Publié le 31 Août 2014

Je sais qu’avec le temps, tu oublieras certains événements, certaines parties de l’histoire. C’est comme ça, la mémoire sélectionne. Parfois même elle transforme les choses, positivement ou négativement. Mais je voudrais que tu n’oublies pas.

Je voudrais que tu te souviennes de sa main dans la tienne à chaque instant. Son étonnement quand d’autres gars lui racontent qu’eux n’ont jamais accompagné leurs femmes aux différents rendez-vous. Ses yeux qui s’ouvrent immensément d’incompréhension quand il te le raconte.

Je voudrais que tu n’oublies pas qu’il a toujours dit “nous ferons comme toi tu veux, nous irons où tu veux, quel qu’en soit le prix, nous ne le ferons pas si tu ne le veux pas”. Toujours.

N’oublie pas le poids de la culpabilité sur ses épaules, qui ne s’en ira jamais vraiment, quoi qu’il arrive.

Oh bien sur, une fois il a dit “ça va hein, je suis allée les chercher TES piqûres”, déclenchant une dispute, des cris, des excuses. Bien sur qu’il s’est levé de nombreuses fois juste trop tard, juste après l’injection quotidienne, jusqu’au jour où tu as compris qu’il détestait cette impression de te faire du mal, jusqu’au jour où il a compris que tu avais besoin de lui, tous les matins.

N’oublie pas son regard à ton retour du bloc, la peur que tu y as lue, et ses mots “ça a duré plus longtemps que la première fois, j’ai cru que ça ne se passait pas bien, j’ai cru…”.

Rappelle-toi que vous êtes d’accord pour ne plus recommencer. Parce que c’était éprouvant, physiquement, émotionnellement, psychologiquement. Parce que personne ne devrait vivre ça, c’est trop dur. Souviens-toi des espoirs sans cesse déçus : six puis deux puis zéro. Dix puis sept puis trois puis... N’oublie pas, même dans un an, même dans dix ce que tu as subi, ce que vous avez vécu, rien ne vaut tout ça, n’ayez aucun regret.

Souviens-toi des reproches des patients de ne pas en faire assez, alors que tu était au bout du bout, et que tu continuais quand même d’être présente, avec l’angoisse de mal faire car trop fatiguée. Peut-être qu’un jour tu mettras enfin ton poing dans la figure d’Associé, tu me diras si ça t’a fait du bien. Garde en tête ce désir de partir, ces projets de changement, son “on partira si tu le souhaites”, ce projet un peu fou qu’il a raconté un jour et auquel tu n’aurais jamais pensé, cette envie de dévisser qui monte.

Garde les mots gentils de tes parents, les chocolats offerts par une amie, les bougies allumées par d’autres, les mots doux de Germaine, les tweets de certains, les mails d’autres...

Souviens-toi des moments de rire quand il te racontait des blagues de Melon et Melèche pour que les injections soient moins douloureuses. De ses bras autour de toi quand tu soupirais “je n’en peux plus, c’est trop difficile”. De ses blagues, de niveau drôlatique variable, pour détendre l’atmosphère. Des repas préparés tous les soirs, des tupperwares prêts à emporter tous les matins, des chats nourris tous les jours, des tomates cueillies à ta place, de l’intendance encore plus parfaite que d’habitude.

N’oublie pas comme tu as été surprise de la vague de larmes déclenchée par la demande en mariage de Barney à Robin, le lendemain du dernier jour, alors qu’il avait toujours été un soutien sans faille et qu’enfin toi tu reprenais ta respiration, recommençais à dormir et retrouvais le sourire. Tu étais tellement épuisée que tu n’as pas vu, ou pas voulu voir, que ce n’était pas difficile que pour toi.

Quelle que soit la suite, je voudrais que tu n’oublies pas ce qui est important, ce qui est précieux, ceux qui sont précieux.

Et par dessus tout, n’oublie pas que tu l’aimes. Et combien tu l’aimes.

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Rédigé par Fluorette

Publié le 8 Août 2014

Avant, je recevais mes patients, je les écoutais raconter leur problème, je prescrivais des médicaments, je leur offrais des pistes comme la relaxation, le sport puis je leur demandais ce qu'ils pouvaient changer dans leur vie pour aller mieux, j'avais écrit dans leurs dossiers qu'ils n'avaient pas de mutuelle, je les encourageais à chercher un autre travail, je renouvelais leur arrêt de travail pour leur permettre de ne pas retourner à celui qui les faisait pleurer le temps de reprendre pied et de trouver autre chose, je me demandais comment les envoyer chez le spécialiste à GrandeVille alors qu'ils n'ont pas de moyen de transport, je suturais les fronts des gnomes à coups de colle en leur racontant des histoires pour éviter à leur maman qui se déplace à vélo de devoir aller aux urgences, je faisais du tiers payant pour ceux qui me le demandent, je cherchais un vélo pour mon patient SDF qui apparemment n'aura pas de vélo puisqu'il semble être en prison, je relisais les ordonnances avec chaque patient en expliquant les modalités de prise, je faisais des tableaux récapitulatifs des traitements pour faciliter les prises voire je faisais passer l'infirmière pour préparer les traitements, je leur donnais les coordonnées de l'assistante sociale, je leur prenais rendez-vous pour une imagerie, je faisais déjà beaucoup.

