu mal comme eux, j'en ai fait un ulcère. Je leur dois beaucoup.

Quand j'ai quitté la normandie, j'ai quitté ma famille, mes amis, et cette famille-là. Ces médecins que j'aimais, avec qui j'échangeais, je me formais et qui m'aidaient à faire évoluer ma pratique et ma vie.

Ici c'est plus difficile. J'ai trouvé des remplacements en envoyant des courriers aux cabinets ou par le bouche-à-oreille. Ces médecins ne me correspondent pas. Je ne me reconnais pas dans leur mode de fonctionnement, dans leur vision de la médecine, dans leurs prescriptions. Je souris quand je reçois des rétrocessions calculées au centime près, je les montre à Mr Poilu, on ricane. Jamais aucun d'entre eux ne m'a proposé que nous mangions ensemble*. Nous n'avons pas une relation confraternelle. Je leur suis utile mais nos contacts ne vont pas plus loin que ça. Je me sens professionnellement très seule, dans un coin où la dévotion totale envers le patient et des horaires hallucinants sont encore de mise.

C'est dans ces conditions que je me suis inscrite sur twitter. Puis que j'ai ouvert ce blog. 

Twitter me permet d'échanger très rapidement avec d'autres médecins qui ont une vision de la médecine assez proche de la mienne. Et puis parfois après une consultation où j'ai besoin d'autres avis, je twitte et on me répond. C'est essentiel de ne pas travailler seul. 

Le blog me permet d'exposer mes questionnements comme je le faisais avant avec mes remplacés. Je ne prétends pas avoir un don d'écriture. Je ne deviendrai jamais une star du net. Mais c'est un exutoire. Vos commentaires sont enrichissants. Je découvre vos blogs, vos vies, vos visions de la vie.

Grâce à cela :

- j'ai l'impression d'avoir un réseau professionnel dont les twitts, les commentaires et les posts participent à ma formation médicale, ils m'aident à mieux travailler ;

- j'ai "rencontré" de belles personnes (médecins ou non) desquelles je me sens proche idéologiquement. L'un d'entre eux m'a proposé de m'aiguiller sur des remplacements, certaines (et certain) ont signé avec moi un manifeste pour répondre au Pr Camilleri, un autre m'a envoyé gratuitement une montre-GPS pour mes courses qu'il n'utilise plus (encore merci!), j'ai reçu un mail aujourd'hui avec une aide pour faire ma comptabilité... J'ai aussi envoyé des articles qu'on m'a demandé. Je ressens une solidarité entre nous. Inexplicablement, ils sont plus proches de moi que les gens que je cotoie ici.

Merci à eux! Et merci à vous!

 

 

* Pour moi c'est tout bête mais important. Il n'est pas nécessaire de manger. Juste de passer un peu de temps ensemble. Parler.

 

Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma médecine

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Ha-Vinh 16/08/2011 13:09


vive les blogs médicaux!!!
keep on running.


Nivelle 16/05/2011 11:33


Bonjour !
Ce billet fait écho à certaines de mes préoccupations : je suis vétérinaire depuis peu sortie de l'école et je discute énormément de mes cas avec les collègues plus expérimentés de mon cabinet. Ca
m'apporte énormément et même si j'évite de ramener mon patron dans ma salle de consult (sinon les clients me prennent pour une incapable si ils savent que je demande un avis...) je profite souvent
d'un examen complémentaire pour montrer mon patient.
Du coup je me demandais comment cela pouvait marcher pour les médecins vu que jamais la mienne n'a paru prendre l'avis de quelqu'un (bon je n'ai sans doute jamais eu de grave problème).
Tout ça pour dire, je me sens de temps en temps isolée dans mon boulot mais ça doit vraiment être pire pour les jeunes médecins...
Bon courage pour l'installation !


Fluorette 16/05/2011 17:19



Merci! 


L'isolement est à mon avis la partie qui effraie le plus mes jeunes confrères. D'autant plus que nous avons connu les équipes hospitalières (avec plus ou moins de bonheur certes mais quand même)
et les stages chez le praticien ou en autonomie qui permettent un échange avec l'autre médecin.


Il est souvent très difficile d'obtenir l'avis de spécialistes par téléphone. Les contacts peuvent être conflictuels. Parler avec quelqu'un ou demander son avis "en vrai" c'est mieux mais
internet c'est une bonne aide.



Alice Redsparrow 27/04/2011 12:42


J'arrive un peu tard mais je constate que l'on a pas mal de points communs : changement de région, ... Ravie de te connaître et d'échanger avec toi via Twitter, en espérant que ça continue encore
longtemps avec toi et tous les autres docs car c'est tellement riche d'enseignement !


Fluorette 27/04/2011 23:36



Je te renvoie le commentaire! Même si en ce moment, je passe plus de temps à grimper sur un escabeau que sur twitter ou dans des cabinets!



Elie 13/04/2011 21:13


Bonjour, J'ai récemment choisi la médecine générale pour pouvoir choisir des stages dans la campagne où vit mon amoureux, je commence par une spé hospitalière qui me plait moyennement, j'attends
mon stage chez le prat avec impatience... je ne connais personne à part mon copain, c'est un petit hôpital il y a très peu d'internes pour discuter médecine et autre...
et je vous lis régulièrement, les blogs alimentent ma réflexion sur la médecine, sur la façon d'exercer... loin d'une perte de temps je pense... Continuez!
Merci.


Fluorette 14/04/2011 08:01



Merci à vous!


La médecine générale c'est un très beau métier, enrichissant et varié. Si certains aiment l'hôpital, pour les autres, comme vous apparemment ou moi, la médecine ambulatoire est un plaisir.


En attendant, courage!



john Snow 11/04/2011 09:23


Alors j'aime bien cette remise en questions d'où semble partir ce petit souffle de positivisme...


Fluorette 13/04/2011 08:29



Moi aussi. Mais parfois la nuit, j'aimerais que mes réflexions me laissent dormir