Turbulences

Publié le 10 Octobre 2012

 

Ma main posée sur sa cuisse, je le sens se raidir, je vois ses doigts se crisper sur les accoudoirs. L'avion est toujours une épreuve. Mais rarement, les différences de pression atmosphériques n'auront été aussi perceptibles. L'altitude rend les vols plus aléatoires. Je me penche, l'embrasse doucement sur la joue et lui souris en disant "détends-toi". Il grimace. 

Je me cale dans le fauteuil et ferme les yeux.

 

 

Des images reviennent.

Le sourire du taxi qui nous a emmenés de Cusco au site de Pisac. Ses considérations sur le foot et le surf. Les petites bondieuseries accrochées au rétroviseur censées nous porter bonheur sur la route.

L'absence de dents de cette femme à qui j'ai acheté des petits pains dans La Paz. Pour même pas un boliviano. Pour rien, quoi.

Les animaux errants, chiens, cochons, ânes, lamas, moutons, vaches...

Nos immenses ombres créées par le soleil levant sur le Salaar de Uyuni.

Les yeux sombres de ces gamins jouant aux petites voitures affalés sur des trottoirs sales. La saleté sur leurs joues. Leurs sourires.

Les viscachas, ces lapins-peluches sautant comme des kangourous.

Les églises et leurs immenses statues de Marie, drapées, couronnées. Le doré et le kitsch des autels. 

Les couchers de soleil. Au milieu des montagnes.

Le chaman m'expliquant les offrandes de la Mesa Ceremonial. Mes difficultés à tout comprendre, nos espagnols n'étant pas les mêmes.

Les immenses pierres de Saqsaywaman. 


Des sensations. 

Les douleurs ophtalmiques et le flou visuel s'estompant peu à peu.

L'oppression dans ma poitrine quand, le premier jour arrivant à La Paz, j'ai attrapé mes 13 kilos de sac pour les mettre sur mes épaules. Hypoxie d'altitude. Palpitations et vertiges.

Les plaques sèches de ma peau, cicatrices des brûlures du froid des hauts plateaux sur mes cuisses et mes fesses.

Les traces de frottement du sac à dos sur mes lombes.

L'eau glacée de la douche de l'hôtel de la Isla Del Sol. 

L'attente pour obtenir un visa. Plusieurs fois.

L'immense bonheur d'être parvenue à grimper jusqu'en haut du Machu puis du Wayna Picchu. Les larmes aux yeux. La faim. La sensation d'avoir réalisé un exploit. Alors que bon. Le Twix mangé en haut.

Les courbatures de la cuisse gauche le lendemain. Et seulement de la cuisse gauche.

La chaleur des rayons du soleil sur ma peau, brûlants, contrastant avec le vent glacial.

La douceur des peaux de lamas.

Les cahots du 4x4.

La chaleur des eaux d'Aguas Calientes.

Les rires de MrPoilu retrouvant Y. Le lumineux sourire de L. Les repas pris ensemble, les taxis partagés, les bons moments passés. Cette discussion avec L, en anglais, à propos d'enfants, d'avenir, de leur voyage, de tout ça entremêlé.

Les cris des gars des minibus, pour annoncer la destination.


Des goûts, des couleurs.

Le fondant de la viande de lama.

Les livres lus.

Le mate de coca, si excitant. 

Les mantas, contenant enfants, aliments, bricoles à vendre, sur les épaules des femmes. Leurs petits chapeaux melons, leurs tresses.

L'immensité blanche du Salaar. Son apparence de glace.

Le rouge de la Laguna Colorada.

Le bleu clair du ciel. Le bleu sombre du Lac Titicaca.

Les Maracuja Sour, les Pisco Sour, l'ivresse.

Le fondant des empanadas au poulet, au fromage.

Le rose des flamants.

La sortie d'église d'un mariage, musique, costumes, danse.

Les bonnets, écharpes, pulls tricotés main par les cholitas dans les minibus, par terre dans la rue, partout.

Les mojitos aux feuilles de coca. Un délice. 

Les fleurs de cactus, jaunes, rouges, blanches...

