Publié le 20 Mai 2015

 

Ils se sont rencontrés au bord de la mer, en buvant des mojitos, ils pensent vivre leur vie main dans la main, tant qu’ils sont aussi bien ensemble qu’au premier jour. Ils se sont dit oui.

Ils sont un couple sur six.

Quand elle regarde dans ses yeux, elle voit l’océan, un océan des mers froides, un océan un peu gris-vert, une mer du nord plutôt… Le regarder dormir et passer sa main dans ses cheveux l’apaise.

Ils sont un couple sur six.

Ils voulaient un enfant. Il ne venait pas, le stress sûrement, la fatigue aussi, et puis était-ce vraiment le moment. Mais ça durait alors ils sont allés consulter. Il a rempli des tas de petits pots. Elle a reçu des injections, on lui a beaucoup farfouillé l’intérieur, ça faisait mal. Ils ont reçu de nombreuses baffes. C’est violent d'apprendre son infertilité.

Ils sont un couple sur six.

Elle a eu des envies d’oeufs-mayonnaise et de chips au vinaigre. Malgré cela, elle n’a pas réussi à retenir leur bébé. Oh bien sûr il parait que ce n’est pas sa faute, que l’oeuf n’était probablement pas viable. Elle n’a pas réussi. Elle n’a pas réussi…

Ils sont un couple sur six.

Quand il passe la main sur son ventre, il culpabilise. Il a accepté de la suivre où elle veut aller. Pour travailler plus doucement, pour lui faire plaisir, pour compenser ce qu’ils ont vécu, pour repartir de zéro, ailleurs, loin de l’échec, au calme. Loin des “alors vous avez perdu la recette ?” goguenards. Au fond, il se dit que ce sera toujours moins loin que l'Islande dont elle rêve.

Ils sont un couple sur six.

Certains jours, le ton monte, les cris fusent, des choses horribles sont dites. Des reproches, toujours les mêmes finalement. Comme dans tous les couples, avec une variante, en arrière-plan l’ombre de cet enfant qui ne vient pas, et la recherche d'un coupable.

Ils sont un couple sur six.

Ils vont “chez le psy” puisqu’il parait que “c’est dans la tête”. Ca coûte cher mais est-ce que ça change quelque chose ? On leur dit aussi “quand vous partirez en vacances, vous verrez, ça viendra tout seul”. Il semble que les gens aient tort, ça ne vient pas tout seul. Ils partent beaucoup en vacances pourtant. Partir plus loin ? Sur la lune ?

Ils sont un couple sur six.

Ils entendent que la PMA ce n’est pas naturel ni écologique. Les médicaments contre l’hypertension et le traitement du cancer non plus. Ils attendent de voir si Mamère et Bové feront traiter leur cancer un jour, ou s’ils auront toujours ce grand principe, face au mur.

Ils sont un couple sur six.

Elle lit sur le site d’un médecin connu qu’“Il y a plus de couples pressés que de couples infertiles”. Elle se sent maltraitée, insultée, blessée. Cinq ans qu’ils attendent. Pressés… Cinq ans, ça va, c’est pas trop pressé ? Il est écrit aussi qu’il faut adopter pour se retrouver miraculeusement enceinte, elle pleure à lire tant de conneries.

Ils sont un couple sur six.

Ils en parlent peu autour d'eux. Mais finalement toujours trop. Ca n'intéresse pas les autres.

Ils sont un couple sur six.

Ils regardent courir et crier les enfants des autres. Et après ils savourent le silence en se disant qu'ils ont peut-être finalement de la chance. Ils se demandent s’ils finiront leur vie à deux, avec ou sans enfant. Ils se demandent s’il ne faut pas respecter cette maladie, et apprendre à vivre avec. Apprendre à vivre avec ces questions et ce poids sur les épaules. Apprendre à vivre avec la décision d’avoir arrêté les ICSI. Douter. Apprendre à vivre à deux, sans espoir d’être un jour trois.

Ils sont un couple sur six.

Ils n’ont pas besoin d’entendre que c’est dans leur tête ni qu’on leur raconte les bébés-miracle des autres. Ils n’ont pas besoin de vos bons conseils. Ils n’ont pas besoin des blagues leur proposant de leur montrer comment faire.

 

Ils sont un couple sur six. Ils sont malades. Ils sont fragiles. Ils s’aiment. Ils pleurent parfois. Ils rient souvent.

 

Regardez autour de vous. Un sur six. Vous en connaissez. Ils souffrent. Prenez soin d’eux. Serrez-les juste dans vos bras.

 

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Cette semaine est la semaine de l’infertilité.

Si vous souhaitez vous informer, le collectif bamp travaille beaucoup : http://bamp.fr/

Le site de fiv france est plus technique mais bien utile : http://www.fivfrance.com/

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Rédigé par Fluorette

Publié le 6 Mai 2015

Comme souvent, il restait des médicaments chez Marie et les ordonnances pour les infirmières sont encore valables. Elle avait juste besoin de me voir, de parler, de sa famille qui ne vient pas, de cette maladie qui la ronge, de me montrer des photos, de poser sa main sur la mienne, de rire.

C’est beaucoup de temps passé alors qu’aujourd’hui, entre les rhumes, gastros et autres décompensations cardiaques et douleurs thoraciques, je ne parviendrai pas à rentrer à la maison avant 21 heures...

Quand elle referme l’album, je lui dis au revoir et à bientôt, elle demande si elle peut m’appeler si ça ne va pas, comme chaque fois. Bien sûr que c’est possible. Le savoir la rassure.

Je sors de la maison, je balance ma mallette au bout de mon bras, je peste comme chaque jour sur l’âne mort qu’elle contient. Je sors les clés de ma poche, le bip sonne, j’ouvre le coffre, je jette la mallette et son âne à l’intérieur en pensant au jour où j’aurai une tendinite d’épaule. Et quand je ferme le coffre, je vois tomber le premier flocon.

Je le regarde descendre jusqu’au sol, s’y poser puis fondre.

Je lève les yeux vers le ciel, d’autres tombent, d’abord épars, puis de plus en nombreux.

C’est l’instant magique. L’instant premiers flocons.

Cet instant où le temps s’arrête, où on reste immobile, peu gêné par le froid qui semble s’intensifier brutalement et qui picote les joues, fasciné par les alentours qui deviennent flous, par la multiplication d’un flocon en multitude de flocons, le blanchiment du sol et des branchages effeuillés, apaisé par le sourire qui monte aux lèvres, le silence aux alentours. On n’entend aucun chant d’oiseau ni tracteur au loin. On tend sa main nue et on regarde l'eau qui semble se créer quand un flocon la touche. L’hiver a lancé les hostilités et on aimerait se rouler dans un plaid devant la cheminée en soufflant sur un chocolat chaud dans lequel on aurait mis quelques gouttes de Cointreau en regardant dehors la neige tomber…

L’instant magique. L’instant premiers flocons. La terre s’est arrêtée de tourner.

