Publié le 12 Février 2014

Mme A est diabétique. Je ne suis pas en retard dans le planning, je me dis qu'aujourd'hui est un bon jour pour faire la "consultation annuelle de suivi", moment où j'essaie de refaire le point sur les consultations chez les spécialistes, le planning des bilans biologiques de surveillance, etc.

- Bon Mme A, vous avez vu le cardiologue en novembre, l'angiologue en décembre. Quand est-ce que vous irez chez l'ophtalmo?*

- Ben en mars, j'y vais deux fois par an.

- Deux fois? L'ophtalmo? Pour quoi faire?

- Ben pour mes yeux.

Voilà. L'ophtalmo, pour les yeux. Moi et mes questions aussi...

 

 

* Chez les diabétiques, il est de bon ton de faire une consultation annuelle chez l'ophtalmologue, pour éliminer une rétinopathie diabétique.

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 28 Janvier 2014

Léa passion bricolage option dévissage de plaque

Hier, j'ai pris du temps pour écouter un jeune homme me parler de ses difficultés à gérer sa mère dépressive. Je me suis battue pour obtenir un rendez-vous rapide pour un sportif de haut niveau. La patiente dont je sens le mal-être depuis toujours a enfin réussi à m'en parler. J'ai fait beaucoup de kilomètres pour aller voir Edmond, son handicap, et sa femme qui n'en peut plus. Je suis rentrée au cabinet et j'ai fait un frottis, tranquillement, j'ai tenté des blagues pour dédramatiser l'acte. J'ai ouvert un pansement parce que je voulais voir, et j'ai vu, j'avais bien fait d'ouvrir, mais ça a été long à refermer. J'ai posé un implant. J'ai appelé Gertrude, afin de réévaluer sa douleur. J'ai palpé une boule au sein, et ça sent mauvais. Certains toussaient aussi, j'ai expliqué, pour tenter d'éviter de prochaines inutiles consultations. Etc etc.

J'ai fini ma journée sur les genoux, comme souvent. Je suis rentrée agressive à la maison, comme parfois. Et LePoilu m'a traînée au sport, geignante et râlante, comme chaque semaine. Alors que j'avais juste envie d'aller dormir.

Et puis là-bas, quelqu'un m'a expliqué : "Moi tout ce que j'attends d'un médecin, c'est que je vienne comme ça, qu'il me prenne tout de suite, qu'il fasse le bon diagnostic, qu'il me donne un traitement et que je rentre à la maison". Quelqu'un qu'on voit entre deux portes, devant les oreilles de tous ceux en salle d'attente, mais tout de suite, et vite, et qui sort du cabinet avec une ordonnance à la main.

J'ai pensé que je suis vraiment trop con. Moi qui fais asseoir les gens, qui ferme toujours la porte de mon cabinet, qui tente de faire de la prévention, qui explique dans l'espoir de diminuer le nombre de consultations globales, qui note des mots dans les dossiers, qui vais en formation, qui lis des études... Moi qui vois mes patients partir parce que je n'ai pas prescrit un sirop, parce que j'ai proposé un rendez-vous seulement trois heures plus tard pour un problème loin d'être urgent, ou parce qu'ils partent tout simplement pour des raisons que je ne connaîtrai jamais.

Au fond, qu'est ce qui me fait le plus mal dans tout ça?

L'impression de ramer toute seule pour tenter de faire du bon travail, de la prévention, moins de prescription, moins de "bilans biologiques complets" etc. Cette impression d'être un pion qui lutte pour faire un travail du mieux qu'il peut dans un système qui fait tout pour que ce travail soit vite fait en transformant les médecins traitants en simples aiguilleurs vers les spécialistes?

Le fait de ne pas réussir à torcher toutes mes consultations en cinq minutes? Mon incapacité morale à voir trois patients à la fois dans le couloir et mon bureau en virevoltant avec leurs Carte Vitale?

Ou ce sentiment d'isolement professionnel?

Ou le fait que mes consultations aient la même valeur financière que si je les baclais, ne prenant en compte ni le temps passé, ni le nombre de motifs évoqués pendant ces consultations, ni l'économie réalisée sur des consultations suivantes évitées.

Ou encore le fait que dans le système, étant "jeune" installée, je n'ai toujours pas touché un centime de ce fameux ROSP censé valoriser notre travail (même si je pense encore au fond que ce système n'est pas le bon). Même pas la partie "récompensant" l'équipement informatique?

Ou le fait d'être "quittée" pour une non-prescription de sirop, entrainant une remise en question douloureuse, pas forcément utile. Je sais pourtant que les patients vont et viennent au gré de la météo. Je le sais mais j'ai l'impression d'avoir perdu une confiance que je croyais avoir gagné.

Ou ce ras-le-bol de voir encensées dans la presse certaines installations vues comme providentielles de médecins, sans jamais revoir les bases du problème?

Ou le fait que quoi que je fasse, ce n'est jamais assez aux yeux de certains. Malgré cette impression de courir, toujours.

