ma petite vie

Publié le 2 Février 2011

Tu n'aimes pas les journées où tu tiens les murs du cabinet. Peu de patients vus. Pas de visite pour occuper ton début d'après midi. Pour l'instant toujours personne en salle d'attente. Travaux dans le hall de l'immeuble du cabinet : perceuse et bruits à rendre fou. Tu aimerais ranger ce cabinet où le bordel est roi et où il est dangereux d'ouvrir un placard. Sans rire!

 

Tu as envie de rentrer. Tu es fatiguée. Les palpitations et bouffées d'angoisse de la nuit dernière t'ont épuisée. Tu regrettes d'avoir pris un peu plus de betabloquant que d'habitude cette nuit. Là ton pouls est trop normal, c'est inhabituel et ça n'arrange pas ta fatigue.

 

Bon côté des choses, le manque de patients a permis de régler le problème déclenchant : nouvelle voiture trouvée, propriétaire d'accord pour te la vendre un dimanche malgré la fermeture des banques de façon à l'avoir avant la vente de la tienne dans 15 jours, argent débloqué demain pour l'achat, le chèque de banque sera prêt.

Problème ridicule quand tu y penses (certains ont de vrais problèmes héhéhé), au pire tu n'aurais pas eu de voiture quelques jours, tu aurais pu aller bosser en vélo. Bien sûr ça ne serait pas évident : c'est loin et pour les visites ça serait impossible. Mais elle pourrait tout aussi bien être en panne. Ca arrive.

Tu ne parviens pas à mettre assez de distance. Tu prends toujours tout trop à coeur. Ca te rendrait malade de ne pas pouvoir aller travailler. Ca ne se fait pas, vis à vis de toi, de celui que tu remplaces, des patients. Même avec 40° et mal partout, tu bosses avec un masque. Pourtant tu dis à tes patients que les imprévus ça arrive, qu'il ne faut pas se rendre malade, que le boulot n'est pas tout, que quand on est malade on se repose et blablabla. Tu sais que d'autres médecins sont comme toi.

Les cordonniers sont les plus mal chaussés!

 

Et puis ces règles qui arrivent avec 8 jours d'avance. Surement à cause du stress. Une légère déception de ne pas avoir atteint les 27 jours de la dernière fois. Et puis il t'a dit avant que tu partes avec les yeux qui souriaient : quand on se reverra, tu seras peut-être enceinte. Ce soir tu entendras sa déception, plus forte que la tienne. Tu n'as pas envie de lui dire.

 

Il reste une petite amertume de vendre cette voiture que tu aimes tant. Choix un peu trop raisonnable.

Il y a cette petite déception de ne pas être enceinte.

Il y a cette envie de ne jamais retourner chez vous malgré le désir de retrouver Mr Poilu.

 

Vivement cette nuit. Qu'elle soit meilleure que la précédente.

 

Tu as envie que quelqu'un te serre dans ses bras.

Tu crois toujours qu'il ne te manquera pas. Tu crois toujours que tu n'as besoin de personne.

Pourtant il aurait souri, se serait moqué de ton angoisse, il t'aurait rappelé que "les cimetières sont remplis de gens indispensables", ça t'aurait fait sourire, il t'aurait serré fort et t'aurait apaisée.

Espèce de nouille trop fière, va!

 

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 28 Janvier 2011

Tu as signé pour une maison. Tu as fait tes comptes. Tu as signé pour un prêt. Tout est cadré.

Sauf...

Sauf les frais de notaire. Personne ne sait exactement combien tu devras payer. Pourtant on ne parle pas de quelques centaines d'euros mais de milliers.

La banquière t'a dit que les frais qu'ils ont estimé sur l'offre de prêt sont faux parce que par exemple, pour les frais d'hypothèque, le tarif en Alsace n'est pas le même qu'en vieille France (ça te fait bien rigoler : l'Alsace c'est la nouvelle france? au secours!). Les frais seraient moindres.