Et puis je me réveille brusquement, un frisson me parcourt le dos, l’instant magique est terminé.

Et même si je grommelle parce que ça ne va pas simplifier la fin de la journée, il y a quelque chose de différent, la lumière a changé, l’air est différent, le poids sur mes épaules est moins lourd. Le premier flocon est tombé.

 

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Rédigé par Fluorette

Publié le 22 Avril 2015

J’avais oublié l’angoisse du dimanche soir, celle qui prend au ventre et coupe l’appétit, celle qui fait pleurer, qui tourne dans la tête, qui empêche de s’endormir et qui réveille souvent.

J’avais oublié comme ça peut être déstabilisant de se couler dans les murs et la façon de travailler de quelqu’un. La crainte que ça ne passe pas avec la secrétaire. L’appréhension des premières heures, et la peur le soir suivant d’avoir mal fait avec les patients, appréhension majorée par le fait que ce soit ceux d’un autre, la trouille du regard de l’autre sur mon travail.

Comme ça peut être inconfortable de s’asseoir dans un fauteuil qui n’est pas le sien. Travailler sur un clavier qwerty. Chercher la solution hydroalcoolique. Ne pas pouvoir circuler autour des patients pour écouter leurs poumons. Lutter pour allumer l’otoscope. Avoir chaud, chercher la clim, ne pas en voir, baisser le volet finalement. Ne pas savoir à qui adresser, si le remplacé adresserait. Supporter les regards suspicieux, les lapins, les remarques sur mon accent. Sourire aux “merci Docteur” à la fin.

 

Je ne me souvenais pas que c’était si difficile de ne pas être “chez soi”...

Ma mémoire n’avait peut-être conservé que les meilleurs moments. Ou alors je vieillis et je ne m’adapte plus aussi facilement. Ou alors depuis le temps, j’idéalise mon activité d’avant, celle qui ne semble avoir que des avantages. Ou alors je me suis mis un peu trop de pression, vis-à-vis de ce que représentait cette semaine pour l’avenir.

 

Et pourtant.

Comme c’est agréable de venir travailler en sweat à capuches ou en T-shirt décoré d’une tête de mort, avec des Crocs aux pieds, sans perdre ma crédibilité. De voir des comptes bancaires toujours positifs. De pouvoir commander le matériel que je veux. D’accrocher ce que j’aime aux murs. De choisir les affiches de la salle d’attente. D’être celle qui décide. De pouvoir râler auprès de la secrétaire à propos du planning. De presque savoir à quoi m’attendre le matin en arrivant. De pouvoir me lever et ouvrir la porte pour leur dire de partir quand ils dépassent les bornes. De tisser des relations de confiance petit à petit. De discuter des PSA, du cholesterol, des dépistages sans qu’un autre casse du bois sur mon dos par la suite. D’avoir fait les liens dans ma tête entre les membres des familles. Et le plus important, d’avoir gagné leur confiance.

 

J’avais oublié les mauvais côtés. Pourquoi je m’étais installée.

Comment peut-on remplacer des années...

Comment vous faites ?

 

Merci à celui qui m’a permis de voir ailleurs, de me souvenir, de prendre l'air. Et ne te méprends pas, c'était super. :)

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Rédigé par Fluorette

Publié le 6 Mars 2015

Nos hommes politiques sont en grande forme et ont donc pondu une énième proposition de loi qui, loin de lutter contre les déserts médicaux, pourrait l'aggraver encore un peu plus. J'ai l'impression d'avoir déjà lu tout ça, ça fait des années que ça tourne, ça finira bien par passer. On peut difficilement faire plus caricatural. En noir, le texte, en italique, mes remarques.

PROPOSITION DE LOI VISANT A LUTTER CONTRE LES DESERTS MEDICAUX.

18/02/2015.

En décembre 2012, Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales et de la santé, lors de la présentation du « Pacte santé-territoire », nous a affirmé vouloir s’engager à faciliter l’installation des jeunes médecins en milieu rural. Bon moi je vous rappelle que je l’avais rencontré avec les autres de l’internet et qu’elle n’a rien écouté de ce qu’on lui a raconté.

Ne lui en déplaise, mais plus de deux ans après, comme les mesures de ses prédécesseurs, force est de constater qu’elles ont été d’une grande inefficacité. Forcément, puisque ce qui a été proposé n’est pas ce que nous, depuis le terrain, on avait demandé.

Les déserts médicaux sont de plus en plus nombreux en milieu rural alors que les médecins généralistes sont pléthores au sein des zones urbaines. Pléthore les gars, je vous conseille d’aller regarder la définition parce que dans certaines zones urbaines, ça manque aussi de médecins, pour d’autres raisons qu’à la campagne souvent, mais quand même. Un petit tour sur Cartosante serait intéressant.

Il faut passer de l’incitation à l’obligation. AH VOILA ENFIN DEPUIS LE TEMPS QU’ILS VEULENT LA METTRE CETTE OBLIGATION, à un moment ils vont la voter, ça ne marchera pas mais ce sera super bien vu de la population.

Il en résulte du maintien de l’assurance d’une égalité de soin sur l’ensemble de notre territoire, qui, aujourd’hui est très fragilisé. A cause de ces salauds de médecins, et pas du tout à cause du fait qu’il y a des zones qui sont des zones urbaines trop chères pour un C à 23, trop dangereuses, des zones rurales abandonnées par les pouvoirs publics et dans lesquelles il n’y a pas de boulot pour les conjoints, pas de crèche, pas d’école, pas de service public, etc.

C’est ainsi que, dans le même esprit qu’une proposition de loi qui avait été déposée sous la précédente législature (n° 4144 relative à la lutte contre l’inégalité de l’accès aux soins sur le territoire français présentée par Philippe Folliot), un groupe de travail composé de sénateurs toutes tendances confondues (avec pour président le socialiste Jean-Luc Fichet et pour rapporteur le centriste Hervé Maurey) ont publié en février 2013 un rapport dans le but de lutter contre ces déserts médicaux. En effet, ce texte, qui part d’un constat alarmant (baisse du nombre d’étudiants admis en deuxième année, augmentation et vieillissement de la population : on voit bien que l’obligation d’installation des médecins va permettre d’augmenter le nombre d’étudiants en médecine et de diminuer le vieillissement de la population), propose un durcissement des mesures et encourage la coercition afin de forcer les médecins à mieux s’implanter sur l’ensemble du territoire. Cette mesure qui n’a fonctionné dans aucun autre pays va forcément marcher en France, parce qu’en France on est vraiment trop meilleur.

