Comme une poule devant un stylo

Publié le 6 Novembre 2012

Il est 20h10.

Le dernier est parti. Il est tôt, ça fait du bien. Enfin tôt, c'est relatif. La journée a été longue. Heureusement que le téléphone n'a pas sonné la nuit dernière. La femme de ménage a fermé les portes en sortant. Je me cale dans le fauteuil, je m'étire. Je clique pour vérifier qu'il n'y a pas de résultats biologiques arrivés tardivement. Je lance la musique. Je me demande où a disparu mon cd de serge reggiani. Pff, mystère. Pourtant j'aimerais tellement l'écouter dans la voiture : "Et si c'était une nuit comme on n'en connut pas depuis 100000 nuits, une nuit de fer, une nuit de sang, une nuit. Un chien hurle, regardez bien gens de Denfert regardez-le, sous son manteau de bronze vert, le lion, il tremble." 

Tant pis. Je réécouterai pour la millième fois le contenu de la clé USB. A cette heure-ci à la radio, c'est plutôt rap allemand, je ne suis pas très fan. Je clique pour afficher mon twitter. Je lis 2-3 tweets, je ris bêtement. Je regarde le plafond, il est de la même couleur que les autres soirs. Je fais le tour des onglets de Firefox ouverts pendant la journée sans avoir le temps de les lire. Je passe à côté de plein d'écrits en ce moment. Un post me touche. J'écris un commentaire, je trouve ce que j'ai écrit assez nul. J'efface mon commentaire. Comme souvent. J'aimerais commenter plus. Je trouve rarement les mots...

Le téléphone sonne, le répondeur prend le relais. Je regarde mes boites mails. Sur la perso, quelques spams, j'en reçois beaucoup ces derniers temps, des DcnfXrlfiTkc envoyés par des Adam, Rosa, et autres irréels personnages. Sur la pro, une réponse à une question pour avancer un peu dans le mystère de la location des ordis, j'imprime, je fixe au dossier mais je n'ai plus la force de jouer à Cluedo ce soir. Une confirmation d'envoi de commande, ce n'est pas celle qui me semble la plus urgente mais je croise les doigts pour que les cadeaux arrivent à temps pour l'anniversaire du MrPoilu.

Tiens j'ai un DM, je réponds. Je reprends une discussion twitterale, certains répondent plus vite que ça ne s'affiche ici, on est en bout de ligne... Il reste les mails de ma boite fluorette. J'ai mal au dos. J'ouvre la boite. Un mail agréable de quelqu'un qui ne me connait pas, qui me lit et qui me donne les larmes aux yeux. Ca arrive de temps en temps, c'est tellement gentil. Même si j'ai toujours du mal à savoir quoi répondre...

Il est 20h55.

Ca y est, je suis apaisée, je peux enfin rentrer. 


Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma médecine

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cloc 27/01/2013 01:11

rassurant de voir qu'on est nombreux à avoir besoin de ce temps de décompression, mais je reste inquiète de cette léthargie, du vide absolu dans ma tête après les journées de boulot. on fait la
course à celui qui bosse le plus, mais c'est à celui qui s'abîme le plus (même si on n'a pas tous le même seuil de tolérance, je fatigue beaucoup plus vite que ma collègue par exemple)... prenez
soin de vous aussi!

culterreux 24/11/2012 15:19

Il est 15 H, en ce samedi pluvieux et froid, "la femme qui est dans mon lit" accompagne ma lecture du bouquin d'un copain avec qui j'ai partagé quelques années d'internat, qui devenu hospitalier et
chef de service a mis par écrit sa colère blanche devant le dévoiement de son idéal humaniste malmené par les zinstances qui nous gouvernent. Et je me rappelle, tout jeune interne, fan de
l'interprète de la chanson, le découvrir devant moi, au cours d'une "conférence" que l'on m'avait demandé de présenter dans ce service de "cure" sur les méfaits organiques de l'alcool... Celui dont
j'enviais la poésie pour dire des choses banales mais qui font le sel de notre vie, avachi, abruti par le manque et les psychotropes, n'avait pour seule préoccupation que de comprendre pourquoi la
bière et autres boissons alcoolisées gazeuses "montaient plus rapidement à la tête"... On a un métier formidable, où même nos mythes et nos héros sont balayés par le rappel permanent de notre
humanité ! Allez, je vous quitte, j'entends "l'italien", une de mes préférées...

armance 11/11/2012 20:25

A frollo, il y a agriculteur, aussi, surtout éleveur de laitières. Ici, on dit que les vaches ne vont pas à la messe. On se tire la bourre avec mon voisin pour savoir qui fera le plus d'heure cette
semaine, et qui partira le moins en congé cette années. Ils font au moins autant d'heure que nous, ont une protection sociale aussi médiocre que la notre, et autant de difficultés à trouver des
remplaçants. Ils mendient rarement les arrêts de travail...

Fluorette 14/11/2012 17:23



Il y a beaucoup de professions qui font des heures. Je ne suis pas sure que faire un concours de celui qui en fait le plus fasse avancer les choses



nfkb 11/11/2012 12:16

Ils sont important ces petits SAS de décompression... Ma journée est souvent moins oppressante que la tienne mais j'en ai besoin aussi.

Lorsque je rentre sur mon petit vélo je franchis plusieurs ponts, à chaque fois j'essaye de me dire que je referme une petite porte...

bises

Fluorette 14/11/2012 17:24



C'est joli les portes, ça permet de refermer les choses avant de rentrer...



smallbeef 11/11/2012 00:10

Quand j'tais dans la grande ville, les 3/4 h voire 1 heure de trajet en bagnole avant de rentrer à la maison me permettaient de décompresser et d'arriver l'esprit disponible pour mon conjoint et
mes enfants, encore que... Depuis que je suis à la campagne, je n'ai plus que 5 minutes de trajet, et je débarquais souvent asez agressif, plein du stress de la fin de consultation ou du bloc, et
j'ai spontanément de nouveau institué ce temps mi-détente mi-paperasse qui permet de faire tampon entre mes 2 vies. Mais une certaine colère persiste malgré tout, avec la prise de conscience comme
beaucoup des divers M dont on nous accable de plus en plus. Alors bon petit déjeuner le 22, fais gaffe, ces gens-là sont des pros, et peuvent t'enthousiasmer en quelques paroles, Sarko il n'y a pas
si longtemps avait charmé une salle entière de MG et de SPE ruraux, conquis par sa maitrise du dossier, et 5 ans plus tard, ton post de fin octobre prouve que rien n'a changé. "Résistes, prouves
que tu existes,.." face à Marisol, si le mépris recule les solutions à venir seront beaucoup plus équitables.

Fluorette 14/11/2012 17:25



Les politiques sont toujours les mêmes, ils promettent, quel que soit leur bord.


La colère est plus grande qu'il y a 5 ans, parce qu'elle s'accumule et croit. Je n'espère pas grand chose du rendez-vous du 22.