Tu as contacté l'office notarial pour avoir une idée de prix. On t'a répondu que le comptable allait te faire une prévision de coût. Mais qu'il ne fallait pas t'étonner s'ils faisaient les prévisions les plus chères du coin puisqu'après ils ne rajoutaient rien alors que les autres oui. Il serait même possible de négocier un ou deux points pour diminuer le coût.

Mais impossible de savoir vraiment avant le jour J. Par contre ce jour-là tu devras avoir l'argent sur ton compte.

Tu ne sais toujours pas combien...

 

Tu le savais, médecine était une erreur, c'est notaire qu'il fallait faire!

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 28 Janvier 2011

Ce billet n'est pas sponsorisé.

 

Il y a peu, le cardiologue m'a dit « il va falloir le bouger votre popotin, 45 minutes 2 à 3 fois par semaine, sinon tout ça ça ne va pas s'arranger » Il ne l'a pas dit comme ça. Mais ça voulait dire ça. En gros : réentrainement à l'effort.

Bon.

D'accord.

Je n'ai jamais été très sportive. Quand on est une petite boulotte, c'est pas facile. La danse classique qu'on m'a obligée à pratiquer est un souvenir douloureux. Au sport, à l'école, j'ai souvent été la dernière à être choisie dans les équipes, c'est toujours valorisant! Mon manque de goût pour la compétition n'aidait pas. Depuis j'ai minci, c'est un peu tard, plus personne ne fait d'équipe dans laquelle je pourrais être choisie.

J'ai toujours aimé nager. Et par la suite, le badminton m'a apporté beaucoup mais la petitesse du club a étouffé ma combativité. La fac de médecine m'a fait tout arrêter. Après, j'ai repris la natation. J'aime les bassins de 50 mètres, de ne pas tout le temps faire demi-tour. Et quand ledit bassin est en extérieur et qu'il neige, nager devient un vrai moment de plaisir.

Depuis mon arrivée ici, c'est plus difficile, les piscines sont toutes petites, ferment tôt et l'entrée est chère. Alors bon, j'ai un vélo, mais toute seule, il faut se motiver. Le week-end nous en faisons un peu, mais il fait sacrément froid. Le week-end dernier j'ai vraiment cru que nous allions finir gelés.

Avec le travail, le temps qu'il fait, la distance des installations sportives, on a de bonnes excuses et on finit par ne plus faire grand chose.

J'ai décidé de me remettre au footing. J'aimais courir en bord de mer quand j'habitais au Havre alors pourquoi pas. Quand j'ai repris pour la première fois, j'ai cru que j'allais mourir. Essoufflement majeur, découragement, douleurs partout, et une lassitude parce que malgré la musique ça m'a semblé très long (alors qu'au max, j'ai couru 20 minutes).

J'ai découvert sur le net un site de coaching www.jiwok.com Le principe est simple. On choisit un programme selon ce qu'on est (pas, peu, très sportif) et ce qu'on désire : perdre du poids, s'entrainer pour un marathon, se remettre à l'effort...

Ensuite on a accès à un calendrier avec un programme de course : 2 à 3 séances par semaine de difficulté croissante pendant une durée de plusieurs semaines. Pour chaque séance, on télécharge un programme de course sur lequel on peut ajouter ses propres musiques (avec un logiciel adapté) ou choisir des types de musique (qui font assez musique d'ascenseur).

J'étais assez sceptique. La première séance était gratuite. Ensuite c'est payant. Mais le coût est moindre qu'une salle de sports : 7,9 euros par mois.

J'ai fait la première séance et j'ai été convaincue. Vraiment. Alternance marche-course. Satisfaction d'avoir réussi la séance. Facilement.

Il y a de bons conseils sur le site. Ils t'apprennent à faire une boisson spéciale efforts (sans hormones!) et donnent des conseils de nutrition.

J'ai choisi : perdre 3 kg avec 3 séances par semaine (ce n'est pas mon objectif, je voudrais reprendre du souffle et me muscler un peu). Mais ça m'aide surtout à me motiver. Bien sur, le coach n'est que virtuel et c'est à moi de me motiver pour sortir. C'est déjà beaucoup, il est là quand après seulement 10 minutes j'ai l'impression qu'holala c'est dur, il est largement temps de rentrer.