Alors que le nombre de médecins augmente (ils sont 200 000 aujourd’hui, deux fois plus qu’en 1980), on compte 330 médecins pour 100 000 habitants, ce qui place la France au 14e rang des 34 pays de l’OCDE. Sauf que notre pyramide des âges des médecins généralistes fait flipper, que les gens consultent plus qu’avant et qu’on doit faire des tas de consultations inutiles pour des certifàlacons, qu’on perd inutilement notre temps dans des paperasseries, à courir après des tiers payants, etc.

De plus, les chiffres de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, la DREES, concernant l’évolution du nombre et de la densité de médecins de 1985 à 2025 sont édifiants. Si en 2007 le nombre de médecins s’élevait à 208 191, il poursuivra, selon les projections de cet institut, une diminution de près de 10 % sur les années à venir pour atteindre son minimum en 2019 avec 188 000 médecins seulement. Cette diminution s’explique par le numerus clausus instauré par le gouvernement en 1971 et fixant le nombre de places ouvertes en deuxième année d’étude de médecine suivant l’évolution de la démographie.

Néanmoins, ces chiffres concernent une moyenne au niveau national. Il advient maintenant de s’attarder sur les conséquences de cette diminution des effectifs pour les années à venir au niveau local dans les zones les moins bien dotées en médecins.

Les différentes projections tendent en effet à affirmer que les disparités géographiques iront en s’accroissant. Telle est la problématique majeure de cette diminution. Elle constitue un problème de santé publique, un enjeu majeur pour les années à venir et un réel défi que nous devons relever. Car, si l’on se réfère à la Constitution de 1946, un droit à la protection de la santé y est bel et bien inscrit. Et celui-ci vaut pour tous les citoyens de manière égale et sur tout le territoire de manière homogène. Et c’est là qu’il faudrait se pencher sur l’inadéquation entre un “droit pour les gens” et une “profession libérale”. Soit c’est un droit et l’état paie et assure ses employés, soit c’est des professionnels libéraux qu’on encadre en exigeant d’eux tout et n’importe quoi mais sans leur assurer de droits ni de couverture sociale, et c’est un peu la débandade actuelle.

Si l’État, les collectivités territoriales, l’Assurance Maladie, ont déjà œuvré pour inciter les jeunes médecins à s’implanter dans des zones sous-médicalisées, en instaurant des aides financières et matérielles, des bourses, des exonérations fiscales, les résultats ne sont que trop peu visibles Nombres de ces mesures sont inconnues des médecins, ce qui est contre-productif. De plus ces mesures sont récentes car ça fait peu de temps qu'on brasse de l'air pour faire semblant de faire quelque chose (et encore une fois, rien de ce que nous avons demandé à la ministre n’a été suivi de quoi que ce soit, donc aucune mesure n’était ce que nous pouvions en attendre).

Les professionnels de santé demeurent peu enclins à contribuer spontanément au rééquilibrage de la démographie médicale Traduction : Quelle bande de chacals qui ne veulent pas abandonner leur conjoint, ni aller bosser 24/24 dans un trou.

Un sondage commandité par le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) indique que 63 % des étudiants et 60 % des jeunes médecins n’envisagent pas de s’installer en zone rurale, en raison des fortes exigences de disponibilité requises et de l’isolement de ces zones. À ces chiffres s’ajoute la tendance actuelle de féminisation de la profession AAAAAHHHHH. Les femmes médecin ont tendance à se déplacer géographiquement suivant la profession de leur époux Et là on oublie aussi de dire qu’on n’est pas vraiment bien couverts en cas de maladie ou de maternité, donc oui on peut favoriser celui qui a un boulot qui permettra de tenir en cas de problème. Mais j’ai envie d’ajouter que les jeunes médecins hommes ont aussi envie de voir leur famille et ne veulent pas aller s’isoler dans des zones où ils seront seuls en place tous les jours .

Dans la plupart des cas, ces professions concernent des entreprises situées dans des grandes villes, ce qui ne fait qu’amplifier le phénomène Il faudrait donc forcer les médecins à épouser les agriculteurs. Lançons un L’amour est dans le pré et le cabinet.

De même, un courant actuel accroît la salarisation des médecins libéraux en clinique privée. Ces établissements privés ne dispensent pas toujours les soins que peuvent attendre les populations rurales, que ce soient des consultations de médecine générale ou d’urgence. S’il ne s’agit pas d’opposer inutilement service public hospitalier et activités privées salariales, il convient de trouver les modalités permettant de garantir l’égalité des territoires et le maintien de médecins libéraux salariés ou exerçant dans le service public en zone rurale.

Ainsi, après avoir dressé ce bilan sur la situation actuelle et de l’évolution des mentalités dans notre pays, il convient d’agir afin de remédier à cette problématique touchant de plein fouet les populations rurales.

Dans un premier temps, cette proposition de loi promeut des mesures coercitives afin de réguler les flux de jeunes médecins s’installant après leurs études. Pour cela, elle instaure un numerus clausus à l’installation des médecins, à l’instar du dispositif en vigueur pour les officines de pharmacie, afin de réduire les écarts de densité que l’on constate aujourd’hui sur le territoire. Je rappelle que ça n’a fonctionné nulle part, dans aucun autre pays… (et qu’aujourd’hui, on peut partir travailler dans un autre pays où les conditions sont plus favorables si on nous impose trop de choses ici, sans devoir faire le tour de la planète). De plus, comme ça ne touchera une nouvelle fois que les généralistes, parions que d’ici trois ans, on se retrouve avec un nouveau texte de loi qui demandera “mais pourquoi donc les jeunes ne veulent pas faire médecin généraliste ? ”. Et tout le monde fera semblant d’être surpris.

Dans un second temps, elle pose le principe suivant lequel il advient de sensibiliser davantage les jeunes sur le besoin crucial de médecins en milieu rural, notamment par la réalisation obligatoire d’un stage sur le terrain. Le 2e cycle du cursus de médecine correspond à une étape de la formation communément appelée « externat ». Au cours des quatre années de ce cycle, ces dits « étudiants hospitaliers » se doivent de réaliser quatre stages d’une durée de trois mois chacun. Cette proposition de loi soumet au Parlement qu’un de ces stages doive se faire dans un cabinet de médecin généraliste en milieu rural afin que les étudiants découvrent le travail sur le terrain et n’aient pas de préjugés avant même d’y avoir vécu une expérience professionnelle. Alors c’est bien, mais c’est présenté comme une punition, et après avoir mis en place la coercition, pas sur que ça motive. D’autre part, le stage en médecine générale est déjà obligatoire mais est mis en place de façon très inégale selon les facultés. Alors si en plus il faut que ce soit “rural”, peu de chances que tout le monde y ait accès.

