Publié le 23 Mars 2012

 

Descendre l'escalier les yeux encore fermés, éviter de marcher sur Vanille et Chocolat qui zig-zaguent, leur servir de la pâtée pour qu'ils arrêtent de miauler, pas trop pour ne plus entendre la véto dire qu'ils sont trop gros, prendre mon petit déjeuner le matin en regardant par le fenêtre le soleil qui se lève, les regarder manger, lire en buvant mon thé, puis aller me doucher.

Courir au milieu des champs et être surprise par l'arrosage des maïs. En rire.

Téléphoner à mon frère. Ecouter ses doutes, sa rebellion contre le système. Penser que c'est une tête de mule. Parfois raccrocher sans avoir parlé. Savoir qu'il en avait besoin et que la prochaine fois, ce sera moi qui parlerai, qu'il sera une bonne écoute et que je serai surprise comme chaque fois de sa maturité.

Ouvrir la boîte aux lettres et y trouver une carte postale. Regarder l'image ou la photo, la détailler. Savourer chaque mot écrit.

Appeler mon frère. Entendre sans qu'il le dise sa solitude, avoir mal pour lui. Dire ce qu'il faut pour essayer de gonfler son ego. Lui rappeler qu'il est quelqu'un de bien. Se demander comment nous pouvons être si différents et pourquoi malgré tous ses amis, il me semble si seul.

S'assoir sur la terrasse, boire un verre de rosé, regarder Mr Poilu se goinfrer de bretzels comme d'une drogue, profiter du soleil couchant.

Descendre de la voiture et voir Vanille courir vers moi, miauler et se frotter sur mes pieds.

Appeler mon papa. Ecouter toutes ses théories sur le climat, l'économie, mes frères... Lui parler de ma vie, de mes difficultés, de mes doutes. Avoir la bizarre impression que c'est lui qui me comprend le mieux alors que j'ai toujours eu l'impression qu'il ne m'aimait pas.

Voir la voiture de Mr Poilu garée devant la maison du bout de la rue et sourire parce qu'il sera là quand j'ouvrirai la porte.

Recevoir un texto d'Alibabette, le relire plusieurs fois. Me sentir mieux.

Courir sous la pluie de la voiture à la porte ou l'inverse, surtout quand je suis en sandalettes et sentir l'eau couler dans mon cou et entre mes orteils.

Etre devant la porte de la maison, écouter la musique qui vient de l'intérieur, glisser la clé dans la serrure.

Téléphoner à l'Erudit. Lui raconter mes misères professionnelles. Ecouter les siennes. Regretter qu'on ne puisse plus aller manger des sushis ensemble toutes les semaines.

Trier les photos des vacances, les ranger dans l'album virtuel, l'envoyer pour impression et attendre. Longtemps. Le trouver dans la boîte, le déballer, le feuilleter, se souvenir, sourire, avoir les larmes aux yeux.

Sentir les bras de Mr Poilu autour de moi et m'endormir.

Secouer les lapins crétins en peluche pendant que Vanille les torture. 

Faire un super-score à DJ Hero et exploser David Guetta.

Déchiffrer une partition, me retourner vers Mr Poilu, lui demander s'il pense qu'il peut rythmer un peu le truc, jouer ensemble, l'entendre chanter, ne plus l'entendre car le rythme est devenu trop difficile pour qu'il fasse 2 choses à la fois.

S'arrêter sur un bord de route gouter du vin nouveau à un gars qui s'est installé là le dimanche. En acheter un bidon.

Préparer la gelée de coings. Se dire devant la marmite que c'était un peu couillon d'avoir jeté des bocaux.

Faire du vélo sous le soleil alors que c'est l'automne.

 

 

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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma petite vie

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Publié le 17 Mars 2012

Se pencher en arrière pour se caler au fond de la chaise. Profiter du moment.

Les regarder. Les écouter. Détailler leurs visages, pour s'en rappeler après, pendant les moments difficiles.

Les voir rire, rire aussi. De bon coeur.

Se rapprocher pour donner son avis sur ce qui vient d'être dit.

Se pencher vers l'Erudit pour un aparté. 

Faire un tour sur l'ordi pour chercher un sextoy pour l'une d'entre nous qui fait semblant qu'elle n'y touchera jamais. Mais finalement pourquoi pas. Cacher l'écran quand un des gnomes vient regarder aussi à force de nous voir rigoler parce que le baillon SM avec boule diamant c'est trop pour nous.

Ecouter mon frère justifier que sa nouvelle copine m'ait vouvoyée. Deux fois. Passer automatiquement la main sur mon front pour caresser mes rides.

Etre un peu étonnée d'apprendre que la mère d'une de celles qui se sont installées ensemble n'ait toujours pas compris.

Se goinfrer de chips au vinaigre, de tuiles HotandSpicy, mes préférées, spécialement apportées pour moi. Tendre le bras pour attraper du tzatziki, le tartiner sur un blinis et savourer.

Se rappeler la rencontre avec chacun d'eux, chaque moment important passé.

Savourer l'instant car déjà demain ce sera le retour.

Ne pas devoir justifier mon nombre de jours travaillés par semaine. Pouvoir raconter des anecdotes de boulot et rencontrer des sourires et des yeux compréhensifs. Pouvoir exprimer mes difficultés sans enjoliver la situation. Pouvoir parler mal et dire des gros mots. 

Comprendre que c'est là qu'est ma place, avec eux. Que rien ne remplacera jamais ces relations construites au fil des ans. Que malgré la distance tout est intact à chaque retrouvaille. Qu'un seul regard fait passer une idée. Qu'un seul sourire rassure celui qui a peut-être mal compris une phrase. Il y a eu des disputes, des moments difficiles. Mais ça tient toujours. Pour l'instant.

Se rappeler toutes ces soirées au milieu de gens qui ne me correspondent pas. Ces soirées à afficher un air intéressé par les ares, la viabilisation et les grosses voitures. Comprendre que quels que soient les efforts, ce ne sera jamais pareil. On ne choisit pas ses amis, ce sont des hasards.

 

Ils sont tous là. Tous ceux pour qui je pourrais cacher un corps s'ils me le demandaient.

Ils sont mon clan. Mon cocon et ma carapace.

Ils sont mes amis, mon autre famille.

Je ne sais pas s'ils ont besoin de moi. Mais je sais que j'ai besoin d'eux.

 

 

 

 

Edit : ayant passé un bon week-end à parler d'ares et de grosses voitures avec des gens sympathiques, je me sens obligée de préciser que ce n'est pas un problème de sujet, mais de relations humaines. Le courant passe parfois, parfois pas.


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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma petite vie

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Publié le 16 Mars 2012

Je ne voulais pas m'installer.

 

Si personne ne le fait, c'est que c'est un traquenard. C'est logique : quand un truc est bien, tout le monde veut le faire. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder la file d'attente au BlueFire : pour passer 1min15 à avoir l'impression d'une mort imminente, les gens sont prêts à attendre plus d'une heure (et je sais de quoi je parle j'ai attendu sous le soleil, j'ai cru que mon doigt allait nécroser à cause de la chaleur et de l'alliance mais c'est une autre histoire, celle de la fille qui ne porte plus son alliance). Si les médecins ne font pas la queue pour s'installer c'est que ça donne plutôt l'impression d'aller à l'abattoir. 