Ou l'accumulation de tout?

Je tente de me rassurer : j'aime mon métier, j'aime bien les gens, je ne vois pas quoi faire d'autre, certains jours je me sens utile, je m’ennuierais à la maison... Je manque juste de confiance en moi ces derniers temps. Et puis il ne fait pas beau. Et j'ai envie d'aller skier, ou juste de faire un bonhomme de neige. Et puis ce n'est pas le jour, je commence à avoir mal au ventre, la chute hormonale me rend triste. Les nausées des jours précédents m'avaient donné un fol espoir et comme chaque mois, mon propre corps m'a trahie.

Ah ça, je peux trouver plein de raisons justifiant cette sensation de malaise, des tonnes. Mais au fond, je sais que le jour se rapproche où la balance penchera du côté qui fera sauter ma plaque de docteur du mur où elle est pour le moment vissée.

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 19 Janvier 2014

La consultation est finie, son mari m'a déjà serré la main et l'attend dans le couloir. Je m'apprête à lui dire au revoir mais je remarque son écharpe rouge oubliée sur mon bureau, je l'attrape et lui tends.

Elle sourit et me dit "c'est ça le problème avec moi, ma tête est sur mes épaules, mais elle est vide, complètement viiiiiiiiiiiiiiide!".

Elle m'attrape par les épaules, me fait une grosse bise sur chaque joue puis me dit "Merci beaucoup, à la prochaine". Et elle rejoint son mari.

Je reste plantée là quelques minutes, surprise de cette démonstration inhabituelle d'affection et de cette phrase. Tellement lucide.

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 2 Janvier 2014

Assise sur le bord du coffre de la voiture, je tente, malgré le vent qui me colle les cheveux dans les yeux, d'enfiler mes chaussures de randonnée. Le Poilu a déjà sorti le sac à dos. Je doute que nous manquions d'eau, il ne fait pas vraiment chaud. Nous sommes en juillet mais c'est le premier jour de beau temps depuis que nous sommes arrivés, le vent souffle sans s'arrêter, il a chassé les nuages.

Je râle. Il est grand temps de faire couper cette touffe de cheveux. Quelle idée de les laisser pousser comme ça. Évidemment, je n'ai pas emporté d'élastique. Cette après-midi sera longue...

Les autres refont le point sur le contenu des sacs, il doit manquer quelque chose mais je ne les entends plus, je me suis éloignée. Je regarde la mer, les reflets du soleil sur la surface ondulée par le vent, le phare du Cap Fréhel. Je me souviens qu'il y a quelques années, un jour de pluie, Alibabette et moi avions mangé un Kouign Amann ici, avec un chocolat chaud, il faisait tellement froid. De beaux souvenirs. Je sens que l'oppression sur ma poitrine s'allège.

La sonnerie de mon téléphone retentit dans ma poche. Je grommelle parce que j'ai oublié de l'éteindre, et quelle idée, et je m'énerve et franchement ça capte ici, au bout du monde? Un numéro que je ne connais pas. Et pourtant, je réponds.

Elle s'appelle Martine, elle m'a entendue sur France Culture, et elle m'a lue, elle a demandé mon numéro de téléphone, et elle voudrait faire un livre, et quand est-ce que je vais à Paris, qu'on se voie... Et moi je suis un peu sonnée, et avec le vent qui souffle, c'est difficile d'entendre alors je me demande si je comprends bien. Je lui dis qu'il y a du bruit, qu'on m'attend. Ils sont tous devant le phare, ils trépignent de me voir au téléphone alors qu'on doit y grimper avant de nous diriger vers Fort la Latte. Elle dit oui oui bien sûr, on se rappelle, on en parle, tout ça.

Je raccroche, je regarde mon téléphone, je trouve ça surréaliste. Je les rejoins. On me demande ce que c'était. Rien je réponds, c'était rien.

Je grimpe les 145 marches. Évidemment je me suis trompée, je n'en ai compté que 143. En haut du phare, je regarde l'horizon, je respire l'air marin, je me sens bien. Et je souris. Déjà les questions se bousculent dans ma tête. Est-ce une bonne idée, quelqu'un pourrait-il se reconnaitre, comment prendrai-je les critiques, et surtout pourquoi faire ça, pourquoi hein, etc.

Je suis redescendue du phare, j'ai marché jusqu'au Fort la Latte. J'ai souri tout au long. Et puis je suis rentrée, je suis allée à Paris, j'en ai parlé, avec LePoilu, avec des amis, j'y ai pensé, le jour, parfois la nuit. Dix-huit mois plus tard, je n'ai toujours pas les réponses. Je ne sais pas s'il fallait ou pas.

On verra quand il sortira ce bouquin qui reprend beaucoup du blog, quelques histoires en plus, un peu de liant. Un livre dont je suis contente. Parce qu'il parle des gens. Et que j'aime les gens. Leurs histoires, leurs vies. Parce que j'aime toujours ce métier, je pense qu'on peut encore bien le faire.

