Les cressonnières

Publié le 1 Juillet 2011

Etre réveillée par le soleil qui traverse les rideaux. Par la faim aussi un peu. Après avoir passé tout un week-end à manger et picoler, c'est un comble. Tu as des souvenirs de la fête : se promener sur les falaises, aider un anglais à retrouver l'aiguille d'Etretat, manger des moules au camembert sur la jetée, discuter avec des amis que tu n'avais pas vu depuis des années parfois, tenter de rattraper le temps perdu, se déplacer jusqu'au feu d'artifice sans lâcher ton verre de punch, profiter du goût du rhum pendant les explosions, danser devant le garage où tu faisais tes boums jusqu'à ce que tous aillent se coucher, les traiter de chochotes, aller tourner Mr Poilu qui embête tout le monde à ronfler si fort... Le regarder, il est imperturbable, ni le soleil ni le bruit ne le réveilleront ce matin. Pour une fois, il ne ronfle pas. Comme d'habitude, il s'est étalé et prend toute la place. Ses longs cils lui donnent un air un peu enfantin qui contraste avec sa barbe que tu aimes et qui devra disparaitre dans quelques jours.

Tu enfiles un cycliste, un t-shirt et tu fixes l'ipod. Tu fais un bisou à Mr Poilu, il gromelle. Tu descends. Tu discutes un peu avec ta mère. Vous prenez un thé. Tu sors. Il fait déjà trop chaud. Le chat te boude, tu ne reviens pas assez souvent. Tu mets le casque sur tes oreilles. 

Courir. Sentir les muscles et les articulations dérouiller. Avoir chaud, très chaud, sous ce soleil de plomb à seulement 9 heures du matin. Traverser le village dans lequel tu as tant de souvenirs. Les nouvelles oeuvres d'art sont très bien près de la rivière. Tiens, les X. ont installé une serre. "Relevez la tête, regardez loin devant vous". Oui, oui, concentre toi. Entendre sonner l'église alors que LadyGaga braille dans les écouteurs. Respirer, lentement.

Les enfants jouent dans la cour de l'école. Quand est-ce que ça finit l'école déjà? Ca semble si loin, quand vous alliez manger sur le terrain de la fête du village le lendemain alors que tout se rangeait. Plusieurs années défilent dans ta tête. Des visages, des sourires. Les odeurs de nourriture et de friture. La nostalgie. La chaleur te ramène à ajourd'hui. Tu aimerais arracher le tuyau d'arrosage des mains de celui qui arrose des salades pour t'en faire une douche. Cette maison normande te rappelle celle dont tu rêvais depuis toujours et sur laquelle tu as fait une croix pour le moment. Les boiseries, le torchis, le puits, les fleurs... "Déroulez bien votre pied". Tu te reconcentres mais les moutons te perturbent à nouveau. Qu'est ce qu'ils doivent avoir chaud!

Tu longes la rivière. Elle s'élargit et la cressonnière apparait, enfin ce qu'il en reste. Quand tu partais en bus au collège, tu la regardais tous les matins en passant. Tout avait toujours l'air contrôlé. Aujourd'hui, les colverts profitent que le courant soit moins fort qu'ailleurs pour s'y reposer. Les herbes aquatiques sauvages ont envahi l'espace entre les restes des murets. Leurs hauteurs sont inégales. Tu crois voir des poissons. Les impératifs de rentabilité ont eu raison de la cressonnière. 

Tu fais demi-tour. Physiquement tu n'as plus si mal que ça. Le retour est facile. 


Et pourtant tu te sens tellement vieille d'un coup.


Rédigé par Fluorette

Publié dans #Ma petite vie

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wain" 12/07/2011 21:50


Je comprends. 3 années ds une grande ville du Nord ont été un pensum pour ça ... déménager vers le fin fond de la province un véritable soulagement . Mais tu vas trouver tes marques au fil du tps
ds votre chez vous aussi, je te le souhaite :)


Fluorette 13/07/2011 09:39



Oui, petit à petit. Mais l'air marin me manquera toujours. La mer, les falaises, la Seine. Je ne saurais dire pourquoi mais le Rhin est différent. Plus plat, moins sauvage peut-être. Merci



wain" 11/07/2011 22:52


des ocres de l'Ouest US aux verts intenses de Normandie, tu as l'art de décrire les atmosphères... à te lire je revois les chemins parcourus à cheval, je ressens les gouttes qui nous aspergeaient
lorsqu'une branche se faisait trop lourde et s'ébrouait sur nous, je sens le vent des falaises et j'éprouve la presque-douleur si douce des galets sous les pieds...
je ne sais où tu exerces maintenant, mais j'espère pr toi que tu y trouves des paysages devant lesquels tu peux te ressourcer :)


Fluorette 12/07/2011 07:34



Très poétique commentaire 


Malheureusement, ici, je retrouve peu ces sensations. Elles me manquent. 



nfkb 01/07/2011 16:46


"Déroulez votre pied" : non non et renon ! Il vaut mieux atterrir avec le milieu du pied directement et avoir l'impression/l'idée de courir dans le sable sans laisse d'empreinte. Cette stratégie
allège la foulée, diminue un la longueur du pas tout en augmentant la cadence.

Sans rire, très beau texte :)


Fluorette 01/07/2011 17:44



Bon, je savais que je n'aurais pas du mettre cette phrase. C'est comme l'allaitement, les pros, les antis, etc. ;) Tu as, je pense, beaucoup lu et appris sur le sujet. Avec une basket, il semble
quand même que le mieux serait de dérouler. Avec des vikram, non. Mais je n'ai pas de vikram. Et surtout, je vais te faire une confidence : je cours surtout comme je peux. Mon pied se déroule
peut-être, mais peut-être pas. Comme je l'écris, je ne suis pas très concentrée et je cours de façon à ne pas ressentir de douleurs et à être à ma FC idéale. 


Sans rire, merci :)