 

Les raisons qui font que je me suis installée sont variées. Pas forcément médicales. Et avec le recul pas forcément bonnes. Depuis longtemps, je pensais créer un cabinet qui me ressemble avec des règles qui me ressemblent. Je n'aime bosser que sur rendez-vous. Au boulot, je ne suis pas une marrante et mes principes sont clairs. Je fais ce que je peux pour ne pas me laisser envahir.

Quand on m'a proposé de reprendre ce cabinet où je me sentais bien et où le gars avait fixé des règles qui me ressemblaient, j'ai pensé que ce serait plus simple. Balivernes. 

Dr Dieu m'en a parlé sept mois avant. J'ai réfléchi, longtemps. Le prix était élevé. Cela nécessitait que je m'engage dans cette région sur du long terme. J'angoissais. Je me demandais si créer ne me correspondrait pas plus. J'en ai beaucoup discuté avec MrPoilu. Les avantages de travailler dans ce cabinet était nombreux. Créer m'aurait demandé de m'investir plus avant le jour J et de passer des journées à attendre le chaland, je me connais, ça aurait été dur. En juillet le prix a un peu baissé, loi de l'offre et de la demande et lassitude du Dr Dieu, je me suis lancée.

Six mois avant, j'ai rencontré le notaire pour lui demander de m'éviter les pièges. Ca semblait facile. Le Dr Dieu a mis longtemps à me fournir les statuts et le montage financier de la sci qui est particulier. Ca ne semblait pas poser problème. La banque m'avait donné un accord de principe en me promettant de bonnes conditions. Cinq mois avant, j'étais confiante. Mon projet était clair et solide, costaud. Et je faisais confiance.

 

C'est à ce moment que tout a commencé à prendre l'eau. Pas comme un tsunami, non, plus insidieusement, une infiltration régulière.

 

J'ai eu beaucoup de mal à récupérer les papiers pour le notaire. Il s'est focalisé sur un prêt important, il a fallu demander des justificatifs à la banque pour qu'elle en demande le remboursement à mon prédécesseur comme prévu et pas à moi. 

Trois mois avant le jour J, la banque m'a confirmé le prêt. Sous conditions de caution de mes parents ET une de mon mari. Bon. A 30 ans, la caution parentale me semblait un peu abusive. Quant à celle de mon mari, j'ai demandé à quoi servait de s'être mariés en séparation de biens si c'était pour couler ensemble sur une histoire de prêt. J'ai dû faire d'autres banques. Ca a été long et inintéressant. On m'a proposé des solutions sans caution, des taux plus attractifs, des frais de compte pros plus réalistes. J'ai signé pour changer. L'offre de prêt n'est finalement pas arrivée à temps pour la signature de la vente que nous avons dû décaler. Et surtout j'ai été contrainte d'accepter de réduire la durée du prêt de 10 ans à 7 ans, ce qui majore les mensualités de remboursement. Je n'ai pas eu le choix. Enfin si, j'aurais pu tout annuler mais vis-à-vis de mon prédécesseur, je ne voulais pas. Trois mois après, mon argent, tout mon argent, est toujours sur les comptes de ma banque précédente, je n'y ai pas plus accès. J'ai eu de gros frais de cabinets dès le premier jour. Il faut avoir les reins solides pour s'installer. Je n'atteins pas le chiffre d'affaires de mon prédécesseur. Ce n'était pas mon but mais quand j'ai peu de travail, j'angoisse et j'ai du mal à respirer car j'ai peur de ne pas pouvoir rembourser. Je refuse les renouvellements sur le bureau de la secrétaire, je ne fais pas passer avant les autres les gens qui crient, pour le moment ça ne joue pas en ma faveur. Je mise sur l'avenir en pensant que ça sélectionne mes patients. Mais financièrement c'est plus difficile que si j'acceptais d'aller contre la médecine en laquelle je crois. Problème du paiement à l'acte.

 

Avant cela, deux mois avant le jour J, j'ai rempli un dossier pour le conseil de l'ordre, un dossier pour la cpam et encore un pour l'urssaf. Je pense que la secrétaire du cdom qui m'a expliqué qu'ils étaient "guichet unique" se foutait de moi. 

J'ai rempli le dossier urssaf par internet pour gagner du temps. Mais pour le valider, il fallait l'imprimer puis l'envoyer. Bonjour le gain de temps. Par la suite, il a fallu renvoyer ce dossier 3 fois pour qu'il soit enfin pris en compte. Encore récemment, les impôts m'ont appelée pour me demander des précisions sur ce dossier de changements qui n'a pas été communiqué à tous les interlocuteurs. Joies de l'administration. Quand ce problème a été réglé, le courrier est arrivé au nom de mon mari alors que je ne l'ai mentionné nulle part. Il ne faut pas être une femme qui a une entreprise aujourd'hui en France.

 

J'ai dû envoyer les actes de vente au CDOM pour "relecture". En demandant ces documents, ils donnent l'impression de cautionner l'acte et de couvrir un peu la chose, ce qui n'est pas le cas en fait. Avec ce que me racontent d'autres d'ici, il semble que ce qui les pré-occupe c'est que les cabinets soient revendus pour que les anciens partent en retraite avec un bonus. Ils déconseillent la création, ils découragent les collaborations en mettant en garde l'installé pour qu'il ne se "fasse pas avoir par le collaborateur". Ils nous effraient à la réunion d'accueil post-incription au tableau d'un "la plupart des créations font faillite". 

Concernant la cpam, j'ai été accueillie à bras ouverts par quelqu'un qui m'a présenté la nouvelle convention très vite. J'ai dû aider l'informaticienne dans ses manipulations sur l'ordinateur, ce n'était pas très rassurant. Ils m'ont promis que si j'avais des problèmes par la suite, je n'avais qu'à les contacter ce serait moins cher qu'une maintenance informatique. Et en effet, niveau paperasseries, ils ont toujours répondu rapidement à mes demandes. Par contre, l'aide informatique promise n'est pas disponible sous Mac, ils m'ont conseillé de m'adresser à mon informaticien, c'est moi qui le paie bien sur, pas eux, pour faire des feuilles de soin ou des arrêts électroniques pour leur faire gagner du temps et de l'argent, à eux.

 

J'ai rempli le dossier du conseil de l'ordre largement à temps. Je leur ai téléphoné pour être sure que j'aurai ma carte CPS pour débuter on m'a dit "oui oui" (deux fois oui, j'y croyais deux fois plus). Un mois avant, ne voyant rien venir, j'ai téléphoné, on m'a répondu "on ne peut envoyer la demande que 10 jours avant le début de l'activité et après il faut 6 semaines pour la faire". Cette consigne illogique provenant du conseil de l'ordre national, je l'ai contacté, ils ont levé la durée des 10 jours. Mais le CDOM a quand même attendu 9 jours avant le jour d'ouverture pour m'envoyer le document. J'ai commencé mon activité sans CPS. Deux effets : premièrement pendant un mois j'ai fait des tiers payants sur feuille papier qui ne me sont pas encore réglés, deuxièmement vu que nous devons favoriser les feuilles électroniques il semble que je serai pénalisée financièrement rapport à la dernière convention. J'ai eu ma CPS un mois trop tard.

