Publié le 3 Septembre 2012

 ... pour faire renaître la médecine générale.

 

Je sors de ma léthargie pour publier avec mes collègues blogueurs nos propositions pour lutter contre les déserts médicaux sans passer par la coercition, qui aura l'effet inverse de celui attendu, comme déjà constaté dans d'autres pays. Nous médecins souhaitons exercer notre métier dans de bonnes conditions, en ayant une vie personnelle équilibrée, qui nous permettre d'être de meilleurs praticiens. Ce n'est pas de l'égoïsme, c'est un souhait de bien travailler, d'apporter aux patients l'écoute et la concentration qui leur sont dues.

Nous sommes pointés du doigt car nous ne voulons pas aller là où il n'y a plus rien, là où nos enfants n'ont pas d'école, là où nous devrions bosser 24/24, seuls, où il n'y a pas de boulangerie, là où nos conjoints n'ont pas de travail, à moins d'être en déplacement plusieurs jours, et dans ce cas, qui s'occupe des enfants etc...

Malheureusement nous sommes tous responsables de la désertification de nos campagnes et de certaines zones urbaines. Nous avons laissé les commerces fermer, les lignes de train cesser de rouler, les maisons se vider... Nos gouvernements successifs ont fait comme d'habitude, ils ont attendu d'être au pied du mur pour avoir des idées qui ne sont pas réalisables. J'assiste à beaucoup de réunions desquelles aucune idée ne sort. Les jeunes reprochent aux vieux de vouloir garder leurs "avantages", les vieux reprochent aux jeunes leur idéalisme et leurs désirs de changement.

Nous sommes médecins généralistes, installés, remplaçants, jeunes et vieux. Nous pratiquons tous les jours ce métier que nous aimons. Nous souhaitons que l'accès aux soins continue d'être garanti en France. Nous souhaitons continuer d'exercer ce métier comme nous pensons qu'il est bon pour nous et nos patients. Pour cela, nous avons réfléchi et nous avons des idées à proposer.

Nous sommes désolés si certains auraient voulu participer aux réfléxions. Il n'était pas évident de réfléchir et d'échanger en étant si nombreux. Vos propositions sont les bienvenues.

Et si vous souhaitez soutenir les propositions suivantes, n'hésitez pas sur : Atoute 

 

Je m'excuse pour la mise en page, j'ai de gros problèmes d'yeux en ce moment et c'est assez difficile de se concentrer sur un écran.

 

 

Médecine générale 2.0

Les propositions des médecins généralistes blogueurs

pour faire renaître la médecine générale

 

 

Comment sauver la médecine générale en France et assurer des soins primaires de qualité répartis sur le territoire ? Chacun semble avoir un avis sur ce sujet, d’autant plus tranché qu’il est éloigné des réalités du terrain.

Nous, médecins généralistes blogueurs, acteurs d’un « monde de la santé 2.0 », nous nous reconnaissons mal dans les positions émanant des diverses structures officielles qui, bien souvent, se contentent de défendre leur pré carré et s’arc-boutent sur les ordres établis.

À l’heure où les discussions concernant l’avenir de la médecine générale font la une des médias, nous avons souhaité prendre position et constituer une force de proposition.

Conscients des enjeux et des impératifs qui sont devant nous, héritages d’erreurs passées, nous ne souhaitons pas nous dérober à nos responsabilités. Pas plus que nous ne souhaitons laisser le monopole de la parole à d’autres.

Notre ambition est de délivrer à nos patients des soins primaires de qualité, dans le respect de l’éthique qui doit guider notre exercice, et au meilleur coût pour les budgets sociaux. Nous souhaitons faire du bon travail, continuer à aimer notre métier, et surtout le faire aimer aux générations futures de médecins pour lui permettre de perdurer.

Nous pensons que c’est possible.

 

 

Sortir du modèle centré sur l’hôpital

 

La réforme de 1958 a lancé l’hôpital universitaire moderne. C’était une bonne chose qui a permis à la médecine française d’atteindre l’excellence, reconnue internationalement.

 

Pour autant, l’exercice libéral s’est trouvé marginalisé, privé d’enseignants, coupé des étudiants en médecine. En 50 ans, l’idée que l’hôpital doit être le lieu quasi unique de l’enseignement médical s’est ancrée dans les esprits. Les universitaires en poste actuellement n’ont pas connu d’autre environnement.

 

L’exercice hospitalier et salarié est ainsi devenu une norme, un modèle unique pour les étudiants en médecine, conduisant les nouvelles promotions de diplômés à délaisser de plus en plus un exercice libéral qu’ils n’ont jamais rencontré pendant leurs études.

 

C’est une profonde anomalie qui explique en grande partie nos difficultés actuelles.

 

Cet hospitalo-centrisme a eu d’autres conséquences dramatiques :

  • Les médecins généralistes (MG) n’étant pas présents à l’hôpital n’ont eu accès que tout récemment et très partiellement à la formation des étudiants destinés à leur succéder.

  • Les budgets universitaires dédiés à la MG sont ridicules en regard des effectifs à former.

  • Lors des négociations conventionnelles successives depuis 1989, les spécialistes formés à l’hôpital ont obtenu l’accès exclusif aux dépassements d’honoraires créés en 1980, au détriment des généralistes contraints de se contenter d’honoraires conventionnels bloqués.

 

Pour casser cette dynamique mortifère pour la médecine générale, il nous semble nécessaire de réformer profondément la formation initiale des étudiants en médecine.

 

Cette réforme aura un double effet :

  • Rendre ses lettres de noblesse à la médecine « de ville » et attirer les étudiants vers ce mode d’exercice.

  • Apporter des effectifs importants de médecins immédiatement opérationnels dans les zones sous-médicalisées.

 

Il n’est pas question dans ces propositions de mesures coercitives aussi injustes qu’inapplicables contraignant de jeunes médecins à s’installer dans des secteurs déterminés par une tutelle sanitaire.

Nous faisons l’analyse que toute mesure visant à obliger les jeunes MG à s’installer en zone déficitaire aurait un effet majeur de repoussoir. Elle ne ferait qu’accentuer la désaffection pour la médecine générale, poussant les jeunes générations vers des offres salariées (nombreuses), voire vers un exercice à l’étranger.

 

 

C’est au contraire une véritable réflexion sur l’avenir de notre système de santé solidaire que nous souhaitons mener. Il s’agit d’un rattrapage accéléré d’erreurs considérables commises avec la complicité passive de confrères plus âgés, dont certains voudraient désormais en faire payer le prix aux jeunes générations.

 

 

Idées-forces

 

Les idées qui sous-tendent notre proposition sont résumées ci-dessous, elles seront détaillées ensuite.

 

Elles sont applicables rapidement.

 

1) Construction par les collectivités locales ou les ARS de 1000 maisons de santé pluridisciplinaires qui deviennent aussi des maisons médicales de garde pour la permanence des soins, en étroite collaboration avec les professionnels de santé locaux.

 

2) Décentralisation universitaire qui rééquilibre la ville par rapport à l’hôpital : les MSP se voient attribuer un statut universitaire et hébergent des externes, des internes et des chefs de clinique. Elles deviennent des MUSt : Maisons Universitaires de Santé qui constituent l’équivalent du CHU pour la médecine de ville.

 

3) Attractivité de ces MUSt pour les médecins seniors qui acceptent de s’y installer et d’y enseigner : statut d’enseignant universitaire avec rémunération spécifique fondée sur une part salariée majoritaire et une part proportionnelle à l’activité.

 

4) Création d’un nouveau métier de la santé : « Agent de gestion et d’interfaçage de MUSt » (AGI). Ces agents polyvalents assurent la gestion de la MUSt, les rapports avec les ARS et l’Université, la facturation des actes et les tiers payants. De façon générale, les AGI gèrent toute l’activité administrative liée à la MUSt et à son activité de soin. Ce métier est distinct de celui de la secrétaire médicale de la MUSt.