Et puis j'ai reçu ce document de l'INPES dans mon courrier du jour. Et toute ma pratique a changé.

...

...

Non, je rigole.

D'habitude, ils envoient des dépliants, sur le tabac, sur l'alimentation, je les utilise, ou pas. Pour le tabac, je les trouve plutôt bien foutus.

Mais là...

Là, l'Inpes veut m'apprendre à prendre en compte les inégalités sociales en médecine générale. Et j'ai un peu l'impression qu'on se moque de moi.

Quand je lis que le médecin peut adopter une attitude proactive en adaptant ses pratiques pour améliorer l'efficacité de ses actions, je me dis qu'un gars a dû réfléchir longtemps et être bien payé pour trouver une telle phrase-pipeau.

Je pense à mes patients qui me racontent qu'ils sont dans le rouge à chaque fin de mois, et qui bouffent de la merde, alors qu'ils sont diabétiques et je me demande quelle attitude proactive je pourrais adopter pour identifier les obstacles à son suivi. Et la seule chose qui me vient, c'est qu'il leur faudrait de la thune pour acheter des légumes.

Et oui, je pense que je conseille de faire du sport à ceux qui ont un niveau socioéconomique haut parce qu'ils ont le cul vissé sur leur chaise tout la journée, alors que les maçons me disent que le soir ils sont de toute façon trop fatigués pour faire du sport. Je leur rappelle que le sport c'est pas comme le travail, ils me regardent comme s'ils avaient pitié de moi car je suis trop bête pour comprendre.

Comme conseillé par l'Inpes, je sais ce que font mes patients comme boulot, et c'est écrit dans leur dossier. C'est gentil de m'expliquer que savoir ce que font mes patients comme travail me permet de les situer socialement. Ah bon ? Mais non je ne sais pas s'ils sont à risque. Souvent quand ils déboulent dans mon bureau en pleurs, c'est autant une surprise pour eux que pour moi d'apprendre que leur boite va fermer.

Le tableau avec la traduction des questions est délectable : si je demande une adresse et que le patient me donne une adresse administrative, cela m'indique une situation précaire. NAN MAIS SANS DECONNER L'INPES?

J'aime aussi beaucoup l'item pouvoir orienter le patient vers des ressources proches de son domicile : terrains de sports, associations... Bien sûr oui. Mais à quel moment j'ai le temps de faire tout ça ?

Et puis conseiller d'utiliser des sites internet pour aider mes patients précaires, comment dire... Certains ont encore des Nokia qui supportent d'être plongés dans l'eau et qui tiennent 10 jours de batterie sans recharge car bon c'est dur à charger quand on vit dans sa voiture et qu'on s'est fait piquer sa tente. Bien sûr que c'est une situation extrême mais d'autres n'ont pas internet, ni d'ordinateur, et n'ont même pas de smartphones. Parce que oui des gens qui ne sont pas reliés à l'Internet* ça existe encore.

On peut continuer à tout décortiquer mais bon, j'ai du boulot qui m'attend.

Bref j'ai jeté le document à la poubelle et je vais continuer d'essayer de m'adapter au patient, selon ses capacités financières, de compréhension, de transport, etc. Je ne pense pas que j'y arrive toujours. Parce que malgré tous mes efforts, je ne me rends en effet pas bien compte de ce qu'ils vivent vraiment. Parce que je n'ai pas le temps, et que je ne suis pas assistante sociale. Parce que je ne connais pas les tarifs de tous les spécialistes du coin. Parce que je ne peux pas tout faire, tout simplement. J'essaie déjà de faire de la médecine, entre deux paperasses.

Ce document n'est pas une aide, c'est une provocation pour les médecins généralistes car ils les rend responsables des difficultés des gens, difficultés causées par des problèmes économiques auxquelles les médecins n'ont pas LA solution. C'est une nouvelle pirouette pour accuser les généralistes des difficultés d'accès au soin.

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* à l'internet : private joke, pour ceux qui se reconnaitront.

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Rédigé par Fluorette

Publié le 9 Juillet 2014

C'est passé relativement inaperçu. Il faut dire qu'il y a plus important que ce dont je voulais vous parler pour se crêper le chignon en ce moment : le tiers payant généralisé chez le médecin généraliste qui réglera évidemment tous les problèmes d'accès aux soins puisque les gens renoncent en premier aux soins dentaires et aux lunettes... Effets d'annonce et de manches. C'est bien expliqué ici.

Et puis Catherine Lemorton, occupe un peu le terrain médiatique en insinuant que les médecins libéraux laissent mourir les gens. Oui, c'est vrai, quand ils m'appellent à 17h pour un nez qui coule et que je refuse un rendez-vous pour le jour-même, parfois ils me menacent d'un "on peut mourir alors" et ils vont probablement gonfler les statistiques de ceux qui ont dû "renoncer au soin car il n'y avait pas de médecin disponible" en prenant une pose à la Sarah Bernhardt.