J'espère continuer d'y croire. 

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 28 Janvier 2011

Il vous tend la main :

  • Bonjour. J'ai préparé le devis avec ce que vous vouliez. Donc après votre mail, je me suis rendu compte que la version Rossignol apporte ce que vous souhaitez. Je vais vous montrer ça dans mon bureau

  • Bonjour. Ok, allons voir

Il vous fait assoir dans le bureau. Ça tombe bien, vous êtes fatigués, c'est dimanche matin, vous êtes sortis hier, vous n'avez pas encore déjeuné. Et toi quand tu ne déjeunes pas, ça ne va pas. Mais le vendeur t'a appelé hier et tu as promis. Mr Poilu a ronchonné mais vous êtes quand même allés. Il vous montre le dépliant Rossignol.

  • Donc voilà : c'est la version XTR, il y a le pack clim et le Grip Control.

Il sort le papier, t'explique le prix, la réduction qu'ils font. Mais tu as changé d'avis, il y a des choses que vous souhaitez en plus.

  • Et pour la couleur?

  • On ne sait plus.

  • Venez je vais vous montrer.

Il vous fait sortir dans le parc auto. Tu as l'impression de faire une randonnée à chercher des animaux sauvages. Il fait froid.

  • Alors là le bleu tivoli. Là bas je vois un noir. Tout au fond, le sable. Ah par là, il y a le gris foncé.

  • Gris c'est moche.

  • Ici il y a un vert

  • Le vert est moche, vraiment. Ben noir, finalement c'est pas mal.

  • Oui mais on avait dit qu'on arrêtait les voitures noires.

  • Oui mais c'est joli. Ou alors bleu tivoli

  • Mais avec le noir, le bas de caisse ressort mieux

  • Bon alors noir, de toute façon on a déjà le kit retouches!

Il rit. Toi aussi. Vous savez que noir ce n'est pas une bonne idée. Mais tu détestes le gris, tellement pratique, tellement salissable et tellement triste.

Vous rentrez. Finalement noir ça vous plait, ça brille. Et puis c'est moins cher. Vous êtes un peu radins tous les deux, non?

  • Alors noir. Y a-t-il une autre option à ajouter?

  • Le connecting box, ça paraît bien, en plus mon oreillette est morte. Et puis le pack urbain, pour le volet arrière. On est d'accord que le toit en verre est associé aux boites aux plafonds?

  • Oui

  • Donc on ne pourra plus mettre nos snows, donc non.

  • Autre chose?

  • Je pense que c'est bon.

Là tu es toute excitée. Cette voiture te plait. Oh bien sur, ce n'est pas un cabriolet, mais c'est fonctionnel et c'est ce que vous vouliez. Les voitures de frime, tu as décidé d'arrêter. Tes yeux brillent, Mr Poilu le voit. Lui aussi a l'air emballé. C'est un peu idiot, il y a une paire de ski avec cette voiture, tu préfèrerais un snowboard.

Le vendeur imprime un récapitulatif. Et gribouille au crayon par dessus.

  • Alors le prix normal ça ferait ça. Et la réduction comme vous êtes indépendant, ça fait ça. 

  • Mmh

    - Alors vraiment parce que c'est vous, on peut faire ce prix.

    - Mmh

Vous aviez convenu avant de partir de la maison que pour un peu moins, vous auriez signé. Oui mais...

  • Maintenant, j'ai besoin de savoir si vous êtes prêts à signer aujourd'hui, parce que là c'est portes ouvertes alors on a une réduction spéciale si je demande à mon chef.

  • Ben on n'était pas partis pour mais si le prix est correct, on pourrait.

Tu es toujours sur un nuage. Tu y crois maintenant, il t'a mis l'eau à la bouche.