 

1) 1000 Maisons Universitaires de Santé

 

Le chiffre paraît énorme, et pourtant... Dans le cadre d’un appel d’offres national, le coût unitaire d’une MUSt ne dépassera pas le million d’euros (1000  m2. Coût 900 €/m2).

 

Le foncier sera fourni gratuitement par les communes ou les intercommunalités mises en compétition pour recevoir la MUSt. Il leur sera d’ailleurs demandé en sus de fournir des logements à prix très réduit pour les étudiants en stage dans la MUSt. Certains centres de santé municipaux déficitaires pourront être convertis en MUSt.

 

Au final, la construction de ces 1000 MUSt ne devrait pas coûter plus cher que la vaccination antigrippale de 2009 ou 5 ans de prescriptions de médicaments (inutiles) contre la maladie d’Alzheimer. C’est donc possible, pour ne pas dire facile.

 

Une MUSt est appelée à recevoir des médecins généralistes et des paramédicaux. La surface non utilisée par l’activité de soin universitaire peut être louée à d’autres professions de santé qui ne font pas partie administrativement de la MUSt (autres médecins spécialistes, dentiste, laboratoire d’analyse, cabinet de radiologie...). Ces MUSt deviennent de véritables pôles de santé urbains et ruraux.

 

Le concept de MUSt fait déjà l’objet d’expérimentations, dans le 94 notamment, il n’a donc rien d’utopique.

 

2) L’université dans la ville

 

Le personnel médical qui fera fonctionner ces MUSt sera constitué en grande partie d’internes et de médecins en post-internat :

 

  • Des internes en médecine générale pour deux de leurs semestres qu’ils passaient jusqu’ici à l’hôpital. Leur cursus comportera donc en tout 2 semestres en MUSt, 1 semestre chez le praticien et 3 semestres hospitaliers. Ils seront rémunérés par l’ARS, subrogée dans le paiement des honoraires facturés aux patients qui permettront de couvrir une partie de leur rémunération. Le coût global de ces internes pour les ARS sera donc très inférieur à leur coût hospitalier du fait des honoraires perçus.

 

  • De chefs de clinique universitaire de médecine générale (CCUMG), postes à créer en nombre pour rattraper le retard pris sur les autres spécialités. Le plus simple est d’attribuer proportionnellement à la médecine générale autant de postes de CCU ou assimilés qu’aux autres spécialités (un poste pour deux internes), soit un minimum de 3000 postes (1500 postes renouvelés chaque année). La durée de ce clinicat est de deux ans, ce qui garantira la présence d’au moins deux CCUMG par MUSt. Comme les autres chefs de clinique, ces CCUMG sont rémunérés à la fois par l’éducation nationale (part enseignante) et par l’ARS, qui reçoit en retour les honoraires liés aux soins délivrés. Ils bénéficient des mêmes rémunérations moyennes, prérogatives et avantages que les CCU hospitaliers.

Il pourrait être souhaitable que leur revenu comprenne une base salariée majoritaire, mais aussi une part variable dépendant de l’activité (par exemple, 20 % du montant des actes pratiqués) comme cela se pratique dans de nombreux dispensaires avec un impact significatif sur la productivité des consultants.

 

  • Des externes pour leur premier stage de DCEM3, tel que prévu par les textes et non appliqué faute de structure d’accueil. Leur modeste rémunération sera versée par l’ARS. Ils ne peuvent pas facturer d’actes, mais participent à l’activité et à la productivité des internes et des CCUMG.

 

  • De médecins seniors au statut mixte : les MG libéro-universitaires. Ils ont le choix d’être rémunérés par l’ARS, subrogée dans la perception de leurs honoraires (avec une part variable liée à l’activité) ou de fonctionner comme des libéraux exclusifs pour leur activité de soin. Une deuxième rémunération universitaire s’ajoute à la précédente, liée à leur fonction d’encadrement et d’enseignement. Du fait de l’importance de la présence de ces CCUMG pour lutter contre les déserts médicaux, leur rémunération universitaire pourra être financée par des budgets extérieurs à l’éducation nationale ou par des compensations entre ministères.

 

Au-delà de la nouveauté que représentent les MUSt, il nous paraît nécessaire, sur le long terme, de repenser l’organisation du cursus des études médicales sur un plan géographique en favorisant au maximum la décentralisation hors CHU, aussi bien des stages que des enseignements.

 

En effet, comment ne pas comprendre qu’un jeune médecin qui a passé une dizaine d’années dans sa ville de faculté et y a construit une vie familiale et amicale ne souhaite pas bien souvent y rester ?

 

Une telle organisation existe déjà, par exemple, pour les écoles infirmières, garantissant une couverture assez harmonieuse de tout le territoire par cette profession, et les nouvelles technologies permettent d’ores et déjà, de manière simple et peu onéreuse, cette décentralisation pour tous les enseignements théoriques.

 

3) Incitation plutôt que coercition : des salaires aux enchères

 

Le choix de la MUSt pour le bref stage de ville obligatoire des DCEM3 se fait par ordre alphabétique avec tirage au sort du premier à choisir, c’est la seule affectation qui présente une composante coercitive.

 

Le choix de la MUSt pour les chefs de clinique et les internes se pratique sur le principe de l’enchère : au salaire de base égal au SMIC est ajouté une prime annuelle qui sert de régulateur de choix : la prime augmente à partir de zéro jusqu’à ce qu’un(e) candidat(e) se manifeste. Pour les MUSt « difficiles », la prime peut atteindre un montant important, car elle n’est pas limitée. Par rapport à la rémunération actuelle d’un CCU (45 000 €/an), nous faisons le pari que la rémunération globale moyenne n’excédera pas ce montant.

 

En cas de candidats multiples pour une prime à zéro (et donc une rémunération de base au SMIC pour les MUSt les plus attractives) un tirage au sort départage les candidats.

 

Ce système un peu complexe présente l’énorme avantage de ne créer aucune frustration puisque chacun choisit son poste en mettant en balance la pénibilité et la rémunération.

De plus, il permet d’avoir la garantie que tous les postes seront pourvus.

 

Ce n’est jamais que la reproduction du fonctionnement habituel du marché du travail : l’employeur augmente le salaire pour un poste donné jusqu’à trouver un candidat ayant le profil requis et acceptant la rémunération. La différence est qu’il s’agit là de fonctions temporaires (6 mois pour les internes, 2 ans pour les chefs de clinique) justifiant d’intégrer cette rémunération variable sous forme de prime.

 

 

 

Avec un tel dispositif, ce sont 6 000 médecins généralistes qui seront disponibles en permanence dans les zones sous-médicalisées : 3000 CCUMG et 3000 internes de médecine générale.

 

4) Un nouveau métier de la santé : AGI de MUSt

 

Les MUSt fonctionnent bien sûr avec une ou deux secrétaires médicales suivant leur effectif médical et paramédical.

 

Mais la nouveauté que nous proposons est la création d’un nouveau métier : Agent de Gestion et d’Interfaçage (AGI) de MUSt. Il s’agit d’un condensé des fonctions remplies à l’hôpital par les agents administratifs et les cadres de santé hospitaliers.

 

C’est une véritable fonction de cadre supérieur de santé qui comporte les missions suivantes au sein de la MUSt :

Gestion administrative et technique (achats, coordination des dépenses…).

Gestion des ressources humaines.

Interfaçage avec les tutelles universitaires

Interfaçage avec l’ARS, la mairie et le Conseil Régional

Gestion des locaux loués à d’autres professionnels.

 

Si cette nouvelle fonction se développe initialement au sein des MUSt, il sera possible ensuite de la généraliser aux cabinets de groupes ou maisons de santé non universitaires, et de proposer des solutions mutualisées pour tous les médecins qui le souhaiteront.

