Léa passion bricolage option dévissage de plaque

Publié le 28 Janvier 2014

Léa passion bricolage option dévissage de plaque

Hier, j'ai pris du temps pour écouter un jeune homme me parler de ses difficultés à gérer sa mère dépressive. Je me suis battue pour obtenir un rendez-vous rapide pour un sportif de haut niveau. La patiente dont je sens le mal-être depuis toujours a enfin réussi à m'en parler. J'ai fait beaucoup de kilomètres pour aller voir Edmond, son handicap, et sa femme qui n'en peut plus. Je suis rentrée au cabinet et j'ai fait un frottis, tranquillement, j'ai tenté des blagues pour dédramatiser l'acte. J'ai ouvert un pansement parce que je voulais voir, et j'ai vu, j'avais bien fait d'ouvrir, mais ça a été long à refermer. J'ai posé un implant. J'ai appelé Gertrude, afin de réévaluer sa douleur. J'ai palpé une boule au sein, et ça sent mauvais. Certains toussaient aussi, j'ai expliqué, pour tenter d'éviter de prochaines inutiles consultations. Etc etc.

J'ai fini ma journée sur les genoux, comme souvent. Je suis rentrée agressive à la maison, comme parfois. Et LePoilu m'a traînée au sport, geignante et râlante, comme chaque semaine. Alors que j'avais juste envie d'aller dormir.

Et puis là-bas, quelqu'un m'a expliqué : "Moi tout ce que j'attends d'un médecin, c'est que je vienne comme ça, qu'il me prenne tout de suite, qu'il fasse le bon diagnostic, qu'il me donne un traitement et que je rentre à la maison". Quelqu'un qu'on voit entre deux portes, devant les oreilles de tous ceux en salle d'attente, mais tout de suite, et vite, et qui sort du cabinet avec une ordonnance à la main.

J'ai pensé que je suis vraiment trop con. Moi qui fais asseoir les gens, qui ferme toujours la porte de mon cabinet, qui tente de faire de la prévention, qui explique dans l'espoir de diminuer le nombre de consultations globales, qui note des mots dans les dossiers, qui vais en formation, qui lis des études... Moi qui vois mes patients partir parce que je n'ai pas prescrit un sirop, parce que j'ai proposé un rendez-vous seulement trois heures plus tard pour un problème loin d'être urgent, ou parce qu'ils partent tout simplement pour des raisons que je ne connaîtrai jamais.

Au fond, qu'est ce qui me fait le plus mal dans tout ça?

L'impression de ramer toute seule pour tenter de faire du bon travail, de la prévention, moins de prescription, moins de "bilans biologiques complets" etc. Cette impression d'être un pion qui lutte pour faire un travail du mieux qu'il peut dans un système qui fait tout pour que ce travail soit vite fait en transformant les médecins traitants en simples aiguilleurs vers les spécialistes?

Le fait de ne pas réussir à torcher toutes mes consultations en cinq minutes? Mon incapacité morale à voir trois patients à la fois dans le couloir et mon bureau en virevoltant avec leurs Carte Vitale?

Ou ce sentiment d'isolement professionnel?

Ou le fait que mes consultations aient la même valeur financière que si je les baclais, ne prenant en compte ni le temps passé, ni le nombre de motifs évoqués pendant ces consultations, ni l'économie réalisée sur des consultations suivantes évitées.

Ou encore le fait que dans le système, étant "jeune" installée, je n'ai toujours pas touché un centime de ce fameux ROSP censé valoriser notre travail (même si je pense encore au fond que ce système n'est pas le bon). Même pas la partie "récompensant" l'équipement informatique?

Ou le fait d'être "quittée" pour une non-prescription de sirop, entrainant une remise en question douloureuse, pas forcément utile. Je sais pourtant que les patients vont et viennent au gré de la météo. Je le sais mais j'ai l'impression d'avoir perdu une confiance que je croyais avoir gagné.

Ou ce ras-le-bol de voir encensées dans la presse certaines installations vues comme providentielles de médecins, sans jamais revoir les bases du problème?