Bref, l'autre jour, VanRoeky a parlé et a a été relayé par le Quotidien du Médecin :

"L’Assurance-maladie pourrait économiser 500 millions d’euros si les médecins augmentaient la part des médicaments génériques dans leurs prescriptions, a affirmé sur RTL le directeur général de la CNAM, Frédéric van Roekeghem. « Un petit effort des médecins à mieux prescrire le médicament, moins d’antibiotiques, plus de médicaments génériques lorsque c’est possible, nous permettrait tout à fait de dégager des marges de manœuvre sans dérembourser les patients et d’introduire les innovations », a ajouté le patron de la Sécu.

Bien sûr. Applaudissements.

Parce qu'évidemment, si l'assurance-maladie va mal, c'est à cause des médecins. Comme d'habitude. Ces salauds qui prescrivent trop, trop d'antibios, pas assez de génériques. Pfff.

Ben scoop, pas seulement à cause d'eux.

Parce que les gens n'aiment pas les génériques. Même si certains c'est juste par principe. Et yen a qui ne comprennent rien parce que quand ils ont eu un princeps prescrit en premier, faut que j'écrive "non substituable", sinon le nom change à la délivrance du médicament. Pas très logique car les médocs que j'ai prescrit en DCI, là ça ne les dérange pas d'avoir le générique puisque c'est le même nom sur l'ordonnance et la boite, donc ce n'est pas un générique. Ça me donne mal à la tête d'essayer de comprendre. VanRoeky ne s'est pas posé la question de savoir si présenter les génériques comme une punition, c'était finaud de sa part dès le début, pas sûr que ça aide bien à faire accepter la substitution. Au début, j'ai perdu du temps à expliquer le princeps, le générique, la dci, etc. J'ai perdu tellement de temps... De toute façon, je prescris en DCI. Et s'ils ne veulent pas du générique pour les autres qu'ils ont depuis longtemps, j'écris consciencieusement comme une punition "non substituable" de ma belle écriture de docteur. Et quand ils aiment d'amour le Doliprane, je prescris Doliprane et pas du paracetamol.

Alors l'autre effort demandé, c'est les antibiotiques, sauf que ne pas prescrire un antibiotique, ça prend du temps ! Prescrire, c'est facile, on dit juste : voilà vous prendrez ça matin et soir pendant 6 jours. Dix secondes ça prend ! Mais ne pas prescrire, c'est long, faut expliquer que ça passera tout seul, que c'est viral, et que non l'antibiotique ne marchera pas même si la bouchère elle a dit que son médecin à elle il lui met toujours un antibio et que ça passe plus vite, qu'il faut dormir, laver le nez, et que la toux c'est quinze jours, voire plus, etc. Donc je perds encore ce temps-là, parce que je suis encore convaincue que moins on en prescrit, moins il y aura de résistances à type collectif, et moins d'effets indésirables, à titre individuel.

Donc tout ça c'est du temps. Le temps c'est malheureusement de l'argent. Alors avec l'URSSAF qui a augmenté, la prochaine obligation de payer une mutuelle aux employés, EDF qui va augmenter aussi, le gars qui tond la pelouse du cabinet qui a augmenté sa facture parce que si tout le monde le fait, pourquoi pas lui, ben si on voulait moins prescrire, il faudrait plus de temps par consultation. Donc il faudrait revaloriser les consultations.

Mais ce même VanRoeky* expliquait en 2012 qu'on ne pouvait pas augmenter le prix des consultations parce qu'il fallait que les médecins voient plus de patients. Donc pour les stimuler à en faire plus, on n'augmente pas le coût du C.**

Et cerise sur le cake : VanRoeky prévient que si on ne fait pas de "petit effort", cette pauvre CNAM ne pourra pas dégager des marges pour rembourser et innover. Je traduis : si VanRoeky dérembourse, ce sera encore de ma faute. Notre faute à tous, les nantis en Porsche Cayenne.

Ben moi j'en ai marre, je ne ferai pas de petit effort, ni de gros. Maintenant je facture tous les actes, comme me l'a expliqué ma déléguée d'assurance maladie quand j'ai râlé que mon volume de prescription rapporté à mon activité était déconnecté de la réalité puisque je faisais des actes gratuits. L'acte gratuit c'est le mal. Genre si tu renouvelles l'arrêt de travail du cancéreux pour deux mois sans compter une consult, ben tu perds une consultation dans ton ratio nb jours d'arrêt / nb consultations.

Et mon culpabilitomère est à zéro.

Et si ça continue, j'irai en Suisse. Ou plus loin.

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Je n'ai pas l'habitude de linker des trucs comme ça, mais ça m'a un peu remuée. Pis c'est un peu en lien, puisque c'est une sombre histoire de paperasseries de sécu.

Et vous pouvez signer ici si ça vous remue aussi, merci.

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* à la minute 57 : "on a bien pensé à faire des consultations longues à 46 euros, mais ce que nous ne souhaitons pas, c'est que le prix de la consultation augmente, que les médecins prennent plus de temps, parce qu'on a besoin des généralistes pour soigner la population française. Il faut dire que nous avons des généralistes qui travaillent beaucoup." Puis il nie le temps de travail passé en niant les 25 euros de l'heure gagnés par généralistes, estimés par MGFrance selon le temps de travail, les congés qui ne sont pas payés, etc.