 

Cette délégation de tâches administratives est en effet indispensable afin de permettre aux MG de se concentrer sur leurs tâches réellement médicales : là où un généraliste anglais embauche en moyenne 2,5 équivalents temps plein, le généraliste français en est à une ½ secrétaire ; et encore, ce gain qualitatif représente-t-il parfois un réel sacrifice financier.

 

Directement ou indirectement, il s’agit donc de nous donner les moyens de travailler correctement sans nous disperser dans des tâches administratives ou de secrétariat.

Une formule innovante : les « chèques-emploi médecin »

 

Une solution complémentaire à l’AGI pourrait résider dans la création de « chèques-emploi » financés à parts égales par les médecins volontaires et par les caisses.1

 

Il s’agit d’un moyen de paiement simplifié de prestataires de services (AGI, secrétaires, personnel d’entretien) employés par les cabinets de médecins libéraux, équivalent du chèque-emploi pour les familles.

 

Il libérerait des tâches administratives les médecins isolés qui y passent un temps considérable, sans les contraindre à se transformer en employeur, statut qui repousse beaucoup de jeunes médecins.

 

Cette solution stimulerait l’emploi dans les déserts médicaux et pourrait donc bénéficier de subventions spécifiques. Le chèque-emploi servirait ainsi directement à une amélioration qualitative des soins et à dégager du temps médical pour mieux servir la population.

 

Il est beaucoup question de « délégation de tâche » actuellement. Or ce ne sont pas les soins aux patients que les médecins souhaitent déléguer pour améliorer leur disponibilité : ce sont les contraintes administratives !

Former des agents administratifs est bien plus simple et rapide que de former des infirmières, professionnelles de santé qualifiées qui sont tout aussi nécessaires et débordées que les médecins dans les déserts médicaux.

 

 

Aspects financiers : un budget très raisonnable

 

Nous avons vu que la construction de 1000 MUSt coûtera moins cher que 5 ans de médicaments anti-Alzheimer ou qu’une vaccination antigrippale comme celle engagée contre la pandémie de 2009.

 

Les internes étaient rémunérés par l’hôpital, ils le seront par l’ARS. Les honoraires générés par leur activité de soin devraient compenser les frais que l’hôpital devra engager pour les remplacer par des FFI, permettant une opération neutre sur le plan financier, comme ce sera le cas pour les externes.

 

La rémunération des chefs de clinique constitue un coût supplémentaire, à la mesure de l’enjeu de cette réforme. Il s’agit d’un simple rattrapage du retard pris dans les nominations de CCUMG chez les MG par rapport aux autres spécialités. De plus, la production d’honoraires par les CCUMG compensera en partie leurs coûts salariaux. La dépense universitaire pour ces 3000 postes est de l’ordre de 100 millions d’euros par an, soit 0,06 % des dépenses de santé françaises. À titre de comparaison, le plan Alzheimer 2008-2012 a été doté d’un budget de 1,6 milliard d’euros. Il nous semble que le retour des médecins dans les campagnes est un objectif sanitaire, qui justifie lui aussi un « Plan » et non des mesures hâtives dépourvues de vison à long terme.

 

N’oublions pas non plus qu’une médecine de qualité dans un environnement universitaire est réputée moins coûteuse, notamment en prescriptions médicamenteuses. Or, un médecin « coûte » à l’assurance-maladie le double de ses honoraires en médicaments. Si ces CCUMG prescrivent ne serait-ce que 20 % moins que la moyenne des  autres prescripteurs, c’est 40 % de leur salaire qui est économisé par l’assurance-maladie.

 

Les secrétaires médicales seront rémunérées en partie par la masse d’honoraires générée, y compris par les « libéro-universitaires », en partie par la commune ou l’intercommunalité candidate à l’implantation d’une MUSt.

 

 

Le reclassement des visiteurs médicaux

 

Le poste d’Agent de Gestion et d’Interfaçage (AGI) de MUSt constitue le seul budget significatif créé par cette réforme. Nous avons une proposition originale à ce sujet. Il existe actuellement en France plusieurs milliers de visiteurs médicaux assurant la promotion des médicaments auprès des prescripteurs. Nous savons que cette promotion est responsable de surcoûts importants pour l’assurance-maladie. Une solution originale consisterait à interdire cette activité promotionnelle et à utiliser ce vivier de ressources humaines libérées pour créer les AGI.

En effet, le devenir de ces personnels constitue l’un des freins majeurs opposés à la suppression de la visite médicale. Objection recevable ne serait-ce que sur le plan humain. Ces personnels sont déjà répartis sur le territoire, connaissent bien l’exercice médical et les médecins. Une formation supplémentaire de un an leur permettrait d’exercer cette nouvelle fonction plus prestigieuse que leur ancienne activité commerciale.

Dans la mesure où leurs salaires (industriels) étaient forcément inférieurs aux prescriptions induites par leurs passages répétés chez les médecins, il n’est pas absurde de penser que l’économie induite pour l’assurance-maladie et les mutuelles sera supérieure au coût global de ces nouveaux agents administratifs de ville.

Il s’agirait donc d’une solution réaliste, humainement responsable et économiquement neutre pour l’assurance maladie.

 

 

Globalement, cette réforme est donc peu coûteuse. Nous pensons qu’elle pourrait même générer une économie globale, tout en apportant plusieurs milliers de soignants immédiatement opérationnels là où le besoin en est le plus criant.

 

De toute façon, les autres mesures envisagées sont soit plus coûteuses (fonctionnarisation des médecins libéraux) soit irréalisables (implanter durablement des jeunes médecins là où il n’y a plus d’école, de poste, ni de commerces). Ce n’est certainement pas en maltraitant davantage une profession déjà extraordinairement fragilisée qu’il sera possible d’inverser les tendances actuelles.

 

 

Calendrier

 

La réforme doit être mise en place avec « agilité ». Le principe sera testé dans des MUSt expérimentales et modifié en fonction des difficultés rencontrées. L’objectif est une généralisation en 3 ans.

Ce délai permettra aux étudiants de savoir où ils s’engagent lors de leur choix de spécialité. Il permettra également de recruter et former les maîtres de stage libéro-universitaires ; il permettra enfin aux ex-visiteurs médicaux de se former à leurs nouvelles fonctions.

 

 

Et quoi d’autre ?

 

Dans ce document, déjà bien long, nous avons souhaité cibler des propositions simples et originales. Nous n’avons pas voulu l’alourdir en reprenant de nombreuses autres propositions déjà exprimées ailleurs ou qui nous paraissent dorénavant des évidences, par exemple :

 

  • L’indépendance de notre formation initiale et continue vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique ou de tout autre intérêt particulier.

  • La nécessité d’assurer une protection sociale satisfaisante des médecins (maternité, accidents du travail…).

  • La nécessaire diversification des modes de rémunération.

Si nous ne rejetons pas forcément le principe du paiement à l’acte – qui a ses propres avantages –, il ne nous semble plus pouvoir constituer le seul socle de notre rémunération. Il s’agit donc de :

Augmenter la part de revenus forfaitaires, actuellement marginale.

Ouvrir la possibilité de systèmes de rémunération mixtes associant capitation et paiement à l’acte ou salariat et paiement à l’acte.

Surtout, inventer un cadre flexible, car nous pensons qu’il devrait être possible d’exercer la « médecine de famille » ambulatoire en choisissant son mode de rémunération.

  • La fin de la logique mortifère de la rémunération à la performance fondée sur d’hypothétiques critères « objectifs », constat déjà fait par d’autres pays qui ont tenté ces expériences. En revanche, il est possible d’inventer une évaluation qualitative intelligente à condition de faire preuve de courage et d’imagination.