Ou le fait que quoi que je fasse, ce n'est jamais assez aux yeux de certains. Malgré cette impression de courir, toujours.

Ou l'accumulation de tout?

Je tente de me rassurer : j'aime mon métier, j'aime bien les gens, je ne vois pas quoi faire d'autre, certains jours je me sens utile, je m’ennuierais à la maison... Je manque juste de confiance en moi ces derniers temps. Et puis il ne fait pas beau. Et j'ai envie d'aller skier, ou juste de faire un bonhomme de neige. Et puis ce n'est pas le jour, je commence à avoir mal au ventre, la chute hormonale me rend triste. Les nausées des jours précédents m'avaient donné un fol espoir et comme chaque mois, mon propre corps m'a trahie.

Ah ça, je peux trouver plein de raisons justifiant cette sensation de malaise, des tonnes. Mais au fond, je sais que le jour se rapproche où la balance penchera du côté qui fera sauter ma plaque de docteur du mur où elle est pour le moment vissée.

Rédigé par Fluorette

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hoodia paris 04/03/2015 18:38

Bonne continuation, c'est pas toujours évident mais courage :)

Julien 15/04/2014 19:29

Bonjour,

J ai l impression de revivre mon installation d il y a 6 ans. Dans une situation où mon confrère d associé n a pas du tout les mêmes habitudes de prescription ( et c'est un euphémisme ), un partage compliqué de la présence médicale au sein du cabinet et prenant beaucoup de libertés avec ma patientèle... Bref, tout ça pour dire que beaucoup de nouvelles installations sont compliquées! 6 ans après, ça va nettement mieux. Bon courage!

rose 15/04/2014 11:33

Ah....J'étais venue sur le blog en me disant que vu l article d'Egora, il semblait que cette consoeur pourrait me convaincre de reprendre le licol.....Et là je retrouve tout ce qui m'a fait fuir !!! Il faudrait vraiment que je trouve autre chose ....
Bon, ceci dit en passant, j'avais juste envie de dire ceci : se fixer une date, un nombre de FIV, ou autres, au delà desquels il faudrait changer de stratégie de vie ...
Bon courage car je trouve que ce métier exigerait qu'on n ait pas ou si peu d autres problèmes , ou qu ils soient gérés par d'autres .....

brigitte 06/03/2014 18:38

Mais moi ça va, je ne demande pas un article! Mais pleurer en comparaison du sort d'un autre à quoi ça sert??? Je vais pas pleurer si je suis fauchée et si mon voisin, lui, mène un bon train de vie en volant les autres! je vais pleurer parc que je suis fauchée tout court! C'est vraiment un truc qui me dépasse les gens qui se font du mal en se comparant aux autres...on a pas fini alors! mais bon courage....

Marion 30/03/2014 11:50

Bonjour,

Je découvre votre blog, votre plume et je suis touchée.
Je me retrouve dans vos pensées, votre réflexion: c'était moi avant, quand je vivais les choses au premier plan. (Je suis IDE de formation et à présent biogénéalogiste).
Je croyais comme vous que l'on pouvait changer le cours des choses et transformer le bon en mauvais et vice et versa. Je sacrifiais ma vie pour protéger la vie des personnes que j'affectionnais, de mes proches et par mon métier d'infirmière vous pensez bien que j'avais trouvé la voie royale.

Puis j'ai découvert que ce n'était pas un hasard. Je ne crois plus au hasard. Ni à la chance ou la malchance d'ailleurs. En passant par un apprentissage sur mesure pour moi, j'ai récupéré une ressource essentielle à ma vie c-a-d bénéficier de mon énergie vitale pour ma propre vie. Et c'est d'ailleurs aussi ce qui m'a permis (entre autres) d'accéder à la maternité avec un petit peu plus de facilité en étant plus actrice de la procréation et vivant mieux le parcours.