Dans un troisième temps, elle crée de nouvelles incitations à l’implantation des médecins généralistes en milieu rural en complément des dispositifs existants; dans un souci d’équité elles seront réservées aux médecins conventionnés Vu le vent qui souffle ces derniers temps en faveur de la déconvention, il est bon de le préciser.

Il s’agit premièrement de l’instauration d’une aide dégressive de l’État au profit des médecins généralistes dans les zones rurales exigibles aux aides versées dans le cadre du Fonds de réorientation et de modernisation de la médecine libérale (FORMMEL).

Mais alors qu’est ce que c’est que ça le FORMMEL ? Créé en 1996, ce fond est inconnu des médecins généralistes… Donc si quelqu’un a des informations, qu’il n’hésite pas dans les commentaires.

Deuxièmement, une aide de l’État sera également versée de manière dégressive aux médecins généralistes désireux d’ouvrir un cabinet secondaire dans certaines zones du territoire déficitaire en termes de soins.

Il semble que personne ne veuille s’installer, mais si ceux qui travaillent déjà à blocs souhaitent bosser encore plus, c’est possible. Bon. Se posera alors le problème des gardes et astreintes. Car si on s’installe dans une zone rurale, rares sont les zones où il n’y en a pas. Il faudra alors ouvrir un site secondaire et faire des astreintes, en plus de son site primaire. On a intérêt d’avoir des médecins qui ne dorment pas. Ou alors on supprime les astreintes. Ou ? Est-ce qu'on ne pourrait pas de penser sur la question des conditions de travail de ceux qui sont en rural, qui se font insulter car ils n'en font pas assez d'après les patients, en font bien trop d'après leurs familles, et pensent à la corde après une énième consultation de garde où le patient finalement n'est pas venu parce que quinze minutes de délai pour être vu c'était trop long.

Enfin, elle a pour but de favoriser une meilleure mise en œuvre de politique d’accès aux soins à l’échelle du territoire en redéfinissant les territoires de santé à l’échelle départementale via la création d’une commission de démographie médicale, en favorisant le transfert d’actes et ainsi la coopération entre les différentes professions de santé ainsi que l’allongement de la durée d’activité en exonérant du paiement des cotisations d’assurance vieillesse les médecins.

“redéfinir les territoires à l’échelle départementale” alors que de l’autre côté on groupe les ARS avec le regroupement des régions… Tout est très logique. “allonger la durée d’activité en exonérant” : alors qu’on est dans une optique où de nombreux médecins installés aimeraient en faire un peu moins, on lui propose de faire plus longtemps...

De manière globale, ces dispositifs proposés visent donc à rapprocher le système d’installation des médecins de celui des pharmaciens qui est plus efficace pour permettre un accès à leurs services à tous les citoyens, même ceux résidant sur des territoires reculés à première vue peu attractifs Et à deuxième vue : aussi !. Pour garantir l’égal accès aux soins sur l’ensemble du territoire et mettre en œuvre à cet effet une meilleure régulation de la démographie médicale, il vous est demandé, Mesdames, Messieurs, d’adopter la proposition de loi suivante.

Cette promesse d’accès au soin pour tous, même dans les villages de 250 habitants, est le rêve absolu pour tout politicien. Si ce n'est pas suivi d'effet, gageons que de nouvelles punitions suivront...

D'un point de vue médical, ces mesures qu'on nous promet sont une agression et si des étudiants en médecine les lisent, pourquoi choisiraient-ils la médecine générale ? Pour n'avoir que les contraintes du libéral sans plus aucun de ses avantages.

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Rédigé par Fluorette

Publié le 25 Février 2015

En ce moment, je passe des journées entières à courir. A tenter de gérer les vraies urgences. Pour lesquelles quand j’appelle aux urgences, j’entends d’abord un immense soupir, et le confrère me demande si c’est vraiment indispensable de l’adresser parce que c’est plein tout partout. A tenter de programmer de courtes hospitalisations, pour ce qui ne relève pas des urgences, et il n’y a pas de lits, puisque c’est encore plein tout partout. A tenter de caler plein de monde sur un planning qui déborde, en créant de nouveaux créneaux, en agrandissant mes journées. En soupirant parce que je m’aperçois que j’ai créé des créneaux et je rentrerai épuisée parce que certains ont seulement le nez qui coule depuis le matin et qu'il leur faut un arrêt de travail. Et en écoutant d’une oreille plus que distraite les reproches sur les délais de rendez-vous, parce quand même 48 heures, quel scandale, on peut mourir, et tout le monde le dit au village que c’est un scandale.

 

Entre deux, je lis mes mails, qui parlent de la diminution des possibilités de formation des médecins, de grève de la télétransmission, de la préparation de la manifestation du 15/03/15, du ras-le-bol de mes confrères d'être pris pour des blaireaux...

 

Le soir, je sors donc dîner en famille, pour me changer les idées et manger en plus que quinze minutes en prenant le temps de mâcher. Et j’entends que “c’est normal de faire des gardes, [je] l’ai choisi, que [je] dois faire des journées de 16 heures, sinon qui verra les gens, déjà que [je] m’arrête à minuit, franchement on peut mourir, comment ça [je] suis déjà débordée mais ils ont dit à la télé que le pic n'est pas encore atteint” et que “ah bon [je] ne vais pas manger au restaurant tous les midis ? par manque de temps ? (et de budget, ndlr)”. Comme c’est la vision globale de mon travail que doit avoir la majorité de la population je suis un peu déprimée, je reprends des frites et un verre de vin. Je laisse le Poilu répondre et s’énerver.