** Pour une fois que la cause c'est même pas la crise, mais la pénurie de docteurs. Faut dire que c'est la faute des jeunes ne s'installent pas ces feignants***, ça fait plus de boulot pour ceux qui sont installés et ceux-là, on va les épuiser jusqu'à la corde à leur faire voir des rhumes et signer des certifàlacons. Là on a énuméré tous les pompons de la pomponette.

*** Second degré, je précise, on ne sait jamais.

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Rédigé par Fluorette

Publié le 5 Juillet 2014

Nous avons échoué.

Nous avons échoué alors je me suis demandée : pourquoi y retourner alors que malgré tous les efforts, le test était négatif. Est-ce que ça aurait marché si nous avions essayé en France ? Qu'est-ce que j'aurais pu faire de plus ? Pourquoi continuer d'aller là-bas alors qu'on doit tout payer et que le remboursement risque d'être une longue bataille, en France tout serait pris en charge ?

C'est à ce moment qu'un courrier du Centre est arrivé, Centre qui s'est enfin aperçu que LePoilu n'avait pas fini ses prélèvements, et mon estomac s'est noué. Et il se noue chaque fois que je repense aux reproches du DrPasGentil quand LePoilu a pris du selenium, à ses moqueries quand j'ai dit que l'hystérographie était un examen un peu douloureux, aux après-midis entières de boulot perdues pour un seul rendez-vous et des heures d'attente dans une salle bien nommée d'attente, à son "non" catégorique pour un protocole court "parce qu'ici c'est comme ça", aux mots "bons candidats" dans sa bouche et au mépris dans ses yeux quand j'ai dit que oui je préférais une anesthésie générale pour la ponction...

Je préférais retourner où on m'a tenu la main pendant qu'on m'endormait pour le prélèvement, là où on m'a caressé le bras pour me dire sans les mots qu'on était là pour moi, là où on ne nous a jamais dit qu'on était de "bons candidats", là où on répond à nos questions, là où on nous sourit...

Et puis ils nous avaient demandé de revenir. Je me suis quand même demandée pourquoi LePoilu avait pris rendez-vous si tôt. Pourquoi si tôt après l'échec, et pourquoi si tôt le matin.

Parce que le réveil à 5h45, ça pique un peu les yeux. Et malgré l'heure, il y a déjà tellement de voitures, les bouchons commencent et c'est stressant car on n'aime pas être en retard.

En salle d'attente, j'ai essayé de lire Kundera, mais nos voisins ultra-tatoués et percés étaient bien plus intéressants à étudier et j'ai fini par poser ma tête sur l'épaule du Poilu qui jouait à CandyCrush. DrHans avait un peu de retard. Il était comme d'habitude souriant. Une ombre a voilé son visage quand il a dit : 6 ovocytes, 4 œufs, 2 implantations, et rien. Puis il a demandé la date de mes dernières règles, il a attrapé un calendrier, et il a dit "bon on commence la semaine prochaine ? ".

Nous on s'était dit qu'on attendrait octobre, parce que le centre serait fermé en août. Et que là c'était trop tôt. Et puis septembre LePoilu serait en déplacement alors octobre, voire même novembre, ce serait bien, comme ça, après ce serait Noël, les marchés, les lumières et ce serait moins douloureux en cas d'échec, et après on partirait en vacances en janvier au soleil. Tout était bien planifié et les vaches seraient bien gardées.

LePoilu a ouvert la bouche. En sortant mon agenda, j'ai dit "la semaine prochaine ça ne va pas être possible". LePoilu a fermé la bouche. DrHans a dit qu'ils fermaient en août mais seulement jusqu'au 15, alors il a plissé les yeux, calculé des trucs sur son petit calendrier, et a dit "alors le 18 Août ? ". LePoilu a demandé si ça serait le même protocole. DrHans a répondu que non, si on rate, on change. J'ai mmh-mmhé. Je me suis grattée le menton, le voyage en avion du Poilu posant problème. LePoilu a regardé mon agenda, et on a commencé à calculer des trucs. DrHans a dit de sa voix calme : "Ne calculez pas, vous me dites quand, et moi je calcule, et j'adapte, c'est mon travail". Alors on a choisi de changer complètement de protocole, ce sera plus long, mais ce sera quand même bientôt. Nous n'avions plus de questions.

Nous avons serré la main de DrHans qui souriait. Et j'ai proposé au Poilu d'aller manger un pain au chocolat accompagné d'un café. Mon premier pain au chocolat allemand. Différent et semblable à la fois. Commandé par moi, dans un allemand bafouillant.

- C'est trop tôt pour toi ?

- Non, mais on avait dit octobre, alors...

- Ben c'est sûr que niveau remboursement, pour l'instant on n'a rien. Financièrement on peut ?

Il a souri et dit en hochant la tête :

- On peut.

- Bon, j'ai bien vu que t'avais tiqué, qu'est ce qui te gêne ?

- On avait dit plus tard et là...

- Oui je sais, on avait dit octobre car on pensait qu'août n'irait pas. Pour le boulot, c'est mieux comme ça. Et j'ai besoin de le faire. Dans deux mois, je n'en pourrai plus d'attendre, comme la dernière fois. Et on vieillit, quand même - il sourit - et puis si on doit échouer encore, autant que ce soit maintenant.