Une nouvelle année commence. C'est le bon moment pour vous dire merci. Parce que ce livre, c'est grâce à vous. Parce que si je tiens encore debout, c'est grâce à vous. Vous qui m'avez appris la médecine, avec qui j'ai bu du thé ou d'autres boissons qui donnent un peu mal à la tête, vous qui avez toujours été là, pour parler des garçons en écoutant les NegMarrons, vous qui êtes venus me consulter, vous qui m'avez lue, qui m'avez écrit, qui twittez avec moi, qui m'envoyez des sms, qui m'appelez, vous qui m'avez aidée au long de mon parcours, pendant mes études, mes remplacements, et au début de ma difficile installation. Alors merci.

La vie est pleine de surprises. Parfois en répondant à un numéro inconnu, on s'expose au douloureux rappel d'une garde oubliée. Et d'autres fois, cet appel ouvre d'autres portes.

Je vous souhaite une bonne année. Je vous souhaite plein de bonnes surprises, de portes qui s'ouvrent et de beaux moments. Je vous souhaite d'être heureux. Simplement.

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 25 Octobre 2013

Un matin, tôt, le téléphone sonne pendant que tu te brosses les dents, tu te dépêches de finir tes ablutions matinales. Tu montes dans la voiture, tu te frottes les mains pour les réchauffer, elles sont glacées malgré les mitaines. Tu démarres. Tu fais la route en pilote semi-automatique. Tu l'as faite si souvent ces dernières semaines.

Tu pousses le petit portail bleu. Comme toi, la clématite semble souffrir du changement brutal de température. Tu entres par la porte de derrière sans sonner. Comme d'habitude.

Mais cette fois-ci, c'est un peu différent, ils sont tous là, autour du lit. La chambre est si petite, il y fait chaud, ils s'écartent pour te laisser passer. Certains en profitent pour aller refaire du café, la nuit a été longue pour eux. Tu t'approches du lit. Tu dis bonjour en caressant sa main. Ses yeux ne te voient déjà plus.

Tu as l'impression que le temps a suspendu sa course folle. Tous font des gestes lents. Tous parlent doucement. L'odeur du café qui coule emplit petit à petit la maison. Toute l'attention est centrée sur elle. Et puis brutalement, c'est fini. Certains pleurent, les autres se retiennent en se mordant la lèvre.

Ils te proposent de t'asseoir et t'apportent un café. Tu sors le papier bleu, tu complètes et tu signes. Tu essaies de n'oublier aucune case. C'est déjà arrivé et ça complique inutilement les choses après.

Tu n'es plus à ta place ici. Tu serres les mains de tous. L'air froid te brûle les joues malgré le soleil qui vient de se lever, les moineaux se battent dans la cour pour quelques miettes jetées quelques minutes avant, les lampes s'allument progressivement dans les maisons autour. Le temps reprend son cours. Tu fermes pour la dernière fois le petit portail bleu.

Quand tu montes dans la voiture, les vannes s'ouvrent. La route jusqu'au cabinet est difficile, les larmes coulent, sans s'arrêter. Comme si la tension de ces dernières semaines retombait. Ces semaines joignable vingt-quatre heures sur vingt-quatre au cas où. Ces semaines à manipuler les antalgiques. Ces semaines à garder le sourire et continuer les discussions, comme avant. Avant que tout ne se dégrade et que vous sachiez tous que la fin était proche. Et inéluctable, quels que soient les efforts de chacun. Des semaines éprouvantes. Émotionnellement. Physiquement.

En arrivant au cabinet, tu es évidemment très en retard. Tu as beau regarder tes pieds pour ne croiser aucun regard, Secrétaire voit tes yeux rouges et elle comprend tout de suite. Tu t'enfermes dans ton bureau, tu souffles sur le thé. Tu te donnes un peu de temps.

Puis, quand les yeux sont enfin secs, tu appelles le patient suivant. Ou plutôt sa maman qui le tient dans ses bras.

Et Jacques, assis sur le bureau de Secrétaire, regarde passer cette femme et son bébé et te glisse en souriant : « Une vie qui se termine, une autre qui commence ».

Il a raison. Et pourtant tu as ce sentiment d'avoir vraiment « perdu » quelqu'un. Quelqu'un que tu n'oublieras pas. Quelqu'un d'unique.

Une vie qui se termine, une autre qui commence... C'est douloureux parfois.

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 1 Octobre 2013

Le froid est revenu, signifiant la fin de l'été. Les jours raccourcissent et la nuit est tombée. A travers la vitre, je vois le chat qui miaule, je lui ouvre et me penche pour le caresser. Cet ingrat file sous ma main et court se ruer sur ses croquettes sans m'accorder un regard. Je reste quelques secondes pensive, me demandant l'intérêt de nourrir un animal qu'on ne peut toucher. Puis je me dirige vers le halogène et d'un clic éclaire le coin du canapé. J'attrape le plaid gris et m'y enroule.

