Mr Poilu

Publié le 4 Mars 2011

- Chéri, tel week-end, je vais à un rassemblement associatif, et comme ça c'est bien, je vais en normandie quelques jours après, de toute façon c'est sur la route et pis t'as bien vu ma compta c'est catastrophique toutes ces cases à remplir, il faut vraiment que j'aille voir mon AGA*. Je sais que tu as un concert le dimanche mais je t'aurai déjà entendu jouer le samedi précédent. Ca fait longtemps que je ne suis pas rentrée. Mais si tu veux, je ne vais pas au week-end, je ne pars que lundi.

Surprise. Il a été d'accord tout de suite. Un peu déçu car il devra aller tout seul à un anniversaire, mais d'accord. Aucune remarque. Ton argumentaire préparé minutieusement n'était pas nécessaire.

Il a changé. Il a cru qu'il allait te perdre. Ta récente crise existentielle l'a inquiété, plus qu'il ne l'a montré. Il a cru que tu ne rentrerais pas chez vous.

Tu as toujours tendance à penser que dans cette histoire c'est toi qui as tout sacrifié. C'est toi qui ne vois tes amis et ta famille que de façon épisodique et toujours trop brièvement. C'est toi qui t'apitoies sur ton sort, toi qui pleures parfois, toi qui vas chez le psychologue quand tu rentres sur rouen parce que tu ne veux pas repartir de zéro avec un autre, toi qui as des factures de téléphone qui se sont enfin stabilisées, toi qui as du mal à trouver du boulot, toi qui as de fausses reconnaissances dans la rue de gens qui te manquent... Toi, toujours toi. Un peu égocentrique quand même.

Tu oublies que comme tu es venue pour lui, il a une pression monstre sur les épaules. Il culpabilise quand tu n'as pas de boulot. Il culpabilise quand tu lui racontes qu'on t'a encore fait remarquer que tu n'étais pas d'ici. Il culpabilise encore quand il rentre du boulot souriant et que tu pleures parce que quelqu'un t'a appelé pour t'inviter à une soirée à laquelle tu ne pourras pas aller car c'est à 700 kilomètres ou que tu as reçu un sms t'annonçant que ton frère et une amie sont en train de chanter à un karaoké et que le spectacle vaut le détour. Alors oui, il voit ses proches quand il le souhaite, il a gardé son boulot, bien payé et qui lui plait, il n'est pas tout le temps obligé d'allumer son GPS mais il souffre, comme toi.

Et puis surtout il a peur qu'un jour tu partes. Le jour du mariage, quand tu es arrivée en retard pour t'habiller cinq minutes avant que la voiture ne vienne vous chercher, tu as lu le soulagement sur son visage, l'angoisse que finalement tu ne veuilles plus l'épouser, la peur que tu repartes. Il a peur, tout le temps, que tu repartes. Pour toujours. Il sait que si ça merde entre vous, tu repartiras parce que tu ne te sens pas chez toi ici. Toujours cette impression de décalage.

Depuis ton déménagement, vous avez essayé de passer le maximum de temps ensemble. Tu ne t'es pas investie dans d'autres choses pour que vous passiez le plus temps ensemble. Tu t'es adaptée à sa vie. Tu t'es vraiment sacrifiée, volontairement, bêtement. Tu as fait de mauvais choix. Et tu as craqué. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi. Avant tu faisais du sport, de l'associatif, tu bossais beaucoup, tu voyais souvent tes amis et d'un coup plus rien, tu as disparu dans sa vie, sa musique, son association, son appartement, sa famille. Evidemment que tu as craqué. Brutalement.

Alors tu as trouvé un boulot en normandie. Tu as fui. Quinze jours pour faire le point. Quinze jours pour revenir dans ton ancienne vie et qu'il te manque enfin, au treizième jour. Tu as eu peur qu'il ne te manque plus... Mais tu l'aimes vraiment ton Mr Poilu. 

Tu as tiré tes conclusions, tu es revenue, tu l'as retrouvé avec plaisir. Vous avez discuté. Tu as compris son besoin d'être souvent ensemble et de faire des projets. Il a pris en compte ton souhait de vivre ta vie dans votre vie. Vous avez jeté à la poubelle les "il faut" ou idées reçues sur comment réussir sa vie à deux. Depuis ça va beaucoup mieux. 

Vous apprenez ensemble à vivre ensemble. Doucement. 

 

*Association de Gestion Agréée. Obligatoire pour les médecins.

Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma petite vie

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