 

Dix jours après avoir débuté, je pensais être dans le bain. Je commençais à me détendre. C'est là que par hasard à la banque, qui a aussi les comptes de la SCM et de la SCI, la banquière m'a parlé du déficit de 12000 euros du compte de la SCM. Passé le choc, j'ai fait le point. Il y a des tas de prêts en cours sur les SCM et SCI. Il semble que le notaire n'ait pas bien fait son boulot, que tous ces prêts auraient dû être dans l'acte de vente. Le notaire m'a expliqué que ce n'est pas sa faute, c'était à mon prédécesseur et à la banque de mentionner ces prêts. Il m'a expliqué que comme moi, s'agissant d'un médecin qui vendait, il avait fait confiance. J'ai passé un temps incroyable à contacter mon prédécesseur (qui a fui la france quelques temps pour éviter les reproches des patients), le comptable de la scm et de la sci, un nouveau comptable pour remonter les choses sur des bases propres, à faire un scandale à mes associés en criant rouge comme une tomate en plein dans le couloir, à faire des allers-retours à la banque, à rencontrer mon prédécesseur qui ne voit pas où est le problème... Tout ça n'est toujours pas réglé. C'est en cours. D'après mon nouveau comptable, devant lequel je me suis effondrée en pleurs avec classe parce que j'ai l'impression (réelle) que je rembourse des choses qu'on m'a cachées, ce n'est pas si catastrophique. Bon bah ça va alors. C'est juste un peu la merde.

 

Après 2 mois de démarches, la situation financière n'est toujours pas assainie. Je vais payer des agios sur les dettes créées avant moi. L'ex-comptable n'a pas fini de tout régler. Mon prédécesseur est toujours en vadrouille. Mes comptes bancaires sont toujours divisés sur 2 banques.

Je ne parle pas des pleurs des patients parce que "changer de médecin c'est trop dur", des reproches envers le Dr Dieu qui "aurait pu attendre" et "aurait pu prévenir chacun par téléphone", des reproches envers moi parce que je ne parle pas le dialecte, je n'habite pas le village, je ne cède pas à tous les caprices... Toutes ces phrases qui font que j'ai envie de partir en courant et qui m'ont fait craquer il y a 15 jours.

 

Je pensais avoir pensé à tout. Je pensais qu'avec une secrétaire et un comptable, j'aurais plus de temps pour les patients et les problèmes médicaux à gérer. Mais en fait c'est plus compliqué.

Le week-end dernier, j'étais à un mariage. J'ai rencontré des gens qui travaillent dans le commercial, la création d'entreprises, des gens qui, quand je leur ai raconté, m'ont dit "toi t'es vraiment pas une businesswoman". Ben non, moi j'ai fait médecine. On m'a appris à être un médecin hospitalier salarié. A aucun moment, on ne m'a parlé création de cabinet, pièges financiers, comptabilité, administration... On pourra me répondre que bien sur quand on crée une entreprise, il y a des surprises et des déconvenues. Si j'avais créé une entreprise j'aurais suivi des cours de compta et je me serais renseignée à la chambre de commerce et d'industrie. 

 

Je pensais qu'en m'adressant à des gens compétents comme un notaire, j'éviterai les pièges. je suis tombée en plein dedans. Maintenant tout le monde se renvoie la balle. Je pense (enfin j'espère) que tout va s'arranger. Mais j'en veux à beaucoup de monde :

- à la fac pour ne pas m'avoir préparée : nous devrions avoir des cours de gestion simple, à propos des scm, à propos de la compta...

- à moi-même pour ne pas avoir choisi le poste salarié pépère qu'on me proposait,

- au cdom pour son mépris depuis mon arrivée ici,

- au notaire pour son manque de conseils alors que je le lui avais demandé,

- à l'ancien comptable pour sa désastreuse comptabilité,

- à mon prédécesseur et mes associés pour leur catastrophique gestion et leur façon de me faire croire que je me scandalise d'un rien,

- à moi-même encore pour ma naïveté...

 

 

 

Je voudrais dire aux autres qu'il faut s'installer, que c'est vraiment bien d'avoir ses patients, de pouvoir faire du tri dans les prescriptions, de fixer ses horaires, sa façon de faire... Parce que ça fait du bien de ne plus devoir se caler sur la façon de faire des autres. Parce que c'est bien de faire la médecine en laquelle on croit. Mais sincèrement comment pourrais-je le dire alors qu'encore aujourd'hui je me demande si m'installer c'était vraiment une bonne idée?

 

 

 

Edit : pour préciser, je n'ai pas racheté de patientèle à proprement parler. j'ai racheté des murs de sci et des parts de scm. Mais racheter des parts engage sur le passif, et c'est là que ça blesse. Je suis contre le rachat de patientèle.

 

 

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 5 Mars 2012

Elle est toute petite et voutée, son visage tout rond est une sacrée bouille malgré les années. Elle est assise au même endroit que d'habitude, en face de moi, en sous-vêtements, elle refuse toujours de se rhabiller avant que je sois partie. Elle me donne froid rien qu'à la regarder. 

- J'ai encore 2 filles, j'en ai une qui est morte vous savez. Elles sont vieilles déjà, plus de 60.

- Vous les avez eu tôt, à 20 ans?

- Non, pas du tout. A l'époque c'était la guerre. On ne se mariait pas en ce temps-là. On a attendu, à 27 ans, pis après j'ai eu les enfants. C'était difficile. Un jour on a dû partir, comme ça, on a même pas fermé la porte à clé. On a laissé nos maisons, nos affaires, tout. Et quand on est arrivé là bas...

- En Haute-Vienne?

Je pose mon stylo et je pose ma tête entre mes mains.

- Oui, en Haute-Vienne. Ben là-bas, il n'y avait rien. On avait pas fermé à clé. On avait tout laissé, on n'avait rien pris, pas eu le temps. On avait pris la charrette à chevaux pour aller jusqu'à la gare. Et là-bas y'avait rien. Rien! Rien du tout! Et quand on est revenu, c'était pas mieux vous savez. A un moment, les américains sont arrivés pis au Nouvel An, ils sont repartis. Ca se battait pas loin. Les allemands sont revenus jusqu'en mars. Tout l'hiver 44-45, on l'a passé à la cave, tous ensemble, autour d'un petit poële. C'était dur. On avait faim. On dormait sur les betteraves et les patates. Il neigeait dehors. Juste un petit poële. Mais là-bas, à MoyenVillage, c'était pire, ça se battait là-bas, encore pire à GrosVillage. C'était vraiment dur. Comment j'ai pu vivre si vieille après avoir vécu ça?

- Je crois qu'on ne peut pas imaginer.

- Non on peut pas. Quand j'en parle, je vois que les gens ils ne comprennent pas. Moi maintenant parfois, le soir, quand j'arrive pas à dormir, c'est à ça que je pense. C'était pas facile. Et comment c'est possible que je sois toujours là?

Elle a les larmes aux yeux.

- Moi j'ai appris le français. Mais ceux qui sont restés ici ils devaient apprendre l'allemand. C'était un crime de pas le parler. Pis après ça a été l'inverse. Pour ça que certains vous comprennent pas.