Dehors, la pluie commence à tomber. L'eau s'écoule dans les gouttières, créant une mélodie douce à mes oreilles. Je la vois ruisseler sur la baie vitrée, déformant les lumières des éclairages publics.

Je me cale bien dans le canapé et caresse la couverture du livre en détaillant la photo. Une femme seule face à la mer. Je relis le post-it que ma mère a collé "J'ai bien aimé ce livre. Peut-être l'aimeras-tu aussi. Bonne lecture et bon courage pour tout. Maman". Je soupire. Pour tout... Maman, si tu savais tout. Associé, les insomnies, la boule au ventre, les palpitations, les émotions...

Le chat se nettoie sur le fauteuil en velours. Il est dans sa bulle. Je n'existe pas. Il ne me voit pas.

Il était une fois un homme. Barbu et bienveillant. Il vivait sur une île, dans une maison de pierre.

Je suis déjà sur l'île, j'entends la mer qui claque contre la falaise faisant rouler les galets, je vois l'écume qui s'échoue dans la crique. J'observe les mouettes voler. J'entends le bruit des casiers à homards quand on les sort de l'eau et qu'on les claque sur le fond du bateau. Je suis protégée par mon ciré mais j'ai les mains rongées par le sel et mon bonnet humide ne tient plus mes oreilles au chaud.

Le chat a négligemment glissé du fauteuil et me regarde avec insistance, ouvrant étrangement la bouche pour miauler silencieusement. Je dis non, baisse les yeux vers mon livre. Je sens son regard et finis par me lever pour ouvrir la porte. La pluie a redoublé d'efforts. L'eau ruisselle dans les gouttières, sur les branches des arbres, s'étale sur la table de jardin... Le chat regarde dehors, me regarde, hume l'air humide et finalement décide de ne pas sortir. Je ferme la porte avant d'aller mettre l'eau à chauffer.

Pendant que le thé infuse, je retourne sur l'île, appuyée contre la table, tenant le livre d'une main et le pouce de l'autre main dans la bouche. Les actes que nous commettons par amour sont les meilleurs de tous. Grâce à eux, le monde mérite que l'on s'y attarde. Mmmh, oui peut-être... J'emporte le thé au salon.

Le tic-tac de l'horloge me berce. Le vent fait crépiter le feu. Le bruit de l'eau est continu. C'est si cristallin qu'on dirait des tintinnabulements. Le chat est venu se blottir entre mes pieds, sur le plaid. Surtout pas trop près, que je ne puisse pas le toucher.

Quand elle découvrit qu'elle ne pouvait avoir d'enfants, Abigaïl ne pleura pas. Elle s'assit, les mains sur les genoux, pour considérer la chose. Il y a une explication. Je ne sais pas laquelle - mais il y en a une. Un ferme hochement de tête.

Je t'aime toujours.

Je sais.

Elle lui tapota la main.

Moi aussi je t'aime toujours.

Et ce monde est toujours merveilleux.

Ainsi, pas de culpabilité. Sa femme est heureuse. Tout ce qu'il voulait depuis qu'il vit Abigaïl pour la première fois.

La gorge me serre. La maison craque. LePoilu me manque. Sa chaleur. Sa présence. Son sourire. Encore douze jours. Plus que douze jours. Ces déplacements considérés comme des honneurs faits à l'"élite de Multinationale". Ne pas trop y penser.

Abigaïl renifle. Elle connut le désespoir. Elle perdit toute foi dans le monde et n'eut plus rien à quoi se raccrocher. Oh comme elle voulait que ces histoires de Folklores et Mythe fussent vraies. Et puis il y eut Jim. Dieu soit loué pour Jim. Dieu soit loué pour ses mots magnifiques, son sourire nerveux. Dieu soit loué pour la façon dont il prononça son prénom - soigneusement, admirablement, comme on dit merci quand on le pense du fond du cœur. Il était sérieux, sûr et fiable. Elle adorait le voir entrer dans une pièce. Un feu, tout simplement. Sans lui, aurait-elle jamais trouvé la lumière? Sans lui son cœur, du moins, serait mort.

Les souvenirs reviennent. La déprime. Un hiver difficile. Les falaises, le froid, la pluie. Et au printemps, un premier regard. Un tam-tam. Hotel California. Des baisers. Des mojitos, évidemment. Son sourire. Sa main dans la mienne depuis.

Il pleut toujours. Tellement. Je me lève, choisis une bûche, la pose sur les braises, contemple leur rougeoiement.

Un feu oui, tout simplement.

Mes yeux picotent et se ferment. Ma main a de plus en plus de mal à tenir le livre. Je ne saurai pas ce soir qui est l'homme-poisson. Je ferme le livre, je repousse le plaid doucement autour du chat.

Il y a plus en ce monde que l'existence que nous vivons. Il y a tout un autre monde, sous les vagues.