 

Après, je vais à la réunion des gardes. Et j’y souris intérieurement. Quand je suis arrivée, il y a quelques années, je suis passée pour une emmerdeuse parce que j’ai dit que les patients étaient trop exigeants et qu’on devait faire bloc, éduquer et cadrer, que la démographie locale allait s’effondrer et qu’on ne pourrait pas gérer des journées plus grosses et plus de gardes, que c’était maintenant qu’on devait tous se serrer les coudes et réfléchir à notre avenir. Je sortais de remplacement en département sinistré, j’avais plein d’idées. On m’a dit que j’étais une chieuse, jeune et inconsciente, et qu’il fallait que je bosse et me taise. Cette année, curieusement, on m’a dit du bout des lèvres que c’était bien d’avoir demandé l’arrêt des astreintes à minuit parce qu'au moins on pouvait dormir un peu. J’ai aussi entendu que les patients insultaient la femme de l’un qui ne prend plus de nouveaux patients comme ils insultent ma secrétaire, quand elle propose un rendez-vous 5 heures plus tard, alors qu’eux veulent un rendez-vous tout de suite. Certains pensent aussi qu'il y a plus de menaces qu'avant. J’ai entendu que beaucoup en avaient marre des astreintes. J’ai entendu l’inquiétude de ceux dont les locaux ne sont pas aux normes handicapés, leur peur d’investir alors que la loi de santé leur fait peur et que la démographie médicale commence à leur arriver dans la figure. Le burnout se profile dans leur propos. Je leur rappelle que si ceux qui étaient intéressés pour reprendre le cabinet du DrKisenva sont repartis c’est parce qu’ils habitent loin et que les gardes loin de chez soi c’est un sacré frein sur une installation alors maintenant qu’est ce qu’on décide. Je savoure la réponse : on attend. [Visualiser ici une joli image de crash d'avion]

 

En rentrant, j’allume mon twitter. Et je tombe sur ça :

 

“Le cassoulet parfois plus équilibré que le poisson cuisiné ? Contre-intuitif mais vrai. Avec la loi santé, enfin des repères clairs ! “ Marisol Touraine, le 24/02/2015, 20h.

 

Bon.

Je vois que notre ministère a bien cerné quelles sont les priorités.

Je suis rassurée.

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Rédigé par Fluorette

Publié le 21 Janvier 2015

Le stade entier chante. Quarante mille personnes. Un peu plus peut-être. Mes lèvres chuchotent des paroles que je ne comprends pas. Enfin pas toutes. Je suis hypnotisée par la scène. Sa voix me berce. Inexplicablement, sa voix m'a toujours rassurée. Ma voisine, comme tant d’autres, remue son téléphone et des milliers de lumière ondulent sur le stade. Il pleut sur la fosse et les fans sont trempés. Il tiennent bon et depuis les gradins j’admire leur ferveur.

Cela faisait des mois que Le Poilu avait noté “week-end surprise : finir tôt” sur mon agenda. J’avais pensé qu’on allait traverser la frontière et s’enterrer deux jours pour randonner dans la Forêt Noire. Comme souvent. L'idée me séduisait mais je ne voyais pas bien pourquoi faire tant de mystères.

Quand je suis montée dans la voiture, le GPS était déjà lancé, les sacs alignés dans le coffre, il a dit, un peu nerveux, “bon on en a pour quelques heures et j’espère qu’il n’y aura pas trop de bouchons”. Il y a eu l’arrêt inopiné des essuie-glaces en pleine pluie. Et des bouchons, beaucoup. Quand il m’a fait courir à travers un Parc Olympique avec mes sandales qui me brûlaient les pieds, j'ai râlé en riant que rien ne pouvait être si urgent. Il a répondu que si, et a levé son doigt pour m'expliquer que nous avions une réservation en haut de “ça”. J’ai levé les yeux vers l’Olympiaturm. J’ai souri. Nous avons fini par trouver l’entrée. Le dîner était excellent, comme les vins, à déguster en regardant dans la nuit les lumières du musée BMW. En découvrant dans le paquet cadeau un CD avec le DVD du concert, j’ai pensé qu’il me connaissait vraiment bien. Et quand les places de concert sont tombées de la pochette, il a ajouté “c’est pour lui que nous sommes venus ici”. Un petit frisson a parcouru mon dos.

Le soleil a brillé toute la journée. Une journée entière pour boire des mass bier dans l’Englischer Garten au milieu des gars en tenue bavaroise. Pour admirer la Cathédrale. Pour se tromper de bus. Pour écouter de la musique à la Hofbräu. Pour profiter simplement du soleil.

Ce soir il pleut. Des trombes. Depuis que Xavier est monté sur scène. Et ça ne s’arrête pas. Parfois nous recevons un peu d’eau qui traverse la verrière qui couvre les gradins. Il fait chaud, malgré tout. Ma voisine attrape mon bras, me chuchote un “so schön”.

Je suis si bien, tellement loin, portée par le chant du stade, oubliant qu’il faudra commencer les piqûres demain, à sept heures tapantes. Pour l’instant, il fait nuit, il pleut, Xavier chante. LePoilu attrape ma main, il a les larmes aux yeux et il me dit “ tu entends ? Ce qu’on ne peut faire seul, on peut le faire ensemble. Was wir alleine nicht schaffen, Das schaffen wir dann zusammen “.

Demain je commencerai les piqûres. Demain.

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Rédigé par Fluorette

Publié le 19 Novembre 2014

Une fois de temps en temps, ça fait les gros titres. “Le vendredi, elle recevait des patients, le lundi elle était partie”, Ouest-France, Sainteny, 2010. "Ce jour-là, le docteur Pierre a mis la clé sous la porte et a disparu", LePost, Béthény, 2008. "A Caromb, le médecin part sans laisser d'adresse", La Provence, 2014.

De leur côté, les médecins interrogés expliquent que “ça les regarde” et que “le problème de fond c’est la pénurie”. Ils n’ont pas tort.

Certains patients réagissent plutôt calmement : “Ce n’est pas parce qu’elle est partie que je vais en dire du mal. J’ai été son patient pendant quinze ans. C’est un très bon docteur. Elle est partie, c’est son choix. Elle avait le droit de le faire”.

D’autres à Belesta par exemple ont été plus revendicatifs et ont affreté un bus pour chercher leurs dossiers médicaux au nouveau cabinet de leur ancien médecin, mais surtout pour “lui demander des explications” et “prevenir ses nouveaux patients”, et ainsi lui faire capoter son nouveau départ. Belle vengeance…

 

C’est bien là que se situe le problème, il faudrait une raison, et une bonne pour partir. Parce que dans l’imaginaire collectif, si un médecin s’installe, c'est pour toujours. Parce qu’avant, le Dr Dévoué il s’est installé et il est resté jusqu’à sa mort, même quand sa femme l’a quitté. Oui, bon, il s’est pendu aussi, mais ça on a oublié. Qu’est-ce qu’il était bien Dr Dévoué.

 

Alors pourquoi le docteur Kivepartir est-il parti ? Supputons.

