Amelia, 35 ans

Publié le 9 Février 2013

Amelia est originaire d'un pays lointain et parle un français parfait. Son calme et son apparente sérénité m'impressionnent. Elle vient de loin pour consulter dans ce cabinet. Je ne sais pas vraiment pourquoi elle m'a choisie, ni pourquoi elle vient se faire suivre en France d'ailleurs. Aujourd'hui, elle vient pour son frottis. 

Elle a eu trois enfants qu'elle a adoptés. Elle me parle de son couple, de leur impossibilité d'avoir un enfant. Elle semble très détachée de tout ça. Ils sont grands déjà.

Vient le temps de l'examen. Je lui demande d'enlever le bas et de s'installer. Elle est étonnée que je n'utilise pas d'étriers. Je lui explique que ça se fait très bien sans. Je lui détaille chacun de mes gestes. Je pose le speculum puis la préviens que la brosse va frotter le col et que ça peut être sensible. Elle émet un petit "ssh" quand je tourne la brosse que je pose ensuite dans le flacon.

 A l'instant où je retire le speculum, maladroitement je pince le col. Je dépince très vite en me mordant la lèvre, merde, je sors le speculum. Et je m'excuse, sincèrement. Je suis désolée de lui avoir fait mal.

Elle garde son éternel flegme pour me répondre en souriant que c'est l'examen gynécologique le plus doux qu'elle ait jamais eu...

Je reste plantée quelques secondes, le speculum à la main, à me demander comment on a pu l'examiner auparavant pour que ce douloureux pincement de col ait pu être l'examen gynécologique le plus doux de toute sa vie.

 

Rédigé par Fluorette

Publié dans #Patients

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Cécile (à Montpellier) 16/02/2013 18:11

Ah, chère Fluorette, si vous saviez d'où l'on vient !

Je me souviens avec émotion d'un gynéco mutualiste qui, dans les années 70, m'avait fait une biopsie sans prévenir ni bien sûr m'expliquer pourquoi. Et de sa réponse ("Oh là là ! Tout de suite les
grands mots !") quand je lui ai demandé de me confirmer la chose après avoir ressenti des "pincements" pas très agréables. Et de son indignation lorsque je lui ai dit que j'irais voir un autre
gynéco moins brutasse pour la suite : "Vous ne pouvez pas me faire ça ! C'est moi qui vous ai dépistée !"

C'était le bon temps ...

Fluorette 16/02/2013 19:34



L'obligation d'information a un peu changé les choses. Mais certaines choses racontées par les patients se rapprochent de ça... Le bon temps, ou pas.



Piopio 13/02/2013 11:52

C'est assez régulièrement surprenant comme le ressenti de part et d'autre varie : une consultation satisfaisante pour le médecin peut avoir traumatisé le patient, qui peut, à l'inverse, être
reconnaissant pour une consultation que nous avons vécu comme inadaptée.

@Gage : j'avais réussi, non sans mal, à organiser un stage d'internat sous l'égide "projet personnel" en Centre de Planification, ce qui m'a permis de dédramatiser l'examen gynéco et de le répéter
régulièrement (je suis un homme, je pensais donc que les femmes seraient plus gênées, mais lorsqu'on prend le temps de proposer et expliquer, cela passe bien en général). Je profite d'une
consultation pour dire qu'il faudrait faire l'examen, le repropose ensuite à la suivante, pour que la patiente ne se sente pas "forcée", ou j'attends qu'elle demande à ce qu'on le fasse (hors
urgence) : nous ne sommes pas à 6 mois près et la médecine générale nous offre la possibilité de revoir les gens. Par contre, je ne me sens pas du tout de poser des stérilets, à mon grand
désespoir, car ne suis pas assez à l'aise et ai eu des patientes avec de mauvaises expériences suite à une pose (par un gynéco), je laisse donc cela au gynéco et m'y mettrai peut-être s'il n'y a
plus des-dits gynécos, qui commencent à se faire rares...
Chacun établit sa pratique selon ses compétences, qui s'enrichissent (ou se détériorent !) au fil du temps.

christelle 12/02/2013 21:10

bonsoir Fluorette
si elle vient (au vue de son prénom) de l'endroit où je vis .... alors sa réaction est normale!
je n'entends que ça dans les services médicaux que je cotoie quand je peux pas faire autrement .....
supportez , endurez votre douleur , vous êtes malades donc vous souffrez , il faut vous y habituer ...etc
comme si le fait d'être malade vous frappait comme une malediction infâmmante, faisait de vous un sous être !
je suis malade donc il est normal que je souffre ...

