Ce qui est précieux

Publié le 31 Août 2014

Je sais qu’avec le temps, tu oublieras certains événements, certaines parties de l’histoire. C’est comme ça, la mémoire sélectionne. Parfois même elle transforme les choses, positivement ou négativement. Mais je voudrais que tu n’oublies pas.

Je voudrais que tu te souviennes de sa main dans la tienne à chaque instant. Son étonnement quand d’autres gars lui racontent qu’eux n’ont jamais accompagné leurs femmes aux différents rendez-vous. Ses yeux qui s’ouvrent immensément d’incompréhension quand il te le raconte.

Je voudrais que tu n’oublies pas qu’il a toujours dit “nous ferons comme toi tu veux, nous irons où tu veux, quel qu’en soit le prix, nous ne le ferons pas si tu ne le veux pas”. Toujours.

N’oublie pas le poids de la culpabilité sur ses épaules, qui ne s’en ira jamais vraiment, quoi qu’il arrive.

Oh bien sur, une fois il a dit “ça va hein, je suis allée les chercher TES piqûres”, déclenchant une dispute, des cris, des excuses. Bien sur qu’il s’est levé de nombreuses fois juste trop tard, juste après l’injection quotidienne, jusqu’au jour où tu as compris qu’il détestait cette impression de te faire du mal, jusqu’au jour où il a compris que tu avais besoin de lui, tous les matins.

N’oublie pas son regard à ton retour du bloc, la peur que tu y as lue, et ses mots “ça a duré plus longtemps que la première fois, j’ai cru que ça ne se passait pas bien, j’ai cru…”.

Rappelle-toi que vous êtes d’accord pour ne plus recommencer. Parce que c’était éprouvant, physiquement, émotionnellement, psychologiquement. Parce que personne ne devrait vivre ça, c’est trop dur. Souviens-toi des espoirs sans cesse déçus : six puis deux puis zéro. Dix puis sept puis trois puis... N’oublie pas, même dans un an, même dans dix ce que tu as subi, ce que vous avez vécu, rien ne vaut tout ça, n’ayez aucun regret.

Souviens-toi des reproches des patients de ne pas en faire assez, alors que tu était au bout du bout, et que tu continuais quand même d’être présente, avec l’angoisse de mal faire car trop fatiguée. Peut-être qu’un jour tu mettras enfin ton poing dans la figure d’Associé, tu me diras si ça t’a fait du bien. Garde en tête ce désir de partir, ces projets de changement, son “on partira si tu le souhaites”, ce projet un peu fou qu’il a raconté un jour et auquel tu n’aurais jamais pensé, cette envie de dévisser qui monte.

Garde les mots gentils de tes parents, les chocolats offerts par une amie, les bougies allumées par d’autres, les mots doux de Germaine, les tweets de certains, les mails d’autres...

Souviens-toi des moments de rire quand il te racontait des blagues de Melon et Melèche pour que les injections soient moins douloureuses. De ses bras autour de toi quand tu soupirais “je n’en peux plus, c’est trop difficile”. De ses blagues, de niveau drôlatique variable, pour détendre l’atmosphère. Des repas préparés tous les soirs, des tupperwares prêts à emporter tous les matins, des chats nourris tous les jours, des tomates cueillies à ta place, de l’intendance encore plus parfaite que d’habitude.

N’oublie pas comme tu as été surprise de la vague de larmes déclenchée par la demande en mariage de Barney à Robin, le lendemain du dernier jour, alors qu’il avait toujours été un soutien sans faille et qu’enfin toi tu reprenais ta respiration, recommençais à dormir et retrouvais le sourire. Tu étais tellement épuisée que tu n’as pas vu, ou pas voulu voir, que ce n’était pas difficile que pour toi.

Quelle que soit la suite, je voudrais que tu n’oublies pas ce qui est important, ce qui est précieux, ceux qui sont précieux.

Et par dessus tout, n’oublie pas que tu l’aimes. Et combien tu l’aimes.

Rédigé par Fluorette

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Commenter cet article

Paul 20/09/2014 12:24

C'est si beau. Je ne sais pas ce que je dois dire. En fait je suis si ému. Il y a tellement de chose précieuse à ne pas oublier et tu les a si bien énumérées. Bravo pour cet article ou devrais-je dire ce poème plein de douceur et de tendresse. On ressent bien que c'est l'oeuvre d'une femme. Bravo encore.

V 13/05/2015 11:20

"On ressent bien que c'est l'oeuvre d'une femme."
Mais EN QUOI ceci est un commentaire pertinent ?
Douceur et tendresse ne sont que synonyme de féminité, donc.
Et c'est très bien que ce billet corresponde aux clichés que vous associez à la féminité. Mais QUID des autres billets de cette blogueuse, les billets revendicatifs ? Il sont moins féminins, moins bien, "donc" ?
Vous auriez pu féliciter la blogueuse pour son texte sans pour autant faire un lien avec son sexe, qui n'apporte strictement rien.

Cabinet Orthodentiste 15/09/2014 10:11

Très belle histoire d'amour, de passion et de sentiments nobles. Merci pour avoir fait couler quelques larmes de mes yeux, je sens que j'en avais besoin. Je vous souhaite tout le bonheur et toute la santé du monde.

Lyly 10/09/2014 16:53

Il y a peu, un ami m'a dit "la vie n'est pas d'échapper à la tempête, mais de danser sous la pluie"... Depuis, je chante singing in the rain, en me faisant une raison sur notre (non)amie commune - dame cigogne-qui-a-perdu-notre-panier.
Je suis de tout cœur avec vous.

Mme l'Impatiente 08/09/2014 17:17

pfff ... Je n'aime pas ça, voir ou lire, les gens que j'ai connu "hors PMA" tomber dedans, je voudrais qu'ils en soient épargnés, ou alors que ce ne soit qu'un passage rapide, et hop un faire part qui pique un peu pour moi, forcément...
Du coup, après ce billet, j'ai relu toute ma série PMA. On n'en sort pas comme on y est entré, c'est sûr ! Et son amour non plus, d'ailleurs
Pour moi aussi c'est bien LE plus précieux. (Mais c'est vrai qu'aidé de quelques bonnes bouteilles, de voyages, de foie-gras et de copains, c'est pas mal non plus!)

Je vous souhaite un beau chemin d'amoureux, à deux aussi on forme une famille

bh 05/09/2014 11:18

C'est un bien joli billet ... Je vous souhaite à tous les deux de garder cette sérénité quoi qu'il arrive.