Je comprends les sentiments que vous traversez pour devenir mère pour être moi-même passée par ce chemin. J'ai trouvé des outils pertinents.
Et cela m'a permis de ne pas perdre foi dans les valeurs humaines. Car à croire que je donnais que du "bon" en tant qu'IDE, c'était penser qu'il n'y avait que du sang pur qui coulait dans mes veines. Or, l'individu est constitué de sang rouge et du sang bleu nous disposons donc dans notre biologie du bon et du mauvais.
Si je considère qu'il n'y a que des gens mauvais, méchant, sans déontologie, c'est comme si je dissociais les bonnes personnes des mauvaises personnes (le gentil et le méchant).
Et en même temps combattre les méchantes personnes, c'est toujours faire exister le sens et donner une raison au mal qui existe.
Si nous prenons conscience que nous sommes porteurs du bon comme du mauvais, nous n'avons plus peur du mauvais. Ainsi je ne donne plus de pouvoir à celui qui est porteur du mauvais. Et c'est ce qui permettra de ne plus combattre les mauvaises personnes.
Si vous rencontrez des mauvaises personnes dans votre vie que vous avez eu la sensation qu'elles vous ont fait du mal c'est simplement pour réveiller en vous le mauvais. Pour relancer le système veineux (le sang bleu). Si vous avez un mauvais système veineux, des varices ce sont des repères comme les petits cailloux posés par le Petit Poucet pour trouver le bon chemin. Soit nous acceptons de nous arrêter sur ces petits cailloux pour en comprendre le sens et évoluer afin d'être au plus proche de nos besoins. Soit nous décidons de continuer à faire front et subissant notre parcours, nos choix, nos décisions.
Continuez à croire en la vie ;-)

Brigitte 05/03/2014 23:36

Pardon, mais si le gars vous explique qu'il préfère les médecins qui l'expédient en 10 minute avec ordonnance à la clef où est le problème? Si il préfère ça! Je préfère consulter un médecin -que dis-je, une héroïne!- comme vous, mais chacun son truc! Bravo, vous faites vraiment bien votre métier. Moi je fais vraiment bien mon métier de prof de violoncelle et je n'ai pas de poste, mais je ne vais pas pleurer parce que mon collègue, qui est alcoolique et qui est toujours en arrêt maladie ne vient jamais et qu'il est mieux payé que moi! C'est pas mon problème, si il est alcoolique, jamais là, et si la direction de l'école tolère cela. Enfin si, c'est mon problème au même titre que tous les contribuables que nous sommes et qui finançons le salaire de personnes incompétentes, mais c'est tout! Et si un de mes élèves décide de me "quitter" pour aller prendre des cours chez lui c'est son problème, et si un jour quelqu'un me dit q'un bon prof de violoncelle c'est quelqu'un qui fait un cous d'une demi heure au lieu d'une heure, je me dis juste "il est con ce quelqu'un!" mais je ne vais pas non plus aller pleurer. Pourtant mon métier est très fatiguant, je ne vais pas en détailler les difficultés mais croyez-moi, c'est pas facile, quand on veut bien faire le boulot, nous aussi on a du mal à trouver du temps pour soi...

Fluorette 06/03/2014 08:17

Oui, c'est quand même mon problème. Parce qu'on paie tous nos cotisations qui permettent ce système-là. C'est aussi mon problème parce que j'ai l'impression que mon travail est moins "valorisé" que le sien, en tous cas financièrement. Je rame plus que ceux qui fonctionnent comme cela à payer mes charges. Et un jour je fermerai mon cabinet, parce que petit à petit, cela m'écoeure de faire des efforts pour travailler du mieux que je peux et de continuer à entendre les poncifs. Quand je vois que la CPAM vient me faire la morale sur mes prescriptions alors qu'elle va rigoler dans son bureau à lui, j'ai des nausées.
Votre métier est aussi fatigant et je n'ai pas mis en doute que les autres ont aussi du mal à trouver du temps. Mais ici c'est mon blog, et mon espace, et je ne vais pas écrire à chaque début de post "les autres aussi ont un métier fatigant et difficile mais ici c'est mon espace".
Moi parfois j'en pleure de travailler à côté de cette personne qui me fait du mal. C'est mon vécu.
Bon courage à vous.