Elle fait une pause

- Mes frères sont morts aussi. Pour mes parents, vous imaginez, perdre deux enfants. Il y en a un qui est mort sur le front russe. On a eu un courrier, on sait pas trop comment il est mort. Il faisait encore plus froid là-bas. L'autre est mort là-bas, près de l'Italie... Où ça déjà? Ah oui, en Sicile. Il a été fait prisonnier. Il nous a écrit une lettre comme quoi on lui demandait de choisir s'il voulait aller avec les anglais ou les français. Il est allé avec les français. Et il est tombé malade. On nous a dit qu'il était mort que six mois plus tard.

Elle tape du doigt sur la table pour accentuer le délai. Son regard est trouble.

- Et vous vous êtes mariés après?

- Ben, pas tout de suite, il n'y avait plus rien. Tout était détruit. Mon mari était menuisier, il faisait des fenêtres pas des meubles mais ma mère elle m'a dit "vous pouvez quand même pas vous marier, personne n'a rien". On a attendu. Et après on s'est marié. 

Toute cette douleur dans ses yeux.

J'ai repris mon stylo et fini les ordonnances. J'ai laissé Ernestine à son rhabillage. Et j'ai continué les visites.

 

Ce soir, je me rappelle ce qu'elle m'a raconté. Pendant qu'elle parlait, j'essayais de retenir pour ne rien oublier. Des images des musées visités l'été dernier me revenaient, les bruits des balles diffusés pendant les visites censés rendre tout ça plus réaliste. Je regarde des sites évoquant cette époque et les grandes batailles. Les dates collent parfaitement avec son histoire. Je trouve ça extraordinaire.

Les rencontres que m'offre ce boulot sont formidables parfois.

 

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 28 Février 2012

 

La première fois que j'ai vu Germaine, c'était en urgence, elle venait de faire un malaise. C'était l'heure de débuter les consultations, je m'en souviens parce qu'après j'ai été en retard, les patients ont ronchonné, ils n'ont pas bien porté leur nom ce soir-là. Sa rue n'existait pas dans le GPS mais c'était pas trop compliqué. Elle se sentait déjà mieux quand je suis arrivée. J'ai conclu à un AIT, parce que ce n'était pas le premier. Elle ne voulait pas aller à l'hôpital, je ne voyais pas l'intérêt qu'elle y aille, je l'ai expliqué à sa fille. Germaine m'a souri. Ca fait un moment, elle est toujours là, ce n'était pas un mauvais choix.


La fois suivante, elle m'a ouvert la porte, elle m'a regardée droit dans les yeux et m'a dit "on s'est déjà vus nous n'est-ce pas?". J'ai noté qu'elle avait toute sa tête, malgré ses petits AIT à répétition. Ses yeux bleus sont les plus vifs et incisifs que j'ai jamais vus. Elle m'a surprise quand elle m'a dit "je ne vois plus très bien, y a comme un voile". Derrière ses yeux qui marchent plus trop, le cerveau fonctionne encore très bien. Quand j'arrive, souvent c'est Questions pour un champion à la télé. Moi aussi j'aime bien, même si j'arrive pas à répondre à grand chose et que ça passe pendant que je bosse. Je lui ai déjà conseillé d'écouter la radio ou d'écouter des livres en CD plutôt que de regarder la télé puisqu'elle ne voit pas. Mais Julien Lepers c'est Julien Lepers, vous pouvez pas comprendre.


Je vois régulièrement Germaine. Maintenant je sonne et je rentre, j'attends plus dehors, ça caille, ya du vent dans sa cour. Le rituel est toujours le même, c'est souvent ma dernière visite sur le chemin pour rentrer, je peux prendre mon temps. Nous nous asseyons. On papote puis je l'examine. Faut que je fasse attention parce qu'elle minimise un peu tout parce qu'elle ne veut pas aller à l'hôpital. J'ai toujours pas compris pourquoi, mais à travers ses petits bouts de vie je crois sentir qu'un jour elle me racontera que son mari y est mort. J'ai fait un peu de vide dans ses traitements. Elle est toujours d'accord avec moi. Presque toujours en fait, j'arrive pas à lui faire arrêter son somnifère. Je désespère pas. 


Elle me regarde avec ses yeux tellement intelligents et elle me raconte des bribes de sa vie. Jamais les mêmes. C'est sympa. Elle fait partie de ceux qui sont partis en Haute-Vienne et qui en sont revenus. Elle aurait bien aimé pouvoir bénéficier d'une contraception parce que quatre enfants, pour elle, c'était trop. Deux ça lui aurait suffi à Germaine. Elle trouve que nous les filles de maintenant on a bien de la chance. Parce qu'elle a beaucoup travaillé en parallèle. Elle a les mains calleuses et arthrosiques des travailleurs de la terre.


Je pense bien que c'est la seule qui ne m'ait jamais reproché de ne pas parler le dialecte. C'est la seule qui ne m'ait jamais dit "je suis tellement déçue que Dr Dieu soit parti". La seule qui ne m'ait pas demandé où j'habite en faisant une tête de six pieds de long parce que j'habite pas au Village. Avec elle, ça a été tout de suite naturel que ce soit moi. Ca ne s'explique pas. C'est aussi la seule qui me demande comment je vais avec une sincérité qui me touche. Une fois, j'ai pleuré dans ma voiture en sortant de chez Germaine parce qu'elle m'a dit que ça devait pas être facile pour moi et que je voyais qu'elle le pensait.


Parfois je pense que Germaine me manquera quand elle ne sera plus là. Et j'ai beau minimiser ses AIT en disant qu'ils sont "petits", ça finira bien par arriver. Et ça me fend le coeur.

A ce niveau, c'est plus que de l'empathie et je le sais bien. Mais bon c'est Germaine et moi. Et c'est comme ça.


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Rédigé par Fluorette

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Publié le 25 Février 2012

Fin de ma huitième semaine. 

Avant-dernière consultation de la journée, la trentième-deuzième* : Mme Z me demande à la fin de la consultation comment faire quand elle est malade. Je ne comprend pas bien, je lui demande de m'expliquer. Comme elle avait mal depuis longtemps, qu'elle a appelé hier et qu'elle n'a eu rendez-vous qu'aujourd'hui, elle voudrait savoir comment faire pour avoir un passe-droit le jour où elle aura une urgence. Je lui explique que nous avons choisi de travailler sur rendez-vous, que si l'urgence est réelle, nous ajoutons mais que nous ne pouvons faire plus. Certains viennent de loin pour ça car ils ne veuvent plus attendre des heures en consultation libre. La grande majorité des "urgences" sont des rhumes ou des fièvres ayant commencé une heure avant l'appel ou mieux, un problème persistant "depuis 3 semaines mais là on part en vacances, vous comprenez..."

Dernière consultation, la trente-troisième : Mme Y a eu de la fièvre et aujourd'hui, son nez et ses yeux coulent. Elle est scandalisée de ne pas avoir eu rendez-vous avant "quand même, pour moi!". Mme Y a eu un cancer, ça fait déjà un long moment qu'elle est en rémission mais le centre anti-cancéreux l'a bien conditionnée**. Elle doit consulter dès qu'elle est un peu malade, tout de suite! Je soutiens ma secrétaire, trente heures de délai me semblent raisonnables pour un rhume. Je lui explique que mes journées ne sont pas extensibles et que je ne peux pas faire plus. Je me justifie et ça m'énerve de le faire car je pense que je n'ai pas à le faire. Par la suite, je cède sur les antibiotiques en injection car je n'en peux plus.