  • La nécessité de viser globalement une revalorisation des revenus des généralistes français qui sont aujourd’hui au bas de l’échelle des revenus parmi les médecins français, mais aussi en comparaison des autres médecins généralistes européens.

D’autres pays l’ont compris : lorsque les généralistes sont mieux rémunérés et ont les moyens de travailler convenablement, les dépenses globales de santé baissent !

 

 

 

Riche de notre diversité d’âges, d’origines géographiques ou de mode d’exercice, et partageant pourtant la même vision des fondamentaux de notre métier, notre communauté informelle est prête à prendre part aux débats à venir.

 

Dotés de nos propres outils de communication (blogs, forums, listes de diffusion et d’échanges, réseaux sociaux), nous ambitionnons de contribuer à la fondation d’une médecine générale 2.0.

 


1 À titre d’exemple, pour 100 patients enregistrés, la caisse abonderait l'équivalent de 2 ou 2,5 heures d'emploi hebdomadaires et le médecin aurait la possibilité de prendre ces "tickets" en payant une somme équivalente (pour arriver à un temps plein sur une patientèle type de 800 patients).

 


      Signataires :

 

http://www.anthologia.fr AliceRedSparrow @AliceRedsparrow
http://boree.eu Borée @Dr_Boree
http://lebruitdessabots.blogspot.fr Bruit des sabots @bruitdessabots
http://docmaman.canalblog.com Doc Maman @docmamz
http://souristine.blogspot.fr Doc Souristine @Souristine
http://www.docteurmilie.fr/wordpress Docteur Milie @docteurmilie
http://docteurv.com Docteur V @Docteur_V
http://www.atoute.org Dominique Dupagne @DDupagne
http://drfoulard.fr Dr Foulard @Dr_Foulard
http://docteursachs.unblog.fr Dr Sachs Jr @docteursachs
http://drstephane.fr Dr Stéphane @Dr_Stephane
http://dzb17.com Dzb17 @Dzb17
http://tekhnemakpe.blogspot.fr Euphraise @euphraise
http://farfadoc.wordpress.com Farfadoc @farfadoc
http://fluorette.over-blog.com Fluorette @Fluorette
http://sous-la-blouse.blogspot.fr Gélule @Sous_la_blouse
http://genoudesalpages.blogspot.fr Genou des Alpages @gendesalp
http://granadille.wordpress.com Granadille @granadille
http://www.jaddo.fr Jaddo @Jaddo_fr
http://sommatinoroots.blogspot.fr Matthieu Calafiore @Matt_Calafiore http://1bouffeematinetsoir.wordpress.com Yem @euphorite

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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma médecine

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Publié le 17 Août 2012

De la fatigue. Beaucoup. Des réveils trop matinaux.

Des journées de boulot courtes mais trop longues.

Un grand manque de motivation.

Des posts en cours qui ne se finissent pas.

Des journées qui ne font toujours que 24 heures.

Des palpitations. Des cernes.

Des réflexions désagréables qui sortent seules de ma bouche.

Un gros besoin de vacances.

Une envie de fermer le blog.

 

 

Jachère [ʒaʃɛʀ]

Etat d'une terre qu'on ne cultive pas volontairement.

 


Mais.

Des piles de romans à lire.

Des travaux à finir.

Un autre blog en construction.

Un gros besoin de prendre soin de nous.

Un coup de fil important à passer.

Des morceaux à jouer.

Des week-ends en perspective.

Un projet, peut-être.

Un frère en vacances.

Un voyage en préparation.

 

 

Jachère [ʒaʃɛʀ]

Terre labourée qu'on laisse reposer.

 


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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma petite vie

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Publié le 13 Août 2012

Il fait beau. La route pour aller chez Alfred est longue mais belle. Traverser les petits villages. S'arrêter pour observer un rapace blanc sur un poteau de signalisation. Se faire klaxonner, évidemment. Rouler à travers les champs. Passer entre les arbres centenaires. Profiter de la vue sur les vallons. Autant de paysages inondés de soleil surgissant à chaque virage. Une longue route, mais un joli moment.


Souvent, j'arrive tard parce que c'est loin et que je fais toutes les autres visites avant. Dans ces cas-là, il est devant la télé. Si j'y suis plus tôt, il est dans le jardin, il s'occupe des haricots, des tomates, etc. Aujourd'hui, il était à table et mangeait déjà.


Alfred me demande de venir tous les mois. Tous les vingt-huit jours exactement. Pourtant Alfred n'est pas vraiment malade. Certes, il a eu un cancer mais ça fait un bout de temps. Il a toujours une chambre implantable. Je propose à chaque fois de la faire retirer. Il refuse toujours. Ca me semble dangereux de laisser ça, mais ça fait déjà tellement d'années. Je ne peux pas l'obliger et c'est quand même pas moi qui vais la retirer. C'est comme son cancer, il y a cette boule que je vois, et qui ne grossit pas. Il ne veut pas voir de spécialiste, il ne veut voir personne. Il ne veut pas d'examen complémentaires. Cette boule, elle ne le gêne pas, elle ne change pas, il va bien. Et mon inquiétude le fait rire.


Alfred a toujours le sourire, il ne me reproche jamais l'irrégularité de mes horaires de passage, contrairement à certains. Il a des mouvements bizarres, dont il n'est jamais fait mention dans son dossier et qui n'inquiètent personne. Il a des difficultés d'élocution, qui ne sont pas non plus dans son dossier. M'enfin, son dossier c'est un peu le vide sidéral... Lui, quand il parle, je ne comprends pas tout, mais il n'a pas d'explications, il dit qu'il parle bien. Bon.


L'examen est toujours le même. Les traitements aussi.Des médicaments loin d'être vitaux.

Je pourrais faire le renouvellement pour trois mois. J'ai bien essayé. Il rappelle toujours.

Je ne sais pas pourquoi c'est si important pour lui.

Alfred a des enfants, qu'il voit souvent. Alfred a l'air heureux.

Moi je ne sais pas bien pourquoi je suis là et j'ai l'impression de voler de l'argent pour une visite inutile.

 

Il y a quelquechose qui m'échappe dans cette histoire et je n'arrive pas à mettre le doigt dessus.


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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Patients

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Publié le 6 Août 2012

 

Tu entres dans la salle de bains, tu enlèves tes vêtements. Tu te regardes dans la glace, tu as l'air si fatiguée.  

Tu cherches à te rappeler. Combien tu en as vu ce matin? Vingt-quatre. Déjà, comment t'as réussi à en voir vingt-quatre? Mystère... D'accord, t'as commencé tôt et mangé très tard. Mais quand même vingt-quatre. D'accord, il y a eu quelques certificats de sport et quelques prises de sang. C'est sûr que ça prend pas des heures. Mais t'en as hospitalisé deux. Et t'as appelé un spécialiste. Vingt-quatre, sérieusement? Dans ces cas-là, tu ne fais pas du bon travail. Tu classes vite dans ta tête : grave et urgent / pas grave et pas urgent. Et si pas grave on reverra. Sinon comment faire? Ils racontent tous à la secrétaire qu'ils vont mal et que ça ne peut pas attendre. Et finalement, c'est rarement vrai.

Tu ouvres la porte de la douche puis le robinet. L'eau commence à couler, tu mets ta main sous le jet, elle est froide, ça fait du bien, il fait si chaud. Quand elle est suffisamment tiède, tu entres. Tu sens l'eau ruisseler dans tes cheveux, le long de ton cou, de ton dos, sur tes fesses. C'est si agréable. 

Tu ne sais même plus ce que tu as mangé. Ah si, Jacques t'a apporté une salade. C'était tellement gentil. Justement ce matin, t'étais partie sans pique-nique de la maison. Première fois que tu te trompes dans l'heure du réveil matinal. Associé a un sixième sens. Et il sait que t'es un peu goinfre.