Garder l'espoir.

Les extraits sont de Susan Fletcher, dans Les reflets d'argent. Chez Plon. Merci maman.

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 3 Septembre 2013

"C'est un des derniers de son espèce, voilà 35 ans qu'il arpente les routes de Trifouillis, une carrière au service de ses patients."

La voix est posée, faisant déjà sentir toute l'intensité dramatique de ce qui va suivre. L'histoire du "dernier de son espèce". Un oiseau rare, précieux, en voie de disparition. Sortez les violons et préparez les mouchoirs.

"Dans ce désert médical autour de Trifouillis, ils ne sont plus que 2 généralistes."

Voilà, le mot est laché : le DESERT MEDICAL! Si on regarde CartoSanté on peut constater que la situation à Trifouillis est celle de mon Trifouillisheim. Et, surprise : la densité médicale par rapport à la population est la même qu'ici, le nombre de consultations par habitants aussi! Mon dieu, quel désert! Au jeu des sept différences, j'en ai trouvé une : la densité globale de population est différente. A Trifouillis, 637 habitants (données Wikipedia, 2010). Deux médecins... Mais en fait les gens sont très éparpillés sur le territoire... Alors un désert médical non, un désert géographique oui.

"Ecoutons le Docteur Dévoué : "Le réveil sonne à 6h15 et je suis chez le premier patient vers 7h-7h15 le matin. Des journées de 13 heures sans pause repas pour avoir le temps de consulter."

Quand est-ce qu'il mange? Parce que là, en 45 minutes le matin trajet compris, sans pause de la journée... A-t-il une femme? Des enfants? Les voit-il? Ca manque cruellement à ce reportage, si on peut appeler ce torchon un reportage...

J'en connais des médecins qui commencent à 7h en me reprochant de commencer à 8 heures. En fait, ils font des prises de sang. Faut dire que le prix d'une visite : 33 euros pour faire une prise de sang, c'est bien payé. Mais ça pourrait-devrait être fait par une infirmière... Parce que ça coûte cher à la sécu, que c'est du temps-médecin perdu pour un acte qui ne nécessite pas un médecin, parce que les infirmières m'ont raconté que c'est leur boulot...

Et puis bon, "le temps de consulter", on peut le trouver en prenant 30 minutes pour manger. Sur 13 heures, on n'est pas à 30 minutes près, il reste encore 12h30, faut pas déconner. J'aimerais savoir s'il prend le temps de recevoir les labos, temps qui pourrait être utilisé pour manger.

"Un dévouement, une confiance qui a tissé du lien entre ces familles et le médecin. "On me donne très souvent des oeufs, des champignons à la saison, des truffes de temps en temps, mais c'est un cadeau, ce n'est pas du troc c'est un plaisir.""

Les cadeaux... C'est pas toujours clair. Parfois on sent une vraie gentillesse, et parfois on a l'impression que c'est en échange de plus et que si on refuse par la suite une visite ou une prescrition, on aura des reproches. Surtout que "ce n'est pas du troc", c'est en plus du prix fixé pour une consultation, alors est-ce pour "acheter" plus?

"Le Dr Dévoué est débordé, il doit renouveler ses ordonnances en prévision de ses congés d'été. "Je prends une semaine de vacance la semaine prochaine et cela fait 14 mois que je n'ai pas eu de vacances." Pas de vacance faute de remplaçant. Personne pour une semaine l'été."

Alors là, non. Pour renouveler des traitements, maintenant la pharmacie peut dépanner pour un mois pour les traitements chroniques. Et une semaine, c'est pas la fin du monde pour les patients. Si c'est urgent, alors qu'on n'est pas en fait dans un désert (rappel ci dessus), il y a d'autres possibilités.

Quand au remplaçant, je veux bien que l'été, ce soit difficile d'en trouver un, mais depuis 14 mois, pas un seul? Pour juste une semaine? J'aimerais savoir quelles conditions de remplacement le Dr Dévoué propose.

"Personne pour reprendre un jour le cabinet. Alors à 2 ans de la retraite le médecin de campagne s'inquiète : "c'est une catastrophe parce qu'il y a des gens que l'on soigne depuis 30 ou 40 ans, qu'on veut prendre sa retraite et qu'on ne sait pas à qui on va les confier. Même inquiétude chez les 15 derniers généralistes du secteur. Avec 9 départs non remplacés ces 3 dernières années, 8 à venir, d'ici 2 ans, le diagnostic est alarmant sur le plan de la santé publique et décevant sur le plan de l'éthique."

Sur le plan de la santé publique, certes. Mais "éthiquement", rappelons ici que la raison principale de l'instauration du numerus clausus, c'est que souhaitant diminuer les dépenses de santé, les politiques ont pensé que diminuer le nombre de médecins était la solution. Quelle idée lumineuse... M'enfin maintenant reprocher aux jeunes médecins une décision politique de 1971, alors qu'ils n'étaient pas encore nés, c'est un raccourci facile, que les médias et les Dr Dévoués aiment faire.