En rentrant je me dispute avec MrPoilu car j'en ai marre des consultations inutiles et des reproches divers et variés. Il n'y est pour rien. Mais il ne comprend pas que je sois si fatiguée.

 

 

J'arrive au cabinet à 7h40 le matin, le temps de préparer le thé, de regarder des bios, de ranger 2-3 paperasseries, la matinée commence déjà. Selon l'organisation du jour, je visite ou je consulte. J'essaie de boire et d'aller aux toilettes souvent. Je mange vite, des plats préparés le plus souvent, que je déconseille à mes patients car trop salés. Je règle les problèmes de la SCM, demie-dalle par demie-dalle. Je rentre le soir entre 19h30 et 21h, épuisée.

Sur mon jour de repos, je dors un peu, je gère cette put* de SCM et son déficit colossal en plus de ma propre compta et de mes conflits urssafiens entre autres. Et j'essaie de me forcer à penser à autre chose et de distraire mon esprit. 

 

Je ne peux pas faire plus. Et de toute façon je sais que plus je ferai, plus la demande sera importante. L'offre crée la demande.

Je fais mon boulot du mieux que je peux mais après 8 semaines, j'ai déjà un mal de dos qui ne part pas. J'ai pris une heure pendant mes visites jeudi pour aller chez le kiné parce que ressembler à robocop n'aide pas à bosser, c'est un peu mieux mais bof. J'ai de nouveaux patients qui arrivent parce que je suis "la nouvelle" et parce que nous travaillons sur rendez-vous. Trois de mes confrères partiront à la retraite prochainement. Je n'ai pas le temps de mener tous les combats que j'aimerais. J'ai des tas de posts en cours sur la politique actuelle de santé que je ne parviens pas à boucler. Je ne trouve pas de remplaçant pour mes vacances en septembre et ça m'angoisse. J'ai rendez-vous au conseil de l'ordre pour "discuter" mais je sais que j'irai pour me faire remonter les bretelles parce que j'ai déjà ouvert trop ma bouche pour une "tout fraiche installée" comme ils me l'ont écrit, pourtant j'ai encore tellement à dire. J'aimerais prendre des cours d'apiculture. J'aimerais rentrer chez moi, là-bas près de l'eauavant la date lointaine prévue mais ce n'est pas possible.

J'essaie d'appliquer ce que je dis aux gens "prenez soin de vous, personne ne le fera à votre place" mais je ne suis pas très douée. Je ne parviens pas à m'ôter cette culpabilité du "comment fait-on si vous n'êtes pas là?" et "la médecine est un sacerdoce". Il faut encore travailler là dessus.

 

Ce week-end, je suis d'astreinte, donc joignable 24/24, mais je vais essayer de prendre soin de moi. Je vais commencer par aller me moquer de MrPoilu qui doit profiter de son nouveau casque audio pour regarder des DragonBall en douce, à 30 ans. Héhéhé.

Bon week-end à tous

 


 

* Je fais en ce moment trop de consultations à mon goût. Trop de demandes, difficiles à réguler par téléphone, les gens ayant tendance à dramatiser la situation pour voir quelqu'un rapidement. Des patients très exigeants peu éduqués par mon prédécesseur et mes associés. J'atteins les limites au niveau volume de travail pour un travail de qualité.

** D'ailleurs, j'en profite pour remercier les centres quels qu'ils soient pour ces petites phrases "consultez votre médecin tout de suite" (sans remettre en cause par la suite quand ce n'est plus nécessaire puisqu'il n'y a plus de chimio) ou "on fera tout pour que votre douleur soit à zéro". En tant que médecin de base, c'est à nous après de jongler avec ça.

 

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 17 Février 2012

7h30. Il a neigé, j'ai plaisir à prendre un café avec Mr Poilu, pour le seul jour de la semaine où je pars quelques minutes après lui. 

Arrivée au cabinet, la liste des visites est courte. J'en profite pour faire du tri dans ma trousse à injectables, incroyable comme ça périme vite. Je fais le point sur les stocks. Il manque beaucoup de choses mais s'il y a une grosse épidémie de purpura fulminans, c'est bon, on peut traiter tout un village. J'écris consciencieusement la liste pour la pharmacie. Je passe quelques coups de fils. Je calcule rapidement si je peux faire le chèque de la SCM pour l'urssaf. A mon avis, le compte n'étant qu'en négatif de 4000 euros, ça doit passer. Si un jour on m'avait dit que j'aurai ce genre de raisonnement, je ne l'aurais pas cru.

Je traine ma mallette jusqu'à la voiture. Je n'ai pas oublié mon téléphone à la maison pour une fois.

Quand j'arrive à la maison de retraite, je récupère ma patiente dans le hall et la suis dans les couloirs, c'est lent de suivre un déambulateur. Mais aujourd'hui, je peux enfin l'examiner, hier j'étais passée à l'heure du goûter et elle ne voulait pas monter. J'en profite pour voir un patient dont je dois renouveler les médicaments. Je souhaite une bonne journée à l'infirmière et je repars sur les routes glissantes.

Sur la route le téléphone sonne. C'est quelqu'un des impôts des entreprises qui veut savoir pourquoi mon changement d'activité est enregistré au CFE mais pas à l'INSEE. C'est une bonne question à laquelle je ne sais pas répondre.

La patiente suivante va bien. Ca change, elle a plutôt tendance à appeler quand la situation est à la limite de la catastrophe après avoir attendu "pour ne pas me déranger". Ca part d'une bonne intention mais c'est souvent dangereux. Sa décompensation cardiaque semble être une histoire classée provisoirement mais elle ne se sent pas encore en forme pour venir au cabinet. Nous discutons un peu en regardant les mésanges venir picorer devant la fenêtre.

Je vais ensuite voir une grand-mère chez qui j'ai oublié d'aller hier. Je ne parviens pas à alléger son ordonnance. Je ne comprends pas pourquoi elle a autant de psychotropes. Rien dans son dossier ne l'explique. Et ses neurones ne peuvent rien dire d'autre que "ne m'enlevez surtout pas un médicament".

Sur le retour, je m'arrête sur le bord d'un champ pour regarder un troupeau d'oies sauvages. Je me demande où elles étaient jusqu'à présent. Peut-être que la neige les oblige à sortir de leurs cachettes pour trouver à manger. Hier j'ai vu des biches et un soir de la semaine dernière, un renard. Le froid rend les animaux téméraires.

Je rentre au cabinet et range quelques paperasses. Je lis les courriers. J'appelle le fils de celle dont les fonctions supérieures et l'avenir m'inquiètent. Il ne se rendait pas compte que c'était à ce point. Bon, on va avoir du pain sur la planche. Surtout lui, niveau dossiers et demandes administratives diverses.

Je croise mes associés dans le couloir. L'un d'eux veut me gaver de chocolats, je décline l'offre. J'attrape mon panier repas et file dans le cabinet d'en face manger avec mes collègues. C'est mon rituel de la semaine. Ca me permet de manger à heure fixe une fois dans la semaine, avec des gens sympas. Ca fait du bien parfois. Cette fois-ci, il y a un intrus qui passe tout son repas la tête baissée à envoyer des sms. A la fin du repas, je ne sais toujours pas qui c'est.

