Holocène

Publié le 6 Mai 2015

Comme souvent, il restait des médicaments chez Marie et les ordonnances pour les infirmières sont encore valables. Elle avait juste besoin de me voir, de parler, de sa famille qui ne vient pas, de cette maladie qui la ronge, de me montrer des photos, de poser sa main sur la mienne, de rire.

C’est beaucoup de temps passé alors qu’aujourd’hui, entre les rhumes, gastros et autres décompensations cardiaques et douleurs thoraciques, je ne parviendrai pas à rentrer à la maison avant 21 heures...

Quand elle referme l’album, je lui dis au revoir et à bientôt, elle demande si elle peut m’appeler si ça ne va pas, comme chaque fois. Bien sûr que c’est possible. Le savoir la rassure.

Je sors de la maison, je balance ma mallette au bout de mon bras, je peste comme chaque jour sur l’âne mort qu’elle contient. Je sors les clés de ma poche, le bip sonne, j’ouvre le coffre, je jette la mallette et son âne à l’intérieur en pensant au jour où j’aurai une tendinite d’épaule. Et quand je ferme le coffre, je vois tomber le premier flocon.

Je le regarde descendre jusqu’au sol, s’y poser puis fondre.

Je lève les yeux vers le ciel, d’autres tombent, d’abord épars, puis de plus en nombreux.

C’est l’instant magique. L’instant premiers flocons.

Cet instant où le temps s’arrête, où on reste immobile, peu gêné par le froid qui semble s’intensifier brutalement et qui picote les joues, fasciné par les alentours qui deviennent flous, par la multiplication d’un flocon en multitude de flocons, le blanchiment du sol et des branchages effeuillés, apaisé par le sourire qui monte aux lèvres, le silence aux alentours. On n’entend aucun chant d’oiseau ni tracteur au loin. On tend sa main nue et on regarde l'eau qui semble se créer quand un flocon la touche. L’hiver a lancé les hostilités et on aimerait se rouler dans un plaid devant la cheminée en soufflant sur un chocolat chaud dans lequel on aurait mis quelques gouttes de Cointreau en regardant dehors la neige tomber…

L’instant magique. L’instant premiers flocons. La terre s’est arrêtée de tourner.

Et puis je me réveille brusquement, un frisson me parcourt le dos, l’instant magique est terminé.

Et même si je grommelle parce que ça ne va pas simplifier la fin de la journée, il y a quelque chose de différent, la lumière a changé, l’air est différent, le poids sur mes épaules est moins lourd. Le premier flocon est tombé.

 

Rédigé par Fluorette

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Thomas 18/06/2015 15:33

C'est de nouveau un magnifique témoignage que vous partagez. J'aime votre bonheur de voir la neige tomber. C'est rassurant de constater que malgré un quotidien difficile, vous continuez à apprécier ces petits moments insignifiants mais tellement magiques !

wain" 07/05/2015 22:19

et comme d'habitude , un très joli billet :)

docmamz 07/05/2015 12:06

Tout le monde s'intéresse à l'âne mort et personne au fait que l'hiver lance les hostilités le 6 mai ?

C'est très joli :)

wain" 07/05/2015 22:19

ah si si , le coup de la neige le 06 mai, vu de l'Ouest, ça laisse perplexe. Mais après tout, même dans l'Ouest, le chauffage tourne encore, et puis, Winter is coming, CQFD.

Eveillard 06/05/2015 19:06

Même interrogation à propos de l'âne mort.

cazaubon 06/05/2015 19:57

"Peser un âne mort", c'est une expression idiomatiques pour dire "être très (trop) lourd".

Assam 06/05/2015 12:48

WOW, superbe texte ! Juste, je n'ai pas trop compris le sens de l'âne mort dans votre mallette ? Est-ce à prendre au 1er degré ?

Assam 07/05/2015 00:01

Ah je ne la connaissais pas, je mourrais moins bête, merci ^^

Kyra 06/05/2015 19:56

La mallette est trop lourde...c'est tout. "lourde comme un âne mort" c'est une expression