Et puis, quand ici je dis qu'il faudrait anticiper sur les départs, on me répond "on avisera quand on sera face au problème". Bien sûr. Attendons de n'être plus assez nombreux pour s'effondrer et tous partir... Je ne dis pas que tous ceux qui partent n'ont rien fait mais juste mettre une annonce, c'est bien léger.

"on ne fait pas de la médecine uniquement pour faire du pognon, on fait aussi de la médecine pour soigner les gens. Et chez mes très jeunes confrères, j'entend parler un peu trop de clients et pas assez de patients".

J'aurais dit ça autrement "on fait d'abord de la médecine pour soigner les gens", pas "aussi pour soigner". Venant d'un gars qui bosse 13 heures par jour, je trouve la leçon un peu gonflée. Passons sur le fait que ce serait surprenant qu'un gars qui bosse 13 heures par jour, nuits et week-ends, sans secrétaire, gagne "seulement" 4000 euros... Quand je discute avec mes "jeunes" confrères, j'entend plutôt : "j'aimerais prendre le temps de m'occuper au mieux de mes patients", "je voudrais pouvoir emmener mes enfants à l'école le matin", "j'ai encore fait un acte gratuit"... Contrairement à ce que dit le Dr Dévoué, j'entend plutôt le mot "clients" dans la bouche de certains vieux confrères. Mais lui et moi ne devons pas côtoyer les mêmes personnes.

"4000 euros par mois mais des milliers de kilomètres, des journées à rallonge, des nuits et des week-ends de garde, un sacerdoce dont ne veulent plus les jeunes médecins, pour tenter de les séduire, le plan de lutte contre la désertification va proposer 3640 euros de salaire net garanti à 200 jeunes praticiens."

Et le plan de lutte va donc aller droit dans le mur. Il n'y aura pas 200 volontaires, je suis prête à le parier (ou alors ceux qui voulaient de toute façon s'installer). Pourtant, cette somme semble énorme à ceux qui n'ont pas de boulot ou touchent le smic. Mais que ce que souhaitent les jeunes praticiens, ce n'est pas l'argent, contrairement à ce que raconte Dr Dévoué. C'est, comme tout un chacun, tenter de trouver un équilibre entre son travail et sa vie. Pour ne pas exploser en vol ou devenir aigri.

N'y a-t-il vraiment aucun journaliste pour un jour faire un reportage sur les "premiers d'une nouvelle espèce"? Un reportage qui parlerait de ce satané numerus clausus, de la surconsommation de soins dont médecins comme patients sont responsables? Un reportage sur la motivation des jeunes mais leur découragement face à un C à 23 euros? Un reportage sur des vieux installés qui bougent pour attirer des jeunes, sur des jeunes qui s'installent, sur des stagiaires en médecine générale... Une vision positive, pour une fois. Pas un truc à la va-vite où il manquera les 3/4 des informations utiles et dont le titre alarmiste attirera les clics internet et affolera MrEtMmeCampagneQuiRegardentLe13h. Sur Twitter et les blogs, je constate que nous sommes proportionnellement nombreux à nous installer, ce qui ne reflète pas la réalité. Peut-être que la vision positive de cette médecine que nous aimons et entretenons stimule. Pourquoi ne pas utiliser cette force?

Mieux, le ministère ne pourrait-il pas un jour rappeler tout ça? Arrêter de dénigrer les jeunes? Reconnaître que ce nous faisons tous les jours est un vrai travail? Que nos députés mettant en ligne leur salaire ne se permettent pas de dire que lui et moi touchons le même salaire, c'est une insulte! Cesser les mesures poudre-aux-yeux comme ces 3640 euros? Responsabiliser les gens en faisant des cours de santé? Créer des pôles dans les coins reculés, où en effet il n'y aurait pas un médecin par village, mais quelques médecins pour plusieurs villages. Certes, il faudra faire des kilomètres. Mais nos patients les font déjà pour aller acheter le pain ou aller chez le coiffeur.

J'ai l'impression de répéter toujours la même chose. Comment enfin faire tomber une noix de ce cocotier que nous sommes nombreux à tenter de secouer?

Edit : on me reproche de cliver les "vieux" et les "jeunes". C'est un raccourci de vocabulaire, c'est celui employé par le médecin de ce reportage. J'utilise ses mots. Oui, quelque part moi aussi j'admire ce dévouement dont ils ont été capables. Mais le monde a changé. Et les médecins aussi.

Ce que je reproche, ce n'est pas son âge et sa vision des choses, ce sont tous les mensonges. Mon oreillette m'a en effet cet après-midi signalé que ce médecin a pris des vacances, 2 semaines sur les 14 mois où il dit n'en avoir pas pris (je trouve que 2 semaines c'est peu, mais ce n'était pas nécessaire de raconter qu'il n'en avait pas pris). On m'a confirmé qu'il n'avait pas cherché de remplaçant, il ne pouvait donc pas en trouver, et aussi qu'il gagne bien plus que ces soit-disant 4000 euros, alors bon. Il parait aussi qu'il a divorcé, peut-être cela n'a-t-il rien à voir avec ses 13 heures de travail journalières, mais quand même.