Tu verses un peu de shampooing dans le creux de ta main et tu l'étales dans tes cheveux. De semaine en semaine, c'est de plus en plus difficile, ils sont de plus en plus longs. Tu masses doucement. Tu fermes les yeux, ça sent la papaye. 

Cette pile de paperasses à remplir. Ces courriers à lire. Toutes ces mauvaises nouvelles, tous ces gens à convoquer. Toutes ces explications à donner. Sur des maladies à la con. Graves. Ces deux cancers à annoncer demain. Pas envie, non, vraiment pas envie mais c'est à toi de le faire. Ces demandes d'ALD à remplir pour eux.

Tu penches la tête en avant pour étirer le cou, tu as tellement mal. Tu masses tes trapèzes avec tes mains. C'est raide, et sensible. Tes jambes sont lourdes. Tes larmes coulent.

Tu es montée dans la voiture. En pilote automatique. Tu t'es assise chez Bernadette, tu l'as écoutée, les mêmes histoires que d'habitude, la même angoisse. T'es allé voir Georges qui ne se sentait pas bien, mais mieux finalement. T'es passée à l'EHPAD, t'as appelé le DrBiologiste parce que quand même ils sont bizarres tous ces résultats. T'as hâte d'avoir les nouveaux prélèvements réalisés sur ses conseils. T'es allée en urgence voir Georgette pour une douleur apparue brutalement. T'as plus de recul maintenant, tu la connais. Tu penses avoir mieux géré que d'autres fois. T'as vu Marthe, rentrée de l'hôpital, t'avais hésité à l'y envoyer, tu ne regrettes pas aujourd'hui.

Quand tu rouvres les yeux, la mousse qui s'écoule le long de ton corps est rosée. Tu rinces tes cheveux. Tu prends un peu de pâte rouge et tu l'étales rapidement, pour vite laver tes mains au savon. Elles restent toujours un peu rouges après. Tu laisses poser. Tu attrapes le savon, ou plutôt ce qu'il en reste et tu frottes partout, comme si ça pouvait enlever ce qu'il y a dans ta tête. Tes larmes se mélangent avec l'eau et s'en vont. Tu penches la tête en arrière, l'eau qui s'accumule dans le bac est rouge, un peu comme du sang. 

En repassant au cabinet, tu as appelé ceux dont les résultat d'anticoagulation étaient mauvais. T'as regardé la pile de feuilles confirmant les tiers payants réalisés par la sécu. Et tu l'as délicatement replacée sous le bureau. A vérifier un autre jour... Tu étais déjà en retard pour ce soir.

Tu coupes l'eau, tu attrapes la serviette, rouge elle aussi, décidément.

Tu te regardes à nouveau dans le miroir. Tu sembles toujours aussi lasse. Les doutes du jour et l'appréhension de la journée de demain ne sont pas partis dans les canalisations, eux.

 

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 24 Juillet 2012

Quand je suis sortie de mon bureau, vous êtiez accoudée au comptoir de la secrétaire. J'ai dit au revoir au patient sortant et appelé le suivant. Je vous ai dit bonjour, je ne vous ai pas laissé le temps de répondre et j'ai suivi mon patient dans mon bureau. Timing parfait.

Quand je suis ressortie de mon bureau, vous êtiez encore là. Pas de chance d'avoir oublié le nom du patient d'après mais ça m'arrive tout le temps, mémoire de poisson rouge. Vous en avez profité pour me dire "puisque vous avez un instant". J'ai dit non, je ne reçois pas les laboratoires. Une première fois. Puis "oui je sais mais..." De nouveau un non de ma part. Vous avez insisté avec "J'organise une soirée avec le Pr Bidule sur...". Je vous ai coupé la parole : "non". Ca ne vous a pas empêchée de suivre avec "Mais j'ai invité aussi les infirmières et...". De nouveau un "non" suivi d'un au revoir. Je suis rentrée dans mon bureau et j'ai fermé la porte. 

A ma sortie suivante, vous n'êtiez plus là, enfin! Supersecrétaire m'a expliqué qu'elle vous avait déjà prévenu que je ne recevais pas les laboratoires. Puis elle m'a décrit cet air choqué-indigné accompagné du "mais il faut bien qu'elle rencontre les autres!" avant votre départ. Il faut croire que vous ne comprenez pas bien quand on vous parle, je vous conseille de consulter afin de vérifier que vos conduits auditifs ne sont pas obstrués. Vous avez trop insisté madame.

Je rencontre mes confrères médecins, infirmières, kinés, dentistes... à d'autres occasions, au diner de la banque, autour d'un repas, au téléphone. Mais jamais dans une réunion organisée par vous.

Je ne reçois plus vos collègues depuis longtemps. L'article de Prescrire sur les méfaits des petits cadeaux des laboratoires m'a confirmé que c'était un piège. J'estime ne pas avoir besoin de justifier le fait que je ne vous reçoive pas. Je suis désolée que votre métier soit ingrat et difficile mais ça ne m'oblige pas à perdre mon temps avec vous. J'ai toujours été aimable. Vous, vous ne respectez pas le non et vous auriez mérité un pied aux fesses.

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 9 Juillet 2012

Cette semaine, j'ai fait beaucoup de route pour passer une semaine fraiche et humide. J'ai acheté des pulls chez Armor Lux, j'ai eu du mal à faire sécher mes chaussettes et chaussures mais j'avais chaud à l'intérieur. J'ai bu et mangé plus que de raison, tout était délicieux. Et après tout, "quand l'horizon n'est pas net, reste à la buvette".

Cette semaine, j'ai retrouvé mes parents. Je regrette de ne pas les voir plus souvent. Nous avons passé des soirées à jouer au Chromino. Je les ai regardés jouer au Scrabble. J'ai vu MrPoilu exploser les scores et pour une fois, avoir une concurrente sérieuse en face, maman. J'ai fait des tisanes et sorti le whisky. J'ai pensé que Frérot aurait dû être là lui aussi, il nous manquait un mauvais joueur de plus.

Cette semaine, j'ai visité des fours à boulets. J'ai répondu à MrPoilu qui faisait remarquer qu'on pourrait y mettre papa qu'ils pourraient y aller ensemble, tant leurs blagues sont semblables.

Cette semaine, j'ai fêté mon anniversaire en avance avec de grand verres de champagne. J'ai acheté un maillot de bains très joli qui n'a pas servi. J'ai rempli ma valise de sardines en boîte et de farine de blé noir. J'ai discuté avec un peintre irlandais qui m'a dédicacé une aquarelle de la mer. J'ai acheté une ceinture en cuir rouge. J'ai tassé tout ça dans le petit coffre du coupé.

Cette semaine, en regardant des danses bretonnes, je me suis assise sur une bordure et j'ai posé ma tête sur l'épaule de MrPoilu, ma main sur sa cuisse, sa main sur la mienne.

Cette semaine, j'ai reçu un appel auquel je ne m'attendais pas et qui m'a agréablement surprise alors que je marchais dans les vents du Cap Fréhel les cheveux en bataille. C'est peut-être un heureux présage.

Cette semaine, affalés à la terrasse d'un bar à Carnac-Plage, pendant l'orage, j'ai écouté MrPoilu m'expliquer qu'une AudiA4 Allroad c'est une voiture de kéké parce que "c'est la version baroudeur et qu'est-ce que tu veux barouder avec ça?". Puis je lui ai rappelé qu'on n'a pas de gamins alors fantasmer sur une version 7 places du Kangoo, faudrait arrêter. Par contre, je pourrais céder sur l'installation d'un attache-remorques pour caler un porte-vélo ou tirer une remorque le samedi, pourquoi pas. Il a souri.