- Mais c'est quoi ce protocole long ? Ca sera moins de piqûres ?

- Non, ce sera plus. Et je mériterai un énorme diamant pour tout ça. Déjà que c'est moi qui paie les pains au chocolat.

Je lui ai fait un clin d’œil. Il a ri et il m'a embrassée dans le cou.

Chacun a repris sa voiture. J'ai pleuré dans la voiture, nerveusement. Je suis arrivée au cabinet largement à temps, j'ai briefé secrétaire concernant la suite. Elle est prête à annuler des rendez-vous, je suis prête aux réflexions qui suivront. Elle m'a souri. Ça ira.

Et là, j'ai compris. Il fallait y retourner, ne pas laisser l'échec s'installer. Et il fallait retourner là-bas. Pour la confiance, pour les sourires. Parce qu'un poids est parti de mes épaules quand DrHans a rappelé que c'est lui qui s'adapte. Parce qu'avec eux, je sais qu'on me tiendra la main. Parce ce qu'au moins on peut y aller tôt le matin, même si ça pique les yeux. Parce que ça laisse le temps de prendre un café accompagné d'un petit pain. Parce que ça laisse le temps de se tenir la main.

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Rédigé par Fluorette

Publié le 23 Juin 2014

Il y a des jours comme ça où le matin tu quittes la maison, tu penses "cool, c'est le printemps, le soleil brille, les papillons volent, les gens sont probablement partis à la piscine, je vais pouvoir vérifier qu'il reste des médicaments non périmés dans ma trousse d'urgence, faire le point sur le matériel, et pourquoi pas vérifier les impayés de la sécu si je suis d'humeur un peu folle".

Tu prends un café, tu rigoles bêtement avec Secrétaire, tu hésites à faire un croche-pied à Associé quand il passe, il te dirait peut-être bonjour comme ça. Jusqu'ici tout va bien. Puis bon, c'est l'heure alors tu appelles le premier. Et là brutalement ça commence.

Ça commence par quelqu'un qui te parle de cette famille. Comme lui, tu t'es fait avoir par ce que tu voyais ou croyais voir, cette spécialiste aussi, qui s'est permis de te téléphoner pour t'engueuler après coup, alors que tu as géré comme tu as pu. Tu ne dis rien, tu fais mmh mmh. Secret médical. Ton interlocuteur se trompe. Mais toi tu sais. Une fois de plus l'adage "un enfant que tu pourrais avoir envie de secouer est un enfant battu" s'est révélé vrai. Mais tu t'étais trompée de coupable. Et puis c'était encore plus compliqué que ça, et ça l'est encore. Même si maintenant l'enfant sourit.

Monsieur Triste raconte qu'il perd son emploi. Il a changé de patron. Le nouveau était à une époque marié avec sa sœur. Il se retrouve au chômage pour une vieille histoire de famille qui ne le regardait pas vraiment.

Ça continue par une maltraitance médicale. Tu te demandes bien comment c'est possible, franchement. C'est triste, mais triste. On ne fait pas médecine parce qu'on veut être méchant et s'en mettre plein les fouilles, on fait homme politique dans ce cas. Ou alors je me suis trompée ?

Tiens donc, voilà MrCancer, bien mal en point aujourd'hui, tellement qu'en le voyant du bout du couloir, tu as déjà ton téléphone dans la main pour l'hospitaliser. Comment a-t-il pu attendre jusqu'à aujourd'hui ? Et pourquoi ? En creusant un peu, évidemment MrCancer a fait comme d'habitude, il a arrêté certains médicaments, ça explique très bien le diagnostic déjà fait à vue de bout de couloir. Combien de temps va-t-il tenir comme ça ?

Mme Déprimée touche le fond plus que d'habitude. Difficile de savoir où s'arrête le syndrome de persécution et où commence la réalité.

Ça enchaîne avec un inceste. Tu te doutais bien que c'était un truc comme ça, depuis le temps, sous la montagne des symptômes et examens divers et variés. Une souffrance enfouie sous une souffrance montrée. 

Arrive Monsieur Fatigué qui n'en peut plus de gérer ses deux parents déments. Tu penses que toi à sa place, tu n'en pourrais plus non plus.

Après Mr Gentil raconte sa nouvelle vie, avec cette femme, ses enfants, et les menaces de l'ex-mari. Des menaces. Du stress. De la peur. Des plaintes. Des gendarmes.

Et puis arrive cette fille qui d'habitude a gravement la patate, mais aujourd'hui pas. Elle est harcelée au boulot, elle ne comprend pas. C'est dur de lui remonter un peu le moral, d'éclaircir l'avenir.

Entre deux, quelques nez qui coulent, un peu de gynéco, mais pas suffisamment de futilités pour compenser.

Et puis la journée s'est enfin terminée.

Enfin.

A quel moment ça devient trop pour une seule paire d'oreilles. A quel moment apparaît l'envie de placer ses mains sur ces oreilles-là en chantonnant "j'entends rien, lalala, j'entends rien".