En fait, ce qui m'exaspère c'est le fait de montrer ces mensonges comme un exemple idéal et faire croire aux patients que ça existe, que tout cela est vrai. Alors que tout est faux!

Edit 2 : On m'a envoyé ceci Ca compense. Certains montrent d'autres facettes du décor. Comme c'est passé sur Public Senat, je ne suis pas sure que grand monde l'ait vu. (j'ai été dure avec les journalistes, je sais que tous ne font pas leur boulot par dessus la jambe, merci d'ailleurs à ceux qui ont fait ce reportage) Et si quelqu'un l'a en entier, j'attend le lien. Merci donc à DrPetille.

Edit 3 : Dzb17 le dit de façon plus jolie que moi ici

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 6 Août 2013

- Comment ça va Monsieur?

- Oh ça va.

- Z'êtes sur? Vous râlez jamais, vous avez le droit de vous plaindre vous savez, je suis aussi là pour ça.

- Râler, ça servirait à quoi? Qu'est-ce que ça changerait docteur?

Et il me regarde avec ses grands yeux tristes au milieu de son visage si maigre... Et il me sourit.

Mr CancerMétastasesDouleurs. Résigné. Fier.

Une histoire de vie si triste. Une bonté qui rayonne.

Une leçon de vie à lui tout seul.

Une claque dans ma pomme. A chaque fois.

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 2 Août 2013

Petite, j'allais chez Hélène, tous les ans. Tous les étés, entre son anniversaire et le mien.

Je grimpais dans le cerisier et je mangeais autant de cerises que je n'en cueillais. Elle avait toujours peur que je tombe. Mais dès que j'étais en bas de l'échelle, elle et ses soixante-dix printemps montaient chercher les hautes cerises que, trop petite, je n'avais pas pu attraper. Je me promenais dans les allées du jardin faites de carrelages dépareillés. Je ramassais les fraises. Le soir, je trainais le lourd arrosoir pour abreuver les légumes. Elle m'apprenait comment s'occuper des tomates. Nous allions ensemble dans l’appentis accolé à la maison chercher des tuteurs ou des bassines, il y faisait si chaud. Cela faisait déjà bien des années qu'il n'y avait plus de lapins dans les clapiers, c'était mon grand-père qui s'occupait d'eux et il n'était plus là. Je me souviens l'avoir regardée plumer une oie au dessus de la bassine d'eau chaude. Je ne me souviens plus comment faire...

Chez Hélène, le catalogue de graines Willemse trainait sur la table de la véranda, au milieu du cendrier rotatif, de son paquet de clopes et de pots de fleurs. Il n'y avait qu'une seule chaise à cette table. Et moi je m'asseyais sur les marches. C'est d'ailleurs à l'extérieur de la maison dans cette même véranda que se trouvaient les toilettes, surmontant en fait une fosse dont on voyait le fond en se penchant, et dans laquelle j'avais peur de tomber. Dans les toilettes, on pouvait lire de vieux magazines de 1960, faisant l'apologie de la femme au foyer toujours manucurée préparant de bons gateaux pour sa famille à côté de publicités Cadum, ou plutôt des Modes et Travaux plus récents. Hélène n'a jamais ressemblé aux femmes des magazines de 1960 mais elle tricotait les patrons Modes et Travaux.

Hélène avait une table-machine à coudre qu'elle n'utilisait plus mais qui décorait bien. Et dans le hall était affiché le diplôme de couturière avec félicitations. Elle aimait coudre mais s'était arrêtée de travailler quand elle avait eu des enfants. Elle m'avait cousue une poupée aux cheveux noirs qui attend encore que j'ai un enfant. J'avais peur d'aller au grenier dont le parquet craquait.

Hélène a longtemps eu une chienne. Quand elle est morte, elle n'en a pas voulu d'autre.

Le matin au réveil, la radio de la cuisine était allumée et diffusait de la musique allemande. Et quand elle était un peu fatiguée elle allumait l'immense chaine hi-fi qui ne servait qu'à lire les CDs de son idole Pavarotti, seul ou accompagné de deux autres ténors. Parfois André Rieu avait aussi quelques instants de gloire dans le salon d'Hélène.