Le vendeur chuchote :

  • Je vais voir avec mon chef si on peut baisser le prix, je reviens

Tu trouves ça ridicule, il y a des micros? Les aliens vous observent? Il revient. Il vous propose un café. Oui, vous en avez bien besoin. Il sort son porte-monnaie et va en chercher. Comme s'il payait les cafés. Tu as l'impression qu'on cherche maladroitement à te faire culpabiliser. Sauf qu'un café en échange de 20.000 euros... 

  • Alors j'en ai parlé. On peut sur ce prix si vous êtes prêts à signer aujourd'hui.

  • Ben c'est encore un peu cher.

  • Je vais voir, on va téléphoner au central régional, savoir si on peut faire moins.

Il vous fait un clin d'oeil, comme pour vous faire croire qu'il est votre ami. Il disparaît. Tu trouves ça fatigant tous ces allers-retours qu'il fait. Tu ne les comptes plus. Et puis tu as faim. Tu penses au pain au chocolat que tu dégusteras arrivée à la maison. Tu regardes Mr Poilu, tu vois qu'il pense comme toi. Vous savez qu'il ne téléphone nulle part, que tout ça c'est de la mise en scène, du pipeau. Il revient.

  • -lors ça c'est notre dernier prix.

Vous êtes prêts à signer. C'est un peu plus que ce que vous aviez prévu. Mais ça vous plait.

  • Ok. On est d'accord.

C'est là que ça part en vrille.

  • Quelle solution de financement vous souhaitez?

  • Aucune, on paie cash

  • Ah oui mais non c'est pas possible. Parce que cette offre de prix, vous vous doutez bien qu'on ne fait pas de bénéfice.

Alors là ça t'étonnerait beaucoup qu'ils vendent à perte. Ils te prennent pour une buse. Tu as faim mais quelques-uns de tes neurones sont encore en vie.

  • Donc si vous voulez profiter du prix, il faut prendre une offre de financement. Ou alors le pack avec l'entretien inclus. Et puis c'est mieux de rajouter 2 ans de garantie. Même si la garantie ne fonctionne pas sur les pneus...

Tu ne l'écoutes plus. Tu regardes Mr Poilu. Lui aussi a compris. Ils ne veulent pas te la vendre cette voiture. Tu te rappelles pourquoi tu n'achètes jamais de voitures neuves. Tu te rappelles combien ces méthodes te rappellent les souks. Sauf que dans les souks, tu joues le jeu, ça fait partie. Et tu aimes l'ambiance globale, le gars qui fait semblant de mourir parce que tu as proposé un prix trop bas, c'est les vacances. Là non. Ca te fatigue.

Il continue, il te parle mensualités, garantie, il se répète. Il y a des chiffres partout. Il te sort des grilles d'amortissement. Il te fatigue. Tu n'es déjà plus là. Il retourne voir si le central serait d'accord pour ce prix sans financement, bien sur que non. Ça t'aurait étonnée. 

Le rêve s'est envolé.

Tu l'interromps :

  • Bon nous on veut payer cash. Si c'est impossible, on va rentrer, j'ai faim, tous ces chiffres ça me fatigue. Là je n'en peux plus.

  • Je vous appelle cet après midi, savoir ce que vous décidez?

  • Oui, mais on veut payer cash.

Il vous a perdus. Il ne fera pas l'effort de te proposer un prix sans financement. Il ne vendra pas ce Berlingo aujourd'hui.

Tu vas continuer d'acheter des voitures d'occasion.

 

NB : je suis choquée qu'en France, on puisse te proposer un prix pour ensuite refuser de te vendre une voiture... C'est incroyable.


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Rédigé par Fluorette

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Publié le 27 Janvier 2011

Attention amateurs d'histoire triste, s'abstenir!

 

L'autre jour sur Twitter, un sondage : quel a été votre petit bonheur du jour?

