Michel, 50 ans

Publié le 23 Janvier 2011

 

 

Michel est devant le bureau de la secrétaire. Il n'a pas rendez-vous mais la salle d'attente est vide. La secrétaire me dit qu'il est là pour son renouvellement. Je fais rentrer Michel dans le bureau, visiblement il n'y est jamais rentré. Il a un dossier dans lequel il n'y a pas grand chose. Je sais qu'il est hypertendu et qu'il fume. Il n'est pas en ALD.

Michel ne s'assoit pas. Il me tend un petit bout de carton découpé sur une boite de médicament sur lequel est écrit le nom de son traitement.

Michel a 50 ans, il est gros, il n'y a pas de prise de sang dans son dossier depuis longtemps, c'est ennuyeux vu son traitement.

Je lui pose quelques questions, comment il va, s'il y a quelque chose de nouveau, il n'a pas envie de me répondre. (pourtant il parle français)

Je lui demande de se déshabiller, il relève sa manche. Je lui dis que ce n'est pas suffisant et qu'au minimum il enlève sa chemise et ses chaussettes.

Michel refuse.

Je lui explique que j'ai besoin de l'examiner avant de prescrire son traitement, qu'il est venu me voir, que c'est mon travail et que c'est dans son intérêt. Mon petit couplet habituel qui passe normalement plutôt bien.

Michel refuse, me dit qu'il veut juste sont traitement et que je le fais chier.

C'est à ce moment que j'ai atteint mon seuil de tolérance. Je me suis rassise, j'ai écrit son traitement, je lui ai jeté l'ordonnance et je lui ai calmement demandé de sortir. Il m'a tendu sa carte vitale, je ne l'ai pas prise, j'ai ouvert la porte. Je n'ai pas dit au revoir, lui non plus.

 

J'ai échoué.

 

Et je garde l'envie de lui mettre mon pied au cul. J'avoue.


Rédigé par Fluorette

Publié dans #Patients

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Docmam 15/09/2011 10:42


Spontanément je me dis "Je ne lui aurais pas fait son ordonnance"
Il y a un contrat tacite entre le patient et son médecin, il ne remplit pas sa part, je ne vois pas pourquoi je remplirais la mienne.
C'est facile à dire, mais quand on est face à Michel, ben si ça se trouve je lui aurais fait quand même son ordonnance. Parce que si ça se trouve on a déjà mis 10 ans à faire accepter à Michel de
prendre son traitement antiHTA. Et en tant que remplaçante c'est ptet pas à moi de créer le conflit qui fera qu'il arrêtera peut être tout suivi... mais on a quand même foutrement envie de lui
montrer notre façon de penser à Michel.


Fluorette 15/09/2011 18:25



Je ne pourrai pas être le médecin de Michel mais en tant que remplaçant, on ne sait pas tout, tu as raison.



Kewan 02/09/2011 19:20


Bravo pour ta patience. Parce que ma réaction sera plus proche de celle de docteursachs. (Enfin le refus poli est le plus courant, hein ;-))
Et franchement, au premier "vous me faites chier", c'est la porte les mains vides. Je ne suis pas un distributeur d'ordonnances !


docteursachs 24/01/2011 22:46


Quand j'étais remplaçant, je me suis fâché tout rouge une fois avec un patient qui me demandait une ordonnance de Previscan par téléphone, et a refusé jusqu'au bout de venir en consultation,
arguant que j'essayais seulement de me faire 22€ en plus. J'ai fini par lui raccrocher au pif, en sueur, avant de me rappeler que j'avais des gens de l'autre côté du bureau qui m'ont pris pour le
dernier des timbrés.
Quand tu remplaces, tu ne peux pas changer facilement ce genre d'habitudes, sauf si le patient est demandeur.
Une fois installé, tu peux plus aisément imposer ta manière de faire, quitte à ce que Michel aille voir ailleurs. Il ne seras toujours pas mieux pris en charge, mais tu n'en seras pas responsable,
et ça ne creuseras plus ton ulcère.
Et avec un peu de chance, peut être qu'il cèdera.


Fluorette 25/01/2011 08:55



Je me fâchais souvent tout rouge pour ce genre de trucs. Mais c'est vrai qu'à part creuser mon ulcère, comme tu le dis (et comme je l'ai vécu, bordel ça fait mal) ça ne m'apportait pas grand
chose. 


C'est un des arguments pour l'installation



beldeche 24/01/2011 09:35


Peut-être essayer une approche psychologique en deux temps avec ce genre de personne:
1) lui dire que vous allez lui faire sa prescription (pour le dévérouiller)
2) pendant que vous la rédigez, lui expliquer que vous ne pouvez pas lui garantir le dosage et lui expliquer très brièvement le risque.

L'important étant qu'il y réfléchisse une fois sorti du cabinet.


devis mutuelle santé 24/01/2011 08:45


Merci pour ce récit :)