Je rêvais d'une petite Violette...

Publié le 29 Octobre 2014

Elisabeth ne veut pas de cet enfant mais elle est déjà à 8SA. Je décroche mon téléphone. Heureusement que nous sommes le matin, c'est toujours plus facile pour joindre quelqu'un. Pourtant, le centre le plus proche ne répond pas. J’appelle plus loin. La secrétaire comprend bien que c’est urgent et trouve une solution. Quelques jours plus tard, je reçois un compte-rendu laconique. Elisabeth revient régulièrement, elle n’en parle jamais. 

Elisa a consulté le Dr Désagréable, son conjoint ayant seulement quelques spermatozoïdes fatigués. Elle me raconte combien c'est dur d'aller voir Dr Désagréable. Elisa n'entrevoit pour le moment que de loin la PMA. Elle aurait aimé un autre médecin mais ce n'est pas possible. Dr Désagréable lui a servi le même baratin qu'à moi, la facilité du parcours, le fait d'être de "bons candidats", la compatibilité avec la vie de tous les jours. Elisa a déjà compris que les choses allaient être bien plus compliquées.

Léa consulte parce qu’elle souhaite être rassurée. Sa fausse couche l’a déstabilisée. Elle a besoin de pleurer. Les kleenex sont là pour ça. Elle a besoin de réentendre que ce n’était pas sa faute. Elle a besoin que quelqu’un lui dise que ça ne présage rien pour la grossesse en cours. Je suis là pour ça. 

Pendant que Madeleine rédige le chèque, Liam pleure. Je repose sa carte vitale, me lève et attrape le lourd cosy, dans lequel il est de moins en moins confortablement installé, profitant pleinement de l’allaitement maternel. Je balance doucement le cosy en chantonnant, il s’apaise. Elle pose le chèque sur le bureau, range le carnet de santé, le doudou, le chéquier puis se lève. Elle me dit : “vous avez des enfants, docteur ?” Devant ma réponse négative, elle dit “c’est dommage, vous vous en occupez si bien”. Je lui tends le cosy et je souris en lui souhaitant une bonne journée.

Parfois j'ai besoin de refermer la porte entre deux consultations.
Parce que parfois les choses simples deviennent plus compliquées à gérer que de réussir à faire venir l'hélico pour un infarctus.

Rédigé par Fluorette

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Thomas 20/01/2015 14:05

Toutes les femmes sont différentes face à la grossesse, l'envie d'avoir un enfant, la possibilité, etc. Il est normal qu'en tant que médecin et surtout en tant que femme, ces situations soient difficiles à vivre. On ressent un forte injustice dans ce billet.

Enviedematerner 21/11/2014 06:32

Le jour où je suis allée chez ma généraliste pour lui dire que je commençais à m'inquiéter (arrêt de la pilule, pas de règles mais pas de grossesse) et que je sentais la PMA arriver gros comme une maison, j'ai entendu l'intégralité de la consultation de la patiente qui me précédait; elle venait pour dire au médecin qu'elle avait fait un test positif et lui demander ce qu'elle devait faire.
Ce jour-là, je me suis posé cette question : si ma généraliste bloggait, qu'aurait-elle écrit sur ce télescopage des situations?
Plein de courage, il en faut drôlement pour faire face à ça.
PS : aujourd'hui, deux ans jour pour jour que le 10° traitement de PMA a été à l'origine d'une rencontre féconde entre un ovule et un spermatozoïde… Un beau bébé de 12 kg désormais!

cialis 19/11/2014 20:57

Merci pour cet article très instructif et bien écrit.

Geneviève 06/11/2014 11:46

Vous nous écrivez à nouveau, tant mieux, je me demandais si vous alliez bien.

Marie 03/11/2014 20:34

bonsoir Fluorette ! il y a quelques temps je vous avais parlé de mon fils de 30 ans devenu sterile apres une lourde chimiotherapie ..... helas la confiance et les espoirs s effritent doucement , les mois passent et les echecs s accumulent ....quel difficile et eprouvant parcours que la PMA ! et sa soeur , sage femme , se desole de mettre au monde parfois des enfants non desirés , plaçés à la naissance ou maltraités dans leur berceau ....injustice ....
je crois que vous etes un medecin formidable , avec un coeur grand comme ça et je vous embrasse !