Les nombreux petits déjeuners, souvent délicieux.

 

 

Toutes ces vallées, ces plateaux, ces montagnes, ces rivières, ces lagunes. Toutes ces marches montées, descendues. Tous ces gens croisés. Tous ces plats goutés. Toutes ces photos mal prises, mal cadrées, floues. Tout ça. Tant de souvenirs.

 


L'avion soubresaute beaucoup. Sa main attrape la mienne, elle est moite, il se grandit pour voir au dessus des sièges, comme si son regard noir pouvait effrayer les trous d'air. Ca me fait toujours beaucoup rire de le voir. Et quand je ris, son regard noir m'est destiné.

Il m'a suivie dans mon rêve. Depuis toujours, je voulais arpenter les hauts plateaux. Depuis toujours, je savais qu'un jour j'irais au MachuPicchu. Mais depuis toujours, je repoussais. Cet été c'est devenu un besoin, de parler espagnol, de me perdre avec mon sac à dos, de voir par moi-même ce qui m'avait toujours attirée sur les photos, de réaliser mon rêve.

Lui appréhendait beaucoup. Ce n'était pas son rêve. Et nous vivions une période difficile. Après discussion pour savoir si nous ne serions pas mieux à glander sur une plage, il m'a laissée choisir la destination et prendre les billets. Jour après jour, main dans la main, nous nous sommes émerveillés ensemble. Jour après jour, nous avons découvert des boliviens bien loins de ce que nous avions lu. Jour après jour, nous avons eu froid, chaud et ça a été bon. 

Aujourd'hui, il a les mêmes étoiles que moi dans les yeux. Et nous allons mieux.


Il y aura toujours des turbulences dans notre vie. Je serre sa main plus fort à chaque fois.

 


 

AméSud (487)

Le viscacha, lapin-kangourou

En vrai c'est cro meugnon, tu voudrais lui faire plein de calins!

 

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Nos ombres sur le Salaar

On est vraiment beaux comme ça!

 

AméSud (531)

Un lama, plus poilu que MrPoilu

 

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La laguna colorada, le plus beau miroir du monde

 

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Le lac Titicaca, depuis les hauteurs de Copacabana

 

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Le Machu Picchu, vu depuis le Wayna Picchu

où on constate que c'est haut, et que le chemin qui croise

la route sur la gauche est sacrément pentu!

Et que je les ai montées ces 2700 saloperies de marches.

 

AméSud (897)

 

Mes pieds, au matin, sur le salaar

Hein qu'on dirait de la glace? Et pas du sel?

 

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Une cholita, portant le manta




Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma petite vie

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DrFoulard 13/10/2012

Ça me donne envie d’y aller avec mon poilu à moi.
Et ça me fait bien plaisir de savoir que vous en avez profité.
Bon retour ;-)

M.L. 15/10/2012

Après avoir hésité comme toi entre plage (censé être reposant) et voyage (censé être fatiguant), j'ai pris comme toi l'option dépaysement pour l'ouest américain.
Sans un jour de farniente, je reviens plus détendue que si j'étais resté sur la plage ! Le dépaysement, les découvertes, les aventures, sont une autre manière de se reposer, c'est le repos de
l'esprit.

A. B. 24/10/2012

L'Amérique du Sud... de magnifiques souvenirs plein la tête que je n'aurais pas su aussi bien écrire. Merci.
Une seule bouteille de Pisco ?! On en était à 3 ou 4 par personne !

Tos 24/10/2012

C'est un tel plaisir de te relire ! et pour parler d'une région du monde que je connais bien... Vivre dans les hautes plaines des Andes péruviennes, pendant un an, m'a réconcilié avec beaucoup de
chose, moi même, entre autres. Même si je suis très loin maintenant, j'y ai planté un petit bout de racine coriace, à l'image de ce qui pousse la haut... ton récit m'a ému !

cloc 27/01/2013

mêmes souvenirs, pour des vécus probablement différents, mais c'est bon de se rappeler les larmes au sommet du machu picchu (et les pisco sour) par les mots des autres! merci