Un boulot facile

Publié le 4 Mars 2014

Une journée un peu plus stressante que d'autres. Une journée où pendant les visites matinales, Secrétaire m'appelle cinq fois. Un fois pour une visite urgente pour un malaise et quatre fois car elle a refusé des visites supplémentaires, estimant que je vais déjà avoir du mal à finir la liste qu'elle m'a donnée ce matin, mais souhaitant avoir mon assentiment car elle n'a pas envie de passer à côté de quelque chose.

Je passe entre deux à la poste pour y poser l'enveloppe qui contient ma demande de prise en charge en ALD pour ma FIV. Ce sera difficile d'être présente au cabinet et d'assurer le suivi de mes ovaires en même temps. L'assurance m'a expliqué que non, ça ne rentre pas dans les clauses d'aide financière, que si je m'arrête, je ne serai pas couverte. Les différents centres consultés sont unanimes, je ne peux pas prévoir de dates à l'avance et trouver un remplaçant en dernière minute me semble un vœu pieu. Et puis Associé en profitera pour balancer des vacheries sur ma fainéantise aux patients.

Ma dernière visite est bien plus grave que prévu. Mme F est dyspnéique, elle me fait peur. J'appelle le 15. Ils m'envoient les pompiers, qui mettent un peu trop de temps à mon goût à arriver. C'est pas le fait de surveiller son pouls toutes les deux minutes qui fait remonter sa saturation. Alors je lui parle pour dédramatiser, pour penser à autre chose, elle rit un peu.

Je rentre tard au cabinet, j'ai à peine le temps de manger. Puis j'appelle un chirurgien pour un avis. Et je fais entrer le premier patient de l'après-midi. La salle d'attente est pleine.

Les motifs de consultation défilent. Quelques suivis de problèmes graves aujourd'hui. Et des histoires bizarres, pas franchement urgentes à vue de nez, mais pas franchement rassurantes non plus. Le genre d'histoires qui me font flipper de peur de passer à côté de quelque chose et auxquelles je repense la nuit, au lieu de dormir.

Le téléphone sonne à trois reprises : l’hôpital pour Mme V, hospitalisée, un spécialiste pour Mme I que je lui ai envoyée ce matin et le comptable parce que j'ai oublié de payer la taxe foncière de la SCI qui aurait dû être versée il y a 4 mois maintenant. Oups. A chaque fois, il faut se dépêcher, pour ne pas perdre trop de temps, et à chaque fois, il faut reprendre le fil de la conversation en cours.

J'ai soif. Je prends deux minutes pour chercher un coca et aller aux toilettes. Et quand je reviens, ils sont plus nombreux. Je refuse Mr C qui est venu sans rendez-vous. La secrétaire m'explique qu'elle l'avait prévenu.

Je vois le planning qui s'allonge pour ce soir, des fièvres d'enfant. Je me demande à quelle heure je vais encore rentrer.

Lorsque Mme A s'installe sur la table d'examen, son fils de 4 ans essaie de s'y installer avec elle. Alors, en riant, elle lui dit "tu veux faire docteur plus tard?". Il ne répond pas. "Mais si, c'est un boulot facile, sans stress, toujours à l'intérieur".

Oui, voilà, un boulot facile, sans stress, toujours à l'intérieur, dont les études sont payées par la collectivité, avec un revenu garanti et élevé, etc etc.

Normal qu'on nous montre du doigt. Normal que les gens nous détestent.

Rédigé par Fluorette

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Mira 30/06/2014 17:45

Boulot facile certes non, encore une fois tout dépend aussi de quel côté on se place.
Par rapport à un mec qui travaille de nuit sur un chantier d'autoroute, c'est facile oui, et mieux payé. Ou plutôt, ce n'est pas la même difficulté,.. c'est pas le même nombre d'années d'études aussi. Mais pour beaucoup de gens c'est sûr que le médecin est privilégié. Moi je pense que tous les métiers ont leur part de pénibilité, ni plus ni moins que les autres. Le vôtre fait un peu rêver, malgré les moments difficiles.

Priscounette 10/04/2014 08:19

Dans tous les cas, je pense toujours que les échanges et discussions entre professionnels de la santé devrait se faire régulièrement. C'est essentiel d'exprimer ses angoisses et tout autres sentiments afin que le stress du travail n'ait pas de mauvaise conséquence sur la psychologie. Heureusement que vous avez une secrétaire médical pour s'occuper de votre planning.

Mickie 25/03/2014 22:00

Une fois de plus, je me retrouve dans vos billets... J ose espérer que cette patiente était ironique... Pour la fiv, je suis ds le même cas, on se débrouille pour trouver un rempla de dernière minute pour le jour de la ponction et le lendemain, sinon tant pis, on laisse associe se débrouiller. J ai fait une fc a 11 sa après ma première fiv , le lendemain du curetage j étais au cabinet. Quand les gens râlent sur mon absence, maintenant je leur dis que j ai un pb de santé . Marre de m excuser d une absence d une journée auprès de patiente qui me demandait 2 sem d arrêt pour une ivg... Bref, juste pour vs dire qu il faut s accrocher, que vs n êtes pas seule à ressentir tt ça. Si je peux vs être utile pour décharger un gros coup de blues ça ne serait que vs rendre l appareil, vs qui me réconfortez par votre blog sur ma pratique et sur le reste...

Tittounett 10/03/2014 14:49

Facile et sans stress ? Avoir des dizaines de vie humaine entre ses mains au quotidien facile et sans stress ? Je n'ai jamais pensé ça de mes médecins, je trouve ça incroyable qu'on puisse dire des choses pareilles !
Même question qu'Estelle, c'est pour un don de gamètes ? Vous comptez partir où ? Si ma 3ème FIV DO avait échoué j'hésitais entre la Grèce et la RT.

Marine 09/03/2014 10:56

La plus part des gens admire et ont un profond respect pour les médecins ...