Non

Publié le 2 Août 2013

L'autre jour, j'ai dit non.

Pas un un-peu-gonflé : "Ha nan, mais c'est pas MacDonald ici, vous avez cru voir un gros M jaune?" ou "Nananan, où est-ce que vous avez vu écrit que c'était OpenBar?" ou "Pour les listes de course, c'est le cabinet d'à côté".

Pas un sur-justifié "Non, mais je peux pas le voir parce que vous comprenez j'ai piscine-poney-balade dans les nuages" ou "Non parce que vraiment j'ai trop de monde, et j'en peux plus et 21h j'aurais plus de tête pour réfléchir" ou encore "Non vous sortez de l'hôpital, peut-on attendre demain? parce que là j'ai vraiment pas le temps de venir vérifier qu'ils ont bien fait leur boulot, je leur fais confiance".

Pas un éducatif "Non ce ne sera pas remboursé parce que la CPAM n'a pas à rembourser un médicament pour votre fils qui a choisi d'aller habiter un pays lointain et ensoleillé" ou "Non je ne vous verrai pas parce qu'une rhinopharyngite ça guérit tout seul, prenez un doliprane et du miel, ça peut durer 15 jours".

Pas toutes ces choses que je dis pour essayer de justifier ce que je ne peux et ne veux pas faire.

Juste "Non". C'est sorti tout seul. A une patiente qui m'a déjà lapinée, à qui j'avais dit que je ne voulais plus la voir, et qui par une faille temporelle de mon agenda, ou plus prosaïquement une couille de secrétariat, a miraculeusement réapparu à 10h15 un beau jour de juillet. La consultation pour le problème s'est bien passée. Et c'est à la toute fin qu'a été formulée cette demande à mes yeux déplacée. C'est sorti tout seul, et fort, comme un réflexe primal : "non". Tellement fort et tellement elle ne s'y attendait pas qu'elle a sursauté. Elle a tenté une autre demande de médicament, pour quelqu'un d'autre, ou pour le chien. J'ai dit "non". Et elle a pris son ordonnance, a dit "merci docteur". C'est rare qu'on m'appelle docteur... Je me suis dit que c'était cool, que je ne la reverrai jamais. Bon, elle est quand même revenue, je suis hyper-stricte, je dis hyper-non, elle revient quand même et elle dit "oh merci docteur".

Je n'y comprend plus rien...

Rédigé par Fluorette

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Athran_Zara 21/08/2013 10:59

Un non strict, appuyé, sans justification mais qui se suffit a lui meme.
Si mon medecin me dit ca je le prend pour un docteur sur de lui, je comprend qu'elle revienne ^^

Kalindéa 08/08/2013 09:34

C'est parfois surprenant comme en étant authentique on renvoie une toute autre image, on a un tout autre impact... Ma psy me dit souvent que les patients cherchent avant tout à être rassurés ou à être guidés/cadrés... Un "non", c'est se positionner, se respecter soi-même et montrer à l'autre qu'on sait ce qu'on fait, qu'on n'est pas prêt à faire n'importe quoi... Mais c'est pas si facile à dire!
Une expérience à retenter ;)

Timidité 05/08/2013 17:42

Il faut toujours mettre des limites, sinon on appel a la révolte.
Heureusement que le NON existe ;)

Fluorette 06/08/2013 10:09

On apprend pas à le dire. C'est tellement difficile de refuser des choses... Et pourtant tellement nécessaire.

Anna 02/08/2013 15:30

Elle a besoin de limites. Les limites, c'est structurant, et pas seulement pour les gosses.

ixy 18/08/2013 15:12

moi, je ne fais pas de truc de biologie bidon, mais j'ai un petit truc.
je ne leur dit pas "non". je leur dis: " Vous le voulez vraiment? Je peux vous le mettre. Prescrire, c'est facile, ça me prend 5 seconde et un peu d'encre, même votre concierge peut le faire... Mais perso j'en prend pas, j'en donnerais pas a mon fiston, et pas a ma femme. si vous venez pour du recopiage à 23 euros, je le fais. Si vous voulez mon avis de professionnel, laissez tomber." Les ordonnances se réduisent toutes seules petits à petits. On ne se met pas en difficulté, les patients sont contents.

Après, j'ai d'autre "petit trucs" pour le chondosulf prescrit par le rhumato, le vastarel de l'ORL et le ginko de l'angiologue, mais ça fait un peu long a expliquer....

Et refuser, c'est dire aussi l'importance de la prescription, c'est dire qu'on se considère comme détenteur d'un savoir, et par là, qu'on les considère aussi, comme devant en bénéficier, et pas comme des moutons a tondre...

fultrix 03/08/2013 19:17

Pour changer l'ordonnance, avez-vous tenté la demande d'analyse de sang, d'urine, que sais-je pour doser le truc traité habituellement et trouver un argument pour expliquer "ah, mais ça va pas du tout ... c'est pas grave mais faut revoir le traitement" ...
C'est une idée, hein ...

Sophie 02/08/2013 13:03

Mes "non" sortent assez facilement quand le patient se pointe constamment en retard ou ne vient pas. Certains comprennent à mon regard qu'ils ont une dernière chance et après je ne reviens jamais sur ma décision même si comme par hasard leur téléphone est tombé dans le Nil avec leur grand-mère et leu chien ce jour-là.

Et il y a toutes les demandes plus ou moins farfelues, ceux qui veulent prendre la CMU de leur grand-mère "qui n'a pas besoin de soins" ... Un non simple et le problème est réglé, je suis réglo ils le savent.

Par contre la recette pour changer l'ordonnance qu'ils prennent depuis 10 ans, j'ai pas.