Cette semaine, j'ai écouté le Marathon des Mots sur France Culture et je n'ai pas tout compris. Cette radio vole parfois très haut.

Cette semaine, j'ai maudit les néerlandais qui se trompent, se mettent dans la file télépéage et coincent tout. Mais comme dirait MrPoilu, comment veux-tu qu'ils comprennent que le gros T ne veut pas dire Tulipe? Mouhahaha (va dans le four à boulets, j'ai dit)

Cette semaine, j'ai randonné alternativement sous le soleil ou la pluie et dans le vent en tenant la main de MrPoilu. Nous avons couru sous le même K-way tendu au-dessus de nos têtes, comme quand nous étions petits. Ca mouillait quand même, l'orage était violent, j'ai senti l'eau glaciale couler le long de mon dos jusque dans mon bermuda. Brrr. Nous avons testé l'étanchéité de nos chaussures en sautant dans les ruisseaux créés par l'orage. Nous nous sommes réchauffés au rhum arrangé à la Crêperie de l'Ilôt Saint-Michel puis nous sommes rentrés sous les grondements du tonnerre avant que les gouttes ne retombent.

Cette semaine, sur l'autoroute Le Mans-Paris, nous avons compté les Ferrari, Porsche, Mustang et autres voitures de compétition rentrant du circuit des 24 heures.

Cette semaine, j'ai découvert Saint-Malo à l'occasion d'un rassemblement de voiliers. J'ai revu avec plaisir le Dar Mlodziezy. Je suis grimpée en haut du château et une mouette a posé pour moi devant l'ilôt Chateaubriand. J'ai mangé une énorme glace abritée sous un parapluie.

Cette semaine, j'ai imaginé pourquoi certains ont dressé des menhirs et les ont alignés de façon presque parfaite sur des kilomètres. J'ai senti la force spirituelle de ces créations. J'ai pris des photos qui ne rendent pas compte de l'émotion ressentie face à ces gros cailloux.

Cette semaine, certains ont quitté le mobil-home sur des coups de tête et on se serait cru dans SecretStory : "si tu veux que Frère parte au 3ème jour pour une sombre histoire de sèche-linge, tape 1". Entre autres. C'était triste.

Cette semaine, j'ai tenu un petit Georges dans mes bras et j'ai bien aimé. Il était tellement petit et il avait si peu de cheveux. J'aurais pu le tenir des heures s'il n'y avait pas eu de galettes à manger.

Cette semaine, on s'est incrusté chez des gens qui n'ont pas arrêté de s'excuser alors qu'on était si contents de les voir, que la soirée était agréable et qu'on a si bien dormi. J'ai adoré regarder les granules tomber dans le feu. J'espère leur avoir assez dit qu'ils sont les bienvenus au pays du froid sec.

Cette semaine, en marchant sur la pointe d'Erquy, j'ai rêvé d'une autre vie. Une vie maritime, une vie dans une maison en granit, une vie à tailler des hortensias, une vie où les goélands remplaceraient les cigognes, une vie pluvieuse, une vie où je tiendrais un gîte et où j'accueillerais des classes vertes, ou un salon de thé, une vie à l'opposé, une vie idéalisée.

Et puis finalement, je suis montée dans la voiture. J'ai appuyé un peu fort sur l'accélérateur et me suis fait sermonner par MrPoilu parce que la voiture était froide et gnagnagna, mais j'étais énervée, je ne voulais pas rentrer. Sur la route, j'ai senti le poids des choses à faire revenir sur mes épaules. La liste dans ma tête est revenue. Petit à petit. Une cigogne a survolé la voiture.

En arrivant à la maison, il faisait si chaud que mes envies de feu et de bains se sont envolées. Dans la boîte aux lettres, un courrier urssaf m'attendait comme à chaque retour, un catalogue la redoute, des relevés bancaires, un rappel de facture de gdf... Vanille est venue tout de suite chercher des calins, Chocolat a mis plus de temps, boudeur, comme souvent. Les voisins nous ont invités pour une baignade dans la piscine, offre déclinée pour ranger la valise. 

Nous avons bu une bière sur la terrasse, ralentis par la chaleur, j'ai attrapé le téléphone et prévenu que nous étions bien rentrés. Fin des vacances.

 

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Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma petite vie

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Publié le 2 Juillet 2012

 

Il est midi et demi. Et miracle, pour une fois, c'est déjà l'heure de manger. J'attrape la pile des courriers du jour pour lire en attendant que le micro-ondes ait fini de chauffer une barquette qui fait pas envie. Après avoir pris des nouvelles de mes patients, je jette les différents prospectus sauf un qui retient mon attention : le SuppoQuiGuéritLesHémorroïdes. Tadam.

Il faut dire que le prospectus est bien fait. Coloré, informatif mais surtout interrogatif. 

DSCN1669.JPG

On remarque que je ne suis pas très douée avec mon scanner et que j'ai du photographier la chose.

On ne sait pas bien non plus ce que fait le gars avec le taureau, peut-être lui met-il un suppo...

 

En effet en voilà une question qu'elle est bonne : dans quel sens faut-il introduire le suppo?

J'ai demandé à son avis à @Thoracotomie, l'expert au blog sérieux. Je vous laisse apprécier la réponse : "Comme un bijou d'anus je suppose "  "En réalité si on réfléchit un peu c'est plutôt un mélange de balistique et d'anti-sextoy : la partie distale étant + fine que la proximale, elle est faite pour être aspirée et ne pas ressortir " . DOnc mettre un suppo c'est plus compliqué qu'un épisode des experts!

C'est important (ou presque) parce qu'en France, le suppo est plus prescrit que dans d'autres pays. On ne sait pas si c'est par habitude, parce que les gens aiment ça (oui oui il y en a*) ou parce que certains parents préfèrent le suppo car leur gamin leur recrache le doliprane en pleine figure ou pour des raisons que je préfère ne pas imaginer.

Le bon sens populaire (en tous cas, le mien) expliquerait ainsi : c'est profilé en pointe, il faut donc l'insérer pointe vers l'avant afin de profiter de l'aérodynamisme de la chose. Cependant, si la question est posée il y a peut-être un piège et serait-ce dans l'autre sens? Ca parait un peu étrange tant de questions sur une si petite chose.

Que nenni! Des scientifiques ont planché sur la question. Il semble que c'était des gens sérieux puisqu'ils ont réussi à publier dans The Lancet. En introduisant le suppo par la base, on observerait un taux d'expulsion plus faible. (j'aimerais bien savoir qui a participé à cette étude, ça devait être de grands moments, ça me rappelle la période où j'ai fait cobaye pour la science, un jour peut-être je raconterai ça)

 

DSCN1670.JPG 

"expliquez l'intérêt de cette voie à vos patients" Mouhahahaha

 

 Je vous vois sourire mais Wikipedia (oui, j'ai des sources fiables) nous informe aussi que :

"La façon la plus naturelle d'introduire le suppositoire est par la partie pointue en premier. Cependant, il est plus indiqué d'introduire le suppositoire par son extrémité plate. L'introduction par l'extrémité plate a les avantages suivants : le suppositoire reste et fond juste au dessus du canal anal (dans la partie supérieure du rectum), et il n'est pas poussé par les contractions de l'intestin qui agissent dans le sens de la descente de l'objet.

Cependant, l'introduction du suppositoire par l'extrémité plate aura pour conséquence un passage dans la vascularisation de la partie supérieur du rectum, c'est-à-dire une branche de la veine mésentérique inférieure, cette dernière rejoignant par la suite la veine porte. Cette technique induit alors un premier passage hépatique (passage par le foie, conduisant éventuellement à la métabolisation du principe actif) pour le principe actif du suppositoire administré.