Parce que dès le départ il ne voulait pas s’installer ici. Ce n’était pas sa région, il s’était dit que ce serait transitoire. Il s’est installé quand même parce qu'il en avait envie et pour les gens ce serait déjà bien. Il pensait qu’il trouverait quelqu’un pour reprendre, parce qu’il y a du travail, que le coin est sympa. Il s’était dit qu’il prendrait des étudiants et que parmi eux, il trouverait une perle rare, mais il n’a pas tenu assez longtemps pour accueillir des étudiants. Il a mis des annonces mais les rares intéressés lui ont expliqué que c’est loin de la ville quand même, et il y a des gardes, de plus en plus, et les autres autour vont partir, aussi, alors est-ce que ça deviendra ingérable ? Et il n’a pas trouvé quoi répondre à ça.

Parce que son mari lui a dit qu’il devait bien être possible de terminer plus tôt, que 21 heures, ce n'est pas une heure pour rentrer, qu’après pour manger c’est trop tard, qu’elle n’est pas venue avec lui au dernier festival de jazz qu’il aime car elle était encore d’astreinte et que si ça continue comme ça c’est fini entre eux parce qu’il y en a marre de ne pas se voir et à quoi bon être ensemble. Et comme en fait elle s’aperçoit que, quel que soit le temps passé au cabinet, ce n’est jamais assez, elle ne voit qu’une seule solution pour préserver cette partie de sa vie.

Parce qu’elle est célibataire et que la solitude lui pèse. Quand elle vivait en ville, c’était mieux, elle pouvait sortir, voir des amis, rencontrer des gens. Là elle finit ses journées sur les rotules et elle ne va quand même pas finir avec le garagiste, même s’il la drague, il a 50 ans et plus toutes ses dents. Elle a besoin de foule, de magasins, de cinémas, de bars, de quitter la campagne. Et peut-être d’un enfant, et même seule, mais pas ici, comment ?

Parce que finalement il n’y a pas assez d’argent qui rentre dans les caisses, qu’il n’y a pas assez de patients sur le coin, malgré ce que le maire lui avait promis, ou alors il y en a, mais ils sont trop nombreux à préférer consulter au village d’à côté un médecin qui n’a pas d’accent, lui. Et quelqu’un lui a dit, et ça lui a fait mal.

Parce qu’ils sont de moins en moins nombreux sur ce canton, que les gardes se multiplient en plus des journées déjà lourdes. Au début, comme il y avait plusieurs locaux, on lui avait dit qu’on trouverait un autre médecin, qu’il y avait du travail pour deux. Et en effet, il y a toujours du travail pour deux. De plus en plus. Mais que justement il est seul. Et que les gens n’hésitent pas à venir sonner chez lui sur son jour de repos. L’un d’entre eux est même passé le réveiller à 5 heures du matin un jour en passant sur le chemin du travail pour demander une visite pour sa mère pour 11 heures… Et voir avec plaisir ceux avec qui les consultations se passent bien ne compense plus les reproches de refuser une consultation à un horaire tardif pour convenance personnelle du patient, les reproches de prendre un jour de repos, les reproches tout court.

Parce qu’il a fini par comprendre pourquoi il est le cinquième médecin à s’être installé ici en neuf ans.

Parce qu’il est allé présenter son projet pour les astreintes avec son dossier sous le bras à son conseil de l’ordre, pour alléger la charge de chacun, pour rendre la situation plus attrayante, qu’ils ont ri en disant que ce n’était pas la peine, que tout tenait très bien comme ça. Il a argumenté, disant que la situation démographique s'aggravait doucement, que ce n’est pas comme ça qu’un autre s’installerait. Ils ont répondu qu’il n’avait qu’à travailler moins et que les jeunes n’avaient qu’à travailler plus. Il est resté estomaqué. Alors il dévisse, avant de couler, écoeuré.

Parce que quand elle souhaite prendre des vacances, elle ne trouve pas de remplaçant, et que les patients lui reprochent, qu’il y en ait un ou pas d’ailleurs. Il faudrait qu’elle ne prenne pas de vacances. En plus, quand elle a été malade, même si elle ne s’est arrêtée que quelques jours quand ses collègues hospitaliers lui conseillaient de se reposer au moins deux semaines, ils lui ont reproché pendant des mois, insidieusement, par de petites remarques vachardes. Et ses collègues du secteur eux aussi se sont montrés agressifs face à cet arrêt de travail impromptu.

Parce qu’elle a trouvé un poste salarié, intéressant, avec des horaires plus légers, moins de paperasses, un peu moins de responsabilité, où elle ne sera plus seule, où elle travaillera en équipe, plus près du boulot de son mari, dans une petite ville où ce sera moins compliqué de faire garder les gamins, et où elle pourra souffler un peu, enfin elle espère parce qu’elle n’en peut plus.

 

Il y a plein de situations, plein de raisons. Certains continuent. D'autres ne le peuvent plus.

 

Un des articles rappelle qu’un médecin peut partir quand il le veut. C’est la théorie. Le reproche qui est fait à chaque fois, c’est de ne pas avoir averti les gens.

Alors bon, c’est un peu compliqué.

Si le Dr Kivepartir a miraculeusement trouvé un successeur, c’est plutôt facile. Il fixe une date, il parle du suivant, il essuie quelques pleurs, il se remémore la larme à l’oeil lui aussi leurs premières rencontres, il en rajoute un peu dans les violons en disant que ce ne sera pas facile d’arrêter, mais globalement, il part sans trop de culpabilité. Et deux mois plus tard, il se demande pourquoi il n’est pas parti plus tôt à la retraite.

Mais s’il n’a trouvé personne, c’est le drame. En autant d’actes que de consultants.

Le médecin est resté longtemps dans l'expectative mais n'a pas trouvé repreneur. Il met sa petite affichette sur la porte : “le Dr Kivepartir cessera son activité au 31 juillet”. La première, ce jour-là, c'est Georgette. Elle veut savoir pourquoi. Il pourra toujours tenter de regarder Georgette comme Colin Firth le ferait, dernière tentative de séduction, mais Georgette est une dure à cuire, on ne la lui fait pas. Alors le médecin ne se justifie pas, il dit qu’il part, il a lu Dominique Dupagne et la stratégie du disque rayé, il raye : “parce que point”. Georgette veut savoir. Elle pleure. Elle dit qu’il n’a pas le droit de les abandonner, après tout ce qu’ils ont vécu ensemble. Et pourquoi hein, POURQUOI ? Le Dr Kivepartir doit être fort. S’il tente la moindre explication, elle ne sera pas comprise de toute façon et demandera de nouvelles justifications. Un salariat ? Mais pourquoi ? Vous allez vous pendre si vous continuez ? Mais pourquoi ? Etc.