A partir de quand on pense à la bouteille de rhum qui doit encore traîner dans le bar, enfin on espère parce que ça fait longtemps qu'on n'y a pas touché, et pis s'il n'y a plus de rhum de Marie-Galante, il y aura bien un rhum arrangé qui traînera quelque part, moins bon, mais tout aussi efficace pour anesthésier l'esprit et dormir dans un semblant de calme. Et on pense à AssociéEnBaskets, lucide, qui a dit "et ben ce sera un miracle si on ne finit pas tous alcooliques".

A partir de quel moment le soleil arrête de briller et les oiseaux de chanter dans la tête... et qu'on a seulement hâte de se serrer tout contre celui qu'on aime pour sentir l'odeur de son cou, caresser la peau de son ventre, au milieu des vapeurs de rhum, pour oublier ce dont l'Homme est capable en attendant qu'un nouveau lever de soleil nous fasse croire que la vie est belle.

Mais...

Que se passera-t-il quand même le rhum ne sera plus assez fort pour anesthésier les pensées ? Que se passera-t-il quand les levers de soleil ne suffiront plus à balayer la noirceur ? 

Quand est-ce qu'on bascule ?

NB : ça va, ne vous inquiétez pas. Et merci pour vos petits mots :)

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Rédigé par Fluorette

Publié le 5 Mai 2014

Comme le 10 Mai c'est la Sainte-Solange, et que "c'est à la Sainte-Solange que l'on ferme la grange", et bien le 10 mai, je serai à Paris - comment ça vous ne voyez pas le rapport? - Et à 16h, je serai à Barbès chez Gibert Joseph. Avec mon stylo, mes petites mains pour le tenir, et mon cerveau pour tenter d'écrire des choses intelligentes, ou presque, sur des livres dont la couverture montre un oeuf rafistolé avec un sparadrap.

Donc si ça vous dit de passer, vous pouvez vous inscrire . Et si vous n'êtes pas inscrit, venez quand même, qu'on discute.

Et je vous promets qu'on ne défilera pas dans la rue en portant une statue de Sainte-Solange en costume traditionnel.

A samedi !

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Rédigé par Fluorette

Publié le 28 Avril 2014

Je t'ai serré dans mes bras. Pas assez longtemps, et pas assez fort. De toute façon, t'es trop grand pour moi. Et pis je voulais pas pleurer sinon je t'aurais foutu de la morve sur ta jolie chemise. Alors j'ai sautillé d'un pied sur l'autre, comme quand je ne sais pas vraiment quoi faire. Puis je suis montée dans la voiture et j'ai secoué ma main par la fenêtre pendant que tu rentrais dans la maison, disparaissant du rétroviseur. Pourtant, j'aurais voulu t'en dire des choses.

J'aurais voulu te remercier de nous avoir accueillis, d'avoir pris soin de nous à ce moment où nous en avions tant besoin. Je suis arrivée le cœur gros, les yeux encore humides, et je suis repartie plus sereine. Bien sûr, boire du Bourgogne, ça aide, et manger des cannellonis au fromage au nom imprononçable, j'en parle même pas mais tout ça n'est rien comparé à ta gentillesse. J'aurais voulu te raconter que Le Poilu m'a dit "Sa voix fait du bien, elle est très calme".

J'aurais voulu te remercier d'avoir supporté et même ri aux blagues du Poilu qui, plus il est stressé, plus fait des blagues pourries qui ne font rire que lui. Alors chapeau, hein, vraiment parce qu'en ce moment, il touche des sommets.

J'aurais voulu t'expliquer pourquoi j'allume toujours des petites bougies dans les églises. Parce que je pense à ceux qui voudraient être aimés, à ceux qui le sont mais qui n'arrivent pas à avoir de bébé, à ceux qui ont perdu celui qu'ils aimaient... Faut pas que je rentre dans trop d'églises, sinon ça finit par coûter cher en cire.

J'aurais voulu te dire qu'on ne juge pas la réussite d'une vie à un célibat. J'aurais dû te dire que je te trouve bien plus détendu qu'avant, quand il était là. Et que moi je te préfère comme ça. Même si je me doute bien qu'au jour le jour, c'est pas ça qui crée une présence à la maison quand tu rentres le soir. "Réussir sa vie", ça consiste en quoi hein, franchement?

J'aurais voulu te dire qu'on s'en foutait des cons sapés comme des caricatures qui ont probablement défilé à la Manif pour tous. Mais en fait, on ne s'en fout pas, et ça blesse, je sais bien. Au moins, on a ri d'eux, un peu. Et je ne les envie pas, même s'ils ont réussi à fabriquer des mini-Marie-Clotilde et mini-Clotaire.

J'aurais voulu pouvoir adoucir ta tristesse. J'ai eu envie de te serrer tout fort pour te murmurer combien tu es beau, et sexy, oui oui. Qu'on s'en tape des cheveux qui tombent. Qu'à notre âge, on commence à sentir parfois que les années passent mais qu'on a encore du temps devant nous et que l'amour c'est à tout âge. Tu verras, on en rira quand je viendrai me réfugier chez toi pour picoler parce que mes trois grands benêts d'ados me gonfleront trop, que tu me parleras de ton mec qui t'énerve parce qu'il est encore parti au sport et qu'on aura les cheveux blancs mais qu'on s'apercevra qu'on n'a jamais cessé d'être beaux.