A contrario, l'introduction du suppositoire par son extrémité pointue a pour inconvénient le fait que le suppositoire a tendance à sortir naturellement, mais a l'avantage de passer dans la vascularisation de la partie moyenne et inférieur du rectum, c’est-à-dire la vascularisation qui se jette dans la branche antérieure de la veine iliaque interne (rejoignant la veine iliaque commune, puis la veine cave inférieure). Il n'y aura donc pas de premier passage hépatique avec cette technique.

Il faut bien voir que la vascularisation du rectum est très variable d'une personne à l'autre. Les effets du sens d'introduction (décrits ci-dessus) sont donc relatifs à la personne et peuvent être tenus comme vrais seulement pour la majorité des cas."

 

Forte de toutes ces découvertes, et après avoir fini ma délicieuse barquette, j'ai pris sur moi d'informer mes confrères, la chance qu'ils ont de m'avoir... Ce qui m'a valu ce commentaire fort critique de SuperSecrétaire : "quand même, quel que soit le sens où on met le suppo, ça doit faire super mal aux hémorroïdes**".

 Le bon sens de Supersecrétaire...

 

 

* Sur doctissimo : "comment fabriquer mes suppositoires" (je vous conseille le lien, ce topic est une perle). Commentaire  : "Si un médecin ne sait pas dire comment on fait un suppo, faut vraiment qu'il fasse autre chose!!". Je crois que je devrais faire autre chose...

**Et s'il fait chaud et que, comme conseillé, vous avez mis votre suppo au frigo avant utilisation, ça doit faire "sensation frissons" enfin moi je dis ça je dis rien. Et le prospectus vous conseille "la position allongée sur le côté latéral*** gauche avec le genou droit replié" : pourquoi gauche, je me le demande.

*** côté latéral : les linguistes apprécieront .

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 26 Juin 2012

 

A chaque fois que je rentre dans ta chambre, il fait trop chaud. Aujourd'hui, ils veulent savoir s'il faut augmenter tes perfs sous-cutanées. Déjà, s'ils arrêtaient de te caler sous des paquets de couverture, ça serait royal. Ca fait dix fois que je le dis et le prescris EN MAJUSCULE. J'ai l'impression que tout le monde s'en tape. La dernière fois, j'ai kidnappé la couette, donc là ils t'ont trouvé une couverture. Alors je vire la couverture. Je peux quand même pas passer faire ça tous les jours. Pis s'ils fermaient un peu le volet aussi, on n'atteindrait pas les 40 degrés. C'est bien le soleil mais moi dès mon entrée dans ta chambre, j'ai soif. Et moi je bois, hein, pas comme toi. T'as juste besoin du drap, et encore. Avec cette chemise de nuit d'hiver, t'as besoin de rien d'autre.

J'arrive toujours à te faire avaler quelques gouttes avec le canard. J'ai tellement peur que tu t'étouffes. Tu manges plus depuis quelques jours. C'est de pire en pire mais tu es toujours là. Non pas que je veuille que tu partes, non, je t'aime bien. En plus tu m'aides bien, t'es toujours à ta place, t'es la seule que je suis pas obligée de pister dans la maison de retraite pour l'examiner. Parfois, ils doivent se cacher tes colocs, dans le placard secret. Mais toi, t'as l'air tellement fatiguée, comment tu pourrais?

Je caresse ta main pour te réveiller doucement. Je relève la tête du lit. Je prends ta main dans les miennes et me penche vers toi pour te chuchoter "bonjour, madame rosie, c'est le docteur". Tu entrouves les yeux et tu fais "ah le docteur" en soupirant, tes doigts se resserrent sur ma main. Voilà, toujours comme ça. Je remets ta tête sur ton oreiller pour que tu sois mieux installée. Je te regarde dans les yeux. Des yeux qui sont absents. Je te demande comment tu vas, tes réponses sont lentes. Ca va. Tu n'as pas mal. Je caresse tes cheveux en te parlant doucement. Ils sont tout doux. Je t'explique que je vais te découvrir, je lâche doucement ta main, je regarde tes jambes qui se recroquevillent de plus en plus. Je les effleure, pas d'oedème, pas de douleur. Je remets le drap sur tes jambes. J'examine ton ventre, pas de pli cutané, je cherche des oedèmes des lombes, je t'ausculte. 

Je reprend ta main. Je te demande si tu as soif. Non, là pas vraiment. Tire moi la langue Rosie. Ouais bon, d'accord, elle est bien mouillée ta langue. Pour une fois, tu vas échapper au canard.

C'est vrai, tu bois pas beaucoup, m'enfin de là à augmenter les perfs, ils veulent te transformer en bibendum ou quoi?

T'as jamais mal en plus. T'es une patiente parfaite. Mais tu me fais mal. Comment on peut rester toute la journée comme ça, à attendre. Et pis à attendre quoi? Qu'est-ce que tu peux bien attendre? Qui?

Parfois j'imagine ce qu'a pu être ta vie. Toi, j'ai pas eu beaucoup le temps de te connaitre. Tu m'as pas parlé de ta jeunesse, du vélo au bord de la rivière, des enfants, de la guerre, de la peur, du sang, des difficultés financières, des douleurs de dos à force de se baisser ramasser les patates, j'imagine un peu. Mais c'est toujours différent. Pis peut-être que c'était pas comme ça du tout. Ca m'aurait plu de les entendre tes histoires.

J'ai déjà allégé les traitements. J'ai décidé qu'on ne t'emmerderait plus avec des prises de sang. Ta famille est d'accord. Ils viennent moins te voir d'ailleurs depuis que ça ne va plus. C'est dur pour eux aussi, je peux comprendre. Moi je viens pas très souvent, mais j'essaie de rester un peu. Sauf si l'infimière me presse.

C'est toujours dur de lâcher ta main. Surtout que tu me tiens fort. Tant de force dans un bras si maigre. Parfois j'ai envie de te faire un bisou sur le front. Mais je me retiens hein, c'est moi le doc, je suis forte, j'ai pas de sentiments. D'ailleurs, c'est ce que tout le monde attend de moi. Pis un bisou, c'est un peu déplacé, tu admettras.

Tu t'éteins doucement. Comme une bougie. Tu éclaires encore un peu. Jusqu'à quand?


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Rédigé par Fluorette

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Publié le 15 Juin 2012

Il fait un temps magnifique. Je monte dans la voiture. Il fait encore froid à cause du vent. Je vais chez Ernestine, j'aime beaucoup la voir. Ce n'est pas une visite « rentable », c'est un moment humain. Le feu est rouge. Tous ces feux dans ce trou perdu m'impressionnent. Je regarde le ciel et je la vois. Elle vole très haut. Elle n'est pas seule en fait. Comme elles sont immenses, on les voit de très loin. Elles sont revenues. Je dirais presque enfin. De plus en plus nombreuses chaque jour. Toujours aussi majestueuses. Bientôt il y en aura dans tous les champs et sur tous les toits. Les cigognes reviennent amenant le printemps. Aucune d'entre elles ne porte de baluchons. Contrairement à la croyance populaire, ce n'est pas comme ça qu'arrivent les bébés.


___________

 


Internat, troisième semestre. Je prends le train tous les matins pour rejoindre mon stage. Celui que j'appréhendais le plus : la gynécologie. Je voulais y aller pour apprendre mais ça ne me correspond tellement pas. Des histoires de femmes, de bébés, du bloc opératoire. Du bonheur dégoulinant partout ou presque.

C'est une toute petite maternité, tous sont agréables, c'est presque incroyable après les urgences du grand CHU où chacun mettait des bâtons dans les roues du voisin. C'est quand même l'hiver. Attendre le train dans le froid tous les matins et tous les soirs, c'est dur. Je suis fatiguée. Il n'y avait pas de possibilité d'avoir une chambre sur place puisqu'il n'y en a pas. Encore un semestre séparée de l'Erudit. C'est une période difficile moralement. J'ai de plus en plus de mal à me lever le matin. C'est le seul stage où j'ai raté une journée en invoquant une excuse bidon car je n'ai pas réussi à me lever.