 Quand Georgette a enfin accepté de sortir du bureau, le suivant rentre, et le cirque des pourquois reprend. Toute la journée. Toutes les journées.

Voilà. Tomber de rideau.

Alors bien sûr, “c’est la moindre des choses d’avertir ses patients, sinon c’est irrespectueux”, mais….

Mais de son côté le Dr Kivepartir a déjà tellement culpabilisé. Il a eu mal au ventre souvent depuis qu’il a pris sa décision, surtout quand il allait voir Mme Rose et qu’il se demandait qui prendrait soin d’elle après son départ. Il a lutté avec lui-même tellement fort, tentant de se convaincre que c’était courageux de partir et qu’il le fallait. Et que les instances ne l’ont pas aidé, et qu’ils l’accuseront de tous les maux dès qu’il sera parti. Il a cherché plein de justifications, des tonnes, listant tout ce qui n’allait pas. Mais il n’avait plus de courage quand il s’est agi de l’annoncer et qu’il ne se sentait pas la force d’affronter les Georgette. Parce qu’au fond de lui, il n’y a qu’une seule raison : il veut partir. Point.

 

Le projet de loi de santé est une ignominie. Nos instances appuient sur nos têtes quand elles sont dans l'eau. Le ministère rend responsable les médecins des problèmes de démographie créés par les politiques. Les patients rendent le médecin responsable de sa surcharge de travail. Le glissement se fait tranquillement de l'Assurance-Maladie vers les mutuelles, ce qui sera au détriment de tous. La situation ne s'arrange pas, les journaux pourront encore longtemps s’indigner face aux portes de cabinets médicaux qui resteront closes.

 

NB : rappel légal concernant les dossiers.

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Rédigé par Fluorette

Publié le 29 Octobre 2014

Elisabeth ne veut pas de cet enfant mais elle est déjà à 8SA. Je décroche mon téléphone. Heureusement que nous sommes le matin, c'est toujours plus facile pour joindre quelqu'un. Pourtant, le centre le plus proche ne répond pas. J’appelle plus loin. La secrétaire comprend bien que c’est urgent et trouve une solution. Quelques jours plus tard, je reçois un compte-rendu laconique. Elisabeth revient régulièrement, elle n’en parle jamais. 

Elisa a consulté le Dr Désagréable, son conjoint ayant seulement quelques spermatozoïdes fatigués. Elle me raconte combien c'est dur d'aller voir Dr Désagréable. Elisa n'entrevoit pour le moment que de loin la PMA. Elle aurait aimé un autre médecin mais ce n'est pas possible. Dr Désagréable lui a servi le même baratin qu'à moi, la facilité du parcours, le fait d'être de "bons candidats", la compatibilité avec la vie de tous les jours. Elisa a déjà compris que les choses allaient être bien plus compliquées.

Léa consulte parce qu’elle souhaite être rassurée. Sa fausse couche l’a déstabilisée. Elle a besoin de pleurer. Les kleenex sont là pour ça. Elle a besoin de réentendre que ce n’était pas sa faute. Elle a besoin que quelqu’un lui dise que ça ne présage rien pour la grossesse en cours. Je suis là pour ça. 

Pendant que Madeleine rédige le chèque, Liam pleure. Je repose sa carte vitale, me lève et attrape le lourd cosy, dans lequel il est de moins en moins confortablement installé, profitant pleinement de l’allaitement maternel. Je balance doucement le cosy en chantonnant, il s’apaise. Elle pose le chèque sur le bureau, range le carnet de santé, le doudou, le chéquier puis se lève. Elle me dit : “vous avez des enfants, docteur ?” Devant ma réponse négative, elle dit “c’est dommage, vous vous en occupez si bien”. Je lui tends le cosy et je souris en lui souhaitant une bonne journée.

Parfois j'ai besoin de refermer la porte entre deux consultations.
Parce que parfois les choses simples deviennent plus compliquées à gérer que de réussir à faire venir l'hélico pour un infarctus.

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Rédigé par Fluorette

Publié le 31 Août 2014

Je sais qu’avec le temps, tu oublieras certains événements, certaines parties de l’histoire. C’est comme ça, la mémoire sélectionne. Parfois même elle transforme les choses, positivement ou négativement. Mais je voudrais que tu n’oublies pas.

Je voudrais que tu te souviennes de sa main dans la tienne à chaque instant. Son étonnement quand d’autres gars lui racontent qu’eux n’ont jamais accompagné leurs femmes aux différents rendez-vous. Ses yeux qui s’ouvrent immensément d’incompréhension quand il te le raconte.

Je voudrais que tu n’oublies pas qu’il a toujours dit “nous ferons comme toi tu veux, nous irons où tu veux, quel qu’en soit le prix, nous ne le ferons pas si tu ne le veux pas”. Toujours.

N’oublie pas le poids de la culpabilité sur ses épaules, qui ne s’en ira jamais vraiment, quoi qu’il arrive.

Oh bien sur, une fois il a dit “ça va hein, je suis allée les chercher TES piqûres”, déclenchant une dispute, des cris, des excuses. Bien sur qu’il s’est levé de nombreuses fois juste trop tard, juste après l’injection quotidienne, jusqu’au jour où tu as compris qu’il détestait cette impression de te faire du mal, jusqu’au jour où il a compris que tu avais besoin de lui, tous les matins.

N’oublie pas son regard à ton retour du bloc, la peur que tu y as lue, et ses mots “ça a duré plus longtemps que la première fois, j’ai cru que ça ne se passait pas bien, j’ai cru…”.

Rappelle-toi que vous êtes d’accord pour ne plus recommencer. Parce que c’était éprouvant, physiquement, émotionnellement, psychologiquement. Parce que personne ne devrait vivre ça, c’est trop dur. Souviens-toi des espoirs sans cesse déçus : six puis deux puis zéro. Dix puis sept puis trois puis... N’oublie pas, même dans un an, même dans dix ce que tu as subi, ce que vous avez vécu, rien ne vaut tout ça, n’ayez aucun regret.

Souviens-toi des reproches des patients de ne pas en faire assez, alors que tu était au bout du bout, et que tu continuais quand même d’être présente, avec l’angoisse de mal faire car trop fatiguée. Peut-être qu’un jour tu mettras enfin ton poing dans la figure d’Associé, tu me diras si ça t’a fait du bien. Garde en tête ce désir de partir, ces projets de changement, son “on partira si tu le souhaites”, ce projet un peu fou qu’il a raconté un jour et auquel tu n’aurais jamais pensé, cette envie de dévisser qui monte.