Après avoir raté une occasion de se taire en parlant des "vieilles de 30 ans", le plus jeune de mes collègues me demande si je peux lui faire une ordonnance de prise de sang. Je lui propose de la faire avant mes consultations.

La salle d'attente est encore vide. C'est le calme avant la tempête.

14 heures, le premier est là. C'est la première fois qu'on se voit. Il est diabétique. Il est peu compliant. Il ne comprend pas l'intérêt de la prise de sang trimestrielle. Il veut par contre faire son test hémocult. Le dépistage est très ancré ici.

Je reçois ensuite rapidement la biologiste d'un des laboratoires du coin. Comme nous faisons des prises de sang, ils viennent chacun leur tour m'expliquer la certification, la nécessité d'écrire les noms sur les tubes etc

Mr A vient juste pour qu'on contrôle sa tension. Il va bien, il est déjà venu il y a peu.

En fait il vient avec Mme A dont le dernier hémocult est positif. Evidemment, c'est l'angoisse. J'explique, j'essaie de dédramatiser, d'expliquer que les hémorroides faussent le test. Mais tant que la coloscopie ne sera pas passée, elle aura peur.

Mr B est psychotique. Il a des douleurs très bizarres dont je ne sais pas vraiment quoi penser. Mon examen ne retrouve aucune des douleurs alléguées. Je temporise.

Mr C vient renouveler son traitement pour sa tension. Il a des crampes qui le gênent beaucoup. Il fume depuis longtemps. Comme tous, il me demande s'il existe un traitement miracle pour arrêter. Je mets en garde contre les soi-disant miracles. Sa tension n'est pas très bien équilibrée. Je ré-explique l'intérêt d'éviter le sel. Je ne retrouve pas ses pouls. Il ira faire un tour chez l'angiologue.

Il est accompagné de son fils qui vient pour son acné. Ca gêne plus ses parents que lui semble-t-il.

Mme C me demande si je peux renouveler sa pilule. Je lui dis qu'elle n'a pas rendez-vous et que ça nécessite une consultation. Elle regarde ses pieds et dit qu'elle n'en a plus. En l'interrogeant,     j'apprends qu'elle est sous adepal, à 45 ans, et que sa soeur est traitée depuis quelques mois pour un cancer du sein. Intéressant. Elle est aussi hypertendue. Elle ne vient jamais en consultation et fait toujours renouveler sa pilule sur le comptoir. Intéressant. Elle décrit ce qui ressemble à un asthme d'effort, mais bon elle est "juste gênée". Intéressant. J'explique le changement de pilule, la nécessité de se revoir pour refaire le point sur tout ça et de prendre soin d'elle.

Mme D vient renouveler son traitement contre son urticaire chronique. Elle me demande si j'ai un traitement radical. Non, pas plus que les spécialistes déjà consultés.

Mme E est là pour la lecture de son tubertest réalisé il y a 72 heures pour son agrément. C'est négatif.

Mme F demande le renouvellement de sa tension et de son diabète. Elle a mal aux chevilles. D'après moi c'est l'usure due à son âge qui en est responsable. Elle voudrait arrêter le tabac mais m'explique qu'elle n'y parviendra jamais. Le reste est équilibré.

Mr G a une scapulalgie depuis qu'il a pris quelques heures sur sa retraite pour défaire une bordure en béton à la masse. Il a une tendinite.

Mr H me parle de son otalgie persistante malgré le traitement de la semaine dernière. A l'examen le tympan est toujours dégueulasse. Je traite et demande un avis orl.

Il en a profité pour amener sa fille qui vient de tomber sur le coude et a mal. L'examen montre qu'elle a mal là où elle est tombée. Il n'y a pas d'impotence ni d'hématome. Je leur dis. Il répond qu'il s'en doutait. Je me demande pourquoi l'avoir amenée alors.

Mr I m'a posé un lapin.

Mme J a une tendinite de la main. 

Mr K vient renouveler ses traitements contre le diabète. Il a une TA sacrément élevée. En cherchant un peu, j'apprends qu'il a mangé 3 bretzels couverts de sel aujourd'hui, comme souvent. Il ne veut pas faire la prise de sang de contrôle. Mais il exige une ordonnance de stilnox d'avance, ce que je refuse. Il me le reproche avec l'habituel "vous voulez encaisser des consultations". Je ne cède pas. Je ne suis pas sure que nous nous reverrons.

Mr L vient se faire vacciner contre la méningite, ce qu'on lui a conseillé depuis qu'il a été hospitalisé pour une opération de neurochirurgie.

Mlle M vient pour une douleur de gorge qui guérira toute seule. Malgré les perches tendues, elle attendra d'être sur le pas de la porte déjà ouverte pour me poser des questions sur sa contraception.

Mr N est là pour sa désensibilisation, mais la date a été un peu décalée. La dernière fois nous nous sommes plutôt occupés de la bronchite en cours.

Sa mère a amené sa soeur qui est asthmatique aussi et qui tousse. Ce n'est pas méchant mais l'asthme était stable jusque là.

Mme O, hémodialysée après plusieurs rejets, a des crampes. Le moral est meilleur que la dernière fois mais ce n'est pas la grosse marade. Et ça se comprend, vu la situation.

Mme P vient faire une prise de sang, elle est allée chez le gynéco. La grossesse que je lui avais annoncée récemment est un oeuf clair. Après la maladie de son mari, ça fait beaucoup. Pour moi aussi. Je ne trouve pas les mots.

Mr Q me demande d'ôter les points suite à l'ablation de son kyste cutané. Il en profite pour me tenir au courant des réflexions de son urologue sur l'augmentation de son PSA depuis sa prostatectomie. Il craint les rayons. Il craint surtout cette rechute. 

Mr R vient parce qu'il tousse. Il n'a qu'un rendez-vous mais il a amené sa fille qui tousse aussi. Tout ça va guérir tout seul avec ou sans poudres de perlimpimpin. L'être humain est résistant.

Mlle S accompagnée de sa mère a des douleurs de règles. On discute antalgie et pilule. Pour la pilule elle va réfléchir. Elles veulent quelques explications sur le vaccin conte le cancer du col. Je fais le topo. C'est long mais j'entrevois la fin.

C'est sans compter sur Mme S qui profite d'avoir accompagné sa fille pour me montrer son bras. Elle a une compression du nerf cubital ancienne et fluctuante. Je ne peux rien lui proposer de plus.

Je leur souhaite une bonne soirée.

Je ferme le cabinet. Il est 21 heures. Je rentre à la maison. 

En arrivant, je m'excuse dix fois de rentrer si tard pour la saint valentin. Le repas est prêt. Mr Poilu me fait un bisou et me dit "ce n'est pas grave, j'ai mis du champagne au frais". En buvant, je lui raconte ma journée.

J'aurais préféré rester regarder s'envoler les oies sauvages cet après-midi.


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Rédigé par Fluorette

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Publié le 2 Février 2012

 

Avant je pensais qu'un jour j'irais vivre puis travailler au bord de la mer. Le soir j'aurais pu aller regarder les vagues, j'aurais senti l'air marin, j'aurais fermé les yeux et j'aurais souri.

Avant je pensais travailler dans un cabinet que j'aurais créé, avec des patients à qui je n'aurais prescrit que des médicaments utiles, qui m'auraient cru quand je leur aurais expliqué qu'ils ont un virus. J'aurais des patients qui m'auraient choisi pour ma façon de travailler, pour un contact qui leur aurait plu. Je serais rentrée tous les jours à la maison avec l'impression d'avoir bien travaillé.