J'avais répondu que j'étais très contente d'avoir vu fleurir une de mes orchidées. Ça semble tellement dérisoire. Il paraît qu'entretenir une plante, c'est aussi bénéfique que s'occuper d'un animal. Moi qui ai des difficultés à m'occuper de plantes, je me retrouve avec 8 orchidées. Elles ont toutes une histoire. J'ai toujours eu un chat, en ce moment ce n'est pas possible. Alors j'ai des orchidées. J'en avais déjà deux et puis, un jour à Ikea, j'en ai acheté une car nous avions un pot vide (quelle triste excuse...). Un peu plus tard, lors d'une visite chez mes parents, j'ai vu que ma mère ne s'occupait plus de 2 des siennes. On nous en a offert deux de plus lorsque nous nous sommes mariés (l'une d'elles fleurit non-stop depuis 3 mois, beau record).

La dernière a été achetée lors d'une visite à un salon floral, elle devait fleurir tous les jours et on m'avait dit que c'était très facile. Et devinez quoi, c'est la seule qui ne fleurit pas!

Mais il y a beaucoup de petits bonheurs dans ma vie quotidienne.

J'aime courir dans la forêt, le coach dans les oreilles : « Surveillez votre fréquence cardiaque, respirez, tenez vous droit » Il ne parvient pas à m'énerver, je suis trop concentrée et crevée pour ça. Et puis il est très encourageant, pas comme Dr Kawashima.

J'aime voir les oies sauvages qui se sont installées là où l'eau stagne depuis que les terres sont inondées. J'aime les voir voler en V et les entendre cacarder. J'ai l'impression que la nature reprend un peu ses droits. Pour une fois.

J'aime cuisiner, tester, goûter, faire macérer les alcools, malaxer les pâtes, toutes les pâtes : pâte à pain, pâte brisée, pâte à pizza, pâte à biscuits... C'est tactile la cuisine. J'aime sentir l'odeur des biscuits dans le four. La senteur sucre, cannelle, citron. J'aime sentir l'odeur de fromage fondu. J'aime entendre le Ding! du four qui signifie qu'on va pouvoir déguster.

J'aime quand je réussis enfin à jouer correctement une partition et que je peux chantonner par dessus.

J'aime entendre la clé de Mr Poilu dans la serrure parce que j'ai hâte de le voir sourire et que je sais qu'on va passer une bonne soirée. Au pire, on se disputera, mais au moins on sera ensemble.

 

J'aime tout ça.

 

Ce sont les petits bonheurs qui sont les meilleurs.


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Rédigé par Fluorette

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Publié le 24 Janvier 2011

 

Tu as déménagé loin de chez toi. Tu avais prévu d'aller t'installer près de la mer. C'est très loin la mer maintenant. Tu l'avais en tête ta maison normande. Tu en avais des projets pour la rénover. Tu savais dans quel cabinet tu pourrais collaborer. Tu pensais qu'ils seraient d'accord. Alors oui le climat est meilleur. Rude mais moins pluvieux. Et qui l'aurait cru, la pluie te manque. Acheter du poisson aussi, sur un étal, directement à la sortie du bateau. Tu savais que tes amis te manqueraient. Tu ne pensais pas que ta famille te manquerait autant. Tu aimerais retrouver les petits restos indien, normand, chinois, japonais. Le salon de thé du samedi entre potes à dire des insanités au milieu des mémés outrées aussi.

Tu te sens différente et tu voudrais te fondre dans la masse. Tu ne comprends pas bien les gens d'ici qui nettoient leurs trottoirs et promènent leur remorque jusqu'à la déchetterie le samedi. Ils font construire des châteaux dont ils peignent les façades en couleurs flashy « pour que ça se voie que j'ai claqué de la thune » et veulent toujours de plus grosses voitures. Tu n'as pas été élevée comme ça. Tu ne comprends pas leur peur des étrangers et des français « de l'intérieur », surtout ceux qui sont « colorés ». Ils ne les côtoient même pas.

Tu te sens seule dans cette région où, consciencieusement, la boulangère te répond en un dialecte que tu ne comprend pas. Tu regrettes d'avoir choisi espagnol au collège et pas allemand. Tu pensais que ça te servirait quand tu irais en Amérique du Sud, où pour l'instant tu n'es jamais allée. Tu es fatiguée qu'on te reproche de ne pas parler le dialecte, pendant les repas de famille ou au travail. D'ailleurs tu rames pour trouver du travail. Quand tu en as, tu as du mal à t'adapter à la façon de faire de celui que tu remplaces. Tu ne comprends pas le « sans rendez-vous ».

