Le clan
Publié le 17 Mars 2012
Se pencher en arrière pour se caler au fond de la chaise. Profiter du moment.
Les regarder. Les écouter. Détailler leurs visages, pour s'en rappeler après, pendant les moments difficiles.
Les voir rire, rire aussi. De bon coeur.
Se rapprocher pour donner son avis sur ce qui vient d'être dit.
Se pencher vers l'Erudit pour un aparté.
Faire un tour sur l'ordi pour chercher un sextoy pour l'une d'entre nous qui fait semblant qu'elle n'y touchera jamais. Mais finalement pourquoi pas. Cacher l'écran quand un des gnomes vient regarder aussi à force de nous voir rigoler parce que le baillon SM avec boule diamant c'est trop pour nous.
Ecouter mon frère justifier que sa nouvelle copine m'ait vouvoyée. Deux fois. Passer automatiquement la main sur mon front pour caresser mes rides.
Etre un peu étonnée d'apprendre que la mère d'une de celles qui se sont installées ensemble n'ait toujours pas compris.
Se goinfrer de chips au vinaigre, de tuiles HotandSpicy, mes préférées, spécialement apportées pour moi. Tendre le bras pour attraper du tzatziki, le tartiner sur un blinis et savourer.
Se rappeler la rencontre avec chacun d'eux, chaque moment important passé.
Savourer l'instant car déjà demain ce sera le retour.
Ne pas devoir justifier mon nombre de jours travaillés par semaine. Pouvoir raconter des anecdotes de boulot et rencontrer des sourires et des yeux compréhensifs. Pouvoir exprimer mes difficultés sans enjoliver la situation. Pouvoir parler mal et dire des gros mots.
Comprendre que c'est là qu'est ma place, avec eux. Que rien ne remplacera jamais ces relations construites au fil des ans. Que malgré la distance tout est intact à chaque retrouvaille. Qu'un seul regard fait passer une idée. Qu'un seul sourire rassure celui qui a peut-être mal compris une phrase. Il y a eu des disputes, des moments difficiles. Mais ça tient toujours. Pour l'instant.
Se rappeler toutes ces soirées au milieu de gens qui ne me correspondent pas. Ces soirées à afficher un air intéressé par les ares, la viabilisation et les grosses voitures. Comprendre que quels que soient les efforts, ce ne sera jamais pareil. On ne choisit pas ses amis, ce sont des hasards.
Ils sont tous là. Tous ceux pour qui je pourrais cacher un corps s'ils me le demandaient.
Ils sont mon clan. Mon cocon et ma carapace.
Ils sont mes amis, mon autre famille.
Je ne sais pas s'ils ont besoin de moi. Mais je sais que j'ai besoin d'eux.
Edit : ayant passé un bon week-end à parler d'ares et de grosses voitures avec des gens sympathiques, je me sens obligée de préciser que ce n'est pas un problème de
sujet, mais de relations humaines. Le courant passe parfois, parfois pas.