J'aurais voulu te dire tout ça. Mais je sais pas vraiment dire les choses, souvent je suis maladroite. J'ai pas osé. Alors je pense à toi, simplement. Et j'attends avec impatience la prochaine fois que tu verseras du vin dans mon verre.

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Rédigé par Fluorette

Publié le 3 Avril 2014

Une histoire d'oeuf

Je suis un peu comme un oeuf. Un oeuf à la coquille à la fois solide et fragile. Une coquille qui se fendille parfois et sur laquelle moi ou l’Autre collons un petit pansement pour que je continue de rouler. Rouler irrégulièrement mais rouler. Un oeuf à l’intérieur schizophrène. Jaune et blanc. Calme et en colère. Battant et fatigué. Heureux et triste. Soignant mais pas dévoué.

Ce fut un peu comme une conception. J’ai cliqué sur “créer un blog”. Je l’ai créé à mon image. J’ai choisi une police que j’aime lire. J’ai fait la mise en page du mieux que j’ai pu. J’ai appliqué des couleurs qui sont douces à mes yeux. J’ai mis un peu de moi, un peu des autres, beaucoup de l’Autre.

C’était un peu comme une gestation. Je l’ai nourri, je l’ai l’abreuvé. Les commentaires que d’autres y ont fait ont nourri mes réflexions. Ma vision de certaines situations a changé. J’ai grandi. J’y ai trouvé la force de continuer. Je prends soin de l’Autre. L’Autre prend soin de moi. Et je finis par prendre soin de moi, parfois.

Ce fut un peu comme une échographie. J'ai eu rendez-vous. On m’a dit : regardez, ça c’est bien, ça moins, on pourrait tout grouper et tout faire sortir en même temps. Alors j’ai trié, repris, réécrit, regroupé.

Ce fut un peu compliqué. On n'était pas d'accord sur le nom, ni sur l'image, ni sur mon pseudo. Et finalement, il me ressemblera.

C’est un peu comme un arrêt maternité. J’attends. C’est long.

Et j'ai peur. Certains l’ont déjà commandé et j’ai peur qu’ils n’aiment pas. J’ai peur que ma famille ne l’apprécie pas, mon frère m’a déjà demandé s’il serait obligé de le lire :/ J’ai peur que mon Poilu, qui ne m’a jamais lue, ne comprenne pas. J’ai peur de donner une mauvaise image de ce métier que j’aime. J’ai peur qu’on me pose des questions auxquelles je ne saurai pas répondre. Je n’ai plus peur pour mon anonymat. Ce n’est qu’un roman. Mais je ne suis pas encore prête à laisser tomber Fluorette, elle est ma coquille. Je vais rester au chaud dedans encore un peu.

Ce sera un peu comme une éclosion qui aura lieu le 16 Avril. Un recueil de ce cheminement. Une histoire d’oeuf qui a roulé. Des histoires d’oeufs qui se sont cassés. Une histoire d’oeufs qui se sont rencontrés.

Ce sera disponible ici en livre papier ou version kindle.

On m’a demandé comment faire pour les dédicaces, ce n’est pas prévu. Mais si vous êtes libraire et que vous voulez qu’on s’organise un petit quelquechose, contactez-moi, il y a peut-être moyen de se rencontrer. Ca me ferait plaisir de vous voir.

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Rédigé par Fluorette

Publié le 9 Mars 2014

Je suis devant la feuille bleue. Et je ne sais pas quoi écrire. Parce que je ne sais pas pourquoi ce patient est mort.

Enfin je sais, hein, son coeur s'est arrêté. Voilà.

Mais deux problèmes : il faut remplir la feuille bleue sur laquelle il y a plein de lignes.

Maladie ou affection(s) morbide(s) ayant directement provoqué le décès : .............................................

Due à ou consécutive à : ..................................................

Due à ou consécutive à : ..................................................

Due à ou consécutive à : ..................................................

Dans les exemples donnés en dessous, ça a l'air simple : noyade consécutive à suicide, toxoplasmose consécutive à SIDA. Cas rares.

Et puis, deuxième problème, et c'est le plus difficile, il faut que j'explique à la famille pourquoi il est mort.

Et je ne sais pas. Honnêtement, je ne sais pas. Il n'était pas si jeune, il n'était pas si vieux, il n'était pas si malade. Et il y a peu d'indices. Je me dis que parfois, une autopsie serait utile.

Alors voilà, je suis assise devant la feuille bleue, deux sont assis avec moi à la table, le troisième est accoudé à la fenêtre et regarde dehors. Il propose d'aller faire du café. Oui, bonne idée, ça m'aiderait peut-être à réfléchir. Parce qu'il est tard, ou tôt, enfin c'est selon. En tous cas, la journée va être longue après ça, pour nous qui restons. Je sors mon téléphone de ma poche, pour confirmer la date. Consciencieusement je note la date et l'heure. Une fois, j'ai oublié l'heure, l'employée de mairie eue par la suite au téléphone a failli en faire un infarctus. Je signe, je tamponne. Je regarde la feuille bleue, je secoue mon stylo, j'attends le café.

C'est calme aujourd'hui, personne ne crie "pourquoi, pourquouaaaaaa", ils ne se reprochent pas des trucs entre eux. Peut-être attendent-ils que je sois partie.

