Mediator, encore
Publié le 24 Janvier 2011
Mea culpa
C'est l'heure de la confession : j'ai prescrit du Mediator
Je ne suis pas la seule mais ça ne change rien.
J'ai prescrit du Mediator. Point.
Je l'ai prescrit dans le cadre de l'AMM mais je le savais inefficace et dangereux. Mon statut est un problème. Je ne suis « que » remplaçante. Il n'est pas correct d'arriver avec mes gros sabots et de flinguer la confiance que le patient a en son médecin traitant en lui disant que les traitements qu'il lui prescrit sont dangereux. Bien sur, dans l'intérêt du patient, il était souhaitable d'arrêter ce traitement et je le savais mais une relation médecin-patient est difficile à construire. Et on pouvait se donner quelques mois pour l'arrêter tranquillement.
J'ai quelques fois réussi à l'arrêter moi-même pour le remplacer par autre chose lorsque l'hémoglobine glyquée n'atteignait pas les objectifs fixés. Il est plus facile d'arrêter un traitement lorsqu'on peut prouver qu'il est inefficace. Le patient l'accepte alors et le comprend.
C'est plus difficile à faire si le patient est équilibré, il y a toujours la grande angoisse du « mais si on l'arrête, ça va encore être tout déséquilibré! ». Alors oui, je l'ai renouvelé, en le notant dans le dossier, pour que le médecin traitant voit mon interrogation et y pense.
Parfois j'ai revu ces dossiers plus tard et le Mediator n'avait pas été arrêté. D'autres fois si.
Tout ce foin fait autour du Mediator m'a fait consulter la liste des « médicaments sous surveillance » :
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j'ai renouvelé du XYREM (indications : narcolepsie avec cataplexie). Très peu de patients en France sont traités. La fiche de renouvellement de traitement est mensuelle, la délivrance est stricte, la surveillance très étroite. Ce patient ne peut avoir une vie normale sans. Avec, il va très bien. Je ne me suis pas posée de questions quant au bénéfice-risque.
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Je prescris parfois du SYMBICORT (asthme). La balance bénéfice-risque me semble en sa faveur.
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J'injecte régulièrement du Prevenar (prévention des infections à pneumocoques) car il est dans le calendrier vaccinal. Je me pose des questions sur le Prevenar13 car où s'arrêtera-t-on?
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Je propose le Gardasil (prévention des infections génitales à HumanPapilloVirus) mais j'ai de gros doutes sur son utilité. Je me suis aperçue que selon la façon de le proposer, les jeunes filles souvent accompagnées de leur maman l'acceptent ou non. J'essaie d'être neutre mais ce n'est pas évident.
Il manque des médicaments sur cette liste "officielle". J'avais déjà tendance à essayer de diminuer les prescriptions, ça me conforte dans cette idée. La semaine dernière grâce à la médiatisation de tout ça, j'ai pu arrêter un Buflomedil. Par contre, pour arrêter un di-antalvic, c'est toujours du sport. Tant qu'il ne sera pas retiré purement et simplement, les patients continueront de penser qu'il n'est pas dangereux.
Et quand je vois les listes de médicaments sur certaines ordonnances, il y a du boulot.
L'affaire Mediator m'aura au moins permis de penser à renouveler mon abonnement à Prescrire, fini depuis quelques mois déjà et qui, en période de rédaction de thèse, ne me manquait pas.