Garde les mots gentils de tes parents, les chocolats offerts par une amie, les bougies allumées par d’autres, les mots doux de Germaine, les tweets de certains, les mails d’autres...

Souviens-toi des moments de rire quand il te racontait des blagues de Melon et Melèche pour que les injections soient moins douloureuses. De ses bras autour de toi quand tu soupirais “je n’en peux plus, c’est trop difficile”. De ses blagues, de niveau drôlatique variable, pour détendre l’atmosphère. Des repas préparés tous les soirs, des tupperwares prêts à emporter tous les matins, des chats nourris tous les jours, des tomates cueillies à ta place, de l’intendance encore plus parfaite que d’habitude.

N’oublie pas comme tu as été surprise de la vague de larmes déclenchée par la demande en mariage de Barney à Robin, le lendemain du dernier jour, alors qu’il avait toujours été un soutien sans faille et qu’enfin toi tu reprenais ta respiration, recommençais à dormir et retrouvais le sourire. Tu étais tellement épuisée que tu n’as pas vu, ou pas voulu voir, que ce n’était pas difficile que pour toi.

Quelle que soit la suite, je voudrais que tu n’oublies pas ce qui est important, ce qui est précieux, ceux qui sont précieux.

Et par dessus tout, n’oublie pas que tu l’aimes. Et combien tu l’aimes.

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Rédigé par Fluorette

Publié le 8 Août 2014

Avant, je recevais mes patients, je les écoutais raconter leur problème, je prescrivais des médicaments, je leur offrais des pistes comme la relaxation, le sport puis je leur demandais ce qu'ils pouvaient changer dans leur vie pour aller mieux, j'avais écrit dans leurs dossiers qu'ils n'avaient pas de mutuelle, je les encourageais à chercher un autre travail, je renouvelais leur arrêt de travail pour leur permettre de ne pas retourner à celui qui les faisait pleurer le temps de reprendre pied et de trouver autre chose, je me demandais comment les envoyer chez le spécialiste à GrandeVille alors qu'ils n'ont pas de moyen de transport, je suturais les fronts des gnomes à coups de colle en leur racontant des histoires pour éviter à leur maman qui se déplace à vélo de devoir aller aux urgences, je faisais du tiers payant pour ceux qui me le demandent, je cherchais un vélo pour mon patient SDF qui apparemment n'aura pas de vélo puisqu'il semble être en prison, je relisais les ordonnances avec chaque patient en expliquant les modalités de prise, je faisais des tableaux récapitulatifs des traitements pour faciliter les prises voire je faisais passer l'infirmière pour préparer les traitements, je leur donnais les coordonnées de l'assistante sociale, je leur prenais rendez-vous pour une imagerie, je faisais déjà beaucoup.

Et puis j'ai reçu ce document de l'INPES dans mon courrier du jour. Et toute ma pratique a changé.

...

...

Non, je rigole.

D'habitude, ils envoient des dépliants, sur le tabac, sur l'alimentation, je les utilise, ou pas. Pour le tabac, je les trouve plutôt bien foutus.

Mais là...

Là, l'Inpes veut m'apprendre à prendre en compte les inégalités sociales en médecine générale. Et j'ai un peu l'impression qu'on se moque de moi.

Quand je lis que le médecin peut adopter une attitude proactive en adaptant ses pratiques pour améliorer l'efficacité de ses actions, je me dis qu'un gars a dû réfléchir longtemps et être bien payé pour trouver une telle phrase-pipeau.

Je pense à mes patients qui me racontent qu'ils sont dans le rouge à chaque fin de mois, et qui bouffent de la merde, alors qu'ils sont diabétiques et je me demande quelle attitude proactive je pourrais adopter pour identifier les obstacles à son suivi. Et la seule chose qui me vient, c'est qu'il leur faudrait de la thune pour acheter des légumes.

Et oui, je pense que je conseille de faire du sport à ceux qui ont un niveau socioéconomique haut parce qu'ils ont le cul vissé sur leur chaise tout la journée, alors que les maçons me disent que le soir ils sont de toute façon trop fatigués pour faire du sport. Je leur rappelle que le sport c'est pas comme le travail, ils me regardent comme s'ils avaient pitié de moi car je suis trop bête pour comprendre.

Comme conseillé par l'Inpes, je sais ce que font mes patients comme boulot, et c'est écrit dans leur dossier. C'est gentil de m'expliquer que savoir ce que font mes patients comme travail me permet de les situer socialement. Ah bon ? Mais non je ne sais pas s'ils sont à risque. Souvent quand ils déboulent dans mon bureau en pleurs, c'est autant une surprise pour eux que pour moi d'apprendre que leur boite va fermer.

Le tableau avec la traduction des questions est délectable : si je demande une adresse et que le patient me donne une adresse administrative, cela m'indique une situation précaire. NAN MAIS SANS DECONNER L'INPES?

J'aime aussi beaucoup l'item pouvoir orienter le patient vers des ressources proches de son domicile : terrains de sports, associations... Bien sûr oui. Mais à quel moment j'ai le temps de faire tout ça ?

Et puis conseiller d'utiliser des sites internet pour aider mes patients précaires, comment dire... Certains ont encore des Nokia qui supportent d'être plongés dans l'eau et qui tiennent 10 jours de batterie sans recharge car bon c'est dur à charger quand on vit dans sa voiture et qu'on s'est fait piquer sa tente. Bien sûr que c'est une situation extrême mais d'autres n'ont pas internet, ni d'ordinateur, et n'ont même pas de smartphones. Parce que oui des gens qui ne sont pas reliés à l'Internet* ça existe encore.

On peut continuer à tout décortiquer mais bon, j'ai du boulot qui m'attend.

Bref j'ai jeté le document à la poubelle et je vais continuer d'essayer de m'adapter au patient, selon ses capacités financières, de compréhension, de transport, etc. Je ne pense pas que j'y arrive toujours. Parce que malgré tous mes efforts, je ne me rends en effet pas bien compte de ce qu'ils vivent vraiment. Parce que je n'ai pas le temps, et que je ne suis pas assistante sociale. Parce que je ne connais pas les tarifs de tous les spécialistes du coin. Parce que je ne peux pas tout faire, tout simplement. J'essaie déjà de faire de la médecine, entre deux paperasses.

Ce document n'est pas une aide, c'est une provocation pour les médecins généralistes car ils les rend responsables des difficultés des gens, difficultés causées par des problèmes économiques auxquelles les médecins n'ont pas LA solution. C'est une nouvelle pirouette pour accuser les généralistes des difficultés d'accès au soin.

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* à l'internet : private joke, pour ceux qui se reconnaitront.

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Rédigé par Fluorette