depuis je reviens régulièrement en France faire soigner ma spondy parce que là au moins on m'écoute , on prends soin de moi , de mon ressenti et on ne me fait pas culpabiliser d'être malade , je ne
suis pas une paria bonne au rebus !

désolée pour le coup de gueule
mais c'est pour mieux te dire Fluorette que j'aime ton humanité .
on en manque parfois tellement .....
bonne soirée

Fluorette 16/02/2013 19:32



Les prénoms ne sont jamais les vrais. Sinon ce serait trop facile!


Il y a malheureusement dans l'esprit de beaucoup une part d'héritage catholique avec la douleur comme expiation, comme punition. Une douleur qu'il faut supporter, ne pas prendre d'antalgiques. La
notion aussi qu'un traitement douloureux est forcément plus efficace! Quel dommage...



Kyra 12/02/2013 20:02

ce matin même une patiente (allemande habitant au Portugal, comme quoi la sauvagerie de l’examen gynéco n'a pas de frontières...comme les médecins quoi!)s'est confondue en remerciements parce que
je ne lui ai pas fait mal et que ça ne lui était jamais arrivé. je n'arrive pas à comprendre ça.

@Dr.Goro: à mon avis il faut décoincer le spéculum (vis ou tirette)d'une main en le maintenant bien ouvert de l'autre pour éviter que les 2 lames se rapprochent inopinément et coincent le col,
ensuite tu retire tout doucement.

Gage 12/02/2013 17:06

En tant qu'étudiant (sans e, donc de sexe masculin) en médecine, je dois bien avouer que l'apprentissage de l'examen gynéco est des plus difficiles.
Gélule l'avait bien expliqué ici : http://sous-la-blouse.blogspot.com/2011/06/tu-sauras-jamais.html
Sauf qu'elle, elle a encore cet avantage d'être une fille. En tant que mec, c'est encore plus dur d'apprendre à bien faire. Déjà, parce que je vois difficilement comment apprendre en ayant d'emblée
des gestes parfaits et indolores. Ensuite, parce que si on essaie d'être honnête ("bonjour, c'est mon premier examen au spéculum"), on n'a aucune chance que la patiente accepte. Enfin, parce qu'on
touche à l'intime, et que 9 patientes sur 10 sont inquiètes à l'idée d'être examinées par un homme : on aura beau plaquer sur toutes les portes des services de gynéco que des hommes y travaillent
aussi, ça ne sera jamais pareil.

Du coup, je m'interroge vraiment. Déjà, je suis certain de ne pas faire gynéco après les ECN, c'est déjà ça de pris. Ensuite, que font les confrères ? Délèguent-ils le suivi gynéco au spécialiste
(qui est, encore plus souvent que dans les autres spécialités, une spécialiste) ? Ont-ils eu la chance d'apprendre à bien examiner, et si oui, ont-ils pu apprendre sans traumatiser de patientes ?
Toutes les fois où j'en ai parlé, on m'a répondu qu'il fallait bien apprendre, avec peu, voire aucune considération pour les patientes. À l'inverse, les chefs de stage qui, justement,
s'intéressaient au ressenti des patientes me faisaient sortir de la pièce.

Alors quand je vois cette histoire, je me dis que la patiente a dû croiser pas mal de médecins comme moi : sans mauvaise volonté, mais confrontés à l'impossibilité d'apprendre.

Fluorette 16/02/2013 19:30



En tant que mec, je ne vois pas pourquoi tu ne pourrais pas avoir des gestes parfaits et indolores dès le début :) Il faut que quelqu'un te montre, bien sur que tu se pointer seul en disant
"c'est mon premier", ça passerait assez mal. Mais bien présenté et accompagné, ça passe. Certaines femmes ne voudront jamais être examinées par des hommes. Mais d'autres ne veulent pas être
examinées par des femmes car elles trouvent les hommes plus doux... Certains médecins s'en foutent vraiment, et font mal.


J'ai appris en stage de gynéco, en secondant des gynécos hommes et femmes ou des sage-femmes. Les généralistes de mon coin ne font pas de gynéco... Ca oblige les femmes à faire des kilomètres
pour un examen somme toute facile à réaliser, c'est dommage.


Bonne continuation!