Avant je faisais déshabiller tous mes patients, je pensais qu'hors l'examen complet, point de salut. J'étais convaincue qu'une des missions de la médecine générale étant la prévention, il était de mon devoir de fouiller chaque consultation comme si elle devait être unique. Je me rendais malade quand j'avais oublié de prescrire une paire de semelles qui m'avait été demandée. Je rentrais le soir avec ces oublis dans la tête et la culpabilité. Je dormais mal.

Avant j'étais contre le mariage.

Avant j'étais sure que nous ne mangerions jamais le soir devant la télé. Je pensais que ça casserait nos relations, que le dialogue serait compromis. Je pensais qu'on mettrait la table, qu'on se regarderait dans le blanc des yeux et qu'on se raconterait nos journées en mangeant des plats amoureusement préparés.

Avant je roulais en voiture sportive, je m'embourbais régulièrement pendant les visites, ça mettait du piment quand des ouvriers de chantier là par un heureux hasard venaient la pousser.

Avant j'allais au cinéma toutes les semaines, je ne pensais pas pouvoir m'en passer, j'allais manger des sushis chaque jeudi en discutant de notre métier avec l'Erudit. Je sortais beaucoup. Je prenais le métro pour le seul plaisir d'aller m'assoir devant la Cathédrale, de feuilleter un bouquin sur les quais, de prendre un thé accompagné d'un gâteau aux épices au ThéMajuscule, de flâner devant les vitrines. Je croisais souvent des têtes connues. Parfois, quelqu'un que je n'attendais pas venait s'assoir à côté de moi sur une terrasse et nous prenions un verre. Je connaissais les instances, j'avais un réseau, chaque problème avait une solution.

Avant, je mangeais chez mes parents presque toutes les semaines, je voyais souvent mes petits frères. J'aimais retourner dans ce village où j'ai grandi, constater les changements. Alibabette me manquait depuis qu'elle était partie.

Avant je jouais à Zelda en mangeant de la soupe le soir après mes longues journées de boulot.

Avant j'allais chez le psy une fois par semaine et j'avais l'impression de comprendre et d'avancer. 

Avant j'avais réussi à me sevrer d'internet. J'avais un ordi non portable. J'essayais avec difficultés de ne faire qu'une chose à la fois. J'avais l'impression de réfléchir seule à ma pratique, de n'avoir pas assez de retours malgré mes soirées à picoler des grands crus au coin du feu chez mes remplacés.


 

Maintenant je sais que, sauf catastrophe, ma vie sera ici, loin des miens, loin de l'eau, loin de mes rêves. Une autre vie que celle dont j'ai rêvée. Un climat plus froid, des gens différents que je ne comprends pas toujours, le manque du bruit des vagues et des tempêtes. Mais un MrPoilu qui m'attend le soir, moins de pluie, un climat-excuse pour acheter encore plus de paires de bottes, une maison à moi, des chats aux caractères curieusement miroirs des nôtres, des rencontres en vacances qui à chaque fois modifient profondément ma façon de voir la vie, des amitiés qui se construisent lentement.

Maintenant, je ne vois plus mes parents que rarement. Mon papa me manque beaucoup mais je ne parviens toujours pas à lui dire. Je suis brouillée avec un de mes frères mais je surveille de loin sa prochaine décompensation. L'autre s'est casé, depuis il n'appelle plus beaucoup. Si je ne téléphone pas à mes amis, ils ne le font pas. La distance abime les relations. Les nouvelles d'Alibabette ensoleillent mes journées, maintenant qu'elle est revenue et que moi je suis partie. Ironie.

Maintenant j'habite au milieu de nulle part. Ma nouvelle cantine est un restaurant à tartes flambées où je peux me rendre à pieds, commander toujours les mêmes tartes, le même vin - une sacrée piquette aux bouteilles de qualité inégale - faire une entorse aux habitudes parfois avec la bière de noël. C'est un lieu où je me sens sereine. On peut y aller vêtus comme des sacs à patates et s'affaler sur les chaises. Leur mois de fermeture annuelle est mon mois le plus difficile.

Maintenant je rentre tard le soir. Je suis souvent épuisée, les journées sont longues. J'attrape un verre puis j'embrasse chéri ou l'inverse et je m'étale comme une larve sur le canapé. On prend le temps de prendre des nouvelles de l'autre, on se raconte nos journées, nos soucis. Soit j'ai préparé un plat la veille, soit MrPoilu "cuisine" une pizza ou des pâtes. Ces derniers temps, il devient très doué en soupes en sachets. Certains soirs, on mange à table, parfois non. Et finalement ce n'est pas ça qui compte.

Maintenant, je ne vais plus que rarement en ville ou au cinéma. C'est trop loin. Je sais manier le programmateur de la Freebox avec dextérité. Je bénis France3 d'avoir programmé de nouveaux épisodes de Barnaby même si l'acteur a changé, je préférais John Nettles. J'aime les regarder en petit-déjeunant le mercredi, malgré l'incroyable quantité de morts par épisode, les paysages me rappellent les manoirs normands, j'aime penser que l'Erudit l'a peut-être déjà visionné. Il me manque, sa culture, ses résumés de sorties en angleterre, ses réflexions de cul au milieu du salon de thé, ses grands bras pour me serrer quand les journées étaient trop dures.

Maintenant, je n'ai plus d'heure par semaine à raconter ma vie à quelqu'un payé pour m'écouter. J'ai l'impression de patauger dans la semoule parfois, avec de grosses bottes. Mais je n'ai pas envie de recommencer avec quelqu'un d'autre. Pour l'instant.

Maintenant, je me suis mariée. Et ça n'a rien changé. 

Maintenant je marave Guetta à DJ Hero. Je ne progresse pas beaucoup dans Zelda, je n'ai pas vraiment le temps.

Maintenant, j'ai repris un cabinet dans lequel j'aime travailler. J'ai plein de projets pour développer mon activité en gynéco, pour améliorer l'hygiène et plein de problèmes-surprises à gérer. Les patients ne m'ont pas choisie. Nous nous adaptons les uns aux autres. J'encaisse les réflexions parfois racistes sur mon nom de famille, je réponds avec le sourire que les choses changent quand on me reproche de ne pas parler le dialecte. Je prends de moins en moins de pincettes, je les regarde bien dans les yeux en disant "ça va guérir tout seul". Au milieu de ça, avec certains, le contact est passé tout de suite, des gens que j'ai plaisir à voir, chez eux je bois des cafés en écoutant les histoires de la guerre, la difficulté de trouver à manger et l'émigration subie en Haute-Vienne dans ces années où même mes parents n'étaient pas nés, des petites histoires de la grande Histoire, je me demande comment on va réussir à manger toutes ces confitures qu'on m'offre... Parfois mon coeur se serre quand une femme qui pourrait être ma grand-mère me dit sur le pas de sa porte que ça ne doit pas être facile d'avoir été parachutée ici, je fais semblant de sourire et je dis "ça va".

Maintenant je fais mes visites en utilitaire et je n'emprunte plus de chemins boueux.

