On dirait...

Publié le 21 Juillet 2015

On dirait...

Ce matin, on dirait qu’on n’irait pas travailler. Parce qu’on n’aurait pas envie d’aller ronchonner en traînant les pieds toute la journée de la salle d’attente au cabinet et du cabinet à la salle d’attente.

Alors on chausserait ses grosses godasses de randonnée en enfilant son sac à dos et on irait marcher dans la forêt. On profiterait de la sensation douce d’être là, comme un pied-de-nez aux habitudes et aux obligations. On écouterait les oiseaux chanter et parfois on tournerait la tête pour tenter d’apercevoir la bestiole responsable du frémissement dans les feuilles mortes au bord du chemin. On traverserait un ruisseau en faisant attention de ne pas déraper sur le petit pont en rondin glissant malgré l’air sec. L'odeur de la mousse et des sapins rempliraient les narines. On penserait qu’il est bien agréable ce chemin, alternant sous les pieds cailloux, tapis de feuilles, herbes et mousses, alternant les sensations d’instabilité et de sécurité. On pourrait plisser les yeux à mesure que le soleil se lève et devient plus lumineux. On sentirait que ça tire un peu dans les cuisses et dans les mollets et que c’est agréable de se sentir vivant. On aurait soif aussi, et on sortirait l'eau du sac, on s'en jetterait un peu, pour rire. Et on profiterait du rire de l'autre en retour.

Et à force de marcher, on découvrirait une clairière, immense, aux grandes herbes qui encercleraient une étendue d'eau. On constaterait que les arbres autour ont été mangés à leurs pieds, par les castors, créant une sorte de sablier caractéristique au bas de l’arbre mais le laissant debout. Alors on s'assiérait dans l’herbe, au pied de l'un d'eux. Ce serait confortable, accueillant comme un coussin. On s’adosserait au tronc pour observer la surface de l’eau, les nénuphars, le reflet du soleil et les quelques nuages et les ridules créées par le passage des canards. En se tenant la main, pour partager l'instant, sans parler. L’air serait tiède et enveloppant, quelques rayons du soleil traverseraient entre les feuilles et chatouilleraient les joues, une petite brise fraîche effleurerait les peaux. On pourrait s’allonger, mettre une herbe dans sa bouche, poser sa tête sur les bras croisés et regarder le bleu du ciel. Ou même juste fermer les yeux, et respirer. Respirer l’odeur de l’herbe qu’on a écrasée, respirer la tiédeur de l’air, respirer…

Bien sûr on pourrait aussi faire ça un dimanche, mais ce ne serait pas pareil. Ce ne serait bon que parce que c’est mardi et que c’est interdit.

Viens, on dirait qu’on ferait le travail buissonnier.

Rédigé par Fluorette

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Vincent 13/09/2015 19:32

La vocation ça ne s'invente pas. C'est à ça qu'on reconnaît le ton de votre billet. Si vous n'aviez pas un emploi du temps ultra-chargé avec des patients auxquels vous donnez beaucoup, il n'aurait probablement pas germé dans votre tête.

wain" 30/07/2015 18:45

Encore un joli billet :)
Qd j'étais en terminale, le samedi matin, c'est mon père qui me conduisait , et chaque samedi, au moment où la route s'ouvrait sur le panorama de Rouen, sous nos pieds, invariablement, mon père disait "et si on allait voir la mer, plutôt". Et chaque samedi, je rêvais qu'il le fasse vraiment, qu'il m'arrache à ces heures de maths et de physique ...et chaque samedi , nous ne le faisions pas, ça ne se faisait pas, autrement qu'en imagination. Maintenant je suis adulte, alors très très très rarement (conditionnement? raison? ...) , je m'accorde parfois 1/2 journée à la dernière minute, et elle est toujours délicieuse.

Christelle 27/07/2015 13:58

"le lundi au soleil, on pourrait le passer à s'aimer" j'ai envie de chanter, en lisant ton article. Réussira-t-on à renouer avec le calme et la nature un jour? seul le futur nous le dira...

Fluorette 28/07/2015 11:30

Les autres jours aussi... :)
On s'éloigne vraiment trop de la terre.

doume 26/07/2015 16:22

Je lis ton billet, je regarde la photo et je me souviens d'un temps lointain où nous faisions l'amour dans l'herbe. C'est tellement doux, l'air frais sur le corps nu, les nuages du ciel comme papier peint et les herbes qui chatouillent les fesses, hi hi hi !
J'aime !

Fluorette 28/07/2015 11:31

Bon souvenir alors

jlm 23/07/2015 22:04

J'ai beaucoup comme d'habitude ton billet.
Magnifique ce " le travail buissonnier "...
:-) je vais essayer .
Tu vas manquer dans le panorama ....
Bisou

Fluorette 28/07/2015 11:31

C'est bientôt pour toi le travail buissonnier !
Tic tac.