Après quelques jours en salle de naissance, je n'ai fait qu'attendre. A mon arrivée le matin, « l'accouchement est imminent » et je repars le soir sans avoir vu de bébé. Je ne fais pas de zèle, le train n'attend pas et après, comment rentrer? Pour ne plus porter malheur à ces femmes et parce qu'attendre en papotant et mangeant des gâteaux n'est pas mon style, j'ai rapidement laissé la salle de naissance à ma collègue qui sourit de bonheur tant ce stage la comble. Le jour où elle participe à un accouchement gémellaire, elle atteint le nirvana. Alors je fais la visite du service, je tiens les mains de celles qui pleurent, j'écoute l'angoisse des jeunes mamans. Je constate le bonheur d'autres qui semblent ne se poser aucune question. Je parle contraception. Je regarde des seins tendus et des montées de lait. Je rassure. Je dis « quel beau bébé » et rarement je me mords la lèvre parce que non celui-là vraiment ne l'est pas. Je prescris un peu.

Quand j'ai fini, je passe par la nurserie. Si le pédiatre caractériel y est, je ne m'attarde pas. S'il n'y est pas, j'écoute les auxiliaires me raconter leurs vies entre deux conseils allaitement. Après je m'arrête au secrétariat où Denise me parlera du mariage de sa fille, des robes... Où elle me fera écouter le répondeur d'une patiente qu'elle appelle pour un rendez-vous et qui nous fera rire parce que la musique et le message seront surprenants. Parfois je dois aller voir les post-op éparpillées un peu partout dans l'hôpital, petit service oblige. Je fais part à la surveillante de l'aberration d'avoir installé celle qui sort du bloc pour IVG en face de la nurserie. Je vais aux réunions organisées sur l'allaitement pour les mamans déjà sorties de la maternité. Quand on me le demande, je vais au bloc. Même si c'est rarement palpitant de tenir les écarteurs. Les gynécos pensent de toute façon que nous expliquer ça ne sert pas à grand chose puisqu'on sera généralistes. Pourtant ça m'intéresse. Alors je tiens quand même et je pense aux chaussettes de contention que j'aurais mieux fait d'emporter le matin. Et au petit-déjeuner qu'il aurait été judicieux de prendre si je m'étais levée assez tôt.

Le midi je mange à l'internat. Rolande nous prépare amoureusement à manger. Tout le monde se connait. Le plus jeune des anesthésiste nous demande où en est la péridurale qu'il a posée, je regarde ma collègue et attend sa réponse. Parfois le plus vieux des gynécos nous emmène à la pizzeria d'à côté pour nous raconter des histoires salaces et rigoler. Il parle de temps passés, du désir d'enfant de sa nouvelle femme alors que lui se sent si vieux.

Je fais la consultation du planning familial. J'observe en souriant les petites nanas en salle d'attente qui viennent à 6 pour soutenir celle qui vient consulter. Puis j'essaie de leur expliquer qu'on peut être enceinte dès la première fois, que les maladies ça s'attrape, malgré ce qu'elles croient. Je fais des dessins, des mini-cours de physiologie féminine. Leurs grands yeux étonnés me font penser qu'il y a un manque d'éducation quelquepart. J'écoute les histoires de grossesses-pas-de-bol à justifications bancales. J'écoute les douleurs pendant les rapports, entre les rapports, pendant les règles... J'examine. Je cherche des bruits du coeur foetaux. Je palpe des ventres. Je date des foetus et je fais les entretiens d'IVG. Parfois pour celles à qui j'ai fait les explications deux mois avant et qui reviennent en regardant leurs pieds parce qu'elles pensent se faire engueuler. J'accompagne Mireille la sage-femme pour les consultations de grossesse. J'apprends. Je me sens plus détendue qu'en salle de naissance. 

Et puis un jour, une femme avec un ventre énorme arrive, elle a du mal à tenir debout, elle souffre. Les salles de naissance sont occupées. Mireille me dit « c'est pour nous ». J'accompagne cette femme dans la salle d'urgence. Je l'installe. Mireille me jette des gants et installe quelques trucs. Je vois des cheveux. Et très rapidement, j'attrape un bébé gluant qui manque de tomber tant il glisse. Je le pose sur sa maman.  Tout s'est déroulé tellement vite.

Dans le train, ma co-interne me dit "alors c'est merveilleux hein?". Je réponds "oui oui". En fait, je fais semblant. J'ai juste attrapé un bébé volant. Et après en rentrant chez moi, j'appelle l'Erudit pour raconter mon désarroi et savoir si je suis normale.

 

___________

 


Je n'ai rien ressenti ce jour-là. J'ai assisté à d'autres accouchements par la suite. Je ne me suis jamais sentie à l'aise en salle de naissance, jamais à ma place. Je n'ai jamais trouvé ça "merveilleux". J'ai été plus marquée par la longueur de l'attente, la douleur, la sueur, les cris, l'angoisse et les complications éventuelles que par l'arrivée du bébé. J'ai énormément appris pendant ces 6 mois, les auxiliaires et les sage-femmes m'ont été précieuses. La gynécologie a fini par devenir mon amie et je pense que mes consultations se passent bien. J'aime proposer des contraceptions à une femme, suivre des grossesses, les écouter en parler, être là pour elles et leurs bébés après. Certaines reviennent, c'est un signe. Mais j'ai bien fait de ne pas être sage-femme et j'admire celles qui choisissent ce métier. 


Pour ma part, je préfère regarder voler les cigognes. Même si elles ne portent aucun baluchon.



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Rédigé par Fluorette

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Publié le 9 Juin 2012

Après-midi, il fait chaud, salon de Jeanne et Serge, pendant que je rédige l'ordonnance :

- Vous êtes mariée docteur?

- Oui

- Et vous avez des enfants?

- Non

- Ah... Et vous habitez où?

- Pas trop loin

- Vous vous plaisez ici?

- Ca va, ça va. Dites, pourquoi vous prenez ce médicament?

- Lequel? Ah, ben parce que j'ai mal. Ah non, vous me l'arrêtez pas hein. Donc vous allez rester?

- Oui

- Hier nous on a fêté la fête des mères, c'était bien, on était tous ici, voyez. Vous avez fêté la fête des mères vous?

- Non, vous savez où elle est ma maman

- Au cimetière? (yeux horrifiés, apparemment non elle ne sait pas)

- Non, à GrosseVille, loin

- Ouf (yeux soulagés). Enfin vous l'avez appelée quand même?

- Oui, quand même

- C'est bien. Pour la fête des mères, nous sommes allés à la messe. Vous allez à la messe docteur?

- Euh non, enfin de temps en temps enfin rarement quoi. Enfin sauf si on me force

- Vous devriez, moi j'y vais toujours. C'est important, le diable est partout

- Ah

- Oui, partout. Les gens sont méchants, regardez les infos, ça tue, ça vole. Il faut aller à la messe! Sinon ce sera pire.

 

Après ça, je vais au groupe Balint. Et on me dit qu'il faut savoir ne pas dévoiler sa vie aux patients, ne pas répondre aux questions. Leur demander pourquoi ils veulent savoir. Je préfère en dévoiler un peu, sinon ça commère. Au début je ne disais rien et j'avais des retours originaux que je ne connaissais pas moi-même sur ma vie, j'aurais peut-être dû continuer à ne rien dire, aujourd'hui, je serais astronaute, j'aurais un cancer à l'oeil et j'aurais 6 enfants.

La police devrait embaucher des mamies comme Jeanne, tout le monde lacherait le morceau. Et tout le monde irait à la messe. Parce qu'attention, le diable est partout.



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Rédigé par Fluorette

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