Nous faisions ensemble beaucoup de vélo, pour aller prendre le café chez des gens qui parlaient une langue qu'elle n'a jamais pris la peine de m'apprendre, pour faire les courses, pour aller à la ferme chercher le lait, pour aller au cimetière nettoyer la tombe de Casimir. Elle me racontait qu'elle ne l'avait jamais aimé mais la tombe était toujours parfaitement propre. Rarement, nous allions aussi fleurir la tombe de René, le bébé mort pendant la guerre, ou après la guerre je n'ai jamais su, là-bas elle ne parlait pas, elle ne m'en a jamais parlé. Pour mon anniversaire, nous montions sur les vélos et faisions la route jusqu'à la grande Parfumerie du Centre. Je regardais Hélène tester sur sa main des crèmes miracles, promettant la disparition des rides profondes autour de ses yeux et la remontée de la peau fatiguée de ses paumettes. Puis elle demandait à la vendeuse de me conseiller un parfum. Et nous repartions avec le pot de crème aux paillettes d'or et un parfum grand luxe. Toutes ses maigres économies. En futilités.

C'est chez elle qu'un été, j'ai eu la rougeole. Une angine, des boutons, une fièvre intense, une perte de connaissance, des brulures atroces des yeux. J'ai lu toutes les pièces de Molière qui trainaient là entre deux moments de délire et de sommeil.

Le soir, Hélène chauffait du lait, "pour que nous dormions mieux". J'adorais manger la crème qui flottait. Hélène faisait des frites au gras de boeuf et des mokas au beurre... Je rentrais de chez elle, lestée de quelques kilos supplémentaires et chaque année mes parents menaçaient de ne plus m'y envoyer.

Hélène a longtemps eu les cheveux longs, très noirs. Et puis elle a fait des frisottis. Et puis elle a tout coupé. Gris court.

Les mains d'Hélène ressemblaient à des mains d'homme, des mains sèches, calleuses, sombres. Dans les petites plaies des doigts, on entrapercevait de la terre. Je ne suis pas sure qu'Hélène ait jamais été vaccinée contre le tétanos. Mais ce n'est pas de ça qu'elle est morte. De l'eau a rempli ses poumons.

Ca fait plusieurs années qu'Hélène est partie. Loin. En été. J'étais en vacances. Je ne saurais même plus dire la date, ni l'année. Un peu après son anniversaire. Un jour, je lui ai téléphoné et quelqu'un d'autre a répondu. Une voix gênée...

Ca faisait quelques temps que je n'allais plus aussi souvent la voir. J'avais toujours de bonnes excuses, la fac, les examens, la distance, tout ça. J'avais tort. Maintenant je suis très loin de ce cimetière où j'aimerais aller nettoyer sa tombe. Enlever les feuilles, mettre de l'eau dans un seau et frotter, comme je l'ai vue le faire.

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire d'Hélène, elle aurait eu 92 ans. Et bientôt ce sera le mien. Comme tous les étés, comme chaque année.

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Rédigé par Fluorette

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Publié le 2 Août 2013

L'autre jour, j'ai dit non.

Pas un un-peu-gonflé : "Ha nan, mais c'est pas MacDonald ici, vous avez cru voir un gros M jaune?" ou "Nananan, où est-ce que vous avez vu écrit que c'était OpenBar?" ou "Pour les listes de course, c'est le cabinet d'à côté".

Pas un sur-justifié "Non, mais je peux pas le voir parce que vous comprenez j'ai piscine-poney-balade dans les nuages" ou "Non parce que vraiment j'ai trop de monde, et j'en peux plus et 21h j'aurais plus de tête pour réfléchir" ou encore "Non vous sortez de l'hôpital, peut-on attendre demain? parce que là j'ai vraiment pas le temps de venir vérifier qu'ils ont bien fait leur boulot, je leur fais confiance".

Pas un éducatif "Non ce ne sera pas remboursé parce que la CPAM n'a pas à rembourser un médicament pour votre fils qui a choisi d'aller habiter un pays lointain et ensoleillé" ou "Non je ne vous verrai pas parce qu'une rhinopharyngite ça guérit tout seul, prenez un doliprane et du miel, ça peut durer 15 jours".

Pas toutes ces choses que je dis pour essayer de justifier ce que je ne peux et ne veux pas faire.

Juste "Non". C'est sorti tout seul. A une patiente qui m'a déjà lapinée, à qui j'avais dit que je ne voulais plus la voir, et qui par une faille temporelle de mon agenda, ou plus prosaïquement une couille de secrétariat, a miraculeusement réapparu à 10h15 un beau jour de juillet. La consultation pour le problème s'est bien passée. Et c'est à la toute fin qu'a été formulée cette demande à mes yeux déplacée. C'est sorti tout seul, et fort, comme un réflexe primal : "non". Tellement fort et tellement elle ne s'y attendait pas qu'elle a sursauté. Elle a tenté une autre demande de médicament, pour quelqu'un d'autre, ou pour le chien. J'ai dit "non". Et elle a pris son ordonnance, a dit "merci docteur". C'est rare qu'on m'appelle docteur... Je me suis dit que c'était cool, que je ne la reverrai jamais. Bon, elle est quand même revenue, je suis hyper-stricte, je dis hyper-non, elle revient quand même et elle dit "oh merci docteur".

Je n'y comprend plus rien...

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Rédigé par Fluorette

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