Maintenant, j'ai changé ma pratique. Je ne fais plus déshabiller tout le monde. D'une part parce que la demande de consultations est trop forte et que le temps manque. Mais surtout parce que suite à des échanges, j'ai revu ma position. Je juge au cas par cas. Je prends soin de la pudeur des gens. C'est plus important que de vouloir tout voir. Je ne suis pas un super-doc, je fais ce que je peux. Je ne m'épuise plus en combats stériles. Je ne me bats pas s'ils veulent des poudres de perlimpimpin. Je concentre plutôt mon énergie à convaincre celui qui en a vraiment besoin d'aller enfin chez le cardiologue. J'apprend à faire des lavages de nez aux parents. J'ai appris à échouer mais c'est toujours difficile. Je ne prescris pas parfaitement mais j'essaie. J'essaie d'arrêter des prescriptions ancestrales sur des ordonnances à rallonge. Je me bats contre les somnifères. Je reste persuadée que ma façon de travailler est intimement liée à ma vie privée. Si nos pratiques sont si différentes, c'est que nos vécus le sont. Nous ne sommes pas des machines. Nous avons tous des réponses différentes au même problème.

Maintenant j'ai peur pour l'avenir de mon métier quand je vois les exigences des patients et ce que la société attend de nous. J'ai peur quand je constate les dérives du système. Les choses sont en train de changer mais je ne suis pas sure que ce sera positif. Les politiques font de l'électoralisme. Au lieu de faire de l'éducation collective à la santé, on continue de promettre aux gens qu'on obligera un médecin à être à disposition pour qu'ils consultent inutilement dès que leur nez coule.

Maintenant, j'ai perdu la lutte contre mon addiction au net. Je suis beaucoup sur Twitter. Ca m'est d'une grande aide pour le boulot, même si certains jours, je ne trouve pas le temps. Je lis des blogs, j'écris sur celui-ci, les échanges m'apportent beaucoup. Certains semblent être de bien meilleurs médecins que moi. Je me demande comment ils font. 

Maintenant je ne dors toujours pas correctement. J'espère y parvenir un jour mais j'en doute. Je suis trop facilement atteinte par le stress, les histoires de mes patients, le moindre bruit...


Maintenant je regarde par la fenêtre, il a neigé, les traces des voitures ont creusé des sillons. Le soleil va bientôt se lever. Ca fait deux ans aujourd'hui que je suis ici. Je m'adapte mais je resterai toujours au fond de moi une fille de la mer.

 

 


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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma petite vie

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Publié le 29 Janvier 2012

 

Internat, 5ème semestre

Nous sommes nombreux à habiter à l'internat. J'aime bien ça. Je n'ai jamais fait de colloc et là j'aime bien. Chacun sa chambre et une salle commune pour se retrouver le soir. Comme une adolescence prolongée. Sauf qu'on a un peu plus d'argent de poche alors on a quelqu'un qui fait le ménage et de la bouffe préparée.

Après le boulot, on glisse sa tête, on regarde qui est dans le canapé et ce qui passe à la télé. On va à la cuisine et on cherche un truc mangeable dans les barquettes du frigo qu'on jette négligemment au micro-ondes avant d'aller s'installer à table avec les autres. Parfois quelqu'un a amené une bouteille. Parfois on organise des "améliorés", c'est-à-dire qu'on fait venir de la bouffe d'ailleurs ou qu'on organise des soirées à thème avec déguisements. On finit la soirée au Macumba, salle transformée en boite située juste sous ma chambre. J'ai vite compris qu'aller me coucher avant la fin de la soirée ne servait à rien, mon lit vibre.

Le lendemain c'est un peu difficile forcément. Ce jour-là je commence à 10h, j'ai échangé parce que 8 heures c'était trop tôt. Je me réveille, j'ouvre le volet. Je jette un oeil à mon mini-baobab en train de crever, je ne comprends pas pourquoi, j'en prends soin pourtant. Je prends une douche, je m'habille, j'enfile ma blouse, je regarde dehors. Je traverse la cour dans le brouillard, il fait sacrément froid, j'aurais dû prendre une veste. Je passe sous le néon "urgences pédiatriques". Il y a du monde qui attend. 

Je me dirige vers le café.

Et là, je vois courir l'Erudit qui tient un micro-nain à bout de bras vers la salle de réa suivi par une infirmière et des parents. L'infirmière demande un chef. La porte se referme. J'ai l'impression d'avoir vu un épisode de Benny Hill.

Je vais chercher un café.

Je regarde le tableau, pas mal de rhumes, otalgies, fièvres et traumas divers. Au boulot.

Le soir, enfoncés dans le canapé, l'Erudit me racontera pourquoi, parce que nous avons échangé nos horaires et parce qu'il est bilingue, c'est lui qui est allé voir ces petits jumeaux anglais prémas bronchioliteux. Il racontera comment, alors qu'il les examinait, l'un d'eux a fait un arrêt, comment il l'a réanimé, combien il a flippé. Il racontera qu'il est allé voir dans le service comment ils allaient, ils vont bien. 

En l'écoutant, je serai bien contente d'avoir commencé à 10h, de n'être pas très douée en langues, et d'avoir soigné des entorses de doigts. Et je me bénirai d'avoir fait la fête la veille. Ca tient à peu de choses parfois.


 

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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Patients

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Publié le 15 Janvier 2012

 

Je suis en train d'expliquer à leur maman que ni l'enfant sage ni le monstre en face de moi n'ont besoin d'antibiotiques, qu'un peu de paracetamol et de lavages de nez suffiront bien quand le téléphone sonne.

- Bonjour Dr Kipik?

- Oui

- Je suis le Dr Choupette, je suis interne à l'hôpital de GrosseVille

Je pose ma main sur la souris et m'apprête à ouvrir un dossier pour répondre aux questions 

- Je vous appelle à propos de Marie.

Non, non, arrête, je sais déjà la suite, et je ne veux pas savoir.

- Je voulais vous informer de son décès.

- Oh merde

- Oui. Bon on lui avait mis de l'oxygène, on voulait...

Elle m'explique tout ce qu'ils avaient pour projet de lui faire. Je n'écoute plus. Je ne parle pas. La liste est longue, trop longue. Je sais qu'elle ne voulait pas tout ça. J'ai vraiment pensé qu'elle rentrerait dans quelques jours à la maison, que la vie reprendrait son cours et que quand ce serait vraiment l'heure, elle n'irait pas à l'hôpital. Je crois quand même avoir fait le bon choix, parce que souffrir d'une insuffisance respiratoire aigue et voir des bêtes imaginaires courir sur les murs c'était douloureux pour elle et que ça a été amélioré par l'oxygène. Mais quand même, merde quoi.

- Merci de m'avoir prévenue

J'ai les larmes aux yeux quand je raccroche. 

La maman me sourit et me dit "je crois que je sais de qui il s'agit". Ben oui, elles portent le même nom toutes les deux.

J'ai fini cette consultation difficilement. Et les suivantes aussi. 

Le soir, je suis rentrée à la maison, tard, j'ai garé la voiture, j'ai marché jusqu'à chez nos amis rejoindre mon Mr Poilu, les larmes ont coulé sur le chemin. J'ai ré-affiché un sourire puis j'ai sonné "bonsoir! bonne année!". 

La vie va continuer, il y aura d'autres Marie, toujours la même angoisse de ne pas faire le bon choix. C'est dur.


 

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Rédigé par Fluorette

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