Mais tu sais pourquoi tu es venue. Tu es venue pour rejoindre celui qui compte pour toi. Tu ne pensais pas faire ça un jour pour quelqu'un mais tu te sens apaisée quand vous êtes ensemble. Un jour, il t'a dit : Je ne veux pas que tu changes, je ne veux pas que tu deviennes comme eux, je t'aime parce que tu es différente. Tu as trouvé ça mièvre mais ça n'a pas de prix. Tu es consciente de ta chance.

Alors tu t'adaptes. Petit à petit.

Tu as commencé par changer de boulangerie. C'est plus loin. Mais au moins, tu n'es plus obligée de donner un billet pour payer ton pain parce que tu n'as pas compris le montant qu'on t'a dit. Tu préfères aller faire tes courses en ville où tu apprécies de te sentir noyée dans la foule. Tu as adoré les marchés de Noël parce que tu aimes les lumières et les sourires sur les visages, mais aussi parce que tu as apprécié ce monde, toutes ces langues, tous ces gens qui venaient de loin.

Tu n'as jamais autant téléphoné. Les sms n'ont plus de secret pour toi, tu peux taper les yeux fermés. Tu es beaucoup un peu droguée à Internet. Ce n'est pas comme voir les autres mais ce sont de bons substituts. Tu aimes leur faire visiter le coin quand ils viennent ou les emmener à Europapark pour être à la limite de la crise cardiaque dans le BlueFire.

La cuisine locale est ton amie : tu adores modeler des Bredele. Tu sais que normalement c'est seulement pour Noël mais les normes tu n'aimes pas alors tu en fais toute l'année. De toute façon, il y en a tellement de sortes. Tu as découvert le Bibeleskaese et tu en es fan.

Tu apprécies l'absence de pluie qui te permet de te promener, de courir et de faire du vélo plus souvent. Tu as ressorti les rollers et tu pries pour ne rien te casser, tu as une technique critiquable, au moins ça doit faire rire ceux qui te voient.

La proximité du resto à tartes flambées te ravit. En rentrer bourrée à pied aussi.

Maintenant que tu es plus près des pistes, tu as progressé en snowboard et en vin chaud.

Tu aimes l'Allemagne et leurs thermes , tu aimes t'y promener. Mais pour commander une bière et une saucisse-bretzel au biergarten, tu sais que l'allemand te serait utile. Alors tu as investi dans L'allemand pour les Nuls. Tu as du mal mais tu sais qu'un jour tu y arriveras.

Niveau boulot, on t'a complimenté sur ta relation avec les patients et on t'a proposé une installation. Tu écoutes les personnes âgées t'expliquer qu'elles parlent mal le français parce qu'à l'école elles ont appris l'allemand. Tu aimes leurs histoires en parallèle de la grande Histoire. Tu comprends mieux certaines réactions de leur part. Mais chez les jeunes, cela te paraît déplacé.

Tu ne te bats plus quand une réflexion raciste ou homophobe est lancée. Tu argumentes, tu gardes tes convictions mais te disputer avec tout le monde ne sert à rien. Tu as l'impression de lutter contre des moulins mais tu ne perds pas espoir. Tu as rencontré des gens qui pensent comme toi. Peu. Mais tu sais que tu finiras par trouver des amis.

 

Tu ne cherches plus à te fondre dans la masse. Tu es différente. C'est comme ça. Tu ne nettoieras probablement jamais ton bout de trottoir. Tu continueras de faire le plein de sel marin pendant tes vacances.

Tu mélangeras deux cultures. Rien n'interdit de boire un Pinot avec du poisson. Et mettre une saucisse dans une galette, même les Bretons le font!

Tu es sur la bonne voie.

D'ailleurs, ce week-end ton père te l'a dit : « mais dis donc, tu parles avec l'accent maintenant? » 

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Rédigé par Fluorette

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