Sa fille parle du temps qu'il fait, et si c'est pas malheureux quand même ce verglas, ça ne va pas faciliter... Je n'écoute pas, j'essaie de mettre les pièces d'un puzzle dans ma tête. Mon examen clinique post-mortem ne m'a pas aidée. Il n'y a pas si longtemps qu'il a fait du vélo chez le cardiologue, ça s'était bien passé. Il n'avait pas d'antécédent familial connu. Et je ne crois pas que cette mort ne soit pas naturelle. Bon. En écrivant sa date de naissance, je pense qu'il avait le même âge que mon père.

Le café arrive. Je remercie. Je souffle un peu dessus. Je regarde dehors les oiseaux qui se goinfrent dans la mangeoire.

Sa femme dit qu'il va falloir appeler le curé. S'ensuit un débat, parce que son fils ne veut pas qu'il vienne.

Pendant ce temps-là, j'écris "arrêt cardiorespiratoire". Et sur la deuxième ligne, j'écris "âge". Voilà. Toute cette réflexion pour ce résultat. Il parait que c'est pour les statistiques. Vont pas être déçus aujourd'hui aux statistiques. Je lèche les bords du certificat et je le colle.

J'ai fini mon café. Ils me regardent tous. Je dis "Bon voilà, il a fait un arrêt cardiaque". Ils hochent la tête. Apparemment, ça leur suffit.

Je me lève, je dis au revoir. Sur le chemin du cabinet, je passe acheter des pains au chocolat, ça fera plaisir à Jacques, qui râlera d'abord qu'il a déjà déjeuné et qu'il a pris du poids ces derniers temps, mais qui en mangera quand même un, voire deux.

Et arrivée au cabinet, comme il est trop tôt pour l'appeler, j'envoie un mail à mon papa.

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Rédigé par Fluorette

Publié le 4 Mars 2014

Une journée un peu plus stressante que d'autres. Une journée où pendant les visites matinales, Secrétaire m'appelle cinq fois. Un fois pour une visite urgente pour un malaise et quatre fois car elle a refusé des visites supplémentaires, estimant que je vais déjà avoir du mal à finir la liste qu'elle m'a donnée ce matin, mais souhaitant avoir mon assentiment car elle n'a pas envie de passer à côté de quelque chose.

Je passe entre deux à la poste pour y poser l'enveloppe qui contient ma demande de prise en charge en ALD pour ma FIV. Ce sera difficile d'être présente au cabinet et d'assurer le suivi de mes ovaires en même temps. L'assurance m'a expliqué que non, ça ne rentre pas dans les clauses d'aide financière, que si je m'arrête, je ne serai pas couverte. Les différents centres consultés sont unanimes, je ne peux pas prévoir de dates à l'avance et trouver un remplaçant en dernière minute me semble un vœu pieu. Et puis Associé en profitera pour balancer des vacheries sur ma fainéantise aux patients.

Ma dernière visite est bien plus grave que prévu. Mme F est dyspnéique, elle me fait peur. J'appelle le 15. Ils m'envoient les pompiers, qui mettent un peu trop de temps à mon goût à arriver. C'est pas le fait de surveiller son pouls toutes les deux minutes qui fait remonter sa saturation. Alors je lui parle pour dédramatiser, pour penser à autre chose, elle rit un peu.

Je rentre tard au cabinet, j'ai à peine le temps de manger. Puis j'appelle un chirurgien pour un avis. Et je fais entrer le premier patient de l'après-midi. La salle d'attente est pleine.

Les motifs de consultation défilent. Quelques suivis de problèmes graves aujourd'hui. Et des histoires bizarres, pas franchement urgentes à vue de nez, mais pas franchement rassurantes non plus. Le genre d'histoires qui me font flipper de peur de passer à côté de quelque chose et auxquelles je repense la nuit, au lieu de dormir.

Le téléphone sonne à trois reprises : l’hôpital pour Mme V, hospitalisée, un spécialiste pour Mme I que je lui ai envoyée ce matin et le comptable parce que j'ai oublié de payer la taxe foncière de la SCI qui aurait dû être versée il y a 4 mois maintenant. Oups. A chaque fois, il faut se dépêcher, pour ne pas perdre trop de temps, et à chaque fois, il faut reprendre le fil de la conversation en cours.

J'ai soif. Je prends deux minutes pour chercher un coca et aller aux toilettes. Et quand je reviens, ils sont plus nombreux. Je refuse Mr C qui est venu sans rendez-vous. La secrétaire m'explique qu'elle l'avait prévenu.

Je vois le planning qui s'allonge pour ce soir, des fièvres d'enfant. Je me demande à quelle heure je vais encore rentrer.

Lorsque Mme A s'installe sur la table d'examen, son fils de 4 ans essaie de s'y installer avec elle. Alors, en riant, elle lui dit "tu veux faire docteur plus tard?". Il ne répond pas. "Mais si, c'est un boulot facile, sans stress, toujours à l'intérieur".

Oui, voilà, un boulot facile, sans stress, toujours à l'intérieur, dont les études sont payées par la collectivité, avec un revenu garanti et élevé, etc etc.

Normal qu'on nous montre du doigt. Normal que les gens nous détestent.

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Rédigé par Fluorette